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Full text of "Bulletin de la Société géologique de France"

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BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ GÉOLOGIQUE 



DE FRANCE 



QUATRIÈME SÉRIE 



TOME PREMIER 



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PARIS 

AU SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ GÉOLOGIQUE DE FRANCE 

88, rue Serpente, VI 

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SOCIÉTÉ GÉOLOGIQUE 



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DE FRANCE 



Séance du 7 Janvier f 90f 

PRÉSIDENCE DE M. A DE LAPPARENT, PRÉSIDENT 

M. L. Gentil, Secrétaire, donne lecture du procès- verbal de la 
dernière séance. La rédaction de ce procès-verbal est adoptée. 

Le Président proclame membre de la Société : 

M. Daniloff, Eugène, présenté par MM. Dereims et Blayac. 

Cinq nouveaux membres sont présentés. 

Le Président donne lecture d'une lettre de M. Edmond Pellat, 
annonçant la mort de M. Huguenin, membre de la Société 
depuis 1875, décédé à Valence-sur-Rhône (Drôme), au mois de 
septembre dernier. 

(( Tous les géologues qui ont ^exploré, depuis une trentaine 
d'années, la montagne de Grussol, située tout au bord du Rhône, 
en face de Valence, ont certainement conservé le souvenir de ce 
confrère modeste et aimable dont le plus grand plaisir était de les 
conduire et de se charger de fossiles recueillis à leur intention, 
plutôt que pour enrichir sa propre cojlection. Bien des Collections* 
publiques en France et à l'Étranger ont reçu de lui des séries de 
fossiles d^ Jurassique supérieur de Crussol. C'est à lui que Fon- 
tannes a dû la plupart des Ammonites de Crussol décrites et 
figurées dans ses ouvrages. )) 

On procède ensuite, conformément aux dispositions dullègle- 
ment, à l'élection d'un Président pour l'année 1901. 

M. Léon Garez* ayant obtenu 129 voix sur i45 votants, est élu 
Président de la Société en l'emplacement de M. A. de Lapparent. 



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T) ^ • V- SÊANCK DU 7 JANVIER I9OI 

Sont ensuite nommés successivement : 

Vice-^h^ahientê : MM. E. Haug, R. Van dbn Brorgk, Dbrbimh et R. Nicklès. 
Membre» du Conseil: MM. A. de Lapparent, H. Doitvillk, A. Hoihtrl, (t. 
DoixFti^'et J. Blayag. 

• 

'-Avant de lever la séance, M. de Lapparent s'excuse de ne pou- 
rvoir assister à la prochaine séance. 11 remercie les membres de la 
'.•Société du bienveillant concours qu'ils lui ont apporté pendant sa 
présidence. 

Par suite de ces élections, le Bureau et le Conseil sont composés, 
pour if)oi, de la façon suivante : 

BUREAU 

Président : 
M. L. Carez. 

Vice-présidents : 
M. E. Haug. I M. E. Van drn Rroeck. | M. Oereimh. | M. R. Nicklès. 

Secrétaires : 



Pour la France : 
M. L. Gentil. 

M. L. MéMiN. 

Trésorier : 
M. Léon Janet. 



Pour l'Etranger : 
M. L. PBn\iNQrittRB . 

Vice-Secrétaires : 

I M. J. GiRAUD. 

Archiviste : 
M. G. Ramond. 



CONSEIL 



MM. Marcel Bertrand. 
J. Bbroeron. 
M. Boule . 
J. Blayag. 



MM. Emm.deMARGERiE 
A. Gaudry. 
Munibr-Ciialmas . 
P. 'Fermier . 



MM. A. de Lapparent. 

H. DOUVILLÂ. 
A. BOISTBL. 

Gustave Dollfus. 



Dans sa séance du 21 janvier, le Conseil a fixé de la manière 
suivante, la composition des Commissions pour 1901 : 

X* Commission du Bulletin: MM. Emin. de Margrrir, A. de Lapparent, 
Marcellin Boule, Gustave Dollfus, J. Blayag 
a» Commission des Mémoires de Géologie : MM. Marcel Bertrand, Mvnifr- 

G1IAL.MAS, U. DOUVILIK. 

3" Commission des Mémoires de Paléontologie : MM. Marcellin Boulk, 
H. DouA'iLLR, Albert Gaudry, E. Haug, Munier-Chalmas, Zeillbh. 

4" Commission de Comptabilité : MM. H. Douvillé, P. Termikr, A. Boistkl. 

5* Commission des Archives et de la Bibliothèque : MM. Einin. de Margerir, 
A. Thévenin, j. Blayag. 



Séance du :St Janvier 1901 

PRÉSIDENCE DE M. A. BOISTEL, VICE-PRÉSIDENT SORTANT, 

PUIS DE M. L. CaREZ, PRÉSIDENT 

M. L. Gentil, Secrétaire, donne lecture du procès- verbal de la 
dernière séance. La rédaction de ce procès- verbal est adoptée. 

M. A. Boistel, Vice-président sortant, prononce Tallocution 
suivante : 

« Messieurs, — L'empêchement qui tient aujourd'hui éloigné de 
nous notre cher Président, et qu'il vous a exposé lui-même 
loi's de notre dernière réunion, m'assure la bonne fortune, en 
même temps cjue le périlleux devoir, de saluer à la fois en votre 
nom le bureau sortant de 1900 et le nouveau bureau de 1901. 

(( La Société géologique a eu, pendant Tannée qui vient de 
s'écouler, l'insigne honneur de tenir un rang de premier ordre 
dans le Congrès international de Géologie réuni à Paris à 
l'occasion de l'Exposition universelle. Ce sont ses membres cjui 
ont dirigé toutes les excursions auxquelles les congressistes ont 
été appelés à prendre part dans la France entière. Et vous avez 
tous apprécié avec quelle autorité et quel généreux dévouement 
notre éminent Président a traduit vos sentiments intimes, lors de 
la réception oflerte par la Société aux membres du Congrès. Son 
nom s'est trouvé ainsi associé à celui de l'illustre Président du 
Congrès lui-même, dont la brillante hospitalité a laissé chez tous 
le plus durable souvenir. 

« Votre activité scientifique n'a nullement été détournée de ses 
recherches ordinaires, ni par la préparation du Congrès, ni par 
la rédaction du Livret-guide ou des publications préliminaires 
faites dans notre Bulletin. Le volume de 1900, malgré l'absence 
d'une Réunion extraordinaire propre à la Société et malgré le 
défaut de comptes-rendus d'excursions, se présentera à vous avec 
des dimensions aussi considérables, sinon plus, que ses devanciers. 
Ainsi se trouveront calmées les craintes exprimées, il y a deux ans, 
à celle place même par le Président sortant. Il n'y a pas lieu de 
redouter un ralentissement dans la fécondité de vos travaux. Les 
séances que nous avons tenues depuis la lin des vacances écar- 
tent même toute appréhension, que le Congrès international n'ait 



s SÉANGK DU 21 JANVIER I9OI 

exercé sur Tardeur de vos investigations l'eflet... sédatif, qui a 
paru produit par le dernier Congrès de Russie. 

(( Le zèle de nos infatigables secrétaires est resté à la hauteur 
de la tâche plus ardue qui leur incombait ; la publication très 
prochaine des derniers fascicules du Bulletin pour Tannée 1900, 
témoignera hautement du soin et du talent qu'ils ont apporté à 
l'exécution de leur mandat. Je leur exprime tous vos remerci- 
ments, et félicite la Société de consen^er encore une année leur 
précieux concours. 

(( Je suis heureux de souhaiter la bienvenue aux savants distin- 
gués cjue vous avez appelés au Bureau pour Tannée 1901, spéciale- 
ment à ceux dont une publication magistrale ou le courage héroïcjue 
ont tout récemment illustré les noms. Dans le choix de notre Prési- 
dent, vos suffrages ont entendu couronner une carrière déjà 
longue entièrement consacrée à la science et à Tctude approfondie 
des problèmes ardus et compliqués que présente Tune des plus 
belles régions de la France. Vous avez voulu exprimer la haute 
estime dans laquelle vous tenez les beaux travaux qui ont été le 
fruit de ces recherches. J'adresse à M. Garez mes plus chaleureux 
compliments et je Tinvite à venir prendre sa place au fauteuil de 
la présidence. » 

M. L. Garez, Président de la Société, prend place au bureau : 
(( Messieurs et chers Confrères, 

(( Permettez-moi de vous adresser mes plus vifs remercîments 
de m'avoir appelé, par la presque unanimité de vos suffrages, à 
Thonneur de présider vos séances pendant Tannée qui commence. 

(( Ce n'est pas cependant sans une certaine appréhension que 
je prends possession du fauteuil, en me rappelant la manière dont 
il a été occupé par M. de Lapparent en Tannée 1900; je vous 
demanderai de perdre le souvenir de la brillante présidence qui 
vient de finir, pour ne pas faire entre 1900 et 1901. une comparai- 
son trop défavorable à cette dernière année. 

« Votre indulgence me sera d'autant plus nécessaire que la 
tâche promet d'être plus difficile ; vous Scivez tous en effet que les 
années qui suivent celles où ont eu lieu des expositions univer- 
selles et des congrus, sont généralement peu fécondes en travaux 
originaux ; il tient à vous. Messieurs et chers Confrères, de mon- 
trer que les occupations spéciales de Tannée qui vient de s'écouler 
n'ont pas interrompu vos études. 

(( L'ordre du jour de cette première séance est d'ailleurs bien 
rempli. C'est d'un bon augure pour l'avenir. 



SBANCB DU ai JANVIER I9OI 9 

<( De plus, j'ai le plaisir de compter parmi ceux qui doivent 
prendre la parole aujourd'hui notre confrère, M. Molençraaff, géo- 
logie de l'État de la République Sud -Africaine, qui a choisi la 
Société géologique de France pour faire connaître les importants 
résultats de ses études sur l'Afrique du Sud. Nous le remercions de 
ne pas avoir douté du sympathique accueil qui lui était réservé 
parmi nous. 

« En terminant, Messieurs, je vous proposerai de voter des 
remerclments au bureau sortant et en particulier à M. Gentil et à 
M. Janet, cjui ont dirigé avec tant de zèle les services du Secrétariat 
et de la Trésorerie. Nous serons heureux de pouvoir profiter encore 
cette année de leur dévouement et de leur expérience ». 

Le Président proclame membres de la Société» : 

MM. Dallemagne, Henri, Chef d'exploitation des mines de la 
Haute Bidassoa. à Irun. présenté par MM. Gentil et 
Mémin. 

Houdant, Pierre-Ferdinand, Licencié ès-sciences, pré- 
senté par MM. Gentil et Mémin. 

Savomin, Préparateur de géologie à l'Ecole des Sciences 
d'Alger, présenté par MM. Ficheur et \'asseur. 

Miquel, Emmanuel, Commandant du Génie, à Valence 
(Espagne), présenté par MM. José Landerer et Gustave 
Dollfus. 

Le Commandant Barré, Professeur a TÉcole d'applica- 
tion de l'Artillerie et du Génie, à Fontainebleau, pré- 
senté par MM. de Lapparent et de Margerie. 

Le Président donne lecture de la lettre suivante de M. Ernest 
Van den Broeck, Vice-président de la Société pcmr 1901 : 

<( Monsieur le Président, 

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« Ai-je besoin de vous dire avec quels sentiments de gratitude 
et de profonde reconnaissance, j'ai appris, par les soins de M. le 
Secrétaire, que la Société géologique de France a bien voulu nie 
faire l'insigne honneur de m'élire parmi ses vice-présidents pour 
Tannée 1901. 

(( Je me sentirais, en conscience, fort indigne d'un tel hommage, 
si je ne me rendais compte que j'ai à le partager avec le nombreux 
groupe de mes collègues et amis de la Société belge de Géologie (fui 
sont mes collaborateurs dévoués dans l'œuvre toute spéciale que 
nous avons entreprise en Belgique, consistant à joindre aux pro- 



lO SÏ^ANGE DU ai JANVIER I9OI 

grès et à la diffusion de la Science géologique, la démonstration, 
sous des formes multiples, de son pi*écieux rôle utilitaire. 

(( C*est donc comme un hommage impersonnel et collectif, 
qu'en ma qualité de Secrétaire général de la Société belge de 
Géologie, j'accepte avec reconnaissance un titre qui resserrera 
encore les liens confraternels des géologues des deux pays et qui 
me crée envers mes confrères de France des devoirs que je m'effor- 
cerai de remplir dans la mesure de mes moyens. 

(( Veuillez agréer. Monsieur le Président, avec mes respectueu- 
ses salutations, l'expression réitérée des sentiments de profonde 
gratitude qui m'animent envers les membres de la Société géolo- 
gique de France et que je vous prie de bien vouloir leur trans- 
mettre )). 

Le Président transmet à la Société les remerclments de M. René 
NicUèSy pour le témoignage de sympatliie que lui donnent ses 
confrères en le choisissant comme vice-président. 

M. Garez présente, de la part de l'auteur, deux nouvelles feuilles 
de la Carte géologique détaillée de la province'de Barcelona, par 
M. le chanoine Jaime Aimera L'une d'elles contient la région 
tertiaire (région du Rio Foix et de la Llacuna); l'autre est la 
deuxième édition de la carte des environs de Barcelona. 

M, Garez se fait un plaisir d'adresser à cotre infatigable et si 
savant confrère, les remerclments de la Société ; il félicite 
M. Aimera d'avoir pris l'initiative et mené à bien à lui seul une 
œuvre aussi considérable que le lever d'une carte géologique 
détaillée de toute une province. 

M. Aimera envoie également pour la bibliothèque de la Société 
les brochures suivantes : 

I. Sobre el Mapa geologico de Tarrasa por D. Domingo Palet 
y Barba, y la Memoria que le accompana, —2. Sobre el descubri- 
miento de la fauna de Saint-Cassien en el Trias de nuestra pro- 
çincia, — 3. Sobre las especies Acerotherium lemanense, Mastodon 
longirostris, y un Ëlephas descubiertos en esta provincia de Bar- 
celona, 

M. Peron oflre à la Société une note publiée par dom Aurélien 
Valette, Sur des radiales d'oursins du Rauracien de V Yonne, 

M. Peron a fait suivre ce mémoire d'une note faisant connaître 
les conditions toutes particulières du gisement des radioles décrits. 
Ce n'est pas, en effet, dans les calcaires rauraciens eux-mêmes 



S^IANCE DU m JANVIER I9OI tl 

qii*on les ti^ouve, mais bien dans des sables argileux ot ferrugineux 
qui remplissent des poches ou cheminées percées par les eaux 
dans la masse des calcaires coralliens. 

Ces dépôts de remplissage ne sont pas tertiaires comme on Fa 
annoncé, ce sont de simples résidus de décalcification contenant 
parfois en abondance non seulement des radio les, mais une foule 
de petits fossiles, toujours rauraciens, et composés surtout d'arti- 
cles isolés, de parties dissociées d*Echinides. de Crinoîdes, etr.. 
généralement très bien conservés. 

M. Peron» en offrant à la Société le premier fascicule de ses 
Etudes paléontologiques sur les terrains du département de 
r Yonne, explique qu'il a entrepris la publication de ce travail 
principalement pour donner Fauthenticité nécessaire à un grand 
nombre de fossiles nommés dans leurs Prodromes par d'Orbigny 
et par Gotteau, mais restés non décrits et non figurés. 

Ce premier fascicule ne comprend que les Céphalopodes et les 
Gastropodes de l'étage néocomien de l'Yonne, dont ii6 espèces 
sont examinées, révisées et pour la plupart décrites à nouveau. 
Sur ce nombre, i5 avaient été nommées par d'Orbigny ou par 
Gotteau, mais n'avaient pas été décrites et figurées et a3 sont com- 
plètement nouvelles. Enfin lo espèces, déjà établies, doivent dispa- 
raître des catalogues comme faisant double emploi avec d'autres 
plus anciennement connues. 

M. Peron, tout en se proposant de revenir avec détail sur cette 
question quand il aura terminé la publication de toute la faune 
néocomienne, croit devoir signaler dès maintenant, à propos des 
Gastropodes, les grandes affinités de cette faune avec celle du 
Jurassique supérieur coralligène de TYonne et sa différence pro- 
fonde avec celle des étages crétaciques superposés au Néocomien. 

M. Munier-Chalmas présente, de la part de M. Louis Bureau. 
un important travail intitulé : Notice sur la géologie de la Loire- 
Inférieure^ formant un volume de 522 pages avec plusieurs plan- 
ches et de nombreuses coupes, figures et cartes dans le texte. Dans 
celte monographie très documentée notre savant confrère expose 
ses l'echerches personnelles sur les terrains primaires et tertiaires 
de la Basse-Bretagne. Il serait à désirer que de pareils travaux 
fussent faits pour toutes nos régions françaises. 



I:i SKANCE DU ai JANVIER 19OI 

M. Ph. Glangeaud fait une commanication Sur les dômes de 
Saint'Çyprien (Dordogne), Fumel et Sauçeterre (Lot-et-Garonne), 

L'étude de ces dômes fournit des données importantes aux 
points de vue géologique, dynamique, paléogéographique et 
géophysique. Elle montre qu'ils étaient déjà esquissés au Crétacé 
inférieur, de même que ceux de Chapdeuil, de Mareuil (Dordogne) 
et de Jonzac (île d'Oléron), que Tauteur a fait connaître récemment. 

Les mouvements du sol qui eurent lieu, dès le Portlandien infé- 
rieur, ne chassèrent pas seulement la mer Jurassique vers les 
Pyrénées, mais donnèrent aussi naissance à un système de plis, 
de direction nord-ouest, parallèles aux plis herc^Tiiens du Massif 
Central et de la Bretagne. En certains points de ces plis, s'édifièrent 
des dômes que l'érosion décapita en partie durant l'Infracrétacé. 

La mer cénomanienne recouvrit les derniers de ces dômes, 
tandis que le dôme de Saint-Cyprien formait une île couverte de 
végétation au milieu de la mer et que sur ses bords s'étendaient 
des lagunes saumâtres (lignites avec gypse). Les dômes de Fumel 
et de Sauvetcrre étaient rattachés à la terre ferme et le Quercy 
était émergé en grande partie. 

La discordance des dépôts crétacés et du Jurassique atteint par 
places 45^. 

Au Turonien, eut lieu une importante transgression marine. 
Tous les dômes signalés plus haut furent immergés, jusqu'au 
Maêstrichtien. 

Les refoulements latéraux qui accompagnèrent le soulèvement 
des Pyrénées, à l'Oligocène, accentuèrent le système de plis nord- 
ouest et les dômes furent de nouveau érigés en collines dont 
quelques-unes atteignaient 600 mètres de haut, c'est-à-dire une 
altitude supérieure à la Bretagne et à une grande partie du 
Massif central actuels. 

L'érosion postoligocène les a de nouveau arasés, car ils ne dépas- 
sent pas aujourd'hui l'altitude 3oo. Au niveau des vallées du Lot 
et de la Dordogne. cette éi'osion dépasse 5oo mètres. En dehors des 
considérations qui précèdent, ces dômes, dont le noyau est virgu- 
lien et portlandien et les flancs cénomaniens, turoniens et séno- 
niens, constituent des unités géographiques très spéciales au milieu 
de l'uniformité de la région crétacée de TAquitaine. 



\ 



GÉOLOGIE 

OB LA 

RÉPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 

DU 

TRANSVAAL 
par M. G.-A.-F. MOLENGRAAFF. 

(Planchbs I-II). 

Au cours de mes excursions dans le Transvaal en i8g8 et en 
1899, J*^^ recaeilli de nombreuses observations sur la géologie de 
ce pays ; on trouvera le résumé de ces observations dans le présent 
travail. Les étude, préliminaires, indispensables à exécuter, avant 
de songer au lever géologique systématique de la région, furent le 
motif de ces tournées géologicpies. 

Enfin, en 1899. ^^ Volksraad de la République Sud- Africaine 
décida de nonmier le personnel nécessaire au fonctionnement du 
Service géologique; on sait comment la malheureuse guerre qui 
attriste l'Afrique Australe a réduit à néant la réalisation de ce projet. 

Les recherches géologiques dans le Transvaal sont considérable- 
ment facilitées par la sécheresse et la douceur d'un climat favorisé 
d'une atmosphère toujours limpide et parla rareté de la végétation. 
La simplicité de la tectonique, dans ses grands traits, vient encore 
aider le géologue. Néanmoins, cpielques diflicultés contrebalancent 
ces avantages ; c'est ainsi que les roches en place sont cachées à la 
vue, sur de vastes espaces, par des dépôts superficiels très récents : 
sables éoliens ou blown-sand, tufs calcaires, etc., et que les coupes, 
soit naturelles, soit artificielles, permettant de vérifier la succes- 
sion des couches, font le plus souvent défaut. De plus, et c'est 
peut-être là l'obstacle le plus sérieux, on n'a pas encore trouvé de 
fossiles déterminables dans les formations sédimentaires du 
Transvaal, exception faite cependant pour celle dite : Karroo 
supérieur. 

On comprendra dès lors, pourquoi la carte géologique, qui 
accompagne cette communication, doit être considérée comme une 



l4 G.-A.-F. MOLENGRAAFP <II JanV. 

simple esquisse schématique^ destinée à donner une idée générale 
de la position et de Tétendue des diverses formations qui consti- 
tuent le sol de la République. 

La planimétrie de cette carte est extraite de celle de F. Jeppe 
(Map of the Transi^aal, Pretoria i8gg) *. L'orographie pour 
laquelle il n'existe aucune bonne carte, a été établie à l'aide de 
divers documents ; pour quelques districts, entre autres, pour celui 
de Waterberg, je me suis inspiré des croquis relevés pendant les 
recherches préliminaires du Service géologique. I^ partie géolo- 
gique est basée pour la plus grande part sur mes travaux personnels, 
cependant, j'ai utilisé les renseignements de MM. D. Draper et 
D. DoRFi''EL pour les districts de Rustenburg et de Marico et, en 
outre, j'ai profité des indications données par les différentes 
publications citées à la fin de cette note, par exemple, de la carte 
géologique de M. Hatch (22) -, pour une partie du Witwatersrand. 

En taisant abstraction des formations jurassiques, crétacées et 
plus récentes, voisines du littoral, les divers terrains de la Répu- 
blique Sud- Africaine peuvent être groupés dans les trois grandes 
divisions suivantes, énumérées de haut en bas : 

111. — Système du Karroo ; 

IL — Système du Gap ; 

L — Système primaire Sud- Africain. 

Cette classification des assises géologiques de l'Afrique Australe 
était déjà adoptée, pour la Colonie du Cap, par M. Bain ^, et pour 
l'Afrique Australe entière par M. Schenck *. J'ai moi-même adopté 
les dénominations de ce dernier auteur. 



I. La carte cadastrale de F. Jeppe complètement terminée et même impri- 
mée, n'a jamais été mise en vente. F. Jeppe l'avait dressée dans le service du 
iMndmeter-Generaal du ïransvaal ; il mourut en 1898 avant de l'avoii* termi- 
née. Son (ils, C.-F.-\V. Jep^Mî, a continue et achevé l'œuvre de son père, mais 
n'a pu profiter de son travail ; il fut tué sur le champ de bataille de Spioen- 
kop le a4 janvier 1900. 

'j. Les chiffres en caractères gras, placés dans les notes infrapaginales, 
après les noms d'auteurs, renvoient aux numéros correspondants de la liste 
bibliographique qui termine cette note 

Les nombres placés entre crochets, dans le texte, après les noms de pro- 
priétés, sont ceux qui correspondent à ces mêmes propriétés, sur la carte de 
F. Jeppb ; ils sont indispensables pour l'intelUgence du texte, un grand 
nombre de propriétés d'un même district portant des noms identiques. 

3. A. Geddrs Bain, 1, p. i"5. 

4. A. ScUE.\CK, 45. 



IgOI GEOLOGIE DE LA RÉPUBLIQUE SUD-AFRICAINE l5 



I. — SYSTÈME PRIMAIRE SUD-A*^RICAIN 



Le Système primaire Sud- Africain est formé par des terrains 
stratifiés associés à de nombreux massifs intrusifs de granité. Les 
granités de ces différents massifs ont une grande ressemblance 
entre eux et se rapprochent également de ceux de la Colonie du 
Cap. J'ai réuni leurs divers types sous le nom de granité ancien^ 
pour les distinguer de certains granités qui jouent un rôle impor- 
tant dans les régions du centre du Transvaal et qui sont d*un âge 
beaucoup plus récent. 

Granité ancien. — Le gpranite ancien est généralement un 
granité à biotite, ou un granité à amphibole et biotite, plus rare- 
ment un granité à deux micas et quelquefois un granité à musco- 
vite. L'élément feldspathique est représenté aussi bien par 
Torthose que par les plagioclases et le microcline. Les granités a 
microcline^ abondent dans les massifs situés entre Pretoria et 
Johannesburg, et à Fouest de Klerksdorp. 

Le granité ancien et les schistes adjacents sont trayei*sés par de 
nombreux filons de pegmatite, qui offrent en plusiem^s points de 
très beaux échantillons de pegmatite graphique -. Dans le Swazie- 
land, près d'Embabaan, on trouve de la cassitérite ^ dans ces filons 
de pegmatite, et c'est dans ces mêmes filons qu'ont dû prendre 
naissance les minéraux, tels que : la monazite, l'aeschynite, le coi*in- 
don que l'on trouve assez fréquemment associés avec le minerai 
d'étain dans les sables et les graviers des torrents de ce district. 

RocuES stratifiées. — Les terrains stratifiés peuvent être 
divisés en deux groupes. 



1. Pour la description pétrographique de cette roche voir : G.* A.-P. Molen- 
GRAAFF, 30, p. 184. 

2. A signaler, en particulier, les très belles pegmatites graphiques que l'on 
rencontre près de la gare de Krokodilpoort, dans le district de Lijdenburg. et 
sur la propriété Windsor [190], dans le district de Bloemhof. 

3. Dans ces filons, les cristaux de cassitérite affectent une forme rare ; ils 
sont allongés considérablement dans la direction de Tarète (m) : (lii). ce 
qui leur donne un aspect tout à fait rnonoc Unique. Voir pour leur descrip- 
tion : G.-A.-P. MoLK2«OHAAFF, 32, p. 143, tig. 8. 



l6 a.-.V.-F. MOLBNGRAAFF 21 Janv. 

L'an de ces groupes est caractérisé par des roches élastiques. 
Il comprend des phyllades, des quartzites, des conglomérats, des 
grès, des schistes, des lydiennes, des argilites et très rarement 
des calcaires. Par contre, l'autre groupe est caractérisé par de 
vrais schistes cristallophylliens , comme : lamphibolite , les 
schistes chloriteux, les schistes à séricite, les talcschistes , les 
micaschistes, les quartzites schisteux, etc. Les micaschistes sont 
cependant rares dans ce dernier groupe. Quant à Tamphibole 
des amphibolites, elle appartient généralement à la variété acti- 
note; il conviendrait donc de donner à ces roches le nom de 
schistes actinotiques. Plusieurs auteurs, en se basant sur les carac- 
tères différentiels de ces deux groupes, ont voulu considérer deux 
formations distinctes dans le Système primaire Sud-Africain. C'est 
ainsi que M. Gibson * a admis : un groupe inférieur formé de gneiss, 
de schistes et de granités, et un groupe supérieur, groupe des 
schistes et quartzites inférieurs (lower qudrtzite andshale group). 
Cohen -au contraire considérait le Système primaire Sud-Africain 
comme une formation unique {Grundgebirge) et Schenck ^ était 
de la luéiue opinion en le nommant : Sûd-Afrikanische-Primàr- 
formation. Je suis en parfait accord avec ces deux derniers 
auleui's. On peut, en etfet, constater que partout les vrais schistes 
cristallophylliens sont limités au pourtour des massifs de granité. 

Tout le Système primaire Sud- Africain représente donc une série 
unique, dont les roches sont fortement modifiées dans leur struc- 
ture par le métamorphisme de contact, produit par Tintrusion du 
granité. Dans la zone de contact, les schistes se sont différenciés à 
r infini en donnant de nombreux types caractérisés par la présence 
d'une grande variété de minéraux de contact, comme la staurotide, 
Tandalousite, l'ottrélite, le grenat, le corindon, etc. *. 

Cependant, dans les régions où le Système primaire Sud- Africain 
est bien développé comme dans le district de Barberton et dans le 
Witw^atersrand, il est préférable, pour des raisons d'ailleurs pure- 



1. W. Gibson, 18, p. 4^)o. 

a. E. CouBN, dans P.-H. Daums. 9, p. 90. 

3. A. ScuBNGK, 45, p. aa5. 

4. Une série de ces roches métamorphiques réunie par M. K. Cohen, près 
de Marabastad. dans le district du Zoutpansberg, a été décrite par M. J. 
GôTZ, 19, p. i63 et suivantes. 

De très beaux types de ces roches mctamorphiques forment les roches 
auxquelles j*ai donné le nom de roches porphypoidea à corindon et de schistes 
d corindon, roches que l'on trouve dans plusieurs localités autour du massif 
granitique de Vredefort. Pour leur description, voir : G. -A. -F. MoLENr.R.vAFP, 
30, p. 198. 



igOI GÉOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SXtD-AFRICAIXE I^ 

ment pratiques, de distinguer une série inféneure voisine du gra- 
nité intrusif, consistant en schistes cristallophylliens, et une série 
supérieure, formée par des roches d'origine élastique, nommée la 
série de Barberton ou la série de Hospital-hill *. 

Gîtes aurifères. — Dans les environs de Barberton on trouve, 
dans les terrains de ce Système primaire, les mines d'or, dont 
l'exploitation, à l'époque où les conglomérats fameux du Witwa- 
tersrand furent découverts, en i885 et 1886, atteignait son maximum 
de développement. Les couches de Barbei*ton sont redressées 
presque à la verticale et fortement plissées ; l'or s'y trouve large- 
ment répandu, sans aHectionner un niveau particulier ou s'asso- 
cier à une roche spéciale. 

C'est ainsi qu'on trouve les veines de quartz aurifère tanUH 
dans les assises de la série de Barberton, ce qui est le cas ordinaire 
dans le district de Barberton ; tantôt dans des schistes métamor- 
phiques et cristallophylliens, comme dans les mines de Forbes- 
i*eef, près de Steynsdorp, à la limite du Swazieland, dans la mine 
de Three-sisters, au sud-est de Kaap-Muiden, dans la mine de 
Woodstock, près de Jamestown: plus à l'ouest, sur la même 
rangée, dans la mine de North Sheba. et tantôt même dans le 
granité, tout près de sa surface de contact avec les schistes envi- 
ronnants, comme dans la mine de la Cataracte, un peu au sud de 
la mine de North Sheba. 

I^ position de ces gisements aurifères est en relation intime avec 
les accidents orogéniques. En elliet, souvent on trouve l'or dans des 
iilons-couches de quartz, disposés suivant des plans de glissement 
(district de Moodies), d'autres fois le quartz aurifère remplit des 
fentes et des cassures, qui suivent généralement avec plus ou moins 
d'exactitude la direction et l'inclinaison des strates, d'autres fois 
encore les veines de quartz aurifère forment des réseaux diverse- 
ment ramifiés. Ce dernier mode se rencontre dans les points où les 
dislocations dues aux mouvements orogéniques ont été aussi vio- 
lentes que compliquées (environs de la crlèbre mine de Sheba). 

I. Les couches de Hospital-hill. au nor<l de Johannesburg, sont exactement 
réquivalenl des couches de Barberton. Cependant beaucoup de géologues 
n'ont pas admis cette identité, et de cette divergence de vues est résultée la 
plus regrettable confusion. C'est ainsi que M. Hatch (23, p. 77) sépare ses 
HospUai-hill séries de ses Archœan rocks et leur donne une place à la base 
de son Système du Cap. 

Pour M. SciiBNCK la série de Barberton forme une partie de ses Swasi- 
Schietiten et la série de Hospital-hill constitue la partie inférieure de sa 
Kap-Formation. 

39 Juin n.)»»i. — T. I•^ Bull. Soc. Géol. Fr. — 'j 



l8 G. -A .-F. MOLENGRAAFF 31 JanV. 

Dans tontes ces régions, d'ailleurs, les strates encaissantes du 
quartz aurifère sont plus ou inoins imprégnées d'or. De cette dispo- 
sition des veines aurifères il résulte que dans le district de Bar- 
berton on peut distinguer quelques zones aurifères d'une faible 
largeui\ mais d'une longueur très grande. Ces zones ont la mémo 
direction que Taxe de redressement ou de plissement des collines, 
et, par suite, cette direction et rinclinaison des couches correspon- 
dent grosso-modo à la direction et à Tinclinaison des assises de la 
formation elle-même *. 

Les gisements d'or situés : sur la propriété Klipval [33] (district 
de Piet-Retief), sur la propriété Wonderfontein [486] (district de 
Vrijheid), dans le Murchison-range, à Marabastad, à Eersteling 
(district du Zoutpansberg), aussi bien que la plupart de ceux de 
la Rhodesia - et du Manica portugais ^ sont comparables aux 
gîtes aurifères du district de Barberton *. Dans le Hospital-hill, 
au nord de Johannesbui^, on a trouvé des gisements de quartz 
aurifère analogues à ceux de Barberton, mais leur teneur en or 
était trop faible pour qu'ils aient une valeur économique. 

L'analogie du développement de certaines assises du Système 
primaire dans des régions du Transvaal très éloignées Tune de 
l'autre est fort remarquable. Un groupe de roches très caractéris- 
tiques, auquel les mineurs du Witwatersrand ont donné le nom 
local de Hospitalhill-slate, sert de repère, dans tout le pays, pour 
reconnaître l'existence de la série de Barberton. Ce sont des roches 
schisteuses et quartzeuses fortement chargées de magnétite, dont 
le type le plus saillant est une roche rubannée, composée de minces 
assises alternantes, de quartz blanc, de jaspe rouge et de magné- 
tite noire. Cette roche, trouvée en iSjS par M. Cohen ^, a été 
décrite par M. Gôtz *^, qui lui a donné le nom de Magnetit-Quarzit- 
Schiefer, Elle était alors désignée par les mineurs des champs d'or 
de Marabastad sous le nom de caUco-rock, 

Tectonique et situation stratigraphique. — Les couches 
du terrain primaire sont presque partout fortement redressées, 

I. Pour des détails sur le champ aurifère de Barberton, Voir : A. Bordeaux, 
2, p. 374 c^ suivantes. 
9. A.-R. Sawybr. The goldfields of Mashonaland, 43. 

3. A.-R. Sawybr. The Poriuguene Manica goldfield, Trana, of the Fed 
Instit, of Mining Bngineers, June igoo. London, 1901. 44. 

4. A. Bordeaux, 2, p. 394. 

5. E. CoHBN, 4, p. 5ii. 

6. J. GAtz. 19, p. 164. 



igOI GEOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRICAtXE I9 

plissées et disloquées et, par suite, les roches qui les compo- 
sent sont énergiquement métamorphisées par pression. Ces 
mouvements de refoulement ont été la résultante de Faction de 
forces orogéniques qui s'exerçaient en général du sud au nord. Il 
en résulte que la direction des strates dans les bandes de schistes 
qui apparaissent fréquemment au milieu du granité ancien, aussi 
bien que la direction de ces bandes elles-mêmes, est très souvent 
orientée sensiblement de l'ouest à Test. Cependant cette règle 
souffre beaucoup d'exceptions : dans le district de Vrijheid, par 
exemple, et dans le district de Piet-Retief la direction des assises 
du Système primaire, comme celle des crêtes des montagnes de la 
région, est tantôt N.O.-S.E., tantôt N.-S. Quand un massif de gra- 
nité est entièrement entouré de schistes, on constate que la direc- 
tion des strates environnantes est en général parfaitement tangen- 
tielle à la périphérie du massif. Si Ton suit de Test à l'ouest la 
zone de terrain primaire entre le fleuve du Krokodil et le fleuve de 
Komati, on voit la direction des strates, d'abord est-ouest, se 
courber au sud, près de Sheba-hill et, tout en entourant le massif 
de granité de Barberton, redevenir E.-O. sur les flancs nord et 
sud du massif, dans les collines du Noord-Kaap et dans celles de 
Moodies ; enfin les schistes disparaissent avec le granité sous les 
grès de Kantoor, qui appartiennent à la ibrination du Cap, super- 
posée en discordance aux assises du Système primaire. 

Ijc panorama dont on jouit du sommet de rescarpement de 
Duivels-Kantoor, à 1800 mètres d'altitude, est l'un des plus beaux 
paysages géologiques que Ton puisse i*ôver. Aux premiers plans, à 
400 mètres en contre-bas, ou voit le terrain granitique de Barberton 
qui, de cette hauteur, paraît être une plaine, accidentée en réalité 
par de nombreuses collines aux formes aiguës, formées par Taflleu- 
rement de dykes de diabases traversant le granité. Ce terrain 
granitique est, du reste, très diflicile à parcourir ; il est sillonné par 
de nombreux et profonds ravinements, auxquels on donne le nom 
local de dongas * qui, vus du point élevé où Tobservateur est placé, 
ont Taspect de troncs d'arbres ramifiés à Tinfini. Tout autour de ce 
terrain granitique, on aperçoit, disposées en demi cercle, les 
collines aux flancs abrupts et aux arêtes tranchantes de la série de 
Barberton -. On voit le granité et les schistes environnants, le 
long d'une ligne nord-sud, disparaître sous les terrains du Système 

I. Mot emprunté à la langue Zoaloa, 

'i. Ces collines se succédant les xines les autres avec une multitude et une 
diversité de formes extraordinaires, donnent au paysage un caractère 
alpestre. 



'20 



G.-A.-F. MOLENGRAAFF 21 Janv. 



du Cap, qui leur est superposé sous une inclinaison d'environ j»* à 
Touest ; l'observateur qui regarde vers Touest a donc devant lui 
un panorama absolument différent de celui de Test ; à Touest, les 
montagnes prennent des formes tabulaires, formes qu'une érosion 
longtemps prolongée engendre dans les couches sédimentaires peu 
inclinées. 

Le même phénomène se présente plus net et peutrétre encore 
plus séduisant pour l'œil tout autour du massif granitique de Vre- 
defort (État libre d'Orange). Ce massif, en forme de vaste dôme à 
courbure peu accentuée, est entouré en demi-cercle par cinq ran- 
gées de collines dans lesquelles la direction des strates change 
dans le même sens en restant toujours sensiblement parallèle à la 
périphérie du massif de granité. Les deux rangées les plus rappro- 
chées du granité appartiennent à la série de Barberton, puis vien- 
nent deux rangées a{)partenant à la série du \Vit\vatersrand ', et 
enfin une rangée de collines plus hautes formées par des diabases 
amygdaloïdes et des i)orphyrit(^s diabasiques. Placé au centre du 
massif granitique, on se croirait dans l'arène d'un vaste amphi- 
théâtre entouré d'un hémicycle de cinq gradins natui*els gigan- 
tesques. 

I^ disposition des terrains primaires autour du massif graniti- 
que, entre Johannesburg et Pretoria, quoique en principe analogue, 
est rendue très obscure par la complication des phénomènes oi'ogé- 
niques et la superposition des strates de la formation du Cap. 

Les mouvements de redressement et de plissement semblent 
avoir été, en quelques localités, contemporains des intrusions de 
granité ancien ; néanmoins, dans la grande majorité des cas, ils 
semblent leur être postérieurs, comme on peut le déduire de la 
structm'e nettement gneissique et cataclasique, qui est assez fré- 
quente sur les bords des massifs granitiques. Le granité et les 
schistes environnants, tous deux altéréîf par ces actions dynami- 
ques, se confondent souvent et toute trace d'une ligne de démar- 
cation disparaît. 

Dans le Witwatersrand il n'y a pas eu, en général, plissement des 
couches de la série de Hospitiil-hill et dans la plus grande partie 
du Rand, par exemple au nord du marketsquare di} Johannesburç, 
les couches de Hospilal-hill sont représentées j)ar une seule série 

I. Les exploitations de conglomérats aurifères dans ces assises sont 
connues sous le nom de Champs d^or du Vaal. Elles n'ont pas jusqu'à pré- 
sent répondu û l'attente des exploitants, cependant leur avenir ne me semble 
pas décourageant. 



igOI GEOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 121 

d* assises consécutives, qui n*est pas doublée par des phénomènes 
de plissement. 

En allant de haut en bas, on peut distinguer les groupes d'assises 
ci-dessous. Les couches pouvant servir de repères par leurs carac- 
tères propres plus persistants sont indiquées par une astérique (*) 
(voir fig. I et fig. a). 




Fi^. I. — Coupe des couches de la série de Hospital- hiU^ dans le Witwa- 
tersrand central, à Johannesburg, montrant les principales couches de 
repère. — Echelle 1/40.000*. 

m) Série du Main-ree/. 

*0 Red^bar^ grès rougeàtre ; couche de repère très constante près de la 
série du Main-reef. Epaisseur, i à a mètres. 

k) Grès à séricite et grès grossier avec quelques couches minces d*argilite 
et de conglomérat. Epaisseur moyenne 700 mètres. 

V) Quartzite vert. Ce quartzite est caractérisé par une couleur verdâtre 
sartoutsurla surface exposée à Taction de l'atmosphère. Epaisseur, 96 mètres. 

Grès jaunâtre formant un banc mince. Epaisseur, 3o mètres. 

k) Argilite rouge. Epaisseur, 60 mètres. 

*g) Hoapital'hHlslaie typique ; cette roche est souvent plissée d'une façon 
extrêmement curieuse. Epaisseur, i3o mètres. 

*/) Quartzite blanc tacheté. Les taches rouges ou brunâtres sont causées 
par la précipitation d'un hydroxyde de fer dans de petits vides laissés par 
des fragments de feldspaths kaolinisés et enlevés partiellement. Epaisseur, 
1 à 3 mètres. 

é) Argilite ferrugineuse rouge ou brunâtre, red-shalè, offrant un clivage 
assez net parallèle ou un peu oblique au plan de stratification. Cette argilite 
est rendue un peu luisante par la présence de très petits feuillets de mica 
moscovite Epaisseur, aaS mètres. 

*d) Quartzites â ripple-marks : ce sont des quartzites blancs ou rougeâtres. 
Dans la partie centrale du Witwatersrand cette bande de quartzites est très 
facilement reconnaissable, en ce qu'elle forme un petit escarpement unila- 
téral, au pied duquel s'étend souvent un terrain marécageux. Epaisseur 
moyenne ao mètres. 

c) Complexe d'argilites rouges foncées ferrugineuses, connu sous le 
nom de black-shaUa^ parce que leur couleur devient rapidement noire lors- 
qu'elles sont exposées à l'action de l'air. Epaisseur 33o mètres. 

•6) Quartzite du Rand-proper, Cette roche a subi un dynamométamorphisme 
intense. Ce massif quartzitique se sépare généralement en deux bancs de 
quartzite blanc très épais, entre lesquels est intercalée une argilite à séricite 
satinée bt qui est souvent un peu quartzeuse et très nettement ondulée. 
Cette argilite renferme dans quelques localités des veinules irrégulières de 
quartz à pyrite, qui ont quelquefois attiré l'attention des prospecteurs. 
Epaisseur moyenne, 160 mètres. 



212 



G.-A.-F. MOLENGRAAFF 31 JanV. 



a) Schistes du versant nord du Rand-proper ; ce sont des schistes à séri- 
cite ou des schistes à actinote. 

Ces schistes font souvent défaut et dans ce cas le quartzite du Rand proper 
repose directement sur le granité. 

a. Granité ancien. 

Malgré la simplicité stratigraphique relative de la série de 
Hospital-hill la pression orogénique exercée du sud au nord a été 
très énergique conti'e le massif de granité qui a joué ici le rôle de* 
butoir. Il en est résulté de nombreuses dislocations, des failles. 




Pig. a. — Coupe des couches de la série de Hospital-Htll, 
dans le Witwatersrand occidental. — Echelle 1/40.000. 

m) Série du Main Reef ; 
•0 Red Bar ; 

k) Grès à séricite, schistes et minces assises de conglomérat aurifère 
(Banketa); 
•7) Quartzite verdàtre ; 

j\) Schistes et grès intercalés entre les bancs de quartzite verdôtrc : 

f) Schistes et diabases : 

h) Argilite rouge ; 

fc,) Argilite rouge très ferrugineuse : 
•g) Couches de HospitalHiU ; 
•/") Quartzite blanc tacheté ; 

é) Argilite rouge luisante ou red-nhale ; 
•d) Quartzite à ripple-marks ; 

c) Argilite rouge foncée ou blackshale ; 
•ft) Quartzite d)rnamométamorphisé ; 

h^) Argilite à séricite satinée et froissée {criimpled) : 

a) Schistes à séricite et à actinote ; 

a. Granité ancien . 

des glissements et souvent même une structure en écailles. C'est 
ainsi que la grande majorité des failles, qu'on a rencontrées au 
cours de l'exploitation des mines d'or du Witwatersrand, ont le 
caractère des failles inverses de rejet (thrust-faults). Les accidents 
qui ont produit la structure anonnale, qui n'est d'ailleurs pas 
encore entièrement expliquée, de la série de Hospital-hill à Test 
de Johannesburg sont, en principe, des phénomènes de glisse- 
ment le long de plans * qui traversaient sous un angle très 

I. C*est certainement une bien grande erreur d'expliquer, comme M. Gibson 
Ta fait, celte répétition locale des couches du Witwatersrand par des plis 



N 



igoi GsoLoaiB de la république sud-africaine ù3 

obtus les plans de stratification des couches. Le résultat a été un 
dédoublement local, ou plutôt une répétition locale d'une partie 
des couches de Hospital-hill. A Jeppe*s-hill, et de là jusqu*à 
Rietfontein, ce phénomène s'est trouvé compliqué, à Fexcès, par 
le plissement d*une nappe appartenant à des couches tout à fait 
supérieures de la série aurifère, couches que Ton trouve main- 
tenant, dans un lambeau limité par deux grandes failles, séparées 
du grand ensemble de la série aurifère du Witwatei*srand par 
plusieurs assises appartenant à la série de Hospital-hill. 

Plus à Touest, dans la partie dite normale du Witwatersrand, 
on trouve les mêmes glissements, mais les plans de glissement 
étant en concordance parfaite avec les plans de stratification, ces 
accidents n*ont pas changé la succession normale des strates. 
Seulement on trouve la preuve des mouvements occasionnés par 
les énormes pressions subies, dans les miroirs fréquents et dans le 
plissement intime des diverses assises elles-mêmes. 

Conglomérats aurifères du Witwatersrand. — Une série de 
terrains *, appartenant à la partie supérieure du Système primaire, 
a acquis une célébrité et une importance extraordinaires, parce 
qu'elle comprend les fameux bankets, elle est constituée par les con- 
glomérats aunfères du Witwatersrand. Cette série est composée de 
grès, d'argilites et de conglomérats. Les grès sont ou tendres et alors 
généralement rougeàtres, comme le red-bar^ ou plus durs et passant 
aux quartzites. Les argilites sont plus ou moins ferrugineuses 
et généralement ollrent diverses formes de passage, du type fran- 
chement schisteux aux grès. Toutes les roches de cette série, les 
conglomérats aussi bien que les grès et les argilites, sont caracté- 
risées par une teneur en séricite telle, qu'elles ont une apparence 
plus ou moins schisteuse. Cette série du Witwatersrand possède une 
grande épaisseur, évaluée par M. de Launay - à environ 7600 mètres. 

renversés et couchés. Dans aucune partie du Witwatersrand je n'ai trouvé 
des .successions inverses de strates comme celles que cet auteur a ligurées 
dans ses coupes (par exemple fig. 6) et cette erreur provient de ce qu'il a 
confondu les quartzites verts (tijç. 1, j) avec les quartzites du Rand-proper 
(ti^. I. b) et la II capital- hiU-alaie typique (iig. 1, f>r) avec les argilites ferru^çi- 
nenses (lig. 1, c). Dans la plus grande partie du Uand la succession des strates 
est normale et on n'y trouve ni répétition, ni succession inverse des couches, 
comme M. (xib.son Ta indiqué dans sa coupe schématique, 18. pi. X, lig. i. 

I. Je crois inutile de donner une description détaillée du terrain aurifère 
du Witwatersrand, car il existe, sur ce sujet, de nombreux mémoires bien 
connus. Je me bornerai à renvoyer le lecteur aux ouvrages de MM. de Lau.vay, 
Uatch et Chalmers, et Trusgott, 

a. de Launay, 27. 



24 G. -A. -F. MOLENGRAAFF QI Janv. 

On trouve Tor répandu surtout dans les conglomérats et beaucoup 
moins dans les quartzites. Les galets des conglomérats semblent 
être dépourvus d'or et au point de vue pratique on j>eut dire que 
l'or est restreint au ciment pyriteux du conglomérat ou banket. 

De haut en bas on peut distinguer dans la partie centrale du 
Witwatersrand quatre bandes de conglomérats aurifères : 

4. La série à'EUburg ; 

3. La série du Kimberlejr-reef ; 

a. La série du Bird-reef ; 

I. La série du Main-reef. 

La série du Main-reef est la seule qui ait une grande importance 
économique ; toutes les mines d'or du Witwatersrand se trouvent 
dans cette série K Ces diflerentes séries ont des caractères assez bien 
définis et possèdent des couches assez caractéristiques pour servir 
de repères utiles dans les forages profonds qu'on a fait au sud de 
la ligne d'affleurement du Main-reef, dans le but de se convaincre 
de la persistance de cette série de bankets riches pour l'exploita- 
tion des deep-levels. Cependant à Test et à l'ouest, principalement 
au-delà des grandes failles de Boksburg, à l'est, et de Witpoortje, à 
l'ouest, la succession des strates aurifères, qui est typique pour la 
partie centrale près de Johannesburg, se modifie graduellement. 
La série d'Elsburg est très différente des autres ; au lieu d'être 
formée par un nombre restreint de bancs de conglomérats à 
petits galets de quartz bien définis, elle consiste en un grand 
nombre de lits de conglomérats se confondant plus ou moins les 
uns avec les autres. Les galets y sont beaucoup plus volumineux - 
que dans les autres reejs et une forte proportion de la roche, 
considérée dans sa totalité, n'est pas du quartz, mais est dérivée 
de roches diverses, surtout de quartzites. 

Au AVitwatcrsrand on a généralement, et avec juste raison, pris 
comme i)oint de départ, dans les iH»chei*ches des affleurements du 
Main-reef, les couches de la Hos])ital-hill-slate, parce qu'elles ne 
sont presque jamais cachées à la vue et sont très faciles à carac- 
tériser. Cependant on a souvent commis des erivurs, en ne tenant 

I. 11 s'en suit que je regarde le Botha's-reefel le Batiery-reet, à Touesl de la 
faille de Witpoortje, le Kleinfonteirirreef et le Van l^jr^'s-ree/^ à l'est de la 
faille de Bocksburg, comme les équivalents de la série du Main-reef dans la 
partie centrale du Rand . 

a. Dans les autres ree/s^ par exemple dans le Main-reef, les galets volu- 
mineux ne font pas entièrement défaut, mais ils y sont rares. Cest ainsi 
que j*ai reçu, grâce à Tobligeancc de M. Walkek, inspecteur des mines, 
quelques galets de a5 centimètres de diamètre, provenant de la mine de 
Langiaagte dans le Main-reef. 



\ 



igOI GÉOLOGIE DE LA RÉPUBLIQUE SUD-AFRICAINE q5 

pas suffisamment compte de ce fait, que la distance horizontale 
entre les deux lignes d'affleurement de la Hospital-hill-slate et 
du Main-reef doit varier en même temps que rinclinaison des 
strates intercalées et aussi suivant que l'épaisseur de ces strates 
augmente ou diminue. En comparant * les figures i et a, on voit 
de suite que, dans le Rând occidentiil, la distance entre ces deux 
lignes d'affleurement doit étn^ beaucoup plus grande que dans le 
Rand central, car les couches du quartzite vert ont un dévelop- 
pement plus considérable dans les environs de Krugcrsdorp que 
dans le voisinage de Johannesburg. 

La série du Witwatersrand affleure aussi avec des caractères 
très analogues à celles qu'elle présente au Witwatersrand : 

lo Dans les environs de Heidelberg où elle a une direction 
E.-O. ou N. E.-S. O. et une inclinaison au N. ou au N.-O. ; ce 
sont les mines de Heidelberg ; 

oP Tout autour du massif de granité de Vredefort, en formant 
un demi-cercle ; les couches sont redressées verticalement ou même 
renversées j avec inclinaison vers le granité , ce sont les mines d'or 
du Vaal (PL II, coupe i) ; 

3" Dans les environs de Klerksdorp et de Rietkuil ; ce sont les 
mines d'or de Klerksdorp. Ici la direction des strates est en 
moyenne N.-S. avec des inclinaisons variables. 

Dans toutes ces localités on a trouvé des conglomérats aurifères, 
dont les meilleurs et les plus riches sont regardés, avec plus ou 
moins de justesse, comme les équivalents de la série du Main-reef 
dans le Witwatersrand. 

Si Ton examine sur la carte la direction et l'inclinaison des strates 
de cette série dans les diverses contrées que nous venons d'indi- 
quer, et si Ton tient compte de ce fait que l'inclinaison des assises 
diminue en général à une certaine distance de la ligne d'affleure- 
ment et atteint finalement à peu près ])our la série du Witwaters- 
rand, considérée dans son ensemble, une valeur moyenne de 25 a 
3o degrés, constatée au sud à des profondeurs de plus de 5oo mètres, 
on voit avec évidence que la série du Witwatersrand, dans le sud 
du Transvaal, forme ujie cuvette courbée * ; c'est \h le bassin du 
Witwatersrand . On a pu suivre les limites de cette cuvette au-delà 
des lignes d'affleurement, grâce à des sondages, forés dans les 
terrains qui lui sont superposés. C'est ainsi qu*on a pu constater 
son existence sous la série de la dolomie et sous celle du Black- 
reef, appartenant toutes les deux au Système du Cap ; on Ta 

I. G.-A.F. MOLENGRAAPP, 30, p. I77. 



26 G.-A.-F. MOLENGRAAFF ai JanV. 

retrouvée également sous les couches du Système du Karroo, et 
même sous les Systèmes du Cap et du Karroo superposés, comme 
à Test de Boksburg (district de Heidelberg). 

La stratigraphie des terrains aurifères du Witw^atersrand étant 
assez compliquée et encore peu connue, il n*est pas étonnant de 
voir quelques auteurs faire de cette série une formation distincte, 
en discordance sur la série de llospital-hill. Mes recherches 
n*ont pas confirmé cette opinion. Les couches aurifères du 
Witwatersrand paraissent être partout en concordance avec celles 
de la série de Hospital-hill et, du reste, les études faites dans 
diverses régions du Transvaal ont démontré que les couches 
aurifères de la région de Johannesburg devaient être regardées 
comme intimement liées aux autres divisions du Système primaire 
Sud Africain, dont elles formaient, localement en ce point, la 

Magajui fif Difnamae SHne d'or de âamjf Daùon 

m ù <i 




Fig. 3. — Coupe passant par la mine (l*or de Denny-Dalton (district de 
Vrijiieid). montrant des conglomérats aurifères {Banket») iientiques à 
ceux du Witwatersrand, intercalés entre les couches de la série «le Bar- 
berton (série de llospital-liill). — Echelle i/i5.ooo«. 

la. Conglomérat de Dwyka ; f, Schistes ferrugineux, é]>aisseur 3"i ; m, Schistes 
et schistes ardoisiers ù muscovite, ép. 18,8 ; d, Diabase, ép. 9,4 ; A, Argi- 
lites, ép. (>ï2,8: q'-', Quartzites, ép. 0,3; q", Couches de llospital-hill et jaspes, 
ép. i5,7 ; s. Schistes satinés, ép. i2,5o ; q', Quartzites, ép. 18,10 ; B, 
Banket et quartzite, ép. 3i,4 ; q» Scdiistes et quartzites. 

partie supérieure. Kn outre, j'ai trouvé dans le district de Vrijheid *, 
sur les propriétés Hondspring [i3j], Dipka [Spo] et Mahlone [624] 
et sur la propriété de la Compagnie de Denny-Dalton, de véritables 
bankeis ou conglouiérats aurileres et d'autres dépôts qu'on ne pour- 
rait distinguer de ceux de la série du Witwatersrand (voir lig. 3) ; 
ces bankets et ces dépôts étaient intercalés eu concordance entre 
des couches appartenant à la série de Barberton et avaient absolu- 
ment l'aspect des roches de la série de Hospital-iiill , près de 
Johannesburg. (Cependant il faut reconnaître que l'on a rencontré 
dans les congh>mérats, dits d'Elsburg, à la partie supérieure de la 
série du Witwatersrand, des galets d'une roche que l'on retrcmve 
dans la série de Hospital-hill, ce qui tendrait à prouver que ces der- 

I. G. -A. F. MOLBNORAAFF, 34, p. 37. 



I9OI GEOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUI>-AFRIGAII«Œ fà'J 

niers conglomérats avaient déjà été exposés aux agents de Térosion 
et de la dénadation qaand se déposèrent les couches d'Elsburg. 

Il est donc évident que la totalité des assises, de la base de la 
série de Hospital-hill aux schistes d*Elsburg, quoique disposée en 
concordance apparente, ne peut représenter une série absolument 
ininterrompae. Il doit exister, tout au moins localement, une 
discordance entre la série du Witwatersrand entière ou seulement 
sa partie supérieure et celle de Hospital-liill. 

Roches amygdaloides du Witwatersrand. — La série du 
Witwatersrand, que nous regarderons donc comme produite par 
un fort développement local de la partie supérieure du Système 
primaire Sud-Africain dans le Sud et le Sud-Ouest du Transvaal, 
est recouverte par des masses énormes de roches diabasiques 
d*épanchement. Elles couvrent une très grande étendue, car on les 
trouve reposant sur la série des grès et des conglomérats aurîieres, 
dans le Klipriviersberg au sud de Johannesburg, dans les environs 
de Heidelbei^, dans la zone aurifère autour du massif de granité 
de Vredefort et dans les environs de Klerksdorp. Dans le Klipri- 
viersberg, où répaisseur de cette série éruptive dépasse 800 mètres, 
on constate qu'elle est formée par des diabases amygdaloïdes, qui 
reposent sur les couches d'Klsburg: au-dessus viennent des porphy- 
rites diabasiques auxquelles sont superposées, de nouveau, des dia- 
bases amygdaloïdes. Cette même succession se retrouve dans la 
série éruptive qui entoure le massif de Vredefort. Dans le sud- 
ouest du Transvaal, où les couches du Système primaire Sud-Afri- 
cain sont presque horizontales, ces diabases amygdaloïdes occu- 
pent une très grande étendue *. On y trouve des porphyrites 
qnartzifères intercalées entre les roches amygdaloïdes diabasiques 
et mélaphyriques, ce qui pi'ouve que la région a été soumise 
alternativement à des éruptions de roches basiques et îi des 
éruptions de roches plus acides. Ces porphyrites quartziféres - sont 
de très belles roches, qui avaient déjà attire Tattention des pre- 
miers explorateurs comme MM. lïûbner •* et Cohen. Elles offrent 
une gninde résistance aux agents de dénudatiou et Ibrnient par con- 
séquent lies terrains jdus élevés, des groupes de collines où elles 
allleurent, comme dans les Makwassiebergen (district de» W'olnia- 

1. M. E. Cohen, en 1873, avait déjà fait observer avec raison que ces diabases 
amygdaloïdes du Vaal étaient plus anciennes que les diabases du Système 
du Karroo. Voir: E. Coiibn, 7, p. aïo. 

2. Voir pour leur description pétrographique : P. Dahms, 9, p. 108, et 

G.-A.-F. MOLBNGRAAFF, 30, p. ai3. 

3. A. UûBKBR, 25, p. Sa. 



^ G.-A.-F. MOLENGRAA.FF QI JailV. 

ransstad), et dans les collines près de Klerksdorp, le long du 
Schoonspruit. 

En outre, on trouve développé, dans le Système primaire de ce 
district, une série impoi*tante de tuts diabasiques silicifiés et de . 
schistes coméens qu'on na jamais rencontrés ailleurs. Ces 
schistes siliceux ont un aspect à peu près semblable aux lits de 
silex, qui sont très fréquents dans la série des dolomies du Sys- 
tème du Cap *. 

On ne peut assurer que les roches amygdaloïdes du Witwaters- 
rand forment avec les couches du Witwatersrand sous-jacentes 
une série absolument ininterrompue ; seulement des observations 
précises ont démontré que, sans aucun doute possible, les érup- 
tions de ces diabases amygdaloïdes ont eu lieu après la formation 
de toutes les couches aurifères de la série du Witwatersrand et 
qu'elles sont antérieures à la période dans laquelle les couches 
de la série du Black-i'eef se sont formées. 

Gîtes métallifères divers. — En dehoi's de Tor, dont les gise- 
ments principaux viennent d'être mentionnés, on trouve encore 
quelques autres minerais dans le Système primaire et la nature 
de leurs gisements se rapproche beaucoup de celle des gites 
aurifères ; on les trouve généralement dans des veines qui ont la 
même direction et le même pendage que les strates encaissantes. 

C'est ainsi qu'on a trouvé le cinabre dans un schiste à séricite 
de la vallée du Loinati , lantimonite dans des amphibolites près de 
Forbes-reef dans le Swazieland, près de Komati au nord de 
Steynsdorp , et dans la mine de Gravelotte non loin de Leijds- 
dorp, où Tor natif est associé à de lantimonite. De la crocoïse bien 
cristallisée se trouve dans une veine de contact associée à un dyke 
de diabase qui traverse les schistes à staurotide près de Darkton, 
dans le Swazieland. 

Des gisements intéressants de minerais de cuivre ont été décou- 
verts récemment dans une amphibolite -, qui forme des bandes 
étroites dans le granité, sur la propriété Goudhoek [498] dans le 
sud du district de Vrijheid. Du reste, les mines de quartz aurifère 
sont souvent relativement riches en minerais de fer et de cuivre 
comme par exemple sur la propriété Doomhoek [34o] (district 

1. Eu 1890, cette similitude in*a induit en erreur, lorsque j'ai cru retrouver 
la formation de la dolomie dans les falaises des environs de Hartebeesfontein 
(district de Potchetstrom) qui sont constituées par ces schistes siliceux, 
Voir : 30, p. 261. 

a. Il est bien possible que cette amphibolite ne soit autre chose qu'une 
diabase fortement altérée et ouralltisée. 



> 



igOI oéOLOGIE DE LA RÉPUBLIQUE SUD-AFRICAINE HQ 

de Vrijheid), dans les mines d'or de Noord Kaap au nord du 
massif granitique de Barberton et dans la mine de Sheba Queen, 
près de Steynsdorp, où est exploité un gite filonien qui n'est pas 
encore bien étudié, mais qui semble être un vrai filon de fracture. 

Roches éruptives. — Le terrain primaire et le granité ancien 
sont recoupés par de nombreux dykes de roches éruptives, pour 
la plupart des diabases. Dans les ten*ains stratifiés on trouve 
souvent des bancs de diabase, souvent d'une grande épaisseur, 
intercalés en discordance entre les strates de ces terrains. 

Affleurements et âge. — Le terrain primaire affleure dans tout 
le Lage-çeld ou pays bas^ c'est-à-dire dans une zone de terrain 
moins ou peu élevé, qui s'étend entre le Hooge veld^ le haut pla- 
teau du TransvaaL et la frontière de l'est, sauf toutefois ime bande 
de 16 kilomètres de laideur moyenne, le long de cette frontière, 
bande composée de terrains appartenant au Système du Karroo 
supérieur et situés du côté orienUil de la grande faille de rest(P\. II, 
coupe 2). 

Dans le district de Vrijheid, le Système primaire est en partie 
recouvert par des dépôts du Système du Karroo. Dans le disti'ict 
du Zoutpansbei^ il occupe de vastes étendues, mais la géologie 
de ce district est encore très peu connue. Il en est de même pour 
les districts de Wolmaransstad et de Bloemhof, au sud-ouest du 
Transvaal, où le Système primaire affleure laidement, mais est 
caché à la vue, en bien des points, par des dépôts du Karroo infé- 
rieur et par des sédiments superficiels plus récents. Dans toute hi 
partie centi*ale du Transvaal le Système du Ckip est superposé en 
discoixlance au Système primaire et ce dernier affleure, seulement 
là où le premier est entièrement dénudé, dans le grand massif où 
sont exploitées les mines d'or de Johannesburg, dans les environs 
de Heidelberg, au sud-ouest de Krugersdorp et dans le beau 
massii de Vredefort(Pl. II, coui)e i). 

L'âge du Système primaire Sud- Africain dans le Transvaal est 
inconnu. Cependant dans la Colonie du Cap une formation, sans 
aucun doute dévonienne, est superposée en discordance aux 
couches de Malmesbury et aux massifs de granité inti'usif qui 
traversent ces mêmes couches. Or, la série de Malmesbury appar- 
tient au Système primaire Sud-Africain, ce dernier doit donc être 
prédévonien, c'est-à-dire silurien ou précambrien. 



3o U...V.-F. MOLENGRAAFF 31 JailT. 



11. — SYSTEME Dr CAP 

Les cinq divisions suivantes, cnuinérées de haut eu bas, 
forment le Système du Cap : 

5. Série du grès du Waterberg : 
4. Série plutonique du Boschveld; 
3. Série de Pretoria ; 

2. Série des doloraies ; 

1. Série du Black-reef, 

Dans une très grande partie de TA Trique australe on trouve 
disposée en discordance au-dessus du Système primaire une suc- 
cession très épaisse de couches, qu<» Ton peut diviser vu trois 
étages bien nets. Dans la Colonie du Cap ce sont : 

3. Couches des Willebergeii : 

2. Couches du Bokkeveld ; 

I. Grès de la Montagne de la Tal>lc. 

Dans le Transvaal ce sont : 

3. Série de Pretoria ; 
a. Série des doloniies ; 
1. Série du Black-reef. 

Les couches du Bokkeveld sont les seules assises antérieures à 
celles du Karroo, dans lesquelles on ait trouvé des fossiles (oi^a- 
nismes marins appartenant au Dévonien inférieur). 

Les recherches des Services géologiques de la Colonie du Cap 
et de la République Sud-Africaine dans ces dernières années ont 
permis de conclure que ces trois éUiges s'équivalent dans les deux 
pays. Par suite, la grande transgression, qui vint déposer les grès 
de la Montagne de la Table en discordance sur les schistes de Mal- 
mesbury, est bien la même que celle qui fit se former les couches de 
la série du Black-reef en discordance sur le Système primaire du 
Transvaal. Néanmoins on est encore loin de pouvoir établir un 
parallélisme parfait entre les subdivisions du Système du Cap dans 
la Colonie du Cap et celles de ce même Système dans le Transvaal. 
Au Transvaal, aucun fossile déterminable n a été encore trouvé 
dans ces formations et les-analogies pétrographiques ne constituent 
pas un appui suffisant pour synchroniser exactement ces couches. 

Certes il existe une ressemblance frappante entre le grès de la 
Montagne de la Table, dans la Colonie du Cap, et celui de la série 
du Black-reef, dans la partie orientale du Transvaal ; mais si Ton 



I9OI GÉOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRICAIXE 3l 

compare les autres étag'es, les couches du Bokkevekl et des 
Wittebergen d'un cAté et les couches «les doloiuies et tle Pretoria 
de l'autre, on constate que [)resque toute analogie pétrographique 
fait défaut. Une solution ne tardera pas à intervenir, tandis 
qu'augmentent, dans TAfrique australe, les progrès de la géologie. 

m 

I. — SÉRIE DU BlACK-REEF 

La série du Black-reef est formée par des quartzites foncés, 
des arkoses, des grès,, des schistes ardoisiers, des grauwackes et 
des conglomérats aurifères. Son épaisseur est très variable. Au 
nord, dans les montagnes de Makapan et de Chunie, elle peut 
être évaluée à 5oo mètres, et à Lijdenburg elle atteint 3oo mètres 
en moyenne; vers le sud son épaisseur descend à environ 
60 mètres à Duivelskantoor. Au sud de Pretoria, dans le Witwa- 
tersnmd et à Klerksdorp elle ne dépasse pas 40 mètres, et autour 
du massif de Vredefort son développement est très faible. 

Les strates du Black-reef ont été désignées par des noms différents 
suivant les diverses régions où elles étaient développées, parce 
qu'on a ignoré assez longtemps que ces divers groupes s'équiva- 
laient les uns les autres. 

En 1898 j'ai étendu le nom de Série du Black-reef k toutes ces 
couches, identiques dans tout le pays *. Jusqu'alors on appliquait 
en général ce nom, seulement à la partie de cette formation déve- 
loppée dans le bassin du Witwatersrand, au sud de Johannesburg. 
A Klerksdorj) on la désignait sous le nom de Série du Bosch- 
rand , au nord du Witwatersrand elle formait la Série de 
Kromdraai, tandis que dans la partie orientale de l'Etat on la 
nommait gréa de Kantoor et grès du Drakensberg -. 

Stratigraphie. — La ligne d'affleurement des grès du Black- 
reef, quoique souvent assez sinueuse, est généralement très facile à 
suivre sur le terrain, parce que ces roches forment un escarpement 
peu élevé et légèrement boisé, contrastant avec les plaines, pres- 
que partout dépourvues d'arbres. Les nombreuses failles transver- 
sales qui recoupent cet escarpement, sont décelées par des déni- 
vellations et des fractures correspondantes. Sur le versant nord 
du massif de granité, entre Johannesburg et Pretoria, où le terrain 
a une pente générale vers le nord, l'affleurement des grès du Black- 
reef, qui reposent sur ce granité, forme un mur naturel que les 

f. Voir G.-A.-P. MoLBNORAAFP, 32, p. ia4. 
a. J.-G. B0U8QUBT, 3. 



3a G.-A.-F. MOLENGRAAFF ai Janv. 

habitants du pays ont utilisé pour la construction de réservoirs 
d'eau, en choisissant les fentes naturelles qui l'interrompent, 
résultat de diaclases ou de failles, j>our établir les écluses leur per- 
mettant de dispenser ainsi méthodiquement, les eaux nécessaires 
à rirrigation des terres. 



iaÔ3) , 




Fig 4- — Coupe Kchéiiiatiquc du bord du bassin du Witwatersrand à Won- 
derfonlein, au sud-ouest de Krugersdorp (d'après D. Draper, Traits, GeoL 
Soc, South. Africa, H, part IV, 1897). 

6, Série de Pretoria ou du Magaliesberg; ô, Série des dolomies ; 4* Série du 
Blnck-reef ; a. Granité ancien ; ib. Grès et conglomérats du Witwaters- 
rand ; i.i, Couches de Barberton ou de Hospital-Hill. 

\a\ série du Bhiek-i^eei", s'étant déposée en discordance sur le 
Système primaire, repose, suivant les points considérés, sur des 
roches ti'ès diderentes les unes des autres, quoiqu'appartenant à 
ce Système. C'est ainsi <ju*on trouve le Black-i'cef au sud du 
Klipriviersberg reposant sur les diabases amygdaloïdes du Witwa- 
tersi*and : à Klerksdorp, il est contigu à des assises différentes 
apjmrtenant à cette même série, alors que, dans les enviix)ns de 
Krugersdorp, il est su])erposé aux étiigtîs aurifères de la région. 
Au nord-ouest de Krugersdorp, on voit la série du Black-reef 
reposer sur la série de Hospital-hill, les strates des deux systè- 
mes étant dans des «lirections perpendiculaires Tune à l'autre. 
Plus au nord dans les mines d<» Kromdraai, le Black-reef est sup- 
])orté en <lis<*()rdance j)ar des conglomérats schisteux, qui consti- 
tuent dans cette partie du Système ])rimaire un faciès encore peu 
étudié. Encore plus loin, au sud <le Pretoria, on voit la série du 
Black-reef reposer «lirectement sur le granité. Dans l'escarpe- 
ment oriental du haut plateau du Transvaal aussi bien que dans 
les montagnes de Makapan et de Chunie, on trouve tantôt le 
granité, tantcH des schistes cristiillophylliens ou des schistes de 
la série de BarbeKon en discordance évidente au-dessous de la 
série du Black-reef (voir (ig. 10 et pi. II). 

(lîTES AURIFERES. — Tcmt à fait à la base ou près de la base 
de cette série (*xistent un ou plusieurs bancs de conglomérats 
plus ou moins aurifères. Le terme Black-reef^ été employé pour 



I9OI GÉOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRICAINE ^ 33 

la première fois par les mineurs du Rand pour désigner ce con^ 
glomérat aurifère, qui se trouvait être à son alïleurement d'une 
couleur plus foncée que les autres conglomérats déjà rencontrés 
au dessous des diabases amygdaloïdes du Klipriviersberg. Plus 
tard on a constaté que ce conglomérat se trouve presque constam- 
ment à la base de la même série, mais qu*il n'est pas toujours 
aurifère. Sa caractéristique est de renfermer des galets d'un plus 
grand nombre de roches ditl'érentes que les conglomérats aurifères 
de la série du Witwatersrand. I^ Black-reef a été exploité au sud 
du Klipriviersberg. dans le Boschrand près de Klerksdorp, et à 
Duivels-Kantoor, dans le district de Lijdenburg. Cette exploitation 
n'a pas donné de bons résultats, surtout à cause de la répartition 
inégale de Tor dans le conglomérat4 Des parties (shoots = chemi- 
nées) riches ou très riches alternent avec des parties stériles de 
grande étendue. 

La direction et Tinclinaison des strates du Black-reéf au sud 
de Johannesburg se trouvent être accidentellement presque les 
mêmes que celles de la nappe de diabase amygdaloide et des 
grt's d'Elsbui^ sous-jacents ; cette disposition a retardé longtemps 
la détermination de la position exacte du Black-reef et de tout 
le Système du Cap dans les parties en relation avec les terrains 
aurifères du Witwatersrand. C'est une des causes qui ont porté 
les géologues à considérer les grès aurifères du Witwatersrand 
comme la partie infériem'e du Système du Cap, en les inettiint en 
parallèle avec le grès de la Montagne de la Table *. 

Bii^i au contraire , ia série aurifère du Witw^atersrand fait 
partie du Systt»nie primaire et est beaucoup plus ancienne que le 
Systc»nie du Ciip; la concordance apparente du Black-reef sur la 
série du Witwatersrand auprès du Klipriviers est pureuient acci- 
dentelle et locale; d'ailleurs dans les environs de Krugersdorp on 
voit les grès et les conglomérats du Witwatersrand disparaître 
sous les grès du Black-reef, avec lesquels ils sont, en ce point, en 
discordance évidente. 

M. Hatch,. a qui nous devons la meilleure carte géologique ^ 

I. En 1890 j'ai fait la même erreur en réunissant dans un seul étage (étage 
inf. du Système du Cap) la série du Witwatersrand aux diabases amygda- 
loïdes et à la série du Black-reef. étage que je nommais alors série du 
Boschrand, 30, p. 209. Mes idées sur la stratigraphie du Transvaal ont été 
considérablement modifiées depuis la publication des résultats que j*avais 
obtenus en 1890 après un trop court séjour dans le pays. 

9. K.-H. Hatch. 22. Une curieuse erreur existe sur cette carte : tout autour 
du massif de Vredefort l'ailleurement de la série du Black-reef a été donné 
entre la dolomie et les couches du Gatsrand, tandis qu'il devrait être placé 

99 Juin 1901. — T. i*)*. BulL Soc. GéoL Fr. — 3 



34 



G.-A.-F. MOLENGRAAFF 



ai Janv. 



publiée sur la partie sud du Transvaal, donne assez exactement la 
position du Black-reef dans le bassin du Witwatersrand ; mais il 
est tri^s curieux qu'il ignore absolument la présence de cette même 
série du Black-reef au-dessous de la dolomie au nord de Krugers- 
dorp et plus loin, sur le versant nord du massif granitique, entre 
Johannesbui*g et Pretoria, où pourtant la série du Black-reef affleure 
entre la dolomie qui la couronne et le granité sous-jacent. Les 
conglomérats sont, en ces points, faiblement développés à la base 
de la série et ne contiennent plus que des traces d'or ; si bien que 
M. Hatch ignore même leur existence. Il considère le Black-reef 
comme un dépôt spécial de remaniement, limité au bassin aurifère 
du Witwatersrand. Je crois cette opinion erronée : il me parait 
clair que dans cette série du Black-reef, qui provient naturelle- 
ment du remaniement des débris des formations plus anciennes, 
il pouvait à la base se former des conglomérats riches en or, 
connue au Klipriviersberg, puisque les couches aurifères du Wit- 
watersrand affleuraient à ime petite distance, tandis que, en même 
temps, sur le uiassif de granité, au nord de Johannesburg, des 
dépôts se constituaient, qui étaient presque dépourvus d'or, mais 
où les arkoses étaient bien développées. 



N. 



Krokodil riv. 







Pig. 5. — Coupe près de la mine de Kromdraai (d'après les documents fournis 
par M. DorlTel, ingénieur-conseil de la C"). — Echelle des longueurs i/j.boo' 
environ ; échelle des hauteurs 1/6.000'. 

5. Dolomies [Gr, Galena-reef; Tr, Tweefontein-reef]. 

4 A'. Schistes ardoisiers dits Kromtiraai'Slates, i3à 16 m. 
q, Quartzite supérieur avec bandes d*argilite interca- 
lées, 5 à 7 mètres. 
4A>. Filon-couche aurifère de quartz à arsénopyrite, 
dit Kromdaai-reeJ\ o m. 5o à 1 mètre. 
Argilite, o m. 5o. 
q. Quartzite inférieur, 6 mètres. 
4 c*. Grès et conglomérats aurifères, 1 mètre, 
le. Conglomérat schisteux du Système primaire, inclinaison 35* vers 

ro.N.o. 



4. Série du 

Black-reef, 

inclinaison : 

iSàiUo* vers 

le nord. 



entre la dolomie et les diabases amygdaloldes. Cette erreur, qui se retrouve 
dans les coupes qui accompagnent la carte, donne une fausse idée de la 
stratigraphie de cette région ; les failles compliquées, dessinées dans ces 
coupes, ne réussissent pas à rendie la tectonique compréhensible. 



igOI GÉOLOGIE DE LA RÉPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 35 

Dans le district de Lijdenburg il existe dans les grès de la série 
da Black-reef, auxquels on a donné là le nom local de grès du 
Drakensberg, un filon-couche aurifère de quartz et de minerai de 
fer. Ce filon qui est intercalé entre deux bancs de grès est exploité 
en plusieurs localités, par exemple sur la propriété Erasmushoop, 
ou il a reçu le nom de Sherwell-reef^. 

A Kromdraai, au nord de Krugersdorp, où on peut étudier la 
série du Black-reef dans les exploitations minières, on trouve un 
filon-couche de quartz aurifère associé k un lit de schistes ardoi- 
siers et intercalé entre deux bancs de quailzites ; la succession des 
strates est donnée dans la légende de la figure 5. 

L*or dans ce filon-couche est associé à larsénopyrite et à la 
pyrite ; il a été exploité avec succès. Les schistes ardoisiers, aux- 
quels on a donné le nom de Kromdraai-slates, forment un horizon 
constant d*une très grande étendue. 

Dans la partie inférieure de la série de la dolomie, qui repose 
en concordance sur la série du Black-i*eef, se trouvent intercalés 
près de sa base des schistes ardoisiers, qui ont beaucoup d'analogie 
avec les Ki*omdraai-slates, d*oii il résulte que la limite entre la 
dolomie et la série du Black-reef sous-jacente est peu tranchée, et 
doit être placée à la base du banc de dolomie le plus inférieur de 
la série. 

!J. — SÉRIE DE LA DOLOMIE 

La série de la dolomie est constituée par des assises de dolomie 
et de calcaire dolomitique bleu foncé ou noirâtre de lo centimètres 
à 3 mètres d'épaisseur alternant avec des bandes minces de silex. 
Parfois, comme je l'ai observé près de Vereeniging, on trouve les 
silex en rognons, disposés selon des sortes de plans de stratification 
comme dans la craie d'Europe. Les bandes de silex ofirent plus de 
résistance aux forces dénudatrices et sont aussi moins solubles dans 
l'eau que la dolomie et par conséquent elles forment des crêtes 
saillantes et donnent un aspect comme strié aux roches de cette 
formation, vues de quelque distance. Dans la partie inférieure les 
bancs de dolomie sont beaucoup plus épais que dans la partie 
supérieure, où les bandes de silex tendent à prédominer. Il en 
résulte que les assises inférieures de la dolomie sont souvent pro- 
fondément érodces, et cachées par des dépots plus récents, tandis 

1. J.-G. Bousquet, 3, p. 38, el Nicol Brown. The succession of the rocks in 
the Pilgrims' Rest district. Tranê. of the geoL Society of Soath Africa^ II, 
p. 3. Johannesburg, 1897. 



36 G.-A.-F. MOLENGRAAFF 21 JailY. 

que les couches supérieures affleurent, en formant des escarpe- 
ments caractéristiques. Dans les terrains où ces couches supé- 
rieures riches en silex affleurent, on trouve le sol tellement cou- 
vert de leurs débris qu'un examen très minutieux peut seul révéler 
la dolomie, comme comprimée entre les bandes de silex saillants. 
Ce phénomène explique comment plusieurs observateurs ont pu 
exagérer outre mesure le rôle des silex de la dolomie *. Cette 
diflérence entre les zones supérieures et les zones inférieures se 
manifeste surtout dans les points où la formation a une inclinaison 
moyenne, il est compréhensible qu'aussitôt qu'elle se trouve 
fortement redressée ou sensiblement horizontale, ces diilérences 
puissent disparaître. 

La position plus ou moins inclinée des couches de la dolomie a 
une grande influence sur son pouvoir de résistance contre les agents 
dénudateurs. Si elle se trouve dans une position horizontale ou 
très peu inclinée, quoiqu'elle ne soit pas dure et relativement très 
soluble, elle se comporte dans la topographie comme un élément 
assez réfractaire, parce que les couches de silex offi*ent Tune après 
l'autre une forte résistance à l'action de l'eau et du vent. Bien 
différents sont les résultats des actions extérieures lorsque les 
couches sont fortement inclinées ou verticales ; alors les couches 
de silex se brisent, dès que les lits de dolomie intercalés 
sont corrodés jusqu'à une certaine profondeur, et la dénudation 
fait un progrès rapide. Par conséquent la dolomie constitue un 
élément très reconnaissable dans la topographie partout où sa 
position est horizontale, mais que Ton doit chercher seulement 
dans les' vallées, où elle est souvent cachée par des dépôts super- 
ficiels plus ou moins marécageux, partout où ses couches sont 
fortement inclinées. 

La surface de la dolomie exposée à l'air libre est rugueuse et 
sillonnée de rides, aussi les boers lui ont-ils donné le nom carac- 
téristique diOlifants-klip^ parce que sa surface usée a beaucoup 
de ressemblance avec la peau d'un éléphant. Le paysage dans les 
terrains où domine la dolomie ressemble beaucoup à celui du 
Karst autrichien. Les grottes, les gouffires et les abîmes y sont très 
nombreux. Ces grottes sont souvent en partie comblées par du 
calcaire stalagmitique ^ et des dépôts d'un tuf ou travertin cal- 

I. W.-H. Pbnmng a donné à cette formation le nom de chalcedolite, 40, 
p. 576, et 41, p. 4^6. 

a. Beaucoup de ces grottes sont très belles et dignes d*ètre >'isitées. L'une 
d'elles, découverte en 1897, à Sterkfontein [68], au nord de Krugersdorp, était 
une splendide curiosité naturelle ; des draperies stalag^tiques tapissaient 



I9OI GEOLOGIE DE LA. RÉPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 3^ 

caire souvent assez riche en débris osseux. Parfois on trouve de 
vraies brèches à ossements dans ces cavernes. L'étude de ces 
ossements qui fournira sans doute des résultats intéressants n*a 
pas encore été faite. Jusqu'à présent on y a rencontré exclusive- 
ment les restes d'une faune pleistocène. 

Souvent les ruisseaux se perdent dans les fissures du sol et 
forment des cours d'eau souterrains parcourant des séries de 
grottes irrégulières, où la rivière s'épanche parfois en lacs souter- 
rains. C'est ainsi que la Mooi-Rivier se perd près de Wonder- 
fontein et qu'en aval de ce point la majeure partie de ses eaux 
suit un cours souterrain ; 4^ kilomètres plus loin elle quitte la 
dolomie en formant une source célèbre appelée Gerhardminne- 
bron, dont le débit est sensiblement supérieur à celui de la rivière 
au moment de sa perte, grâce aux affluents cachés. 

Cette dolomie a une valeur économique considérable pour le 
pays, parce que Teau des grandes pluies de la saison humide, de 
décembre à mars, s'infiltre rapidement dans la roche fracturée et 
caverneuse , qui forme ainsi un réseau de réservoirs d'une 
immense capacité. Cette réserve d'eau accumulée réapparaît à la 
surface par un grand nombre de fortes sources, qui diminuent 
à peine de débit, durant la saison sèche. C'est à ces sources 
remarquablement constantes que presque toutes les rivières 
pérennes de la moitié occidentale du Transvaal doivent leur 
existence, telles sont le Hartsrivier, le Malmani , le Malopo, le 
Schoonspruit, le Mooirivier, le Kliprivier, le Krokodilrivier, 
l'Aapiesrivier, le Pienaarsrivier, le Marico, etc. 

Quant à la position de la série des doloiuies on estime, en général, 
aujourd'hui, qu'elle est superposée absolument en concordance à 
la série du Black-i^cef, ce qui est confirmé partout par les exploi- 
tations minières, tiintôt dans la série du Black-reel*, tantôt dans les 
niveaux inférieurs de la série dolomitique {iig, 5 et pi. II). 

En général, la dolouiie a un développement très uniforme et elle 
est très facile à reconnaître sur le terrain. Elle s'étend sur une 
très grande partie du Transvaal et bien au delà des frontières de 
ce pays ; ainsi elle atteint un développement énorme dans le 
Campbellrand (Griqualand-west) et dans le Han- Ami-Plateau (pays 
de Xamaqua), où elle a été reconnue par M. Schenck. 

ses |Nirois, les stalactites étaient entièrement recouverts de superbes cristalli- 
sations d'aragonite. Les nombreux visiteurs, venus de Johannesburg, ont 
détruit en quelques semaines cette merveille. La glotte étant une propriété 
privée, le Gouvernement n*a malheureusement pas pu intervenir. 



38 G.-A.-F. MOLENGRAAFF 21 JailT. 

Gîtes métallifères. — La formation dolomitîque renferme 
partout un assez grand nombre de filons-couches de quartz miné- 
ralisé et près de sa base et de son sommet quelques bandes de 
schistes intercalés. Dans la partie centrale du Transvaal on trouve 
(fig. 5), près de la base de la dolomie, un complexe de schistes et 
d'ardoises, accompagné par un filon-couche à pyrite, manganèse 
et or. Ces schistes ont reçu le nom de Tweefontein-slates et le 
filon celui de Tweefontein-reef, Cette zone aurifère est très persis- 
tante et je l'ai retrouvée presque partout où la base de la dolomie 
affleure. Sa forte teneur en manganèse est très caractéristique et 
souvent l'étage est représenté par un banc épais d'une terre 
manganésifère et aurifère avec des veinules irrégulières de quartz. 
Cette zone est, jusqu'à présent, très peu exploitée, cependant on 
doit y compter les dépôts aurifères intéressants de Barrett's 
Berlin * (pi. II, coupes 2 et 3) et de Spitskop, sur l'escarpement 
oriental du haut plateau dans le district de Lijdenburg. La zone 
aurifère a ici un développement plus grand et sa composition est 
considérablement modifiée par lïnfluence d'éruptions diabasiques ; 
cette diabase, profondément décomposée, forme une espèce de 
latérite, qui se confond avec la terre manganésifère mélangée des 
débris des assises supérieures de la dolomie, que la dénudation a 
fait entièrement disparaître. I^s gisements de Barrett's Berlin 
sont exploités à ciel ouvert. 

Les grès du Black-reef, qui sont sous-jacents à ces dépôts auri- 
fères, afileurent partiellement sur le magnifique escarpement de 
Duivels-Kantoor. Sur la surface plus ou moins rugueuse du grès 
on exploite des alluvions de petite étendue, dans lesquelles on a 
trouvé pendant plus d'une dizaine d'années de nombreuses pépites 
d'or. La grosse pépite de 52 onces 2, que l'on a pu voir à l'Expo- 
sition universelle de Paris en 1900, au pavillon de la République 
Sud- Africaine, provient de ce gisement. Elle a été trouvée en 1898 
sur la grande route et porte encore les marques des roues des voi- 
tures qui l'ont rencontrée. L'or de ces champs aurifères parait 
provenir de la dolomie, aujourd'hui disparue grâce à l'érosion, et 
le gisement du précieux métal en représente les derniers résidus, 
dans lesquels l'or est venu se concentrer. 

Du sud de Pretoria au district de Marico à l'ouest, on trouve 
dans la dolomie inférieure une seconde zone minéralisée, qui est 
très souvent interrompue. C'est un filon-couche plouibifère accom- 
pagné d'une bande de schistes ; il est situé dans la formation dolo- 

I. Voir G.-A.-F. Molbngraapp, 32, p. i34. 

a. Vonce troy anglaise vaut 3i grammes, 103496. 



igoi 



GÉOLOGIE DE LA. RÉPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 



mitiqne à une soixantaine de mètres plus haut que le Tweefon- 
tein-reef. En génc'ral, comme à Kromdraai, c'est un (lion avec 
des épontes nettes, la gangue est formée de quartz avec un 
peu de fluorine ; on y trouve seulement des minerais de plomb, 
galène, cérusite et pyromorpbite. Mais il n'est pas rare que ce 
ftloa s'élai^sse en une série de poches ; dans ce cas. la minérali- 
sation est plus complexe, on a trouvé dans ces poches les miné- 
raux suivants : galène, blende, smithsooite (zinkspath), calamine 
(kieselzinkerz), pyrite, malachite, cinabre, talc, calcite et fluo- 
rine '. Tout autour de ces gîtes minéraux la dolomie est impré- 
gnée de nombreux cristaux de trémolite ou de talc; ce dernier- 
minerai doit, ici, être regardé comme un produit de décompo- 
sition de la trémolite. 




Dans la partie orientale du Transvaal (district de Lijdenbui^), 
les fllons-couches minéralisés, notamment à la base et près du 
sommet de la formation, sont beaucoup plus nombreux. Us sont 
pour la plupart Hurifcres et sont largement exploités -. Outre l'or 



I. Rn 1891 j'ai iltcril un de ces gisements 
Marico. voir 29, p. i5o. Ir pense maiiitcnan 
rrprês«lllnnt (pa^^e i.>a)les couehes de In dolomie eommt' r(-[H>sant en diseor- 
ilanre sur des EeliiHU-s, i[ui «llleuraient dans le voisinaKe itvee une Taible 
iaclinaison au noril. Ces seliisles sont très probablement des schistes inter- 
calée en concordance dans la dolomie. 

1. Pour des détails sur ces gisements voir : J.-G. BouaQtiBT, 8, p. Il^, et A. 
BoRDiAUX, 2, p. 30(1 et suivantes. 



s la dolomie du district de 



4o O.-A.-F. MOLENGRAAFP 31 JanV. 

et le quartz on trouve dans pes filons des minerais de fer, de 
cuivre et de manganèse. 

Dans le district de Marico on exploite des vrais filons de quartz 
aurifères. Ces filons ont été rencontrés dans les environs des 
sources de la rivière de Malmani et leurs exploitations sont les 
champs d'or du Malmani. Il s*agit ici de filons verticaux avec une 
direction moyenne N.N.E.-S.S.O. dans la dolomie. Ce quartz 
contient beaucoup d'or visible et quelques-uns de ces filons, 
comme le Mitchell-reef et le Pioneer-reef ont procuré de superbes 
échantillons. Outre Tor et la pyrite altérée ou limonite, on y trouve 
de petites quantités de minerais de cuivre : malachite, azurite, 
bomite * (érubescite) et chalcopyrite. L'exploitation de ces filons 
n'a pas donné jusqu'à présent des résultats bien satisfaisants, 
parce que leur teneur en or est trop variable et qu'il s'est élevé 
des difficultés techniques dues à la présence des masses énormes 
d'eau fom'nies par la dolomie encaissante fracturée. 

Dans le district de Lijdenburg on peut distinguer, dans ta 
dolomie, un groupe supéneur et un gi'oupe inférieur de filons 
aurifères. Le groupe inférieur comprend des filons du type de 
ïweefontein ; ces filons sont riches en manganèse. Les mines de 
Spitskop et de Bari'ett's Berlin mentionnées plus haut, appar- 
tiennent à ce groupe ; cet horizon est connu des mineurs du dis- 
trict sous le nom de Diggers leaders (PI. II, coupe 3). La plupart 
des filons exploités dans ce district font partie du groupe supérieur; 
ils sont caractérisés par une certaine teneur en minerais de cuivre 
qui font entièrement défaut dans les filons du groupe inférieur. 

Dans le district de Lijdenburg la série des dolomies est bien plus 
qu'ailleurs recoupée par des dykes de diabase; des bancs intrusifs 
intercalés forment souvent le toit ou le mur des filons-couches auri- 
fères. On ne pourrait nier qu'il existe une certaine relation entre 
ces roches érui)tives et la répartition de l'or dans cette formation *. 

Épaisseur et âge. — L'épaisseur de la série de la dolomie peut 
être évaluée à 800 mètres dans le bassin du Witwatersrand, à i5oo 
aux environs de Pretoria, à 5oo mètres près de Godwan, à 8ck) 
mètres dans les environs de Lijdenl)ui^ et à 1200 mètres dans les 
montagnes de Makapan. 

1. Pour des détails sur ces jnsements voir : G*-A.-F. Molbngraafp, 30, 
p. 2i5^, et M. Fhanckr, 16. 

2. J.-G. Bousquet, 3, p. H) et p. 40-44. 

Consulter pour la stratigraphie du Système du Cap la coupe de M. A. Stark, 
communiquée par M. Nicol-Brown, reproduite dans la planche II [coupe 3] 
(M. Nicol-Brown The succession of the rocks in the Pilgrim's Rest District. 
Trans. of the geol. Society of South Africa, II, p. i. Johannesburg, 1897). 



igOI GÉOLOGIE DR LA REPUBLIQUE SUD-AFRICAINB 4' 

Jusqu'à présent on ne peut, d'une manière directe, fixer Tâge 
de la série de la dolomie. Il est vrai que M. Cohen ' y a men- 
tionné des bancs siliceux dont les surfaces corrodées portaient 
des empreintes de tiges de Crinoîdes et de Brachiopodes ressem- 
blant à des espèces des genres Orthis et Chonetes, ce qui les fei^ait 
attribuer au Palaéozoîque. Mais ces indications sont très vagues et, 
jusqu'à présent, elles n'ont pas été confirmées par des observations 
nouvelles. 

Nous avons déjà vu plus haut que la limite inférieure de la 
série de la dolomie n'est pas bien maixjuée, mais le doute est encore 
bien plus grand pour la limite supérieure. Le fait que pivs de son 
sommet on trouve quelques couclies d'ai-gilites inteivalées dans la 
dolomie et plus haut quelques bandes de silex intercalées dans des 
schistes ardoisiers et dans des arçilites, qu'(m ne pourrait distin- 
guer de ceux de la série suivante, rend déjà i)lus ou moins arbitniirc 
le niveau où doit se li'ouver la limite entre la séiie de la dolomie 
et les couches de Pretoria, qui lui sont super[)osées en concoHance. 
Mais cette difficulté est encore exagérée ; les nombreuses grottes 
et cavernes de la dolomie ont produit des afiàissements si fréquents, 
dans la partie supérieure de la dolomie, que généralement les cou- 
ches sont très disloquées dans la zone de contiict enti*e la dolomie et 
les couches de Pretoria, oftrant une surface ondulée iri'égulière. 

Roches éruptïves. — On peut ti^ouver partout des dykes de 
diabase dans la dolomie, mais cependant ils y sont plutôt i*ares. 
Des bandes intrusives intercalées sont fréquentes dans le district 
de Lijdenburg mais semblent être l'ares ailleui»s. Pirs de Ottoshoop 
un impoi-tiint dyke d'un gabl)ro à quartz et amp)ii)>ole - assez inté- 
ressant coupe la série dolomitique ; la belle roche de Wonderfon- 
tein qui est employée, à Johannesburg, comme pierre de cons- 
truction, vient d'une syénitporphyre à anorthose, qui forme égale- 
ment un dvke énorme au travers de la dolomie. 

3. — Série de Pretoria •* 

Les couches de Pretoria sont formées par une succession souvent 
ré[>étée de schist<^s ardoisiers, d'argilites, de quartzites, et de bancs 
de diabase intercalés. Les afïleuremonts des (juartzites. ([ui ivsis- 

I. Coiiiiiiiiniqiié par M. P. Dahms, 9, p. iiS. 

a. Pour la description pétrograpliique de cette rorhe, voir : (i.-A.-F. Molkx- 

GRAAFF, 30, p. 221. 

3. En 1890 je considérais à tort cette série connue faisant partie du Système 
primaire, 30, p. 2o5. 



4î2 O.-A.-F. MOLBNGRAAFF 31 JaiiT. 

tent aux forces dénudatrices, forment sur le sol des rides ou des 
escarpements, qu on peut suivre sur des distances énormes. Cha- 
cun de ces quartzites, possédant des caractères assez constants, 
constitue une couche de repère d'une très grande valeur pour la 
stratigraphie spéciale de cette série. Choisissons pour exemple le 
terrain entre Pretoria et le fleuve du Krokodil, où la série de 
Pretoria est largement développée. Ce terrain est formé de trois 
rangées de collines de direction ouest-est, séparées Tune de 
l'autre par de larges vallées. La plus septentrionale forme le 
Magaliesberg, rangée imposante, s'élevant à 200 mètres au-dessus 
des plaines environnantes ; on peut le suivre comme un mur 
gigantesque sur une distance de quelques centaines de kilomè- 
tres, sans que sa crête cesse d'être à la même altitude (1600 m. en 
moyenne) ou que son escarpement méridional presque vertical 
devieime moins menaçant. La seconde rangée est celle de Das- 
poort * ; la troisième, près de Pretoria, porte le nom de Timeball- 
range. Les crêtes de ces collines ne sont autres que les affleure- 
ments des bancs de quartzite, tandis qu'on doit chercher dans les 
vallées les^ argilites intercalées. 

L'inclinaison des strates de la série de Pretoria étant en 
moyenne de a5 à 40** au nord, la plongée de toutes ces collines 
vers le nord correspond à l'angle de l'inclinaison des strates et par 
conséquent est faible, tandis que le versant nord est très escarpé. 

De haut en bas on peut distinguer dans cette série aux 
environs de Pretoria les assises suivantes : 

Grès et argiliten aréiiacés au nord du Magaliesherji^. 

a3. Grès grossier. 

2*2 Quartzites du Magaliesberj^, formant un groupe quaKzitique d'en- 
viron 175 mètres d'épaisseur, divisé en deux par une bande d*argi- 
lite arénacée. 

Les strates 33 et aa forment le sol et la crête du versant nord du 
Magaliesberg. 

m. Argilite. 

ao. Diabase. 

19. Hoches cornéennes du versant sud du Magaliesberg. 

18. Succession répétée d'argilites et de bancs de diabase intercalés. 

17. Quartzite de Daspoort. Ce quartzite forme la crête et le sol du ver- 
sant nord des collines de la rangée de Daspoort. 

16. Diabase intrusive à gros grains. 

i5. Schiste ardoisier en couches épaisses, employé comme pierre de 
construction dans les fondations des éditices à Pretoria. Ces 
schistes ardoisiers sont exploités près de Daspoort, sur la rive 
droite de TAapiesrivier, au nord de Pretoria, et sur le versant sud 
du Meyntjes-Kop. 

j. Sur la carte de Jbfpb cette rangée est dénommée Witwatersberg. 



igOI GÉOLOGIE DE LA RÉPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 4^ 

i4. Argilite. 

i3. Grès fermgmenx bnin-violet. 

la. Argilite et diabase. 

II. Diabase amygdalolde. 

lo. Argilites et nombreux bancs de diabase intrusive intercalés alterna» 

tivement. On trouve aussi quelques bancs minces de roches 

quartzitiques intercalés dans la partie inférieure de ce groupe. 
9. Quartzite blanc. 
8. Grès noir à magnétite ; le ciment de magnétite est très riche et son 

volume est bien supérieur à celui des grains de quartz. Cette roche 

est un bon minerai de fer. 
Les assises 9 et 8 forment le sol et la crête du versant nord des 

collines de la rangée de Timeball ; les affleurements noirs de la 

roche à magnétite contrastent vivement, même vus d'une grande 

distance, avec ceux du quartzite blanc. 
7. Quartzite et grès à stratification transversale très marquée. 
6. Grès fortement chargé de magnétite, dont la surface, corrodée par 

les agents atmosphériques, offre des figures bizarres. 
5. Argilite. 
4. Quartzite. 
3. Argilite. 
a. Schiste ardoisier, donnant les belles dalles utilisées à Pretoria. Ces 

schistes ardoisiers sont exploités dans de vastes carrières sur le 

versant sud de la colline, couronnée par le fort de Klapperkop. 
I . Argilite jaunâtre, avec une ou deux bandes de silex intercalés çà et 

là ; on peut regarder ces assises comme les strates de passage à la 

série des doloniies sous-jacente. 
Banc supérieur de doloniie et de silex de lu série des Dolomies. 

On peut évaluer l'épaisseur de ces couches comme suit : 

ac». Vallée au nord des montagnes du Magalies, ion mètres. 

19. Montagnes du Magulies, 4^^ mètres. 

18. Vallée du Magalies, 800 mètres. 

15-17, Rangée de Daspoort, ar>o mètres. 

10-14. Vallée à l'ouest de Pretoria, 65o mètres. 

1-9. Rangée du Timeball, 4<n> mètres. 

La coDiposition des couches de Pretoria est constante dans la 
partie centrale et orientale du pays. Quelques-uns des étages de 
repères énumérés ci-dessus sont encore reconnaissables avec à 
peu près les mêmes caractères, dans le district de Lijdenburg, 
c'est-à-dire à une distance de plus de 200 kilomètres de Pretoria . 
C'est ainsi qu on doit considérer l'épais banc de quartzite à travers 
lequel on a percé le tunnej du chemin de fer, entre les stations 
de Waterval-Boven et de Waterval-Onder *, comme l'équivalent 
du quai*tzite de Daspoort et le banc de grès et de quartzite à 
magnétite. qui est traversé en tranchées par le chemin de ier à 

1. Résidence du Président Kruger, après la conquête de Pretoria. 



44 



G.-A.-K. MOLKNGRAAFF 



31 Jan^ 



Nooitgedacht' comme l'équivalent du grèsàiiiagnétitedeTiineball 
hill. Ces bancs de quartziten se distinguent ti-ès bien dans I 
topographie, en formant des kransen \t^9. marques le long de ton 
rescari)enient oriental du haut jdateau dans le district de Lijden 




le lu si-rii; de Pretoria entre Wate^val-Bo^■e1 
.t \VaUTVal-Onil.-r. 



burg -, Dans le bassin du Wilwatersrand. où les couches d 
Pretoria sont rei»ri5sentées ]wr im complexe, qui a reçu le noi 
local de duachfs du Gatsrand, leiii' dcveloppenient olfi-e aus! 
beaucoup d'analogie ; seulement les gW-s et les diabases y jouen 
im plus grand rùle que dans les environs de Pretoria. 

Jusqu'il [ti'ésent on a rencontré seulement dans quelques localité 
de» marncK et des calcaires intercalés dans les argUites de la nioiti 
supérieure de la séné de Pretoria -. pai- exemple à Van I^niiep) 
kopje à une petite distance du village de Waterval-Boven *. I^e 
rechofches de fossiles, dans ces couches, n'ont ]ius été couronnêf 
de succès. La présence, dans les jii^ilites de la partie aui>érieur 
de la série près de Belfast, d'un banc de calcaire un peu argileu 
est intéressante à noter ; ce calcaire est d'un grain très fm et homt 
gène, il pounait. <'ounue on en a l'ait l'expérience à Jolianuesburji 
élrc enq)loyé comme pierre Hthograiilmjue. Grâce à sa cuuleu 



I. Camp Ata prisonniers angla 
a. Voir 82, lig, 5. 



i apr^s 1h pi'ise dr Pretoria. 



I9OI GÉOLOGIE DE LA. RÉPUBLIQUE 9UU-AFIIIGAINE 4^5 

et à son aspect tacheté, il pourrait former aussi une très belle 
pierre ornementale, un marbre pour constructions. 

A l'ouest du méridien de Pretoria le ciu^actt^re des schistes de 
Pretoria, et pai*ticulièrement celui des argilites, commence à se 
modifier, les derniers devenant de plus en plus ferrugineux. A 
Fouest de Buiskop les couches de Pretoria sont princii>alement 
représentées par des schistes, qui ont une certaine ressemblance 
avec les schistes ferrugineux de la série de Hospital-hill. Dans le 
district de Marico, les argiKtes de cette môme série sont plus dures 
et plus ferrugineuses que dans les environs de Pretoria. Au delà de 
la frontière, dans le Griqualand-west, les couches de Pretoria, 
reposant sur les dolomies du Gampbellrand, sont très dures et 
ferrugineuses, et en grande partie formées par des jaspes ^ entre 
les assises minces desquels on trouve des bandes d'une amphibole 
rare appelée crocidolite. 

GiTKS MÉTAXLiFÉRES. — Il résulte des recherches effectuées 
jusqu à présent que les couches de Pretoria ne sont pas très 
riches en gîtes métallifères. 

Dans la partie inférieure on trouve des filons-couches de quartz 
aurifère, qui ofirent une très grande analogie avec ceux qu'on 
trouve dans la dolomie. On a commencé l'exploitation de ces 
veines k Koesterfontein [io8] et à Blauwbank [io4], à l'ouest de 
Krugersdorp, mais sans obtenir de résultats favorables. On doit 
placer dans un niveau un peu supérieur les gisements de Scheer- 
poort [i5o], à une trentaine de kilomètres au nord de Rrugeredorp, 
dont on a essayé l'exploitation plusieurs fois sans succès. On a 
été plus heureux dans le district de Lijdenburg, où l'on a exploité 
avec profit le filon-couche de quartz aurifère, nommé Bewitts-reef, 
situé pivs de la base de la série de Pretoria, aux environs de 
Frankfort -. 

On a trouvé dans les parties siipéricmvs de la séri(» de Pretoria 
(les filons cuprifèi'es et plombifères dans les districts do Pretoria, 
Kustenburg et Lijdenburg. I^s minerais de ces filons renlèrinent 
une certaine proportion d'ai^cnt, aussi leurs (exploitations sont- 
elles indiquées conmie mines d'ai^ent. 

Tectonique et roches khuptives. — 11 existe des i*eiations 
évidentes enti^e la répartition de ces filons et les accidents tecto- 
niques liés aux phénomènes d'intrusion et d'éruption des roches 

I. G.-W. Stow. 49, p. .")8i. 

■J. J.-<i. BoUSQUBT, 3, p. 4 1* 



46 



G.-A.-F. MOLKNGRAAFF 



ai Janv. 



de la série plutonienne du Boschveld : en analysant cette deiv 
nière, nous étudierons en détail ces gîtes métallifères. 

Les couches de Pretoria sont traversées par un grand nombre 
de dykes de diabase et de nombreux bancs de cette roche y 
sont intercalés. On peut étudier facilement les relations entre ces 
dykes et les bancs ou les dépôts stratifiés de la série de 
Pretoria dans la remarquable tranchée du chemin de fer entre* 
Belfast et Godwan. Pour toute la série. j*ai compté dans cette 
coupe 56 bancs de diabase d*unc épaisseur de plus de 3 mètres 
et un très grand nombre d*une moindre épaisseur. On y trouve 
quelques bancs d*une diabase amygdaloîde. qui peuvent être 
contemporains de la formation de la série, mais les entre-bancs 




Fig. 9, — Dyke de diabase formant un baoc intmsif. au kilomètre 219 
du chemin de fer de Komatipoort à Pretoria. — Échelle i/iooo*. 

s, Argilite de la aêrie de Pretoria ; s„ Argilite durcie ; l, Diabase. 

de diabase sont intrusifs. ce qui est prouvé par la transformation 
métamorphique en roche coméenne obser^'able très souvent dans 
les argilites, au-dessus aussi bien qu'au-dessous des bancs de dia- 
base. On voit i>ar exemple dans la coupe de la fig. 8 des dykes de 
diabase qui s épanchent en formant des bancs intrusifs. Le méta- 
morphisme de con- 
M*y»tf^ Kmp tact peut être étudié 

avec facilité tout 
près de Pretoria à 
Meyntjeskop, sur un 
banc épais d*une 
diabase à g^s grains 
intercalé entre le 
quartzite de Das- 
poort au-dessus et 
une argilite au-des- 
sous. Au contact on 




Pig, ^. — Diabase inlrusive dans les couches de la 
série de Pretoria, près de Pretoria. 

q, Quartzite de Daspoort, épaisseur 17 mètres ; 
. q„ Quartzite altéré chargé d'épidote et d'acti- 

note : 2, Diabase gabbroique à gros grains, ép. 

!♦> m. ; s„ Argilite durcie ; s. Schiste ardoisier 

en couches épaisses, ép. 35 m. 



trouve Fargilite durcie et beaucoup moins fissile qu*un peu plus 
bas où elle n'est pas altérée, tandis que le quartzite, durci égale- 
ment, est, dans le voisinage du contact avec la diabase, chargé de 
petits cristaux d'épidote et d'actinotc en gerbes (fig. 9). 



igOl GÉOLOGIE DE LA RÉPUBLIQUE SUD-AFRICAINB 4? 

Les couches du Système du Cap, disposées comme nous Tavons 
déjà dit en discordance manifeste sur celles du Système primaire * , 
ne sont généralement pas redressées fortement, l'angle de Tincli- 
naison ne dépasse guère, dans tout le district de Lijdenbui^, 7 à 
i5**. Mais il y a, pourtant, d'assez nombreuses exceptions. Tout 
autour du massif de granité de Vredefort, le Système du Cap a 
subi des mouvements de même ordre que le Système primaire 
sous-jacent ; la position verticale en est résultée pour les strates de 
la série du Black-reef et de la dolouiie (pi. II, coupe i) ; langle de 
redressement va en diminuant graduellement dans les couches 
superposées du Gatsrand, qui appartiennent à la série de Pretoria. 
Les mêmes constatations peuvent être faites dans les montagnes 
de Makapan (iig. 10); là Finclinaison uioyenne des strates dans 
le Système du Cap en discordance évidente sur le Système pn- 
maire ne dépasse pas ao"" paiiout où la direction des strates est 
nord-sud, mais ces mêmes couches sont redressées verticalement 
partout où la direction des strates est de Touest à Test. Nos con- 
naissances sur la stinicture géologique du Transvaal ne sont 
encore suffisantes que sur des points trop éloignés les uns des 
autres pour pouvoir expliquer les causes plus ou moins locales 
des phénomènes de redressement du Système du Cap. Mais on 
peut apprécier avec plus de justesse les phénomènes qui ont été 
le résultat de Finclinaison des strates du Système du Cap vers un 
centre commun dans la partie centrale du Transvaal. On voit, 
dans le pays au nord de Pretoria, l'inclinaison des strates de ce 
Syst<!»me se diriger et aller en aug^nentant vei's la région nommée 
Boschveld^ où, comuie nous le verrons plus loin, des intrusions et 
des éruptions d'un magma riche en soude ont eu lieu après la période 
de formation des couches de Pretoria. Ces dernières sont, jus- 
qu'à une certaine distance de ce bassin de roches ignées, redressées, 
disloquées et même quelquefois courbées en larges plissements. 

Affleurements. — Les lignes (raffleurement et Finclinaison 
des couches de Pretoria et du Black-reef indiquées sur la cai'te 
(Planche 1) peuvent donner une idée du relief du territoii*e occupé 
par l'étage inférieur du Système du Cap. Au nord de Pretoria 
on voit le bassin du Boschveld environné de tous côtés par une 
bande du terrain de l'étage inférieur du Système du Cap, seule- 
ment interrompue au sud-est, où elle est cachée par les dépôts du 
Karroo superposés, et au nord, où le grand pli qui sépare le bassin 

I. Les coupes de la Planche n donnent une bonne idée de la position discor- 
dante du Système du Cap sur les terrains anciens. 



4^ Tt.-a.-f. molengraafk ai Janv. 

du Boscliveld du bassin du Waterherg est en ]iartie caché [mr les 
l'oches ignées et les grès de Fétage supérieur. Sur les deux côtés, 
est et ouest, du bassin du Waterberg, le prolongement de cette 
bande, formée par Fétage inférieur du Système du Qip, est très 
peu connu, la région n'ayant pas été explorée au point de vue 
géologique. On voit aussi comment les couches du Système du 
Cap, à la limite méridionale du Bosch veld, sont en connexion par- 
faite avec celles du bassin, ou mieux du fossé, du Witwatersrand, 
dont la continuation au sud-est est cachée sous les dépôts du 
Karroo. Un lambeau isolé qui affleure près de la frontière occiden- 
tale de la République annonce Fénorme développement du Système 
du Cap dans le Griqualand-west et le Bechuanaland. 

4. — SÉRIE PLUTONIENNE DU BOSCHVELD 

J'ai donné ce nom à un groupe de roches intrusives et éruptives, 
ayant ])our caractère commun une forte teneur en soude, et dont 
Fascension a eu lieu après la période de 'formation de la série de 
Pretoria et avant celle du système du Karroo. 

Granité rouge. — Un des représentants typique de ce groupe 
est le granité rouge, roche qui occupe une vaste surface au nord 
des Magaliesbergen, dans le Bosch veld, et qui avait déjà attiré, il y 
a trente ans, Fattention des premiers explorateurs, Mauch, Hûbner 
et Coh(»n. C(* granité rouge est une roche grenue, composée de 
feldspath rouge, géiiéi'aleiueiit de Fanorthose ou de Forthose, de 
c[uartz (»t de petites quantités d'am])hil>ole fortement pléochroïque 
et de biotitcî. \a\ faible proportion des constituants foncés donne à 
ce granité en place une couleur rougeàtre, les parties superficielles 
décomposées étant grises ou blanchâtres. Le plus souvent ce 
granité, quoique grenu, possède une structure micropegmatoïde 
parfaite : ce type est très constant et j'en ai récolté des échantil- 
lons impossibles à distinguer les uns des auti^es en des localités 
distantes Fune de Fautre de plusieurs centaines de kilomètres, à 
Krokodilpoort [4iï] <*t à Honignestkrans [121], au nord du Maga- 
liesberg (district de Pretoria), à Klipfontein (district du Waterberg) 
et sur le versant nord du Botha's berg (district de Middelburç). 
Dans les anciennes descriptions géologiques du Transvaal, entrt> 
auti*es dans celle de Schenck, à laquelle on a donné le plus d'auto- 
rité, les auteurs ne soupçonnent pas la différence entre ce granité 
rouge et le granité ancien et regardent la région du Boschveld 
comme appartenant au terrain primaire. Cette erreur a créé des 



1901 



QKOLOOIB DE LA REPUBLIQUE SL'D-AFRICAINE 



difficultés stratigraphiques de plus 
en plus insurmontables à mesure 
que nos connaissances sur la struc- 
ture géologique <tu pays augmen- 
taient. Toutes les difficultés se 
résolvent d'elle- mêmes, aussitôt 
que l'on admet que le granité ruuge 
et les autres roches plutoiiiennes 
qui l'accompagnent sont d'une 
époque plus récente (jue le gntiiite 
du Systt'iue primaire, c'est-à-dii-e 
que leur ascension est postérieure 
à ta période de genèse de la série 
de Pretoria. 

La situation géologique du gi-a- 
nite ixiuge est montrée nettement 
dans la coupe i (PI. fl). Si, jiartaTit 
(lu massif granitique situé entre 
Johannesbui^ et Pretoria, on se 
dirige vers le nord, on voit com- 
ment ce granité est recouvert par 
l> série du DIack-rcef, et comment 
le succèdent, d'abord les dolomies, 
puis la série de Pretoria, tuujoui-s 
avec peudage vei-s le nonf. On 
rencontre ensuite sn]ierposés aux 
utuclii-s de Pretoria, au niird da 
Magalieslierg. le granité rouge cl. 
ïsa bjisc. di's iiurittts et dos roclu's 
ïvcnitiques. Si, des environs de 
Lijdenbui^, nous nous dirigions 
vers l'ouest, nous aurions cxautt-- 
ment la méiue succession (1*1, fl. 
roupies ti et 'J). Iji aussi la série du 
Blaek-i'ocf (gi-èsde Kantoor etgrcs 
du Di-akenslicrg) i-ejiose eu discor- 
dance sur le granitc iiUcien et les 
schistf^s du terrain prîmaiiv. au- 
dcasus se trouve la dolouiic. et au- 
clpssu!« de la dolouùp. dans les tnou- 
Ugnes de Steenkamp, repose la 
série de Pretoria, toujours avec une 

■3 Juin ii(oi. — T. 1". 




Bull. Soc. (îéol. Vr. 



oo 



G.-A.-F. MOLENGRAAFF 



ai Janv. 



inclinaison vers Fouest, allant en augmentant de 7** à a5°. Enfin dans 
les montagnes de Botha et dans le pays de Secoecoeni, le granité 
rouge recouvre la série de Pretoria, avec à sa base des syénites et 
des norites accompagnées de gisements de magnétite. La m^me suite 
se rencontre dans les montagnes de Maka|>an (fig. 10). A Button'skop 
la série du Black-reef avec pendage vers Fouest, repose en discor- 
dance sur les schistes dans lesquels se trouve la mine d'or d'Eerste- 
ling et sur le granité ancien. Au-dessus du Black-reef vient la dolo- 
mie, surmontée par les couches de Pretoria et, à la partie supérieure, 
près de Piet-Potgietersrust, par le granité rouge, ayant encore une 
fois à sa base de la norite. Cette norite donne naissance, près de 
ce dernier village, à des collines fracturées, ayant Faspect des 
collines dites Zwartkoppies et Pyramides, sur le versant nord du 
Magaliesberg. 

Le tableau comparatif suivant donne les principaux caractères 
du granité ancien et du granité rouge. 



Granité ancien 

Généralement couleur grise plus 
ou moins foncée, assez rarement cou- 
leur rouge *. 

Dans la majorité des cas granité à 
biotite ou granité à biotite et amphi- 
bole, assez souvent aussi granité à 
deux micas et rarement granité à 
muscovite. 

Elément feldspatique représente 
en grande partie par du mierocline et 
du plagioclase. 

Structure micropegmatolde incon- 
nue. 

Veines a pegmatitc très communes 
donnant à la roche une apparence 
entrelardée. 

Roches de profondeur toujours 
exclusivement de la famille grani- 
tique. 



Hoches pouvant être regardées 
comme des représentants d^épanche- 
ment de la famille du granité, incon- 
nues. 



Granité rouge 

Presque toujours couleur rouge. 



Généralement granité à amphibole 
et biotite, quelquefois granité à am- 
phibole et rarement granité à biotite. 
La muscovite n*a jamais été ren- 
contrée. 

Elément feldspatique représenté 
presque exclusivement par Tanor- 
those et Torthose. 

Structure micropegmatolde en gé- 
néral admirablement développée et 
caractéristique. 

Veines de pegmatite pas encore 
rencontrées. 

Roches de profondeur de la famille 
granitique, de la famille syéhitique 
et de la famille gabbroique, associées 
au granité rouge suivant une certaine 
loi. 

Dans le terrain du granité rouge 
on trouve assez souvent des roches 
très diverses, pouvant être regardées 
comme des types d*épanchement des 
familles de roches de profondeur 
ci-dessus. 



I. J'ai trouvé des variétés rouges du granité ancien, assez rares, dans le 
massif de Vredefort, dans quelques localités du district de Vrijheid, et gr&ce 
à des forages, sur la propriété Vlakfontein [443] > P^^^ du Modderfontein 
G. M. Co. 



igoi 



GEOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SU1>-AFR1CA1NE 



5l 



On ne trouve guère, sauf tout près 
du contact avec les schistes environ- 
nants, de ségrégations des éléments 
les plus basiques. 



Schistes crystallophylliens assez 
répandus dans la zone du granité 
ancien. Us forment souvent des ban- 
des d'une grande étendue et dans le 
voisinage le granité a souvent une 
structure parallèle et se transforme 
en des variétés gneissiques ou am- 
phibolitiques. 

Nombreux dykes de diabase. 



On voit aussi bien sur une grande 
que sur une petite échelle la ségré- 
gation des éléments les plus basiques 
se présenter d'une manière très mar- 
quée. Cest ainsi qu'on trouve l'am- 
phibole dans le granité rouge (qui 
du reste est assez pauvre en éléments 
foncés) accumulée dans des masses 
de diverses dimensions, qui devraient 
être nommés des amphibolites (/lor/i- 
blendefels). 

La distribution relative des gra- 
nités rouges, des syénites, des nori- 
tes et des gites métallifères dans ces 
norites peut être imputée à des phé- 
nomènes de ségrégations (Voir plus 
loin). 

Schistes cristallophylliens incon- 
nus dans la zone du granité rouge. 



Dykes de diabase man(|uant ou 
assez rares. 



(>5 tableau montre jusqu'à l'évidence que le granité ancien et 
le granité ix)uge sont des éléments si fondamentalement dillérents 
qu'ils ne peuvent être Tun l'équivalent de l'autre. Il est d'ailleurs 
impossible de les confondi^e lorsqu'on a vu leur gisement et l'aspect 
({u'ils impriment au paysage. 

Syéxites. — En outixî du granité rouge on trouve en abondance, 
dans le Boschveld, d'autres types de roches de profondeur non 
moins intéressantess, ttdles que la syénite à néphéline(éléolite), la 
syénitc à anorthose <»t la norit<». 

I^ syénite à éléolite qui, entre autres, forme un massif d*une 
étendue mé<liorre sur les propriétés Zeekoegat [287] et Leeuw- 
fontein [3aoj, au nord des Magalieshei^en, est représenté par 
toute une sérit» de variétés, dont les types givnus ])euvent ètvr 
comptés parmi les représentants les plus beaux, jusqu'à présent 
connus, de cettt^ roche. Leur surface olfre un aspect curieux ; elle 
est creusée de petits ti^ous soit hexagonaux, soit cpiadratiques, 
empreintes en creux des grands cristaux de néphéline, qui. se 
décomposant plus facilement que le reste de la roche, ont complè- 
tement disparu. A une petite profondeur, Féléolite est parfaitement 
inaltérée. I^s grands cristaux d'anorthose, des macles de Carlsbad 



Sa G.-A.-F. molkNgraafk ui Jauv. 

ti'ès aplatios suivant (oio) sont orientées pivsque parallèlement, 
(^ette disposition donne à la ixx'he entière une soi-te de clivage '. 

La syènite à anoi-those, type pour letpiel M. Hendci'son - a pix>- 
posé le nom de hatherliie. forme des massifs nombreux et de 
jçrande étendue. Je les ai ti'ouvés au noixl des Magaliesbei^en sur 
l<»s j)ix)[)riétés Waterval [laoj, Lt^euwfontein [3îioJ et Zeekoi^at 
[287 J et, sur le vei'sant noixl du Botha\s-bei'g, dans la propriété 
Blinkwater [77J. 

Ces massifs de syénite présentent des types syénitiques très 
variés, parmi eux la syénite à titanite et la syénite à pistacite, eette 
dernière étant une variété de décomposition assez répandue. 

NoRiTK ET MAGXÉTiTE. — A la [>éripliérie de la zone du granité 
rouge on trouve presque partout des norites, d<mt les gisements 
se reconnaissent aisément dans la topographie aux formes bien 
accentuées des collines formées par cette roche. On les a trouvées 
au nord de Zeei'ust, à Alewijnspoort ['Jio] (district de Marico), au 
nord de Rustenbui'g et «le là dans une zone presque ininterrompue, 
les Zwartkopï»ies, le long du vei'sant noixl des Magaliesbergen, 
jusque dans les environs de Pretoria, sur le versant noixl des 
Hotha's bei'gtm (district de Middelbui'g) et près de Piet-Potgieters- 
rust, le long du vei^sant occidentîil des montagnes de Makapan. 

Ces norites sont de belles roch<»s qui présentent plusieui's 
variétés, tantôt à ensUitite, Umtùt à hypei*sthène ou bien à hyper- 
sthène et diallage. Klles ont été l'objet d'une étude détaillée pétix>- 
graphique et chimique par M . Henderson ^. Des pyroxénites , 
composées uni([uement d'enstatite, sont souvent combinées à la 

I. Jusqu'alors l.i néphéline avait été Irouvor dans le Transvaal jmp Coukn, 
seulement dans une syénite près du Hexrivier, dans la rangée du Zwart- 
koppies, située éjçaieinent au nord des Magaliesbergen. Cette syénite à 
néphéline a élé déerite par M. Wilking; la néphéiine n'y est visible qu'au 
inicroseope. 

Voir E.-A. Wi i.FiNt;, 53, p. i(». 

a. M. lÎKNDKHsoN a donné une très bonne description <le cette n»ehe. Je l'ai 
également étudiée en plaques minées el je serais tenté de lui donner le nom 
de Hjrénite anorthosique à amphibole et pyroxènt* {AnorthoklaS'Am.phibol" 
Pyroxen-Syenit). Henderson préfère appliquer des noms séparés aux roches 
à anorthose et propose dans ce cas le nom de Uathrvlite. C^e nom serait bon 
s'il n'y avait erreur de localité ; celle roche allleurc, il est vrai, non loin de 
l'ancienne fabriijue de poudre et sur remplacemenl de l'ancienne fabrique de 
dynamite dans la jjropriclc Leeu\vfontein [^aoj, mais celle fabrique n'a rien 
de commun avec la « Flcrstc l^^abrickcn » ou la fabritpie de Hallierley, qui est 
située au versant sud des Magaliesbergen sur les alïleuremcnts de la série de 
Pretoria. Voir J.-A.-L. Iïkndkhson, 24, p. 'J."> et suivantes. 

3. J.-A.-L. Hrndkrson, 24, p. lo-^a. 



I(>01 GKOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 53 

norite. A Alewijnspoort (district de Marieo) *, ces roches à enstatite 
sont grenues, à grains de dimensions médiocres, tandis que dans 
les collines, dites Pyramides, au nord de Pretoria, elles sont 
composées de cristaux d'enstatitc d'une longueur qui dépasse 
souvent dix centimètres. Ces norites ont une importance écono- 
mique; en ellet, des amas lenticulaires de magnétite foi'tement 
attractive et très pure leur sont associés, formant des gîtes métal- 
lifèivs d'une tivs grande étendue. 

Ce sont les meilleurs gites lernfères du pays. Il n'est pas difficile 
de prouver que la magnétite est un produit de ségi'égation de la 
norite, car ou peut observer partout que la teneur en magnétite, 
dont la présence comme constituant normal est toujoui's cons- 
tatée sous le microscope, va en augmentant, à mesure qu'on 
s'ap])roche des^ainas de magnétite pure ; enfin tous les éléments de 
la norite éUint dispainis, sauf la magnétite, il reste un minerai de 
magnétite pure. Il est certain, que, lorsque, dans l'avenir, l'indus- 
trie du fer se développera dans le pays, ces gisements atteindront 
une importance considérable. 

J'ai trouvé des gisements de chromite associée à la norite dans 
quelques localités, par exemple sur la propnété Zilikatsnek [Syg], 
au noi'd du Magaliesberg. Ces gisements sont très peu étudiés et on 
ne saurait encore se former une idée de leur étendue ou de leur 
importance. 

Pour ce qui est des i*elations entre eux des tyj)es ï)i'incipaux de 
ces roches, on constate que le granité rouge occupe le centime de ce 
vaste terr.iiii ])lutonien et que les autres types sont restreints 
à la zone péiiphérique ; la norite doit être recherchée dans la 
zone la plus périphénque et une bande de roches syénitiques, qui 
ne sont cependant pas développées d'une manière aussi régulière 
et aussi uniforme que la norite, la sépaiv. du granité. On trouve 
donc, en schématisant les faits, dans cette immense formation 
plutouienne une succession de roches de plus en plus basiques en 
se dirigeant du centre à la périphérie. 

Kn outn* des roclies intrusives de profondeur cette même région 
est très riche en roches éruptives de types fort différents. Dans 
une partie du domaine du granité rougt\ c'est-à-dire dans le distiîct 
du Waterbei-g, >on trouve associé au graiiiU» rouge des types por- 
phyriques. On y trouve quelquefois, couiine à Magalakwieiis-oog, 
lies poi^ihyres pétrosiliceux à quartz globulaire, et plus communé- 

I. Nous devons à M. Hrndkrson, 24, p. '38-4i, une descripliou pétrogru- 
pliique et une analyse de cette belle roche. 



54 G.-A.-F. MOLENGRAAFF 21 JanV. 

ment des felsophyres. Les porphyres à pinitoïde de ce district sont 
très caractéristiques, ce sont des felsophyi*es, dans lesquels les 
phénocristaux de feldspath sont entièrement altérés en pinitoïde, 
le tout formant une belle roche rouge à taches vertes. 

Bien plus importantes et bienplus variées sont les roches d'épan- 
chement qu'on trouve près de la périphérie du Boschveld. Parfois 
ce sont des porphyres, qui pourraient être regardés comme le faciès 
éruptif des syénites et des norites, comme par exemple le type 
porphyrique de syénite à anorthose des Pilandsbei^en (district de 
Rustenbui^), décrit par M. Henderson ' sous le nom de pilandite. 
Mais en généi^al les relations sont plus complexes. 

Citons comme preuve ce qu'on trouve dans la coupe le long du 
fleuve Pienaar, sur le versant nord du Magaliesberg. 

On voit sur la propriété Baviaanskloof les quartzites supérieurs 
du Magaliesbei^ traversés par de nombreux dykes de composition 
très variée et, plus au nord, sur la propriété Zeekoegat [287], on voit 
ces mêmes strates recouvertes en concortiance apparente par des 
dépôts éruptifs stratifiés, des brèches et des agglomérats éruptifs, 
des tufs siliciûés, des lits de scories transformés en brèches de 
roches amygdaloïdes, tous ces types alternant avec des bancs assez 
épais de roches porphyriques très variées, ressemblant tantôt à des 
rhyolithes et à des felsophyres, tantôt à des andésites à amphibole, 
tantôt à des basaltes, tous représentants d'anciennes coulées de 
roches d'épanchement. 

L'intrusion et les éruptions des roches de cette série plutonienne 
doivent avoir été accompagnées par des émanations gazeuses. Dans 
le granité rouge les gaz, qui se dégageaient, ont été chargés de 
composés fluorés. En eflet la fluorine est associée régulièrement 
aux roches d'épanchement du groupe du granité rouge, et elle est 
un des minéraux les plus constants dans les cavités de ces roches. 
Mais il en résulte aussi que la majorité des filons qui parcourent 
le gi'anite rouge sont des gîtes d'émanation. Dans le district du 
Waterberg, par exemple, le massif des porphyres quai^tzifères et 
des felsophyres est recoupé par de nombreux filons. La gangue est 
bréchi forme et consiste en fragments des murs, sur les parois des- 
quels ont cristallisé les cristaux de quartz en ix)sette. I^ vide 
restiint est occupé par de l'hématite seule ou par de l'hématite et de 
la fluorine. Dans quelques localités, par exemple à Welgevonden, 
les -filons sont plus importants : (m constate alors que la partie du 
filon, voisine du toit, est entièrement conqjosée de quailz. tandis 

I. J.-A.-L. Hbndbrson, 24, p. 4^. 



I9OI GÉOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRICAIXE 55 

que la partie voisine du mur est composée de fer oligiste, de 
fluorine et de quartz. L'épaisseur du fer oligiste avec fluorine 
varie de i à 3 mètres. Ce fer oligiste est très pur et le quartz qui 
raccompagne est aurifèi^e. On en a tenté l'exploitation, mais la 
proportion d'or est trop variable pour que Ton ait obtenu des 
résultats satisfaisants. 

I^ même gangue de quartz et de fer oligiste a été trouvée dans 
rAlbert-silver-mine, située dans le granité rouge, à ^5 kilomètres 
est-nord-est de Pretoria. Le principal minerai de cette exploita- 
tion est une bomite argentifère. 

En outre, dans les autres veines de la série plutonienne du 
Boschveld, Tinfluence des émanations gazeuses est révélée par ce 
fait que les roches en contact avec les filons sont profondément 
imprégnées par des composés métalliques. Ce phénomène est 
constaté, par exemple, dans les filons qu'on rencontre sur le ver- 
sant nord du Botha's berg, sur les pi'opriétés Rhenosterhoek [iio] 
et Laatste-drift [82]. Ces filons traversent la syénite à anorthose 
et la norite et contiennent des minerais sulfurés de fer, de cuivre 
et même, dans la dernière localité, des minerais de cobalt. Une 
imprégnation profonde des murs de granité rouge a été constatée» 
dans le lilon aurifèrt* de rAlbert-silver-mine. mentionnée plus 
haut. I^s gîtes minéraux dans le Boschveld sont du reste encore 
peu connus et n'ont pas été étudiés méthodiquement *. 

Cette série plutonienne offre, abstraction faite de la géologie 
locale, un intéi'ét général, parce qu elle augmenta» nos connais- 
sances en ce cpii concerne l'étude de Finlluence des niasses intru- 
sivt's et érupti ves sur la tectonii[ue des strates au traviMs desquelles 
elles se fi'ayent un passage. On trouve là un curieux exemple de 
phénomènes, sur l'origine desquels les opinions émises actuelle- 
ment varient et dilfèrent des opinions anciennes. 
Au commencement de ce siècle la majonté des géologues, après 
. l^opold de Buch et Elie de Beaumont, pensaient que les chaînes 
de montagnes résultaient de soulèvements produits par l'ascen- 
sicm des roches plutoniennes. qu'on i*encontre généralement 
sur leur axe central, comme par exemple dans les Alpes, où elles 
forment les cimes culminantes. Les roches plutoniennes étaient 
ainsi, par leur ascension, la cause directe du redressement et du 

I. Je n'ai pu iiioi-inêmc visiter que quelques-uns des griseuients signalés 
ioi et je dois la plupart des renseijçnenients ci-dessus à M. Dorffel, ingé- 
nieur des Hendersou's Transvaal Postâtes Limited, compagnie propriétaire 
de toufi les gisements de cobalt découverts jusqu'à ce jour au Transvaal. 



56 G.-A.-K. MOLENGRAAFF ai JanV. 

refoulement des couclies sédiiiientaii*es. qui s*appuient eonti-e le 
novau enstallin. 

Plus lard, lorsque l'étude des terimins volcanicpies eut montré 
(jue les strîit<»s. à tnivers lesquelles les roches érui>tives se font 
jour, ne sont guère dislocjuées. et a]»rès qu'on eut étudié de plus 
pivs la tectonicpu* des chaînes de montagnes, -on se convainquit 
de plus en plus que ces l'oches plutoniennes jouaient un rùle 
vraiment passif dans la genèse des accidents oi'ogéniques. C'est à 
cette époque ([ue fut publiée la découvertes des laccolithes dans les 
Henry-mountains. On ne put nier que, le soulèvement des 
terrains, cpii forment la couvertuiv sédimentairc? de ces intumes- 
cences, était bien dû, diivctement. à l'intrusion de masses Irachv- 
ticpies. Plus lard on ccmstata tpu» ralfaisscment. l'efl'ondivnient 
de strates préexistantes dans un uiagma intrusif, peut produire 
des perturbations tectonicpics considénibles, phénomènes décrits 
magistralement dans l'œuvre dassitpu» de M. Brogger sur les 
phénomènes plutoni(pies dans le bassin de ('hristiania. En 
même tem]>s que se développaient ces idées , le rôle joué par 
les iH>ches intrusives et éruptives était uiieux délimité. On admet- 
tait, que rinlluence des roches nettement éruptives sur la [position 
des strates environnantes était ]>resqut» nulle, tandis que celle des 
roches intrusives était, au contraire, généralement considérable. 

L'étude des intrusions du Bosch veld, au Transvaal, monti*e 
que la ])Osilion des terrains stratifiés environnants est considéi*a- 
blem(*nt modifiée, et que tous ces accidents tectoniques peuvent 
être regardés conuiu* les conséquences, tantôt de l'intrusion même 
d'une énorme masse de magma, tantôt de mouvements d'afl'aisse- 
ment dans ce même magma. 

Les modifications a))portées aux couches du Système du Cap par 
l'intrusifm de la série plutonienne du Bosch veld peuvent être 
résmnées ainsi : 

a) En premier lieu les roches du Système du Cap, et plus spécia- 
lement celles de la série de Pretoria, dont la zone de contact avec 
les roches intrusives est presque la seule accessible, sont modifiées 
à de grandes distances par le métamorphisme de contact. Il est 
vrai que, dans les quartzites du Magaliesberg, ce métamorphisme 
est peu ou pas apparent, mais dans les argilites sous-jacentes l'effet 
est très marqué. Celles-ci sont très fréquemment altérées en i>hyl- 
lades noduleuses, chaînées dandalousite ou de chiastolite. Les 
schistes à chiastolite des environs de Zeerust (district de Afarico) 



igOI GEOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUTKVFRICAIXE .>7 

sont bien connus *, mais les schistes de Kix>mdraai [ii'2^] (district de 
Middelburg), sont encoi'e plus beaux ; ce sont des phyllades mica- 
cées noduleuses, chargées de stauinjtide et d^andalousite. La stau- 
rotide v fonne des macles en ei'oix de» Saint- Andiv très nettes et 
l*andaIousite s'est développée en prismes dt» 5-8 centimétix^s de 
longueur, extrêmement frais, roses et pellucides. Des lambeaux, 
quelquefois de grandes dimensions, de couches de la série de Pre- 
toria, sont assez souvent renccmtrés, entièrement enveloppés par 
les roches intrusives ; dans ces cas, réalisés dans la région au noi»d 
du Magaliesberg et à Test du fleuve Pienaai', le métiimorphisme de 
contact est très intense et les q^iartzites «uix-mémes sont fortement 
altéi'és, enduivis et épidotisés. 

b) En outi-e, de nombreux "dykes traversent le Système du Cap 
tout autour du massif intrusif du Bosch veld ; leur composition est 
très variée, mais leur étude est à peine commencée. Souvent ils 
pénètrent dans le Système du (]ap jusqu'à de très grandes dis- 
tances. C'est ainsi que le fameux dyke de Wonderfontein, mentionné 
déjà par Hûbner (voir ci-dessus, p. 42), est formé par une magni- 
fique variété de syénite à anorthose, qui traversera dolomie et est 
largement exploitée [»our la constiniction des édifices à Johannes- 
burg. Souvent ces dykes sont très riches en fragments arrachés 
aux couches du Système du Caj). C^es fragments sont alors foiiie- 
ment métamprphisés ; quelquefois aussi ces mêmes fragments sont 
si nombreux que Ton a de vraies brèches éruptives, dans 
lesquelles la substance éruptive jom^ le rAle effacé d'un ciment. 
Un très bel exemple de ces brèches éruptives est la brèche de 
Dertle-Poort [^^H)!* ^ ^^^^^ kilomètres nord-est de Pretoria. C'est un 
dyke épais, traversant la chaîne du Magaliesberg; il renferme en 
abondance des fragments, souvent de grandes dimensions, de 
dolomie recristallisée et quelquefois chai'gée de grossulaire et 
d'autres roches de la série de Pretoria, énei^iciuement métamor- 
phisées. I^ ciment éruptif de cette roche est caractérisé par de 
^ndes plaques de biotite. 

e) I^s dislocations tectoniques ([ui se sont produites dans le 
Système du Cap, durant la période d'activité plutonienne, scmt 
des plus instructives. l^»s sti'ates de ce Système, à une cerUiine 
époque, se sont affaissées dans et au-dessous du magma interne 
et il est résulté de cet elfondrement, que, tout autour du bassin 
plutonique, les strates du Système du Cap s'inclinent vers un 

1. Voir pour leur description 80, p. mrj. 



58 



G.-\.-F. MOLlWOR-V-%.FF 



91 Janv. 




centre commiin. De fait, l'inclinaison, facilement observable, 
surtout dans les couches de Pretoria, est fiartout dirigée vers le 
Boschveld (voir la carte. Pt. I>. 

I>e cas le plus simple se trouve représenté dans la cou|>e sché- 
matique du granité ancien entre Pretoria et Johannesburg au 
nord (PI. II. Coupe i). On voit tout le Système inférieur du Cap 
courbé et affaissé simplement, sous la <érie plutonienne. en conster- 
vant la succession normale ininterrompue de ces strates. Cette 
simplicité se maintient de Pretoria à l'ouest, jusqu'aux environs de 
Rustenburg et la figure représente exactement ce qu'on peut obser- 
ver en allant de Pretoria, directement vers le nord par le W'onder- 
booms[>oort. Mais à Test du Wondcrboomspooi-t cette allure primi- 
tive si simple ne |>ersiste [>as longtemps et au-delà, dans la vallée 
du lleuve Pienaar. on constate déjà un mode d'aifaisseuient diflTé- 
rent du précédent (fig. ii). 11 s'est formé une série de cassures 

parallèles, de 
failles à gradins 
{Siaffelbrûche). 
dans le bloc af- 
faissé du Svstème 
du Cap et par 
suite on rencon- 
tre une série de 
collines, formées 
de strates du 
Système du. Cap. 
dirigées toutes 

dans la même direction. i>arallèlenient à la périphérie de la zone 
pluUmienne. et séparées l'une de l'auti-e |«ir des vallées, dans 
lesquelles on peut trouver les affleurements de roches ap|>artenant 
à la série du Boschveld. Ces collines ont tous leurs esi*arpenients 
faisant face au sud, tandis que leurs versants septentrionaux ont 
une pente très faible. En ri»gle générale, elles sont formées exclu- 
sivement de couches de la série de Pretoria, mais il i>eut an-iver, 
si Le l'ejet d'une de ces failles est exceptionnellement fort, que la 
dolomie vienne affleurer à son tour sur l'escarpement. 

GlTEs MÉTALLIFÈRES. — Il u cst pas étouuaut qu unc région aussi 
tourmentée par les forces intérieures soit très riche en dykes et en 
filons métallifères. En réalité je crois que tous les filons métallifères 
rencontrés avec une direction moyenne ouest^st, dans divei-ses 
zones parallèles, tantôt dans les couches de la série de Pretoria, 



Fi^. II. — Coupe Ihvorùjue montrant le nio«le d'affaiis- 
Heinent de la série de Pretoria vers le Boschveltl 
et les failles à gradins {Stajfelhrûche), dont les 
fentes sont injectées de roches éruptives variées, 
appartenant toutes à la série piutouienue du 
Boschveld. 

9, Roches éruptives de la série plutonienne du Bosch- 
veld : 0, Qaartw***'* <^^ J^"^'^ **" Magaliesb«rjr : 
0, Diabases intercalées. 



igOI GÉOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRTCATNE Sg 

tantôt dans des roches appartenant à la série plutonienne du 
Boschveld, à Test du fleuve Pienaar (districts de Pretoria et de 
Middelburg), sont liés d'une manière plus ou moins directe aux 
dislocations dont je viens de parler. 

Ces gîtes métallifères sont disposés dans les zones suivantes a 
peu près parallèles, suivant une direction moyenne est-ouest. 

a) La zone de la Willows-silver-mine, des mines de Boschkop 
[îigS], de Oudezwaanskraal [637] et de la ïransvaal-silver-mine, 
toutes situées dans le mt^me niveau géologique, c'est-à-dire dans 
les argilites, entre le quartzite de Daspoort et les quartzites du 
Magaliesberg. Ce sont de vrais filons de cassure à peu près verti- 
caux, lies fentes sont le plus souvent, ce qu'on peut observer le 
mieux dans la Willows-mine, partiellement remplies de diabase 
formant un dyke, et pour le reste plus ou moins minéralisé. La 
gangue identique de tous ces filons est une sidérose possédant une 
teneur assez forte en magnésie et en manganèse. Ce carbonate est, 
k l'état frais, de couleur brunâtre ti'ès claire, et j)asse rapidement 
par l'action des agents atmosphériques, au brun foncé et plus taixl 
au brun noirâtre, l^e minerai est formé par de la chalcopyritc, 
de la pyrite, de la téti'aédrite à antimoine (panabase), de l'azurite * 
et de la malachite: à cette association de minéraux vient se joindre, 
dans le filon d'Oudezwaanskraal. l'arsénopyrite et dans le filon du 
Transvaal-silver-mine, de la galène, de la cérusite et de la crocoïse. 
Les minerais de ces filons l'enfermant de l'argent sont connus 
comme mines de ce métal. L'aident se trouve surtout dans la 
tétniédrite. Os mines ont été activement exploitées il y a une 
dizaine d'années, mais elles sont maintenant abandonnées et il est 
inipossible d'en étudier les gisements en détail. 

P) La zone des filons plombifères situés clans le niveau supérieur 
des quartzites du Magaliesberg. Les fentes sont en partie injectées 
par une diabase, et en partie remplies de minerai de plomb : on y 
trouve du quartz, de la calcite, de la galène, de la pyromorphite, 
de la cérusite et, en très petites cpiantités, de la blende et de la cala- 
mine. Je citerai comme type, dans cette zone, le filon plombifère 
situé sur la propriété Edi^ndale [4^H] (district de Pretoria). Des filons 

I. L*a7urit(* de la Willows-mine est bii'n rrislallisét» et ses erislaux modi- 
ûês sont fort bt^aux. Voir G.-A.-F. Molrxgraapf, 29, p. làO. Les cristaux de 
cérusite, qui sont décrits dans cette communication comme provenant du 
Willows-mine, ont été en réalité trouvés dans la Transvaal-silver-mine, 
comme j*ai pu, plus tard, le constater moi-même. 



Tk) o.a.-k. Moi.EXoiiAAFF ai Janv. 

identiques in*ont été indiqués sur cette zone dans le district de 
Rustenbui*g, mais je ne les ai pas visités nioi-ménie. 

y) 1^ zone des fiions de rohalt de Balmoral. Ces liions sont 
situés dans le même niveau géologique que la zone précédente» 
c'est-à-dire dans la [>artie suj>érieure des couches du Magaliesberg, 
et il est ï)robahle que ces deux zones sont identiquo^s, et que la 
même série de cassui'es est remplie de minerais de plomb dans- 
les ciiviiHius de Pretoria et de minera'i de cobalt plus à Test. 

I^ gangue dans ces liions est une t»spéce de roche cornée, lai'ge- 
ment imprégnée de cristaux «l'actinote et de smaltine. dont toutes 
les petites fissures sont tapissées de cristallisations d'érythrine. 

ô) La zone de filons située dans la noritt* à la base de la série 
])lutonienne du Boschveld. Sur la pi'ojïriété I^atste-drill [82] (dis- 
trict de Middelbui'g) on trouve, dans ces filons, de la pyrite, de la 
chalcopyrite et delà smaltine. Ils renferment une forte pix)portion 
d'or se chilfrantà 8 à 10 onces par tonne. A Rhenosterhoek [iio] 
(district de Middelbui^), un filon analogue est entièi^ement rempli 
de pyrite massive trcs pure. La norite encaissant ces filons est 
complètement im[)régné<» de sulfures. 

e) La zone de filons cuprifères dans le granité rouge qui renferme 
la Albert-sil ver-mine à 8.5 kilomètres est-nord-est de Pretoria. 
Le filon est vertical avec une direction est-ouest. Le mur est 
formé j)ar un granitiî j»orphyritique à anorthose. La gangue consiste 
en quartz et fer oligistc. Le minerai principal est une bomine 
argentifère, qui est accomjiagnée de chalcopyrite, de cuprite, de 
chalcosine, d'azurite et île malachite. Le filon est en partie injecté 
de diabase. 

La teneur en argent de la bornine de cette mine s'élève à 
40 onces par tonne. On a trouvé, dans les environs, des filons ana- 
logues et parallèles ; celui delà [propriété Roodepoort [359] ïï^èrite 
d'être mentionné. Lîi gangue de ce filon est une sidéi*ose, ayant une 
forte teneur en magnésie et en manganèse, identique à celle de la 
zone du Willows-mine, ce qui montre bien la parenté de ces zones 
de gîtes métallifères. Des gisements analogues n<» sont pas rares 
dans le district de Uust(»iiburg. 

Le gisement riche en cobalt de la propriété Ivruisrivier [85], dans 
le district de Middelbui*g *, parait être situé dans la zone des 
quartzites supérieurs du Magaliesbei'g. Le minerai est de la smal- 
tine. renfermant de 3 à 4 onces d'oi' ynw tonne. Cet aflleurement 

1. H. Okumichbn, 87, p. 1(71. 



IQOI GÉOLOGIE DE LA RÉPUBLIQUE SUIKVFRICALXK 6l 

(l'un lambeau de rocher*, appartenant au Système du Cap, envi- 
it)nné de tous côtés par la série plutonienne du Bosch veld, doit 
probablement être expliqué par des accidents tectoniques du même 
ordre que ceux que nous avons décrits plus haut (voir page 58). 

Maintenant que nous avons montré qu'il semble exister une 
relation entre les mouvements d'affaissement du Système du Cap 
et la formation du bassin plutonien du Boschveld, il n'est pas 
moins intéressant de noter que, sous l'influence de ces mouve- 
ments, des tensions se sont développées, qui ont favorisé des dislo- 
cations tectoniques très complexes, des plissements et des failles 
obliques à grand rejet. C'est ainsi que s'est formé le grand pli des 
couches du Système du Cap, séparant, suivant la direction 
approximative O.S.O.-E.N.E.. le bassin plutonien du Boschveld 
de celui du Waterberg. Ce pli forme le prolongement au sud- 
ouest des montagnes de Makapan et disparaît ensuite sous des 
dépôts plus récents. C*est probablement le prolongement de ce 
même pli qui affleure de nouveau dans les collines situées un 
peu à l'ouest de Buiskop, dans l'angle sud-ouest du district du 
Waterl>erg. Mais il est bon de dire que le calcaire dolomitique et 
les quartzites et grès superposés qu'on trouve dans ces collines et 
qui seraient les représentants de la série des dolomies et de celle 
de Pretoria oflrent. comme nous l'avons déjà fait remarquer plus 
haut, des différences considérables avec les types normaux de ces 
roches. Il est clair que , si cette interprétation est exacte , les 
couches du Système du Cap, sur les deux flancs de ce pli, se sont 
affaissées dans le magma plutonien. 

Tous ces phénomènes de tension se manifestent d'une façon très 
remarquable, aussitôt que la périphéne du terrain plutonien forme 
un angle rentrant. C'est ce qui arrive à une ving^ine de kilo- 
mètres à l'est-nord-est de Pretoria, près de Franspoort. On voit la 
chaîne du Magaliesbei'g, dont la direction était oucst-t*st au nord do 
Pretoria, se i-ecourber brusquement an sud-est. \)c même les deux 
autivs ningées de collines de la séi'ie de Pretoria, la rangée du 
DaspooK et la rangée du Time-ball se courbent parallèlement à la 
premièi'e. L'inclinaison des strati^s n*ste dirigée vei's h» granité 
TOuge, c'est^iHlii'e qu'elle se modifie en même temps que la direc- 
tion des rangées de collines, du nord au nord-est. Ces mouvements 
conq>lexes ont créé des foives orogénicpies qui, dans la rangée 

i. Ce lambeau est trop petit pour pouvoir être indiqué à l'échelle de la 
carte (PI. I). 



62 G,-A.-F. MOLEXGRAAFF ai JanV. 

extérieui*e de la courbure, la chaîne du Magaliesbei^, ont dû 
amener une extension en longueur; la chaîne du Magaliesberg 
s*est fracturée ; les fentes ont formé ces gorges naturelles, appelées 
par les boers poorien *, et suivies par les chemins de pénétration. 
Généralement ces fentes sont injectées de matière éruptive et on y 
doit chei*cher un grand nombre des dykes intéressants qui rayon- 
nent du terrain plutonien du Boschveld. Cest ainsi, entre autres, que 
la belle brèche de Derde-Poort est injectée dans la fente qui traverse 
la chaîne de Magaliesberg à Derde-Poort. Dans les deux rangées 
intérieui'es de la courbuin;, les forces orogéniques ont eu un effet 
coiiti'aii'e : elles se sont manifestées parde fortes pi*essions dans un 
sens un peu obli([ue à la direction des strates ; la pi*oduction de 
failles très obliques à grand rejet en a été le résultat. J*ai pu cons- 
tater* (pic le groupement si pittoiTsque des collines, dans les envi- 
rons de Pretoria, aussi bien que Torigine des magnifiques sources 
de TAapiesrivier sont dus à ces accidents. 

Par analogie, cm peut supposeï» à bon droit qu'il existe, entre les 
divei's terrains du Système du Cap. des l'clations très intéressantes 
partout où la périphérie du terrain ])lutonien forme une courbe 
très convexe, forçant la lig^e d'ailleurement du Système du Gap à 
se courber dans le même sens ; comme au nord de Lijdenburg, près 
du lleuve Olifants, où on voit la dii*ection du Système du Gap 
qui est à Lijdenbui^ N.-S., se couder brusquement à angle di^oit 
pour devenir dans les monUignes de Chunie O.-E. et même O.S.O.- 
E.N.E. Les docmnents géologiques sur cette région font malheu- 
reusement défaut. 

ROCUES AMYGDALOÏDES DU BoSCIIVELD. — Le g^uitC rOUgC Ct IcS 

roches qui raccompagnent scmt recouverts, dans une partie du 
Boschveld, le Springhokvlakte, par une nappe énorme d'une roche 
amygdaloïde basique, dont les cavités sont remplies de calcitc 
transparente, de zéolithes nombi'euses, surtout de scolésite et de 
heulandite, d'agate et d'opale, cette dernière souvent sous la forme 
transparente appelée hyalite. Généralement cette i*oche amygda- 
loïde est masquée par des dépôts superliciels, c'est^i-dirci par un tuf 
calcaire, à son tour en général coui'onné par une argile ou limon 
ti'ès riche en matière oi'ganique, à laquelle on a donné le nom local 

I. Poort est un mot hollandais signifiant porte ; ce mot est très bien 
clioisi ; on le retrouve avec le même sens dans la « porta westpkalica » du 
Weser et dans le « eiserner Thor b du Donau. 

'2, Une étude topograpliique et géologique détaillée des terrains disloqués 
dans les environs de Pretoria était en préparation, avant la g^uerre, à 
Pretoria. J'en publierai les résultats ultérieurement. 



igol GKOLOGIS D£ LA REPUBLIQUE SUD-.VFRICALNE 63 

de turf on tourbe. Les excavations faites pour l'exploitation du tuf 
calcain; destiné à une fabrique de ciment près de Pretoria, aussi 
bien que les tranchées le long du chemin de; fer de Pretoria à 
Nijlstroom, ont prouvé que pailout dans le Springbokvlakte cette 
roche amygdaloîde, à laquelle j ai donné le nom de roche amygda- 
loide du Boschoeld, se trouve au-dessous de ces dépôts superfi- 
ciels. Cette nappe, à laquelle le Springbokvlakte doit sa surface 
absolument plate ^ embrasse approximativement ime surface de 
3410 kilomètres carrés. L'épanchement de la roche amygdaloïde 
(lu Boschveld doit avoir été postérieur à Tintioision du granité 
rouge, et on ne s'avancerait pas trop, en regardant cet épanche- 
ment comme la phase de clôture de la période d'activité plùto- 
nienne dans le Boschveld. 

Historique des intrusions. — Quant aux centres d'éiniptions 
dans le Boschveld, nous ne pouvons pas encore les localiser. 
Seulement il me parait probable que la saline, située à environ 
40 kilomètres au nord de Pretoria, sur la propriété Zoutpan [4^7], 
qui possède une forme en cratère presque parfaite -, constitue l'un 
de ces centres. Sa situation au milieu de roches de granité rouge 
à gros grains, bien certainement d'origine intrusive, nous foree à 
supposer que les produits éruptifs déposés autour de ce centre ont 
été déjà déblayés entièrement par les phénomènes de dénudation. 

En l'état actuel de nos connaissances, qui embrassent des par- 
ties trop éloignées de la région, l'ordre chronologique des phases 
éruptives dans le Boschveld ne peut être que soupçonné. Il sem- 
blerait que cette activité a conmiencé par l'intrusion d'un magma 
riche tîn soude dans les couches du Système du Gap, dont la posi- 
tion devait être alors plus ou moins horizontale. Dans ce massif, 
cpii pouvait êti*e en forme de laccolithc, la distribution du magma 
était telle que vers la périphérie la basicité augmentait, tandis 
que vers la partie centrale et supérieure le magma était acide et 
granitique. Plus tard le toit sédimentaire du massif intrusif fut 
détruit et les couches du Système du Cap s'affaissèrent de tous côtés 
dans le magma plutonique. Ces couches furent alors courbées, 
fracturées et plissées, et, les lentes et les failles furent injectées des 
matières éruptives que l'on rencontre aujouixl'hui, sous forme de 
dykes, au travers des assises du Système du Cap. En même temps 

1. Le Springbokvlakte est la seule véritable plaine du Transvaal ; les 
plaines monotonies du Karroo supérieur elles-mêmes olfrent à côté d'elle un 
aspect onduleux. Elle est située à i.uoo mètres environ au-dessus du niveau 
de la mer. 

'j. Voir la description et les ligures données par M. Ë. Cohbn, 8. 



^4 a. -A. -F. MOLKNGRAAFF 21 Janv. 

les l'oches asceudantes se tbi*çaient, çà et là, un passage vers 
l'extérieur et des couches de débiis volcaniques alternant avec des 
coulées de laves se foi'maient. 11 est bien probable que Tactivité 
volcanique, posténeu renient à ces allaissenients, continua encore 
un certain teuips et que c'est à cette dernière période qu'est due la 
nappe énorme de roches aniygdaloïdes du Bosch veld. 

Les lindUîs de la zone occupée par la série x)lutonienne ne sont 
pas encore entièrement tracées. Au sud-est (voir la cai-te, PL I), 
dans le district de Middcll)ui*g, elle est recouverte par les dépôts 
du Karroo et, dans le district du Waterbcrg, par le grès du Water^ 
berg ; la partie septentrionale du bassin plutonien du Waterberg 
est (hi reste entièrement inexplorée. On peut estimer que la série 
])lutonienne du Boschveld occu[)e au toUil une surlacê de plus de 
6o.(K)o kilomètres carrés. De cette énorme étendue, une cinquan- 
taine de kilomètres carrés à peine ont été étudiés. Quelles décou- 
verti»s pétrogniphiques * ne reste-t-il pas à faii*e dans les explora- 
tions futures ! 

r>. — (iRÈS DU WaTEHBERG 

On trouve (hnis le district du \Valerbei*g une formation gréseuse, 
qui repose sur le granitt», sur le porphyre i)étrosiliceux et sur 
le felsophyrc» du Waterberg. En général, ce grès all'ecte une position 
horizonUil(\ mais, partout où le gininite i*ouge où les porphyres 
sous-jacents forment des dûmes, on voit les strates inférieui'es du 
grès a[»pliquées sur ces élévations plus ou moins l'ecourbées (PL II, 
coupe 1 , et lig. lo). On r<'ti*ouve cette même formation sur le granité 
rouge, ou du moins associée à des roches éruptives de cette série, 
dans les districts de Middelburg et de Pretoria, mais beaucoup 
moins développée que dans le district du Waterberg. 

La série des grès de Waterberg est formée presque exclusive- 
ment de grès, et en partie de brèches et de conglomérats. Les 
schistes y jouent un rôle très ellacé. A la base de cette série on trouve 
généralement quelques couches de conglomérais, qui ont une cou- 
leur rouge tacheté frappante. Ce conglomérat basai est composé de 
galets de diverses roches cimentées, souvent très peu arrondis. On 
trouve, parmi les galets, des jaspes rouges, des quartzites schisteux 
à magnétite -, des quartzites schisteux à muscovite, des quartzites 

I. \.v musée «lu Servir»* ^éolo^^itiuc de la Hé|>ul>Ii<|ue Sud-Africaine à Pré- 
Uu'in possède une très belle eolleelion de roches de <!etle série, dont Pélude 
a été interrompue par la guerre. 

'2. La jaspe rouge et le quailzile à magnétite sont tous les doux «les repré- 
sentants de la Hospital-hill-slate, voir page i8. 




igOI GÉOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRfCAING 65 

bkmcs, du quartz, de la lydite ; toutes ces roches appartiennent à 
la série de Barberton du Système primaii'e. C'est aux nombreux 
fragments de jaspe rouge que ces bancs de conglomérat doivent 
leur aspect rouge tacheté. Le ciment est arénacé ou quartziteux et 
contient généralement un peu d'hématite, de pyiîte et de très rares 
traces d*or . En outre de ces conglomérats de base on trouve des 
galets répandus en petites quantités dans tout le complexe du grès. 
La couleur de ce grès est rouge, mais varie du blanc rougeâtre jus- 
qu'au rouge foncé. Le grès rouge de Buiskop donne les meilleures 
pierres à bâtir connues dans le pays. Une stratification diagonale 
est très conunune dans cette formation. 

Les dykes de roches éruptives sont rares dans les grès du 
Waterberg; sur le plateau duPalala, j ai trouvé quelques dykes de 
diabase et, en plusieurs localités, j'ai observé des dykes de felso- 
phyres. En outre, des filons de quartz avec hématite, ressemblant 
beaucoup aux veines qu'on trouve dans les felsophyres sous- 
jacents. ne sont pas rares dans ce grès. 

Le grès du Waterberg occupe un vaste espace dans le district du 
Waterberg et forme le plateau central de ce district, appelé plateau 
du Palala. Ce plateau est terminé au nord, au sud et à l'est par des 
escarpements. Celui du sud, connu sous le nom de Zandriviers- 
bergen, a io5 kilomètres de long. L'altitude moyenne du plateau 
du Palala est I400 mètres, et l'un des points culminants, le pic de 
Hanglip, atteint Taltitude de 1800 mètres. 

L'épaisseur moyeime de la série des grès du Waterberg doit être 
estimée, dans le plateau de Palala, à 1000 mètres. 

En dehors du plateau du Palala, le grès du Waterberg se pré- 
sente sous forme de lambeaux plus ou moins isolés, qui, tous, ont 
la forme classique tabulaire des montagnes gréseuses. C'est ainsi 
qu'on trouve ce grès dans le Kranskop, près de Nijlstroom, dans 
les Badsbergen, au sud du district du Waterbei'g, dans les collines 
à sommets aplatis, près de TElandsrivier, et dans plusieurs localités 
du district de Middelburg *. 

J'ai trouvé sur le plateau du Palala, dans une grauwacke, placée 
très haut dans cette série de grès, des empreintes de tiges de 
Crinoïdes indéterminables ; mais on n'a pas encore découvert le 
moindre fossile déterminable dans cette formation. En recher- 

I. Sur la carte géologique de F Afrique du sud de Ë.-J. Dunn, 14, ces grès 
dans le district du Waterberg et dans le district de Middelburg ont été 
réonis avec justesse dans la même formation, et séparés des grès et des 
qaarUites de Lijdenburg plus anciens, aussi bien que des grès du Karroo 
plus récents. 

i3 Juin 19UI. — T. I«^ Bull. Soc. Géol. Fr. — 5 



66 a.-A.-K. MOLKXGllAAFF 21 JalIV. 

c*haiit la position de cette sëne par l'apport aux auti'es formations 
du Ti*ansvaal on se bt^iili*- à de grands obstacles. 

il est bien certain que, jusqu'à j>résent, on a tn)uvé cette série 
de gi'ès, dans le distinct du Waterbei*g, ivposiint toujoui*s sur des 
roches de la séine phitonienne du Bosehveld. Mais, si on en déduit 
que la série des grès est j)Ius jeune que la série plntonienne sous- 
jacente.. on se trouve en présence de gi'andes diffîcultés, si Ton 
cherche à expliquer comment le felsophyre, qui travei'se le grès 
du W'aterbei*g çà et là eu dykes, peut avoir avec le ielsophyn* 
sur lequel ce grès repose une analogie si grande, que ces deux 
roches send)Ient identiques même après rexamen le plus minutieux, 
llneauti^edirticulté i)rovi(»ntdu conglomérat de hast*. Sur les rives 
du fleuve Pienaar, dans le district de Pretoria, on trouve des 
bancs de conglomérats qui iTssemblent. jusqu'à l'identité, aux 
conglomérats de base de la série des grès dans le distinct du 
Waterberg et semblent êti^î intercalés ou du moins associés à des 
bancs de roches éruptives stratifiées de la série plutonienne. 
Pourtant on voit ces mêmes roches éruptives se continuer en 
forme de dykes à travers ces bancs de conglomérats. Cette con- 
tradiction appanmte ne peut ôti'e expliquée qu'en admettant que 
les bancs de conglomérats étaient en réalité préexistants aux 
roches éiniptives, mais furent engloutis et en partie travei-sés par 
ces mêmes roches éruptives. 

On pourrait donner une explication plus ou moins satisfaisante 
de tous ces phénomènes, en admettiint que la série du grès du 
Waterberg était originairement un étiige du Système du Cap, 
déposé exactement en concordance sur la série de Pretoria, et que 
plus tard les roches de la séné plutonienne du Bosehveld se sont 
forcé, en forme de laccolithe, une place entre ces deux étages, la 
série de Pretoria formant la base et la série du grès du Waterbei^ 
formant le toit du laccolithe. 

Mais nous pensons qu'il vaut mieux attendre de nouvelles 
études pour résoudi*e cette cjuestion. Nous admettrons, provisoi- 
rement, que la série du gi'ès du Waterberg est Tétage supérieur 
du Système du Cap, en attendant que de nouvelles recherches 
fournissent les données nécessaires pour déteimiiner d'une manière 
plus précise leur position dans l'ensemble des formations succes- 
sives de l'Afrique du Sud. 



Î90I 



GEOLOGIE D£ LA Rl^PUBLlQUE SUl>-AFRICAlNE 



6: 



III. — SYSTEME Di; KARROO 

Ia"^ Système du Karnxi au Transvaal iTposi; en discordance 
«ur les formations pi'écédentcs plus anciennes et offre en général 
une |>osition normale horizontale. Dans ce Système il faut distin- 
guer deux subdivisions pnncipales. le Karroo inférieur et le 
Karroo supérieur, 

I. — Karkoo inférieur 



En généi'al, les strates du Karroo inférieur sont horizontales, 
quoiqu'elles suivent plus ou moins les ondulations du terrain sur 
lequel elles sont déposées. 

Dans toute l'Afrique australe les géologues ont accepté la 
subdivision du Karroo inférieur en deux étages, le conglomérat de 
Du^^ka et les couches (TEcca, 

Le conglomérat de Dwyka est caractérisé par la présence dans sa 
masse de nombreux blocs et cailloux de provenances divei*ses, qui 
offrent des volumes variant depuis celui de simples gi*ains jusqu'à 
ceux de blocs, pouvant i)eser plus d'une tonne. Ces fragments 
sont tantôt parsemés, 
tantôt réunis en un en- 
semble tassé et très 
serré, dans un ciment 
gris ou bleu très foncé 
à grains très fins, qui, 
exposé aux agents 
atmosphériques, se 
transforme en une ar- 
gile gris-jaunàtre com- 
pacte. On ne [)eut, dans 
la disposition de ces 
débris, reconnaiti'e au- 
cun ordiHî et leur arran- 
gement ne dépend nul- 
lement de leur volume 
ou de leur forme. Us 




VVcltrrredeii 

I 
I 
Keba Spruit 



Fig. 12. — Coupe montrant la discordance du 
Système du Karroo sur le Système primaire 
dans le district de Vrijheid. — Echelle 
i/iâ.ooo*. 

Formation du Jloogeveld : i4 b, Grès supérieur: 
i^a, Grès inférieur ; — i\ Couches d'Ecca ; 
la. Conglomérat de Dwyka ; i, Couches de 
Barberton et schistes cristallophylliens; h, 
Horizon houiller. 



' ont en général leurs arêtes arrondies, mais ne sont pas sphéiiques 
ou ellipsoïdes comme des galets, et ils sont fréquemment sur un 



68 



G.-A.-F. MOLENGRAAFF 



ai Janv. 



ou j)lusieurs côtés couverts d'un ou plusieui's systèmes de stries 
parallèles. Ce sont des blocs et des cailloux striés. 

Cette courte description s*ap]>lique à la partie du Dwyka, 
disposée en bancs, pouvant atteindre une vingtaine de mètres 
d'épaisseur, qui ne montrent aucun indice de stratification. Alter- 
nant avec ces bancs non stratifiés, <m tixmve, dans cette même 
formation, des dépôts stratifiés contenant en quelques endroits 
des cailloux en grande abondance, tandis qu'ailleurs les cailloux 
sont rares ou absolument absents. 

Les couches d'Ecca sont en général constituées par une boue 
fine , durcie . sans cailloux ; et il est très rare qu'on y trouve 
quelques gros blocs. UEcca-shale typique est une espèce d'argi- 
lite foncée, à grains tW's fins qui en raison de sa structure pseudo- 
sphéroidale ou concrétionnée . se brise si facilement en petits 
fragments, qu'il est difficile d'en obtenir un morceau non frac- 
turé de la grosseur du poing. Entre ces argilites friables cJtement 
cependant, çà et là, des schistes ardoisiers, qui donnent une bonne 
pierre de construction. Tous les caractères distinctifs des couches 
d'Ecca se retrouvent dans les parties stratifiées du Dwyka et an 
point de vue pétrographique on pourrait dire que les véritables 
couches d'Ecca et le conglomérat de Dwyka sont interstratifiés. 




Fig. i3. — La montagne Gotshe et la propriété Mooiklip, vue du sud. — 

Même légende. 

he conglomérat de Dwyka a une importance plus que loccJe; il 
a attiré Tattention de tous les explorateurs qui se sont occupés du 
sol de r Afrique du Sud. 

M. Bain *, M. Wyley et plus taixi M. Moulle - le considéraient 
comme étant d'origine éruptive et lui donnaient respectivement 

I. A. Gbodbs Bain, 1. 
a. M. A. MouLLB, 36. 



igOI oéOLOOIB DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 69 

les noms de cUiysione'porpfvyjy, trap-conglomerate et brèche 
mélaphjrrique, 

M. Sutherland * fut le premier qui, en 1868, émit la théorie de 
l^origine glaciaire de ce remarquable conglomérat, n le regardait 
comme an vaste dépôt morainique de Tépoque permienne. Cette 
théorie fut acceptée très favorablement par les géologues qui 
s*étaient occupés de l'étude des sols de l'Inde et de l'Australie, 
mais pour l'Afrique du Sud elle ne fut pas admise sans conteste. 
Cependant MM. Gnesbach -\ Stow '* et Schenck * étaient les 
apôtres de cette théoHe et lui donnaient un ferme appui. 
M. Dunn ^, tout en acceptant l'origine erratique des cailloux de 
Dwyka, le regardait comme un drift glaciaire, apporté et déposé 
là par des glaces flottantes. 

M. Greei^^ rejetait la théorie glaciaire et voyait dans le conglo- 
uiérat de Dwyka un dépôt de plage formé le long d'une côte, qui 
se retirait durant une période de transgression. MM. Draper, 
Hatch ^, Sawyer et plusieurs autres géologues de la région don- 
naient la préférence à des théories, qui exigeaient une origine 
éruptive pour ce conglomérat. 

Mes recherches dans le district de Vrijheid, pleinement confir- 
mées plus tard par des études dans plusieurs autres districts du 
Transvaal et spécialement le long de la rivière du Vaal, dans le 
Griqualand-west, m'ont convaincu que le conglomérat de Dwyka 
et les couches d'Ecca doivent être indubitablement regardés comme 
des dépôts d'origine glaciaire, datant i)robablement de la période 
peniiienne. 

Examinons d'abord quelle est la position de ces dépôts dans les 
régions qui m'ont fourni la majorité des documents, la province 
de Vrijheid et le Griqualand-west. 

On pourrait discuter le synchronisme du dc|)ôt du conglomérat 
içlaciaire du (iriqualand-west et du Transvaal occidental, de la 
partie méridionale de la Colonie du Cap, du Natal et enfin du 
Transvaal orientiil et mériditmal, et la réunion de toutes ces forma- 
tions s(ms le nom de conglomérat de Dwyka, Cependant on cons- 
tat<* que pailDut <'es dépôts glaciaires anciens reposent sur des 

I. P.-C. SUTHBRLANU, 51. 

'i. C-L. Gribsbach, 21, p. 53. 

3. G.-W. Stow, Manuscrit inédit. 

«. .V. SciiBNCK, 46 et 46. 

5. E.-J. Dunn, 13. 

C. A.-H. Grbbn, 20, p. 3^3 et p. 267. 

7. P.-U. Hatch, 23, p. 100. 



70 G.-A.-F. MOLENGRAAPF 31 JailY. 

couches appartenant au Système du Cap ou au Système primaire 
et qu'ils sont couronnés par des couches du Karroo supérieur. Ce 
fait constaté nie parait une l'aison suffisante pour ne pas introduire 
un élément de doute dans la question du synchronisme des dépôts 
glaciaires des diverses régions de l'Afrique du Sud, doute qui ne 
ferait que compliquer un problème déjà ardu. 

Le district de Vidjheid appartient au Gebroken-çeld et la diffé- 
rence entre la partie occidentale et la partie orientale du district 
est gi'ande. La partie occidentale est la continuation du Hooge^eld, 
quoique le cai'actère de haut plateau, qu'on trouve très typique 
plus à Touest soit ici fortement modifié par l'action éi'osive de 
nombreuses rivières. Dans leur cours vers l'est, jusqu'à l'Océan 
Indien elles divisent le pays en bandes de terrains élevés d'altitude 
de 4oo pieds au-dessus du niveau de la nier, séparées les unes des 
autres par des vallées i)rofondes. Ces vallées s'élai^ssent, se 
réunissent et deviennent de plus en plus nombreuses en allant 
à l'est, si bien, que finalement il ne reste plus que des lambeaux 
isolés de ces terrains élevés. 1^ partie occidentale du district a 
donc rasi)ect d'un haut ]>hiteau, entrecoupé de vallées profondes, 
tandis que la partie orientiile est un pays bas plus ou moins acci- 
denté, sur lequel s'élèvent, i)ar places, des montagnes plus ou 
inoins hautes, dont les sommets aplatis atteignent en général à 
peu près la même altitude que le plateau occidental. 

Les cours d'eau principaux sont le Pongolo qui forme la limite 
entre ce district et celui de Piet-Retief, TUnikusi, TUmvolosi noir et 
l'Uni volosi blanc. Le premier et le dernier sont les plus puissants 
et se déi'oulent dans des vallées plus profondes que les auti*es. 



Fig. 1^. — Coupe dans le district de Vrijheid, montrant le Système du Kairtïo 
superposé aux terrains primaires. — Echelle des longueurs i/i.<xm>.ooo'. 

Formation du Hoog-e-veld : i4 b, Grès supérieur ; i^ a, (1res inférieur; — iH, Cou- 
ches d'Ecca ; la. Conglomérat de Dwyka : a. Granité ancien ; i. Couches de 
Barherton et schistes cristallophyllieiis : li. Horizon houiller ; o, Diahase. 

Dans le <listrict de Vrijheid on rencontiH» les foriiuitioiis sui- 
vantes : le Système primaire, représenté par des schistes crisU^llo- 
phylliens, la série dr Barberton et d<»s inassits de granité intrusif. 

Les couches du terrain primaire sont toujours redi»essées, quel- 



I9OI GÉOLOGIE DE LA RÉPUBLIQUE SUI>-AFRICAINE 7I 

quefois jusqu'à la verticale, coinine, par exemple, dans le district 
de Barberton. 

Le terrain primaire affleure là seulement où Térosion a fait assez 
de progrès pour enlever la totalité ^es assises du Karroo, qui le 
recouvrent horizontalement en discordance. 

Cest ainsi qu'on doit chercher le terrain primaire en premier 
heu au fond des grandes vallées du Pongolo et de TUmvolosi blanc, 
mais cependant en dehors de ces vallées le terrain primaire vient 
affleurer en plusieurs points à travers la couverture des strates 
horizontales super|3osées du Karroo. Le Système du Karroo est 
très facile à étudier dans les nombreuses gorges des torrents qui 
le recoupent, en donnant de fort belles coupes naturelles, par 
exemple dans la gorge du Hlengeni, sur le vei*sant nord de la 
montagne d'Ingomo ^ 

L'étude comparative de ces coupes qui révèlent tous les carac- 
tères du conglomérat de Dwyka et des couches d'Ecca résumées 
plus haut, m'a conduit aux conclusions suivantes : 

l-ie conglomérat de Dwyka, non stratifié, doit être considéré 
connue une moraine pi^ofonde au sens pn>pi*c; du mot. Taille à 
hloi-aux <run glacier gigant(<!sque ou d'une calotte de glace de l'épo- 
que perniieime, tandis que le Dwyka stratifié i^eprésente les dépôts 
^laciaiivs stratifiés, qui <mt été déposés par les eaux de fonte du 
placier au-dessous et au devant du glacier. Enfin les couches d'Ecca 
représentent les déi>ôts des torrents glaciaires et les sédiments 
amoncelés dans les lacs glaciaires du paysage morainique, princi- 
palement durant la période de fonte et de retrait du glacier ou de 
la calotte glaciaire. Les couches d'Ecca i)ermiemies peuvent donc, 
quant à leur genèse, être comparées aux dépôts du loess diluvien 
de TEuropequi, absti*action faite des changements et des remanie- 
iiieuts quils ont subis ultérieurement, pai*aissent avoir eu pour 
origine la boue glaciaire déposée par les cours d'eau de fonte des 
fçlaces durant la période de retrait des glaciers quaternaires. 

Voici d'ailleurs quelques-ims des ai^uments qui militent en 
laveur de cette intei'prétation. 

. i" La surface des roches de la série de Harberton est burinée, 
polie et striée suivant une seule diirction partout où elle était 
ilû'ectement couveite par le conglomérat de Dwyka. La tlii-ection 
«le ces stries est bien celle du mouvement du glacier ou de la 

I. Voir G.-A.-F. Molknghaaff, 88, PI. II, vis-à-vis p. 100. 



72 



O.-A.-F. MOLENGRAAFF 



ai Janv. 



U£. 




calotte de glace, dont la moraine profonde burinait la surface des 
roches sous-jacentes. Cette moraine, solidifiée plus tard, est 

devenue le conglomé- 
^^*^ rat de Dwyka. 

J'ai moiméme obser- 
vé ces stries glaciaires : 
a) Sur la propriété 
Doompan [177] (dis- 
trict de Vrijheid) dans 
les gorges de plusieurs 
ruisseaux, qui, se pré- 
cipitant de la montagne 
du Hlang^'eni , ont 
creusé leui' lit à ti'avers 
le conglomérat de 
Dwyka et ont atteint la 
surface des argilites et 
des schistes ardoisiers 



Pig. i5. — Conglomérat de Dwyka (la) reposant 
sur les couches de Barberton (i) (propriété 
Doompan [177I, district de Vrijheid). La sur- 
face des schistes argileux quartzitiques de 
la série de Barberton est polie et striée dans 
la direction indiquée par les flèches. Le poli 
et les stries sont des plus nets au point K, 
où les schistes sous-jacents viennent d'appa- 
raître sous le conglomérat de Dwyka. Le 
plan PP* ne correspond ni aux plans de 
stratification, ni aux plans de clivage des 
schistes. 



durs et fortement redressés, appartenant à la sérife de Barberton 
(voir fig. i5 et pi. i). 







Pig. 16. — Roche moutonnée [quartzite de la série de Barberton (i)| émer- 
geant du conglomérat de Dwyka (la) sus-jacent qui l'entoure. Le quart- 
zite est poli et strié dans la direction indiquée par les stries et les flèches. 
(Propriété de Nauwpoort 1556] district de Vrijheid). 

b) Sur la propriété de Nauwpoort [556], près du Zwart- 
Umvolosi dans le district de Vrijheid, où quelques collines, 
formées par un quartzite de la série de Barberton, fcmt saillie 
au travers du conglomérat de Dwyka, qui les entoure complète- 
ment. Ces collines, hautes d'une quinzaine de mètres, ont leur 
surface si parfaitement polie, (jue Fimage du soleil s'y trouve 
rértécliie comme dans un miroir ccmvoxc. 11 est impossible de 
gravir à cheval ces petites collines, parce que le sabot du cheval 
ne peut pn>ndre prise sur leur sol. Ce sont, en délinitive, de 
véritables roches moutonnées, dont toute la surface est non 
seulement complètement polie, mais aussi cannelée par de nom- 
breuses et fines stries parallèles. 11 est fort intéressant de noter. 




IgOI GÉOLOGIE DB LA BÉPUBLIQUE SDD-AFHICAINE ^3 

que les stries sur ces collines De sont pas limitées k un seul côté, 
celui d'où venait la pression, mais que toute la surface offre le 
même aspect: le poli et les stries ont donc été produites par 




Fig. 13. — CoDglomérat de ]>wyka (la) reposant sur la surface ondulée deB 
couches de Barberton (i) (propriété des Mines d'or de Denny-Dalton). La 
surface des grès schisteux, conglomérats et quarlzjtcs de la série de 
Barberton sous le congloniéral est polie et striée dans la tlirection indi- 
quée par les^flèches. 

luie masse en mouvement non-seulement assez piùssante et assez 
lourde pour pouvoir polir et graver les roches les plus dures, 
mais encore assez plastique pour pouvoir suivre les ondulations 
du terrain. Des glaciers de grande épaisseur sont les seules masses 
connues qui puissent répondre k ces. desiderata . 




fi(. 18. — Kocbe moulonnée poli 
dont quelques lambeaux le rc 
RiviTton <Griqualand-west>. 



c) Sur les propriétés Vlakliiek [548] et Xussclu-iilH-idc [4ii] 
(district (le Vrijhcid), près <le la mine d'or de Dciuij' Daltun. où 
l'un rencontre des stries très nettes sur les surl'aces polies des 
quartzit«s et des gi-ès quartzi tiques de la série de Barberton (llf^. i^). 



34 



G.-A.-F. MOLEXOKAAFr 



31 Jauv, 



d) Sur la propriété BUawbank [;8]. où la surface d'un granité à 
amphibole est polie et striée. 

e) Le long du Vaal, jtri-Rde Riveiion, dans le Griqualand-'west. 
La surface d'une lUabase (|>«ssAnt à une diabase amygdaloîde) do 
Système primaire, pnibablement de la série du Witwatersrand, est 
polie et Çitriée partout où elle apparaît au-dessous do conglomérat 
de Dwyka qui lui est su{>eq>osé. Les croquis (lig. iSeti^) faits sur 




: Ih ro«bc iliabasiqur du 
iiiKloiuéral dr Dwyka, est 



Pî([. 19. — Paysaip- 

Systêiiir priiuuire, i|iii nllli 
polie et slriér très iiellrnii 



plave eu 181)9 peuvent donner une i*^^^ *^^ '*' to[>ograpbie niorai- 
nique de ees localités. Stow avait déjà, en i88o, observé les 
pliénoiiièin's glaciaires dans le Griqualand-west et rendix>it repré- 
senté par le ci-uquis ciniessus. avait semblé si typique à Slow 
qu'il l'avait nussi dessiné du uit^nie puiut de vue '. On voit dans 



I. i;.-W, hTow II ilêcrit iriirie iiii 
poslliuiiir encort- iiiéilU les phêno 
(ïri<iiialHiiil-wcsl. J'ni eu l'iH'eHsiun 
ubMTVuUiiiih cl (le ees <'nrleM ul j'ui 
<Jiiuii[iie plusifUTK iIl-n iiilerpréliil 



1 dos 



1res fxaete ilaiiB iiu luanoacHt 
tclaciaires dans la jirovinee dr 
trMvT siir place plusieurs île ces 
:' eonvaiiu-n; dn leur exuetituik. 
auU-urnepuis- 



[;e|>lée» aujounriiiii. eulre aulrcK lu supposition d'une seconde 
' fclaciaire diluvienne dans r.Vrriipic du Sud. voir : 48, p. Sl^, ses 
rrc II ère 11 es reliianpluhles. n'en siint [ms moins dij^ncs du plus grand intérêt. 
<>r luunuserit i>ri|nnHl appartient ti la Oeologwat Soriely of Soalh .Xj'nea et 
je me suis chargé d'en diriger la publication, dés que les Tonds nécessaires 
auront été réunis. M. IK'nn (Voir ; F..-J. Di->n, 18, p. 9) a également trouvé 
des slries glaciaires sur uue ui'gilite dure, inimédiatcmeiit sous-jacente an 



igOI GÉOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 'j5 

Ja petite lie au milieu du Vaal, les i*oches de diabase parfaitement 
polies transformées en roches moutonnées et encore partiellement 
recouvertes par des lambeaux du conglomérat deDwyka en place. 
Les stries glaciaires sont dirigées sur ces roches dans le sens per- 
pendiculaire à celui du courant du ileuve et le fait que Stow a 
observé et dessiné ces stries en 1880, dans absolument les mêmes 
conditions que moi-même en 1899, prouve que le pouvoir érosif 
des eaux du Vaal sur ces marques, en dix-neuf ans, n'est pas appré- 
ciable. Dans toutes les localités citées, dans le district de Vnjheid 
et dans la province de Griqualand-west, j'ai trouvé le conglo- 
mérat de Dwyka in situ dans le voisinage immédiat des surfaces 
polies et striées des roches plus anciennes et les stries sont plus 
nettes et plus distinctes, près de la limite des deux formations, 
c'est-à-dire là où les roches sous-jacentes * viennent affleurer, 

La direction des stries est : dans le district de Vrijlieid : à 
Doompan et dans plusieurs localités voisines, dans un rayon d'un 
kilomètre, S. a8** E., à Nauwpoort S. 56^ E., à Tuschenbeide près de 
la mine de Denny Dalton, S. 33*" E. Dans la province du Griqualand- 
west, à Riverton et dans plusieurs autres localités elle varie de 
E.&>N.àE.9oN. 

Dans le Griqualand-west la direction générale du mouvement 
a été E.N.E.-O.S.O. et le conglomérat de Dwyka renferme en 
abondance des blocs d'un porphyre quartzifère à plagioclase très 
typique qui affleure dans les régions situées plus à Test et au iioi*d- 
est, par exemple dans les districts de Bloenihof et dans les collines 
du Makwassie (district de Wolmaransstad). Dans le district de 
Vrijheid le sens du mouvement morainique n'est pas encore déter- 
miné avec certitude, mais toutes mes observations plaident eu 
faveur d'un mouvement du S.E. au N.O. 

conglomérat de Dwyka près du confluent des rivières du Vaal et de rOranjje 
En discutant Forigine de ces stries, il dit : « It set*nis probahlr that this 
turf ace formed part ofthe shelving jloor of the laUe, and that icelfergs iven* 
driven aground hjr the ivind, thus scratching" and ^roovinff the rorks: the 
metting" nf the ivehergH woutd cause their stonen, earth, etc. y to lie depo- 
nited on the ice-ncratched Jtoor^ thus forming the congloméra te ». Otte 
théorie me semble très mal fondée; le seul lait, ({uon trouve ees stries sur 
les roches souK-jaceutes et sur des distances de jilusieurs dizaines de kilu- 
iiiètres, toutes dans la même' direction, formant par conséquent un seul 
système ininterrompu de stries, est absolument incompatible avec la théorie 
«les « icebergs » chassés par le vent. 

I. Dans notre cas c'est le Système primaire. Stow a observé aussi dans 
le Griqualand-west des stries glaciaires sur des quartzites. appartenant au 
Système du (!ap et très probablement à la série du Black-reef (manuscrit 
inédit). 



^6 G.-A.-F. MOLENGRAAFF 31 JaOV. 

M. Griesbach ^, aussi bien que M. Sntherland ', a remarqué 
des stries au-dessous du conglomérat de Dwyka sur la surface des 
grès, qui appartiennent très probablement à la série du Black- 
reef et sont équivalents au grès de la Montagne de la Table de la 
Colonie du Cap ; mais il n*avait pas d'opinion sur la direction du 
mouvement des glaciers permiens dans le Natal. 

a"* Il existe quant à la structui'e et à la composition une analogie 
parfaite entre une argile ù blocaux et le conglomérat du Dwyka. 
Seulement dans ce dernier le ciment argileux ^ est endurci, silicifié 
et plus ou moins re^ristallisé, vv qui, étant donné Tancienneté du 
Dwyka, s'explique aisément par des actions mécaniques et chimi- 
ques sous la pression des strates superposées du Karroo supérieur. 
En beaucoup d'endroits ou le Dwyka s'est trouvé depuis longtemps 
exposé à l'action de l'atmosphère, il s'est altéré à nouveau * en une 
espèce d'argile à blocaux et toutes les dilTérences disparaissent. 
Le conglomérat de Dwyka renferme partout en abondance des 
cailloux striés. J'en ai trouvé dans beaucoup de localités du district 
de Vrijheid, sur la propriété Atholi [85], près d'Amsterdam (district 
d'Ermelo), dans les environs de Vereeniging et près de la mine d'or 
de Modderfontein (district de Heidelberg), sur plusieurs points du 
district de Bloemhof, et au delà de la frontière de l'Etat, le long de 
la rivière du Vaal, en aval de Fourteenstreams, et dans bien 
d'autres endroits dans la Colonie du Cap et dans le Natal. 

I. K.-L. Griesbach, 21, p. 60, dit : GrooveH, quite sirnilar to those in the 
Alpa, occur in gréai abondance on the sandstone of the Infami River, ahout 
ao miles sont h of Durban ». 

a. P.-C. SuTUBKi.AivD, 52, p. 5i5, dil : « The old aandstones, which lie 
immediateljr beneath the boulderclajr hâve their upper surfaces, in nuuiy 
instances, deeply f^rooved and striated, as if a semiplas tic substance, contai- 
niing hard and anfçular fragments, had beenpassed over itwith considérable 
pressure ». 

3. Dans le Dwyka frais le ciment montre à l'examen macroscopique une 
texture tant soit peu cristalline bien différente de celle d'une argile, ce qui 
a su{|pgéré sans doute à quelques-uns des observateurs Tidéc de Torigine 
éruptive de cette roche. Mais en examinant ce ciment sous le microscope, 
on constate qu*à l'origine il doit avoir été une boue contenant de nombreux 
petits fragments angulaires ou semi-angulaires de diverses roches et miné- 
raux avec prépondérance du quartz, mais «jue cejKîndant, la texture élastique 
primitive a été largement modifiée par des phénomènes de recristallisation. 

4. Dans les plaines du Karroo, dans la Colonie du Cap, où le climat est 
extrêmement sec, le conglomérat de Dwyka. quoique exposé à l'action de 
l'atmosphère depuis longtemps, ne montre guère de marques d'altération 
ou de décomposition. 



igOI GEOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRICAINK JJ 

3* Dans le conglomérat de Dwyka ou trouve des dépôts stratifiés 
et non sti*atifiés, les uns alternant aviK! les autres. C'est justeuient 
ainsi que sont constitués tous les dépôts vraiment glaciaires. Les 
dépôts non-stratifiés, Taigile à hlocaux. doivent appartenir à la 
moraine profonde stricto sensu, et les dépôts stratifiés sont for- 
més par les cours d*eau de fonte qui coulent au fond du glacier et 
s'en échappent. Plus le glacier est grand, plus le réseau de ces 
torrents glaciaires devient complexe et différencié. Leurs lits se 
déplacent comme ceux des autres fleuves ; ils disparaissent ou 
augmentent de débit et de nombre avec le retrait ou l'accroisse- 
ment des glaciers et le résultat Onal après une longue période de 
glaciation, doit être que les parties non-stratifiées des dépôts alter- 
nent en plusieurs places avec des parties stratifiées. Il est évident 
que vers le centre d'ime grande nappe de glace ou d'une calotte 
glaciaire les dépôts morainiques seront assez pauvres en dépôts 
stratifiés ou même en manqueront, tandis qu'au contraire, près des 
bords du glacier, les dépôts stratifiés augmenteront en étendue et 
en puissance, et pourront même en quelques points avoir une 
plus grande importance que la véritable arçile à blocaux non- 
stratifiée. Du reste, sur la bordure extrême des productions gla- 
ciaires, la marche en avant et le recul périodiques de la nappe 
glaciaire sufiisent déjà à produire des alternatives de dépôts gla- 
ciaires stratifiés et non-stratifiés. 

Ces dépôts stratifiés peuvent être, tantôt très riches en cailloux 
plus ou moins arrondis, tantôt les cailloux peuvent y manquer 
complètement. Il va sans dire qu'on retrouvera dans ces dépôts 
tous les caractères des dépôts fluviatiles, comme par exemple la 
stratification diagonale et la succession brusque des lits de gros 
graviers à des boues fines. Les dépôts des eaux glaciaires diffèrent 
cependant des dépôts des fleuves ordinaires en ceci, qu'ils sont 
surtout composés d'une boue très fine, produite par la trituration 
des roches dans la moraine profonde. On pourrait rencontrer 
parfois dans cette boue fine des blocs de grandes dimensions, qui 
seraient tombés des moraines latérales, médianes ou terminales, 
par des crevasses. 

Tous ces caractères sont représentés abondamment et avec une 
netteté parfaite dans les parties stratifiées du conglomérat de 
Dwyka et peuvent être étudiées à merveille dans les nombreuses 
coupes naturelles qu'offrent les gorges dans le district de Vrijheid. 

En outre, on constate souvent qu'un banc de Dwyka stratifié, 
intercalé entre deux bancs de conglomérat de Dwyka non stratifiés, 
est dans sa partie supérieure refoulé et brouillé, phénomène qu^on 



78 G. -A. -F. MOLENÛRAAKF ai JatlV. 

doit attribuer à la ])res8ion exercée par la moraine profonde, qui 
glissait sur ces couches et qu'on retrouve, reposant toujours au- 
dessus sous forme de banc de conglomérat non-stratifîé. C'est un 
phénomène absoluuient analogue à celui qu'on a observé sous les 
moraines pi'ofondes des glaciers de la période glaciaire de la 
Scandinavie et de TKcossi» et qui est connu sous le nom de con- 
toried'drift, 

^" Enfin, dans le conglomérat de Dwyka, se rencontrent des 
blocs de roches, aflleurant à d*assez petites distances, mêlés à 
d'autres débris provenant de régions lointaines; l'origine de 
<[uelques-uns de ces <lébris est d'autant plus obscure que ces roches 
n'ont pas encon^ été rencontrées in situ dans l'Afrique du Sud. 

Souvent le conglomérat de Dwyka a un caractère local par la 
prépondérance des débris d'une certaine roche sur les auti*es, ce 
qu'il n'est pas diflicile d'expliquer. Lorsqu'un glacier se meut et 
qu'une certaine roche, que nous désignerons par A, aflïeure sur 
son parcours, ce glacier défiche des morceaux de la roche A et les 
mêle aux autres débris. La moraine profonde sera alors^ en aval 
du point d'affleurement de la roche A, caractérisée par la présence, 
dans sa masse, d'une certaine proportion de fragments de la roche A, 
qu'on ne retrouvera pas en amont; et il en résultera que si cette 
proportion est assez forte, la moraine de fond aura un caractère 
local. J'ai observé souvent un tel caractère loc^l dans le conglo- 
mérat de Dwyka ; à Vei'eeniging par exemple, où le conglomérat 
de Dwyka repose sur les dolomies du Système du Gap, qui affleu- 
rent à une courte distance, ce conglomérat abonde en cailloux 
striés de calcaire dolomitique que je n'ai jamais trouvé dans le 
conglomérat de Dwyka du district de Vrijheid. Ces caractères 
locaux, offrent un bon moyen de déterminer le sens du mouvement 
du glacier permien. C'est ainsi que, comme nous l'avons vu déjà 
plus haut, la présence de nombreux blocs de porphyre quartzifère 
à oligoclase dans le conglomérat de Dwyka, le long du Yaal, en 
aval de Fourteenstreams, nous prouve que le sens du mouvement 
doit avoir été là, de l'E.N.E. à l'O.S.O. M. Dimn * a déjà, en 
1886, donné un exemple frappant du caractère local que prend 
quelquefois le Dwyka ; il écrit : East of the Doornberg range 
(Griqualand'West) there is a complète absence of the j^ellow jasper 
and altered crocidolite, ofwhich thèse hills consista in the Dwyka 
congf orner ate, while to the west oj this range they are abundanily 
represented, mingled with the far-borne material. Un glacier, 

1. E.-J. DuNN, 13, p. 9. 



^ 



XgOl GKOLOGIE 0£ LA REPUBLIQUE SUl>-AFRICAINE 79 

«lyant glissé de Test à Touest à travers les terrains du Doornberg- 
■*ange, aurait produit exactement ces ])héiioinèues, mais je ne crois 
f )as que jamais des glaces flottantes, comme le voudrait M. Dunu, 
pourraient donner de tels résultats. 

5"^ La matière des couches d'Keca, est, ({uant à sa composition, 
I>ai*faitement identique au ciment du conglomérat de Dwyka. C'est 
^n somme une houe, durcie aujourd'hui, transportée par les eaux 
glaciaires et déposée soit dans les grands lacs, qui cai*aclérisent le 
paysage morainique, soit dans le vaste champ d'inondation de 
c!Oui*8 d'eau tori*entiels durant la période de fonte et de retrait de 
la nappe glaciaire. Les gi*ands blocaux, d'ailleurs assez rarement 
rencontrés dans les ai^lites d'Ecca, ont peut-être été transportés 
par des glaçons flottants sur ces fleuves et ces lacs. 

6"" Si l'on accepte la théorie glaciaii*e, on peut se faire aisément 
une idée de la distribution erratique du congloméi*at de Dwyka et 
des couches d'Ecca. Il serait difficile d'expliquer autrement, com- 
ment, dans des terrains totalement dépourvus de failles, le Dwyka 
peut être trouvé à des altitudes très diverses, et en position nor- 
male malgré cette différence d'altitude. Avec la théorie glaciaire, 
cette difficulté disparait, si l'on admet qu'un grand glacier ou une 
calotte de glace, a buriné la surface des roches sous-jacentes, en 
restant assez plastique pour pouvoir suivre les accidents du terrain, 
les transformant en roches ou en collines moutonnées, polies 
et cannelées, et déposant ainsi sa moraine profonde simultanément 
à des altitudes bien difl'érentes et pourtant en position normale. Il 
serait aussi difficile d'expliquer comment l'épaisseur de ces forma- 
tions peut varier si fortement et comment, en quelques endroits, 
soit le congloméi*at de Dwyka, soit les couches d'Ecca, soit tous 
les deux, peuvent manquer en-dessous des strates du Karroo supé- 
rieur, même dans des régions où le Karroo inférieur se trouve en 
général très bien développé. L*explication est simple, si on se sou- 
\âent que sous les glaciers, et dans les régions qu'ils abandonnent 
par leur retrait, en quelques points, les effets de l'érosion sont 
prépondérants sur ceux de la sédimentation, tandis que dans les 
localités voisines, l'inverse se produit. 

En résumé, nous admettons que le conglomérat du Dwyka et les 
couches d'Ecca, c'est-à-dire le Karroo inférieur, sont d'origine 
glaciaire, et celte origine, nous n'en doutons pas, permettra d'expli- 
quer tous les caractères des couches du Karroo inférieur. Mais, on 
devra s* attendre à constater tous les phénomènes d'une glaciation 



8o G.-A.-F, MOLBNGRAAFF 31 JanV. 

prolongée, et cela dans des proportions beaucoup plus grandes et 
plus imposantes que pour le diluvium de rhémisphère nord. Il est 
certain que Ton doit admettre l'existence d'une calotte de glace de 
grande épaisseur et de très grande étendue, aussi bien qu'une durée 
fort longue de la période de glaciation, pour pouvoir expliquer 
l'épaisseur énorme * et le développement si diversifié des dépôts 
glaciaires permiensde l'Afrique australe. 

Le problème de la glaciation dans l'Afrique du Sud, durant la 
période permo-carbonifère, offre plus qu'un intérêt local. Les 
recherches géologiques dans l'Inde et dans l'Australie ont prouvé 
qu'il existe dans ces contrées des formations d'une analogie frap- 
pante. Dans l'Inde c'est le Système du Gondwana qu'on pourrait 
identifier avec le Système du Karroo. A sa base on trouve les con- 
glomérats de Talchir, qui offrent tous les caractères d'une argile à 
blocaux, e t sont absolument comparables au conglomérat de D wyka. 
Les roches plus anciennes sious-javent^s (Vindhyan-limestones) ont 
été trouvées polies et striées dans plusieurs localités, entre autres 
près de Chanda, dans les provinces centrales de l'Inde '. Les 7*0/- 
chir-shales sont associés à ce conglomérat ; Us possèdent tous les 
caractères des couches d'Ecca. Gomme les couches d'Ecca, ils sont 
presque partout dépourvus de fossiles. Sur ces dépôts glaciaires 
reposent des grès, comparables au grès du Karroo supérieur, dans 
lesquels on a trouvé une flore à Glossopteris, très ancdogue à 
celle du Karroo. 

En Australie, les traces d'une glaciation ancienne ne sont pas 
moins nettes et les dépôts glaciaires, qui sont associés là aussi bien 
que dans le Salt-range de l'Inde, aux sédiments contenant des 
fossiles marins, ont établi que la glaciation de ces deux continents 
était contemporaine et avait eu lieu dans la dernière période de 
l'ère paléozoïque. Et les affinités générales entre le Système du 
Karroo et le Système du Gondwana sont si évidentes, qu'on peut 
aller plus loin et admettre que les dépôts glaciaires permiens de 
l'Afrique du Sud, de l'Inde et de l'Australie sont contemporains. 

Les dépôts glaciaires du Karroo inférieur ont sans doute couvert 
toute la moitié sud du Transvaal ^, Dans l'est ils sont aujourd'hui 

I. Le conglomérat de Dwyka atteint dans la Colonie du Cap une épaisseur 
de plus de 4oo mètres. 

a. R.-D. Oldiiam, 38, p. i6o. 

3. Je n'ai pas trouvé de dépôts du Karroo inférieur au nord de a6'4o' 
latitude Sud. Il est vrai que M. Dunn a signalé, sur sa carte géologique du 
Transvaal, le conglomérat de Dwyka beaucoup plus au nord, dans le district 




IgOI GEOLOGIE DE LA RépUBtIQUË SU1>-AFR1CÀ1NE 8l 

inTi8ibles parce qu'ils sont recouverts par les strates du Karroo 
supérieur et ils afifleurent seulement sur les escarpements du haut 
plateau vers Test, c'est-à-dire dans la portion orientale des dis- 
tricts d*Ermelo et de Carolina et dans les districts de Piet-retief et 
de Vrijheid. où ils peuvent être étudiés facilement. Dans le Trans- 
vaal central, le Karroo supérieur diminue beaucoup d'épaisseur et 
le Karroo inférieur afQeure çà et là, par exemple près de Vereeni- 
ging et de Meyerton, dans plusieurs localités des environs de 
Heidelberg et de Boksburg, sur les propriétés Zuurbekom [9] et 
Syferfontein [3a], etc. Enfin dans la partie occidentale le Karroo 
supérieur'faisant défaut, le Karroo inférieur affleure très fréquem- 
ment. Cependant le Karroo inférieur a été dans cette région en 
grande partie enlevé par Térosion et dans les régions où il existe 
encore, il est très souvent caché par des dépôts superficiels plus 
récents, comme des tufs calcaires et des dépôts éoliens de petite 
épaisseur (i à 4 mètres). 

Le conglomérat de Dwyka prend une certaine importance écono- 
mique dans les environs de Vereeniging où le ciment, après avoir 
été séparé des blocs qu'il contient, est utilisé pour la fabrication 
de briques très résistantes, excellentes pour la constiniction des 
fours et des habitations. 

a. — Karroo supérieur 

Les couches du Karroo supérieur sont presque loujoursdans une 
position sensiblement normale et horizontale. Parfois elles sont 
un peu l'edi'essées : elles ne sont jamais plissées. quoiqu'elles soient 
assez souvent disloquées par des failles qui ont par places mor- 
celé les terrains du Karroo supérieur en ilôts, dont les strates 
correspondantes, tout en restant horizonUiles, se tnmvent à des 
altitudes différentes. 

Le KaiToo supérieur est formé par des gi*ès, des argilites. des 
argilites ai*énacées, des ai'giles charboimtuises et des couches de 
houille ^ Une stratification oblique est nett(*ment indiquée dans ce 
Système et est surtout bien marquée dans les grès. 

• 

da Walerbcrg, et même dans les Ulauwberg^en, au-delà du tropique du (Capri- 
corne, mais mes reeherches m\mt prouvé ({uc ces conglomérais dans le 
district du Waterberg ne sont pas glaciaires et forment la base du grès du 
Watcrberg, et je croîs probable que les conglomérats des Blauwbergen que 
je n'ai pas visités sont identiques à ceux du Waterberg. Voir : EI.-J. DvsTiy 14. 
I. On rencontre assez rarement des couches marneuses dans lesquelles le 
calcaire s*est concentré en nodules. Près de Standerton, j*ai trouvé» daiis an 
de ces nodules, une aile d'insecte orthoptère, très bien conservée. 

i3 Juillet 1901. — T. I*^ Hull. Soc. Géol. Fr. — 



Hq g.-a.-f. molengraaff ai Janv. 

De nombreux bancs de diabase (dolérite) sont intercalés en 
c*oncordanee parfaite entre les autres strates de cette formation. 
Dans ces bancs de diabase, le plus souvent une diabase à olivine, 
on peut observer généralement une disposition columnaire très 
nette. Kn outre tout le système est traversé par un véritable réseau 
de dykes de diabase du même type. La diabase du Karroo peut 
être facilement distinguée des diabases plus anciennes. Le type 
ordinaire de la diabase grenue du KaiToo est connu par la popula- 
tion minière du Ti*ansvaal sous le nom de dolérite ^ 

Niveau houiller. — Dans le Karroo supérieur du Transvaal, 
auquel j'ai provisoirement donné le nom àe formation du Hooge- 
veldn on rencontre les couches de houille qui, en raison du déve- 
loppement toujours croissant de Tindustrie minière au Witwa- 
tersrand (industrie qui exige de grandes quantités de combustible), 
constituent une richesse inappréciable pour le pays. Ce sont en 
général des charbons maigres, ne donnant pas de cokes et ne 
pouvant pas être employés dans les fonderies. Parfois leur teneur 
en soufre les rend dangereux, en ce que, exposés à Pair» la 
combustion spontanée est à craindi*e. Souvent ils renferment 
en plus ou moins grandes quantités des matières incombustibles. 
En somme ces charbons sont excellents seulement pour Femploi 
dans les usines à vapeur et pour tous les usages domestiques. Les 
gisements en sont immenses et la partie déjà exploitée est minime *. 
11 est bien certain que les houilloi*es de la République sud-africaine 
pourront suffire aux demandes de toute TAfrique durant au moins 
• une centaine d'années. 

Les couches de houille du Transvaal paraissent devoir être 
regardées comme des alluvions végétales, des dépôts de torrents. 
Les fragments de troncs de Sigillaria et de troncs, de tiges ^et de 
feuilles de diverses espèces de Glossopteris jouent un grand rôle 
dans la composition de la houille elle-même. Le toit des couches 
de houille renferme, comme on peut le constater facilement dans 
les mines de houille de Vereeniging de nombreux troncs couchés. 
.I«^ crois ([u'on peut admettre pour les houillères du Transvaal — du 
-moins poui* la plupart d'entre elles — un mode de formation ana- 
logue à celui que MM. Grand'Kury et Fayol ont admis pour les 
bassins houillers du Centre de la France. 

I. E. CoHB2f a donné une description pétrographique détaillée d*iin bon 
nombre de ces diabases du Karroo supérieur, appartenant pour la plupart 
à rétage inférieur, dit de Beaufort, 7, p. aao. 

a. En 1898, la production annuelle s^évuluail à j.ooo.000 de tonnes. 




igOI GÉOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRICAINK 83 

Les coimaissances actuelles permettent de penser qu'il existe 
dans le Karroo supérieur du Transvaal un seul niveau géologique 
renfermant des couches de houille exploitables. On peut évaluer 
que ce niveau se trouve situé sur le haut plateau à une altitude 
variant entre laoo et 1800 mètres. A première vue, ce niveau 
houiller parait se trouver à des hauteui*s très inégales dans la 
succession des strates .du Karroo supérieur. A Yereeniging, à 
Meyerton et dans lea environs de Boksburg, par exemple, le con- 
glomérat de Dwyka est situé à peu près directement sous les 
couches de houille, tandis que dans le district de Vrijheid, un 
complexe de grès et d*argilites de aoo à 3oo mètres d'épaisseur les 
sépare du Karroo inférieur. 

Dans le district de Yrijheid on peut distinguer deux étages de 
grès dans la formation du Karroo supériem*. L'un, l'étage des 
grès inférieurs, est composé de bancs puissants de grès, gris 
bleuâtres, devenant jaunâtres à l'air. En voie de décomposition, 
ces grès acquièrent une structure sphéroïdale, souvent très nette. 
On trouve très fréquemment dans ces grès des fragments do 
bois pétrifiés; près d'Umkusiberg, sur la propriété du même nom, 
on rencontre en abondance des troncs d*arbres couchés et des 
rameaux pétrifiés, dirigés suivant diverses directions. Des impres- 
sions végétales, de feuilles, de tiges, etc., et de très minces veinules 
de houille sont assez fréquentes dans ces grès, mais les couches de 
houille exploitables y font entièrement défaut. 

Les grès de l'étage supérieur sont de couleur plus claire et possè- 
dent un ciment assez riche en kaolin. Ces grès passent parfois à des 
arkoses. On trouve intercalées entre leurs bancs des argilites et des 
couches de houille exploitables. 

I^ position du Système entier du Karroo dans le Transvaal 
devient plus compréhensible dès qu on se i*end compte que tout le 
Système s'amincit en allant de l'est à louest. C'est ainsi que les 
grès, etc., qui sont sous-jacents aux lits de houille dans le district 
de Vrijheid ne se retrouvent plus dans le centre du Transvaal. De 
m^me on observe dans cette partie centrale du pays un nombre 
restreint de strates de grès, d' argilites et de diabases au-dessus des 
couches de houille, tandis que dans Test des dépôts puissants repo- 
sent sur le terrain houiller. Ce développement des lits houillers, 
presque aussi considérable dans la région centrale que dans Test, 
constitue un nouvel avantage. 

Le Karroo supérieur forme, seulement dans la partie sud-est 
du Transvaal, une nappe continue^ rejoignant la vaste nappe du 



84 G.-A.-v. MoLEXGRAAFF ai JanV. 

Karroo do TEtat libre d'Oi'ange. Le sous-sol des districts de Wak- 
kerstroom et de Standerton en est entièrement formé, celui des 
districts de Vrijheid, d*Utrecht, de Carolina, d'Ermelo, de Middel- 
hurg, de Pretoria et de Ileidelbei'g en est en partie composé. En 
outre de cette grande nappe homogène (m ti-ouve vers le uoi*d et 
l'ouest, de nombreux petite lambeaux du Système du Kari^oo 
disposés en discordance sur les terrains primaires ou sur ceux du 
Système du Cap. C'est ainsi, qu*on trouve des îlots du Système du 
Karroo dans le domaine du South-rand-Coalfield et dans les envi- 
rons de Boksburg sm» le terrain primaire, c'est-à-dire sur les couches 
de Hospital-hill ou sur celles du AVitwatersrand ; dans les environs 
de Vredefort sur le gi'anite ancien ; à Vereeniging et à Meyerton 
(district de Heidelberg), à Zuurbekom [9] et à Syferfontein [Su] 
(district de Krugei'sdorp), et à Stilfontein [38i] (district de Potchef- 
stroom), sur la dolomic ; dans les environs de Belfast, sur la série 
de Prétona ; à Wa ter val au nord de Pretoria, sur la norite et la 
syénite ; plus au nord encore à Hamanskraal (district de Pretoria) 
et dans quelques localités du district de Middelbm:*g, sur le granité 
rouge. A l'ouest de Klerksdorp le Ivan'oo supérieur n'a pas encore 
été rencontre. 

Les lambeaux du Système du Karroo, qu'on trouve sur les dolo- 
mies, méritent une mention spéciale ; ils s'étendent en une ligne 
courbe, à Touest, au nord et à Test des montagnes du Gatsrand« 
formées par des couches de la série de Pretoria. Ils sont situés, 
comme on peut le constater très facilement sur les propriétés 
Syferfontein et Zuurbekom, dans un terrain plat et sont entourés 
de tous côtés par des aflleurements de roches de la séné des dolo- 
mies. En réalité, ces lambeaux sont des compartiments du Système 
du Karroo qui se sont a f laisses dans les strates de la série des dolo- 
mies sous-jacentes. Ces allaissements ont été causés par relFon- 
drement de la clef de voûte des cavernes de la dolomie. Le Système 
du Karroo qui jadis couvrait entièrement ce terrain, s'est trouvé 
plus tiird détruit par la dénudation et Térosion et maintenant est 
entièrement disparu, sauf dans ces localités, où il pouvait, par sa 
position plus basse, due à son aifaissement, échapper à Telfet des 
forces déoudatrices. Il va sans dire que cet aifaissement a moditié 
la position normale des couches de ces lambeaux et cela explique 
pourquoi on a trouvé dans le lambeau de Syferfontein une épaisse 
couche de houille ^ redressée sous un angle d'au moins 4o". Ces 

I. La découverte de la belle rouchc de houille de Syferfontein a une grande 
importance, parce que la distance qui la sépare des mines du West-rand an 



I9OI GÉOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 85 

lambeaux situés par conséquent à un niveau égal à celui de la dolo- 
mie, ont encore une autre importance économique. Ils forment des 
i-éservoirs d*eau en communication souterraine avec les réservoirs 
internes inépuisables de la formation doloinitique ; formés de grès, 
ils offrent beaucoup plus de facilités pour la construction de puits 
et pour les foi*ages profonds nécessaii'es pour capter les eaux sou- 
terraines. A Zuurbekom on a foré des puits munis d'appareils 
élévatoires perfectionnés dans Tllot du Karroo situé en ce point. 
Ces ouvrages fournissent par jour les 4*ooo.ooo de gallons d*eau 
absolument pure qui servent à alimenter la ville de Johannesburg. 
Jusqu'en 1897 Teau fournie par les compagnies des eaux de 
Johannesburg était insuffisante et impure ; la découverte et l'exploi- 
ta tion de la magnifique prise d'eau de Zuurbekom, ont apporté une 
amélioration considérable à l'état sanitaire de la ville, bienfait 
dont elle est redevable, tant à l'application des observations géolo- 
giques sur la région qu'au mérite de M. Draper *. 

On peut se faii*e l'idée suivante du mode de formation du Karroo 
supérieur. Après le retrait des glaciers ou de la calotte de glace 
de Textension glaciaire permienne, le paysage morainique régnait 
dans cette région, où le conglomérat de Dwyka était en grande 
partie couvert et de tous côtés environné par les couches d'Ecca. 
L'érosion ne tardait pas à exercer son pouvoir destructif et les dépôts 
du Karroo inférieur furent sans doute, par places, remaniés complè- 
tement. Mais, en même temps, une série de sédiments commençait 
à se former qui constitue le Karroo supérieur. Ces dépôts d'eau 
douce s'accumulaient en partie dans les courants d'eau, en partie 
dans les lacs. C'étaient des grès et des argiles à stratification 
oblique et quelquefois aussi des couches de débris de végétaux 
apportés par les eaux torrentielles, couches qui sont devenues les 
lits de houille actuelle. 

A l'origine, ces sédiments furent déposés dans les dépressions 
dorigine glaciaire de la contrée et ils constituèrent ainsi des 
lambeaux, isolés les uns des autres. Mais plus tard, ces dépres- 
sions étant comblées, la formation du Karroo supérieur s'épancha, 
sans interruption, sur un large espace, embrassant une grande 
partie de l'Afrique australe. Une faible partie seulement de 
l'énorme développement du Système du Karroo, a persisté jusqu'à 

sud de Krugersdorp ne surpasse pas 20 kilomètres, tandis qu'auparavant ces 
mines devaient chercher leurs combustibles à des distances au moins trois 
foift plus grandes. 
1. D. Draper, 11, p. 139. 



86 G.-A.-F. IfOLENGRAAFF QI JaDY. 

Tépoque actuelle, le reste ayant été détruit pendant la période de 
dénudatiou qui suivit celle de sa formation, période qui d'ailleurs 
continue encore aujourd'hui. 

Grande faille de l'est. — Une dislocation très remarquable 
nous apporte les preuves indubitables, que les couches du Système 
du Karroo ont jadis eu vers l'est une extension beaucoup plus 
grande qu'aujourd'hui, ce qu'on jiourrait du reste déjà déduire de 
la manière abrupte dont les couches du Système du Karroo se 
terminent dans les escarpements, à Test du haut plateau du Trans- 
vaal et de l'Etat libre d'Orange. 

Dans la partie orientale du Transvaal on ti*ouve. dirigé du noixi 
au sud, une grande faille qu on peut i*egai*der, au point de vue 
géologique, comme la limite orientale du plateau continental de 
l'Afrique du Sud. J'ai appelé cet accident la grande faille de test *. 
Les régions situées à l'est de cette faille se sont affaissées par 
rapport à celles de l'ouest d'au moins looo mètres. Cette faille est 
située à une distance movenne de i6 kilomètres de la frontière de 
la Colonie portugaise 'de Mozambique. Elle est toujours parallèle 
à la chaîne des montagnes du Lebombo, qu'elle longe et elle 
peut ti*ès probablement être regardée comme le prolongement 
septentrional de la grande faille, décrite par Griesbash, qui a 
abaissé au niveau de la mer, dans le Natal, les strates du Karroo 
inférieur. aloi*s qu'elles atteignent dans les environs de Pieterma- 
ritzburg une altitude de Goo mètres. Dans le Transvaal la lèvre 
occidentale de la faille est toujours formée de granité ancien ou de 
schistes du Système primaire, tandis que la lèvi^e orîentale est formée 
de grès, d'argilites à Glossopteris et de couches de houille apparte- 
nant au Karroo supéiîeur ; ces couches ont une inclinaison de i5 
à ao" vei's l'est. Ces dépôts, tout-a-fait identiques à ceux du Karroo 
supérieur du haut plateau, sont couronnés, en concordance, par les 
roches du Lebombo. Ces deraières sont des roches éruptives 
d'épanchement dont la pai*tie inférieure, qui affleure dans les 
environs de Komatiepooii., sur le vei*sant occidental des mon- 
tagnes de lebombo, consiste en ixiches du ginmpe de la diabase et 
du mélaphyi'e avec une prépondéimnce de types amygdaloïdes. 

Il est bon de noter que, parmi ces roches amygdaloïdes. on trouve, 
près du pont du chemin de fer du Selati, sur la rivièi'e du Ci'oco- 
dile. <les types qui sont caractérisés par des amygdales très allon- 
gées et ressemblent beaucoup aux roches amygdaloïdes du même 

I Voir : O.-A.-K. Molbnghaapf, 32, p. 1*38, et PI. 1. 



igOl GEOLOGIE DE LA RÉPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 87 

type, des monts Malati dans l'Etat libre d*Orange, décrits par 
Cohen *. Ces dernières se trouvent au sommet de Tétage supériem* 
du Karroo supérieur. Nos connaissances sur les contrées du Karroo 
voisines de la chaîne du Lebombo. sont jusqu'à présent trop dissé- 
minées pour permettre de juger si cette ressemblance n'est pas 
purement accidentelle. 

Plus haut, dans la partie supérieure, c*est-a-dire dans la chaîne 
du Lebombo, on trouve des types plus acides, appartenant au 
groupe des felsophyres. 

Ces roches acides sont i*eprésentées par plusieui*s variétés dont 
quelques-unes sont scoriacées et renferment, dans lem's cavités, de 
belles cristallisations de calcite et des zéolithes, tandis que quel- 
ques autres fournissent d'excellentes pierres à bâtir. Ces coulées de 
laves anciennes ont une inclinaison de lo'' à So"" à Test, ])ente qui 
correspond à Tinclinaison des strates de grès de la formation 
sous-jacente du Karroo supérieur. Toutes ces roches montrent une 
structure fluidale très nette. L'examen microscopique détaillé des 
nombreuses variétés de ixiches éruptives qu'on trouve en traver- 
sant la chaîne du Lebombo, n'est pas encore terminé, aussi je les 
ai réunies provisoirement sous le nom de « roches du Lebombo ». 
La structure de la chaîne parait être très uniforme sur de gi*aii- 
des étendues, si l'on en juge par la description des roches ti'ouvées 
|>ar M. Cohen - qui la traversa, en 1873, près de Matalha Poort, à 
ao kilomètres au sud de Komatiepoort ; et par les échantillons 
que j'ai reçus de Pongolo-poort, point situé à 2o5 kilomètres encore 
plus au sud. On retrouve sur ces deux points les mêmes tyjïes de 
mrlies, que j*ai moi-même ix'iicontrés dans la mugnilique tranchée 
du chemin <le fer entre les stations de Komatiej»oorl eld'lnkomati. 

Dans la (iolonie du (]lap on a, en général, distingué dans le Karroo 
supérieur deux étages, Vétage de /^eau/br^ (Schcmck et Feistmantel) 
ou KarroO'beds (Green) et ïélag-e du Stormberg. Dans Tétage du 
Slormbei'g on admet avec M. Dunn les subdivisions suivantes, en 
allant de haut en bas : 

^. Volcanic-beds ; 
3. (Javesandstone ; 
a. Hed-beds ; 
I. Molteno-heds. 

1. Ë. COHKN, S. 

2. E. CoiiRX, 6, p. 67-91, donne nnc excellente description pétrographique 
(les types de inélaphyres et de felsophyres du Lebombo, quHl a rencontrés en 
traversant la chaîne. 



88 G. -A. -p. MOLENGRAAFF QI JailT. 

Dans ies Molteno-beds se ti'ouvent toutes les couches de houille 
exploitables de la Cxdonie du Cap. Ces couches carbonifères se 
distinguent, au Cap. par la présence dune flore à Thinnféldia 
odontopieroïdes. Sphenopteris elongata, Podozamites elongata. 
Baiera Schencki, Pecopteris. etc., et par l'absence des Glossop- 
teris. Elle a donc un caractèn* plus jeune que la flore à Sigillaria 
et Giossopteris, notamment Glossopteris Browniana et GL indica^ 
qui règne dans tous le<( terrains houillers connus du Transvaal ; 
mais c'est précisément, d*après O. Feistniantel *, par une flore 
identique que Tétage de Beaufort est caractérisé. Il en résulte que 
les terrains houillers du Transvaal, que j^ai réunis sous le nom 
de série du Hoogeçeld . ne peuvent appartenir à Tétage du 
Stormberg, comme rin<liquent les cartes publiées par Dunn et 
Schenck. La série du Hoogeveld i^epi'ésente l'étage inférieur du 
Karroo supérieur et doit être considérée comme parallèle à l'étage 
de Beaufort di» la colonie du Cap -. M. R. Zeiller ^ Ta établi d^une 
manièi^ indiscutable en se basant sur des preuves paléontologiques 
et mes recherches dans ces dernièi*es années m'ont prouvé que la 
théorie de M. Schenck, d'apivs laquelle les couches de Beaufort 
étaient en transgi*ession sur les dépôts du Kari'oo inférieur vei^s le 
Nord et les couches du Stormbei^ également en transgression sur 
les couches de Beaufort vere le Noixi devait être rejetée. Dans le 
Transvaal, au contraire, le Karroo supérieur est exclusivement, ou 
du moins presque uniquement, représenté par son étage inférieur. 

Quant à l'Age de ces dépôts, les l'echerches de MM. Seward * et 
Zeiller ont établi, qu'on pouvait admettre que l'étage inférieur du 
Karroo supérieur dans le Transvaal était permo-carbonifôre. 



DÉPOTS PLUS RÉCENTS QUE CEUX DU KARROO 

Jusqu'à présent il n'a pas été rencontré dans le Transvaal de 
dépôts sédimentaires plus récents que ceux du Système du Karroo 
et toute la configuration du pays prouve qu'il y a régné une longue 
période de dénudation ^. Cela n'empêche pas, qu'on trouve çà et 

I. (). Feistmaxtkl, 16. 

'i. Kii 189^, j'ai discuté cette même question et exprimé cette opinion, que 
le terrain liuuiller du Transvaal devait appartenir à un étage du Karroo, 
plus ancien que les Molteno-beds (30, p. 2^). 

•3. R. Zeiller, 54, p. 37^. 

4. A.-C. Seward, 47, p. 9a. 

5. D. Draper, 12, p. 34. 



1900 GEOLOGIE DE f.A REPUBLIQUE SU1>-AFRICAINE 89 

là, des dépôts superficiels récents, comme des alluvions, des bancs 
de limonite, de dépôts éoliens, des tufs calcaires, etc., qui, cepen- 
dant, n*ont jamais qu'une importance locale. 

Parmi les roches éruptives, il est bien certain que la roche 
diamantifère est plus i*écente que les dépôts, du Karroo, car dans 
TEtat libre d'Orange elle traverse les strates du Karroo supérieur. 
En 1897, ®^ découvrit sur la propriété Rietfontein [5oi], dans le 
district de Pretoria, à 27 kilomètres à Test de la capitale, un affleu- 
rement d*une roche, identique à la roche mère, bien connue, de 
Kimberley. et, par le lavage des teires de la surface, on ne 
tardait pas à y renconti^er des diamants. On a constaté, gi'âce à des 
trancliées et à des forages, qu'il s agissiiit ici d'une vraie cheminée 
diamantifère, verticale, de forme cylindrique, remplie d'une brèche 
péridotique serpentinisée, identique en tous points à la kimberlite. 
Un peu plus tard on a découvert des gisements identiques sur la 
propriété Kaalfontein voisine de Rietfontein [5oi] et sur les pro- 
priétés Elandshoek [74] et Franspoort [426] *. 

Toutes ces cheminées sont situées dans des couches de la série 
de Pretoria et seulement dans celles de sa partie supérieure, les 
couches du Magaliesberg, c'est-à-dire dans une formation plus 
ancienne que celle du Karroo oii se rencontrent les couches de 
houille. Or, comme il n'existe pas, dans des niveaux plus bas que 
celui du Karroo, de couches renfermant une proportion de matières 
charbonneuses quelque peu importante, il en résulte, que la teneur 
en carbone, sous forme de diamant, de la brèche éruptive diaman- 
tifère ne peut pas être attribuée à des débris de roches houillères 
arrachés aux parois de la cheminée par le magma éruptif en voie 
d'ascension. 

Ces mines de diamant du Transvaal, situées dans un niveau 
géologique plus profond que les cheminées de la Colonie du Cap 
ou de l'Etat libre d'Orange, viennent à l'appui de la théorie qui 
veut que le diamant soit un élément primordial de la kimberlite. 
Du l'esté, après les remarquables expériences de M. Moissan, on 
pouvait soupçonner qu'à de grandes profondeui*s, dans un magma 
éruptif basique, le carbone ne pouvait cristalliser que dans sa 
modification la plus dense, le diamant, 

ï. Pour plus de détails sur ces gisements, voir : G.-A.-F. Molkngraaff, 
•2, p. 144 et 81; et M. Franck», 17. Aanhangsel B. 



90 O.-A.-F. MOLENGRAAFF ai JailY. 



Ouvrages consultés 

1 . A. Gbodrs Bain. — On the geology of Soathern Africa. Trans, of the 
geoL SocietXt 9> vol. VII, p. 176. London, i856. 

2. A. BoRDRAUx. — Etudes sur les champs aurifères de Lydenburg, de 
Kaap et du Charterland. Annales des Minea, 9, XI, p. 273. Paris, 1H97. 

8 . J.-O. BousQUBT. — De tegen woordige toestand von de goudm^ n-indus- 
trie in de Kaapforniatie van de Lijdenbarg goudvelden. Jaarrapport van den 
Staats-myningenieur orer het jaar 1896. Aanhangscl D., Pretoria, 1897. 

4 E. CoHBN. — Briefl. Mittheilung ans Sûd-Afrika. Neue8 Jahrb. fur 
Minéralogie, etc., 1878, p. 5ii. 

6. Id. — Ueber eigenthûmliclie Melapbyruiandelsteine aus Sûd-Afrika. 
Neuea Jahrb,, etc., 1875, p. ii3; et Id. Mandelstein aus den Maluti-bergen, 
Sûd-Afrika. y eues Jahrb. fur Minéralogie, etc., 1880, 1. i>. 96. Stuttgart, 1880 

6. lo. — Erlâuternde Benicrkungen zu dcr Routenkarte einer Reise von 
Lijdenburg nach den Goldfeldern und von Lijdenburg nach der Delagoa-Bai 
im ôstlichen Sûd-Afrika. // Jahresher, der geographischen Gea, in //a/ii- 
burg, 1875. 

7. lo. — Geognostisch-petrographische Skizzen aus Sûd-Afrika. //, Neueê 
Jahrbuch, etc., Beilage, Bd. V, p. 195, 1887. 

8. Id. — Ueber eine nôrdlicli von Pretoria (Transvaal) im Granit gelegene 
Salzpfanne. Tschermak*s Min. und peir. Mitiheilnngen a, XV. Wien, 1895. 

9. P.-H. Dahms. — Ueber einige Eruptivgesteine ans Transvaal in Sûd- 
Afrika. Neues Jahrbuch fur Minéralogie, etc. Beilage, Bd. VII, p. 90, 1890. 

10 D. Draper. — Tlie Dwyka Conglouierate. Transactions of the geolo- 
gical Society of South Africa, l, p. 90. Johannesburg, 1896. 

11 . Id. — On the coal deposits of South- Africa. Transactions ofthe geolO' 
gical Society of South Africa, Vol. RI, p. ia8. Johannesburg, 1898. 

12. Id. — A ramble through the geology of South Africa R. The denu- 
dation ofthe continent. Transactions of the geol, Society of South' Africa, 
Vol. RI, p. 34. Johannesburg, 1898. 

18 . E.-J. DuNN. — Report on a supposed extensi ve deposit of coal underlying 
the central districts of the colony. Partiamentary Paper, Capetown, 1886. 
14 Id. — Geological sketch map of South-Africa. Melbourne, 1887. 

16. O. Fbistmaxtbl. — Uebersichtliche Darstellung der geologisch-palaeon- 
tologischen Verhâltnisse Sûd-Afrikas I. Die Karrooforniation und die 
dieselbe untcrlagernden Schichten. AbhandL der k, bôhmischen Gesellschaft 
der Wissenschafte, 7, RI. Prag, 1889. 

16 M. Frangkb. — Rapport over de Malmanie-goudvelden. Jaarrapport 
van den Staatsmyningenieur over het Jaar i8gy, Aanhangsel, B, Pretoria, 1890. 

17. Id. — Rapport over den mijnbouw in het Pretoria-inspectieveld t 
Jaarrapport van den Staatsmjrningenieur over het jaar i8g8. Pretoria, 1899. 

18. \V. GiBsoN. — The geology of the gold-bearing and associated rocks 
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XLVRI, p. 404* London, 1892. 

19 J. GôTZ. — Untersuchuiig einer Gesteinssuite aus der Gegend der 
Goldfelder von Marabastad ini nôrdlichen Transvaal. yeues Jahrb, fur 
Min,, etc. Beilageband IV, p. 11."), i885. 

20 A.-H. Grbrn. — On the geology and physical geography of the Cape 
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1900 GBOLOOIE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 9I 

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88. F.-H. Hatch. — A geological map of the Southern Transvaal. London, 

1897. 

83. Id. — A geological survey of the Witwatersrand and other districts 

in the Southern Transvaal. Quart, Journ. of the geol. Society* Vol. LIV, 
p. 73. London, 1898. 

84. J.-A.-L. Hbndbrsox. — On certain Transvaal Norites, Gabbros and 
Pyroxenites and other South African rocks. London, 1898. 

86. A. HObnbr. — Geognostische Skizzen von den Sûd-Afrikanischen 
Diamanten-Distrikten. Peterniann*8 Geogr, Mittheilungen, XVII, p. 81, 1871. 

86. Id. — Geognostische Skizzen aus S&d-Afrika. Petermann*8 Geogr, 
Mittheilangen, XVni, p. 4aa. Gotha, 187». 

8T. M.-L. DB Lau.xay. — Les mines d'or <Iu Transvaal. Annales des Mines, 
9, IX, p. I. Paris, i8g6. 

88. K. Mauch. — Reisen in Sfid-Afrika. Petermann*8 Geogr, Mittheilun- 
gen. Erg&nzungsheft, 37. Gotha, 1874. 

89. G.-A.-F. Molbngraaff. — Ueber einige Ërz-und Mineralvorkomnien 
in der Siidafrikanischen Republik Transvaal. Zeitschr, fur Krystallo gra- 
phie, XXII, p. i5o, 1893. 

80. Id — Beitrag zur Géologie der Uingegend der Goldfelder auf dem 
Hoogeveld in der Siidafrikanischen Republik. \eues Jahrbuch fur Minéra- 
logie, etc. Beilageband IX, p. 174. Stuttgart, 189). 

31. Id. — Diamonds at Rietfontein. Transactions of the geological 
Society of South Africa, Vol. UI, p. 122. Johannesburg, 1898. 

88. Id. — Annual Report of the State Geologist of the South African 
Republic for the year 1897. Transactions of the geological Society of South 
,\frica. Vol. IV, p. 119, Johannesburg, 1898. (Traduit du rapport ofliciel en 
hollandais. Groenboek, N' 16. Pretoria, 1898). 

38. Id. — The glacial origiu of the Dwyka (!ongloinerate. Transactions 
ofthe Geological Society of South A f riva. Vol. IV, p. io3. Johannesburg, 1898. 

34. li>. — (leologischc Aufnaliine der Sfid-Afrikanischen Republik. 
Jahresbericht ïiher das Jahr i8gS, Pretoria, 191)0. (Traduit du rapport 
ofliciel en hollandais. Groenlioek. X' 16. Pretoria, 1899). 

85. Id. — Die Reihenfolge und Corrélation der geologisclien Formatiouen 
in Sfid-Afrika. ^eues Jahrb. fàr Minéralogie, etc., 1900, l, p. 1 13. Stuttgart, 1900. 

36. M.-A. MouLLK. — Mémoire sur la géologie générale et sur les mines 
de diamants de l'Afrique du Siid. Annales des Mines. Série VII. Année i88.'>, 
p. 19a. Paris, i885. 

37. H. Obmichkn. — Goldhaltige Kobaltgânge iu Transvaal. Zeitschr, f tir 
praktische Géologie, Bd. VU, j). 271. Berlin, 1899. 

88. R.-D. Oldham. — A manual of the geology of India, Calcutta, 1893. 

39. W.-H. Pkx.mng. — A sketch ofthe high level coal-fields of South- Africa. 
(^uart. Journal of the geologiral Society, \o\. XL, p. Cmo. London, 188^. 

40. Id. — A sketch of the gold-Uelds of Lydenburg and de Kaap in the 
Transvaal. Quart. Journal of the geological Society, Vol. XLI, p. 569, 1880. 

41 Id. A contribution to the geology of the Southern Transvaal. Quart, 
Journ, ofthe Geological Society, Vol. XLVIl, p. 4«>^» 1891. 

48. A.-R. Sawykr. — The South Rand Coallield and its connexion with 
Ihe Witwatersrand Banket-Formation. Trans. of the Feder. Institution of 
ytining Engineers, \o\, XIV, Newcastle upon Tyne, 1898. 



9^1 GÉOLOGIE DE LA RÉPUBLIQUE SUD- AFRICAINE 21 JanV. 

48 . A.-R. Sawybr. — The goldûelds of Mashonaland. 

44. Id. ^ The Portuguese Manica goldlield. Transactions of the Fed. 
Instit, of Mining Engineers, Fé\Tier 1900. London, 1901. 

45. A. ScHBNGK. — Geoloffische Skizze von Sûd-A/rica. Petermann's Geogr. 
Mittheilungen. Bd. XXXIV, p. aaô. Gotha, 1888. 

46. I». — IJebcr GlaoialH'rschcinungen in Sûd-Afrika. Verhandl, des 8"^ 
heutschen (ipographentages zu Berlin^ p. i^5. Berlin, 1889. 

47. A.-C. Sbward. — Note on plant-remains from Vereeniging, Transvaal. 
Quart, Journal of the geoL Society^ LIV, p. 9a. London, 1898. 

48. G.-\V.Stow. — On sonie |)oints of South- African geology. Quart, Journal 
ofthe geol, Society, VoL XX VU, p. a8, 5o, 5a, 497, 5a3 et 534. London, 1871. 

49. Id. — On the geology of GriquaJand-West. Quart, Journal oj the 
geol, Society, Vol. XXX, p. 58i. London, 187}. 

60 . E. SuB88. — Das Antlitz der Ërde I. Wien, i885. 

61. P.-G. SuTHBRLAND. —On the geology of Natal. Durban, 1868. 

62. Id. — Notes on an ancient boulderclay of Natal. Quart, Journal oJ 
the geol. Society, Vol. XXVI, p. 5i4. London, 1870. 

68. E.-A. WtLPiNo. — Untersuchung eines Nephelin-syenits aus dem 
mittleren Transvaal in Sûd-Afrika. \eues Jahrb, fur Minéralogie, etc., 1888, 
n, p. 16. Stuttgart, 1888. 

64. R. Zbillbr. — Etude sur quelques plantes fossiles, en particulier 
Vertehraria et Glossopteris des environs de Johannesburg (Transvaal). B. 
S, G. F„ 3, tome XXVI. p. V^g, Paris, 1896. 



UNE SOLUTION PALÉONTOLOGIQUE 



LE NÉOGENE SUR LA FEUILLE DE MONTPELLIER 

par M. P. 6. de ROUVILLB. 

L — Sous le titre. Une solution paléontologique, nous annon- 
cions, il y a peu de temps, Tuttribution définitive à Thorizon 
berriasien des calcaires à Serpules de La Valette. 

Nous nous faisons un devoir de rouvrir cette rubrique pour 
annoncer, cette fois, l'attribution, conforme aux conclusions de 
M. Roman, des calcaires miroitants crétacés de Saturargues et de 
THortus à l*horizon du Yalanginien supérieur. 

M. Gennevaux, dont je signale pour la seconde fois le zèle géolo- 
gique, a bien voulu, sur ma prière, consacrer une de ses dernières 
excursions à la recherche de fossiles sur le lieu précis indiqué par 
M. Roman dans sa coupe du causse de Pompignan * ; il en a 
recueilli un certain nombre, parmi lesquels notre collègue 
M. le professeur Kilian, à la compétence duquel nous les avons 
soumis, a reconnu les espèces suivantes : 

« Adulte de Hoplites pexiptychus Schl. -" Roubaudi d^Orb. 

Hoplites Frantzi Kil. (— Ottmeri Neam. et Uhl. p. p.). 

Hoplites Albini Kil. 

Holrostephanus psilostomus Neuin. et Uhl. 

Duvalia lata (Blainv. sp.). 

Hibolites Jaculum Phil. 

Pholadomya elongata Mûnst. 

Arca cf. ferruffinea. 

Vola (Janira), Valve plate. 

PXfCiirns rostratus Ag. Typique. » 

M. Kilian ajoute : 

« Cette faune appartient sans aucun doute au Yalanginien supé- 
« rieur, malgré la présence de HopL Frantzi et de Holcostephanus 
ce «ff. psilostomus^ formes plutôt hauteriviennes. 

'< L*existence de Duçalia lata accuse son âge valanginien. 
^* C'est à peu près le niveau du Fontanil. ou plutôt un peu plus 
" *Vcent (le Pygurus du Fontanil n'est pas le vrai rostratus) ». 
^-^ niveau des calcaires miroitants, si tant est quj ce faciès ne se 

'- £^. S, G. F., a« 8.. t. XX VH, p. 5i8 ; t, XXVIU, p. 974. 




Fiy.3 






Fig. ',.— ['Un du limtoin d \s-.aa 
«QViron. — Pif, i->t — Cjïupea s 



n icrs Tf 1 ran (Hcraull). Echelle i/i6u.oai- 
^ ant li-8 <lirertiong (i), (3), (3), du plan. 



i, Colcaiir uligoccni A Liiitniea longiacata 1 ['niidingues et luarueB <bori- 
lon de VAnUtracothrrium) , 3 Caledire IstUMlrc supérieur (Tongrien); 
L', LignileH à Paleothenum de Viviers ; a. Marnes el grès à Lophiodon ; 
L, Limites de Teyran à Balimua Hopei ; i, Calcaire Intétien contenant i 
Teyran : Bulimut Hopei M. de S., B. Stresi, PUtnorbla paeudoammoniai 
Sehl., Limnma Michelini Desh.. Strophoêloma Lapicida Ltutroy, Htlix 
Marioni Desh.. Pupa sp. ; — o, Horizon rouge (Oarumnien de Leymerie) ; 
— Ke, Néucoinîen (Berriasirn, Valanginien). 



igOI LB NÉOGÂNE SUR LA FKUlLLK DE MONTPELLIER 95 

reproduise pas en âge hauterivien, se trouve donc définitivement 
établi comme Valanginien supérieur. 

Desitum est disputari. 

Pourrons-nous en dire bientôt autant du Néogène lacustre de la 
feuille de Montpellier? En attendant, nous appuyons, de nouvelles 
coupes, dans la note suivante, notre interprétation de 1875. 

II. — M. Gennevaux, témoin intelligent et attentif de l'applica- 
tion de la méthode de continuité, faite sous ses yeux, au complexe 
lacustre de Grabels-Couloudres *, a étendu le champ de ses obser- 
vations au territoire d'Assas-Viviers-Teyran, où le Bartonien a 
reçu, sur la feuille de Montpellier, une extension qui ne nous 
parait pas lui convenir. 

A cet effet, il a dressé le plan et les coupes ci-jointes dont l'inter- 
prétation, différente de celle qui leur a été donnée ^, mettent 
en relief, à nouveau, et confirment la régularité et la netteté des 
éléments stratigraphiques de notre complexe lacustre. 

Ils montrent, de plus que nos schémas précédents * , un double 
niveau de lignite : Fun se rattachant à celui de La Gaunette ou 
Lutétien, l'autre, à celui de Goulondres ou Priabonien ; le premier 
avait été déjà reconnu par M. Dclage dans le calcaire à Planorbis 
pseudoammonius Schl. à Grabels, au point où la route, qui mène 
de ce village à la route de Grabels, est traversée par un remar- 
quable dyke basaltique. 

Dans la nouvelle région, comme à S^-Gely, le Bartonien sépare 
le calcaire à Bulimus Hopei M. de Serres, du calcaire à Melanopsis 
mansiana Noulet. Le lignite inférieur s'y trouve compris entre 
deux calcaires dont le supérieur ne foui*nit pas de Bulimc. 

Enfin, le tout supporte le calcaire à Lymnœa longiacata Brong., 
en recouvrement immédiat et concordant, non pas sur le Bar- 
tonien, comme il a été dit ^, mais sur le Poudingue oligocène. 

Ce poudingue, dans toute notre région, revendique l'allure indé- 
pendante, attribuée '^, à tort selon nous, au Poudingue bartonien. 

La série de S'-Gely se présente donc dans la région d'Assas- 
Teyran, augmentée d'un terme distingué sous la rubrique L' dans 
la Carte géologique de 1876. 

I. «. S. G. F., [3], XXVllI, p. 60a, 1900. 

a. Coupes d*A8»as et de Teyran. Roman, thèse, p. 170-185. 

3. Roman, thèse, p. 171. 



SUR L'AGE DES ROCHES ÉRUPTIVES DU GAP O'AGGIO 

( ALPB9-M ARITIlfBS) 

par M. Liéoii BERTRAND. 

La commanîcation intéressante faite par M. Gnébhard dans la 
séance du 3 décembre dernier {Comptes- rendus sommaires^ t. 
XXVIII, p. i^j), où il indique que les tufs cinéritiques de Biot 
sont du Miocène supérieur, rajeunit notablement Tâge admis 
jusqu'ici généralement pour les éruplions de labradorites dans le 
Sud des Alpes-Maritimes. Il est d'ailleurs très vraisemblable que 
ces éruptions ne sont pas toutes contemporaines et que certaines 
d'enti*e elles datent de la tin du Pliocène ou même du Pléistocène *. 

En particulier, il me parait certain, actuellement, que les érup- 
tions qui ont donné naissance aux roches analogues situées au Cap 
d^Aggio et dans le voisinage doivent se rapporter à une date très 
récente. Je ne connais d'ailleurs en ce point aucune roche, émptive 
en plcLce, soit en coulée, soit en produits de projection. Le gise- 
ment du Cap d* Aggio est formé de produits de projection remaniés 
et stratifiés^ formant un placage contre la falaise de calcaires juras- 
siques ; il en est de même pour un autre gisement situé à un idlo- 
mètre au noi*d-est, au fond d'une baie, presque en vue de Monaco, 
aussi au niveau de la mer. Dans ces deux gisements, on a de vérita- 
bles dépôts formés uniquement de matériaux éruptifs. Par contre, 
au-dessus de la gare de laTurbie, ces éléments sont disséminés au 
milieu d'un dépôt de galets de plage, probablement pléistocène ou 
au plus du Pliocène supérieur. De même, on i^trouve les mêmes 
matériaux éruptifs dans une tranchée de la route de la Corniche, 
auprès de Monaco, au-dessus du second gisement du bord de la 
mer cité plus haut, dans une puissante formation bréchoîde qui 
me parait à peu près contemporaine du remplissage des fentes du 
calcaire jurassique de Monaco, c'est-à-dire de la formation de la 
brèche ossifèi'e de cette localité. 

Quant à l'origine de ces matériaux éruptifs, ils me paraissent 
provenir d'éruptions ayant eu lieu pai* une ou plusieurs cheminées 
situées actuellement sur remplacement de la mer, mais très près du 
rivage actuel ; leur âge serait très récent, car elles dateraient du 
Pléistocène ou, au plus, du Pliocène supérieur. 

I. M. Ambayrac, déjà, a signalé deux gisements de ces roches dans les pou- 
dingue» du delta du Var. 



ÉTUDE 

SUR LA 

TECTONIQUE DU JURA FRANC-COMTOIS 

par M. E. FOURNIER. 

La chaîne du Jura a été, depuis les débuts mômes de la science 
géologique, Tobjet d*études si nombreuses et si détaillées de la 
part de savants éminents tels que MM. Marcou, Thurmann, Thirria, 
Vézian, Parandier, Bertrand, Kilian, Résal, Lory, Choffat, Bom'- 
geat *, etc., etc., qu'il semble qu'il y ait quelque témérité à 
prétendre qu'on puisse encore trouver du nouveau dans une 
région si bien connue. 

Néanmoins, les nombreuses excursions géologiques et spéléolo- 
giques que nous avons faites dans cette région depuis 1896 nous 
ont permis de relever un grand nombre de coupes et de constater 
plusieurs phénomènes très intéressants an point de vue tectonique 
et qui avaient passé jusqu'ici à peu près inaperçus, ou avaient été 
mis en lumière d'une manière insuflisante. 

En coordonnant ces phénomènes, nous sommes arri vé à nous faire 
<îe la structure géologique de la chaîne du Jura une conception 
qui, comme nous allons essayer de le montrer, diffère en bien 
Jies points de celle que l'on pouvait considérer jusqu'ici comme 
classique. 

Au point de vue tectonique on peut diviser le Jura Franc- 
Comtois en six zones qui sont en allant de l'est à l'ouest : 

I. La zone de la Haute-Chaîne^ constituée par une épaisse masse 
de Jurassique supérieur, plus ou moins plissée, dans laquelle 
s'enchâssent des chapelets de brachysynclinaux amygdaloïdes 
dont le noyau est occupé par le Crétacé et l'Infra-crétacé. 

n. La zone des grands plateaux comprenant tous les étages du 
Supra et du Médiojurassique, avec failles d'importance variable. 

I. Il sortirait absolument du cadre que nous nous sommes imposé 
<l'enlrcprcndrc de donner ici un index bibliographique, même sommaire, 
*!« principaux travaux publiés sur cette région, nous nous contenterons 
«ians le courant de cette étude de renvoyer le lecteur à ceux de ces travaux 
^s lesquels les questions tectoniques qui nous occupent ont été abordées. 

18 Août 1901. — T. ler. Bull. Soc. GéoJ. Fr. — ; 



98 E. FOURMER 31 JailY. 

m. La zone plissée du Vignoble, composée de chapelets de 
brachyanticlinaax séparés les uns des autres par des bandes 
synelinales faillées. Les noyaux des brachyanticlinaux sont cons- 
titués par le Trias, le Lias et le Jurassique moyen. L'axe des 
bandes sjTiclinales par le Jurassique supérieur. 

rV. La zone occidentale des plateaux limitant au nord-ouest la 
vallée moyenne du Doubs. depuis Montbéliard *. 

Y. La zone des açant-monts du Jura et le pointement amygda- 
loîde ancien de la Serre. 

VI. La zone des bassins d effondrement des vallées de TOgnon 
et de la Saône. 

Cette dernière zone est limitée du côté de Touest par une série 
qui peut être considéi^ée comme formant la bordure orientale du 
Bassin de Paris 

Nous allons étudier successivement ces différentes zones, en 
n'insistant pour chacune d'elles que sur les faits nouveaux de 
nature à modifier l'interprétation qui en a été donnée jusqu'ici. 

I. Zone de la Haute-Chaîne 

ou ZOXE DES BRACHYSYNCLINAUX CRÉTACÉS 

Cette zone s'étend sur la partie onentale des feuilles de Saint- 
Claude, Lons-le-Saulnier, Pontarlier, Ornans. Elle est particu- 
lièrement caractérisée sur ces deux dernières feuilles et sui'tout 
sur celle de Pontarlier où elle est formée d'une série de chapelets 
de brachysynclinaux et de brachyanticlinaux dont les axes sont 
dirigés sensiblement N.E.-S.Q. C'est le Jurassique supérieur 
(Oxfordien, Rauracien et Virçulien) qui fonne le noyau des 
brachyanticlinaux, tandis que Taxe des brachysjTiclinaux est 
constitué par l'infracrétacé et la partie inférieure du Ci'étacé 
(Cénomanien). I^ structure amygdaloïde est beaucoup plus nette 
dans les chapelets synclinaux que dans les chapelets anticlinaux. 
On peut citer comme brachyanticlinaux typiques ceux du mont de 
Saint-Sorlin, du bois de Pierre-qui-Tounie, du Grand-Bois, de 
Montperrcux, de Monti)etot, etc. Comme brachysynclinaux il faut 
noter surtout ceux de Ronde-Fontaine, llemoray, Saint-Point, 
Mouthe, Chàtel-Blanc et, en Suisse, celui du lac de Joux. 

I. Duiis une récente étude Sur les réseaux hydrographiques du Doubs 
et de la Loue^ nous avons eu l'occasion de signaler l'exislence de ces pre- 
mières zones et de montrer le rôle qu'elles jouent. dans l'hydrographie. 
Ann, de Géographie, N* 4^, i5 Mai 1900. 



I9OI ETUDE SUR LA TECTONIQUE DU JURA FRANC-COMTOIS 99 

Quelques-uns de ces brachysynclinaux présentent sur l'un et 
lautre de leurs flancs un déversement qui peut parfois atteindre 
une §prande intensité. 

C'est ce qui se produit par exemple sur la partie moyenne du lac 
de Saint-Point entre Saint-Point et Bellerive (fig. i) et aussi entre 
Malbuisson et Chaudron. 

"0. S.E. 




Fig. I. — Coupe de là partie moyenne du lac de Saint-Point. 

Echelle i/25.ooo' environ. 

Ail, AUuvions glaciaires ; c^ Cénomanien ; c', Gault ; Cm, Urgonien 
civ, Hauterivien; Cv, Valanginien; J^-e^ Portlandien. 

L'intensité du déversement varie d'ailleurs d'une manière consi- 
dérable d'un point à un autre. Ainsi, tandis que les couches 
de calcaire cénomanien que l'on observe sur la rive droite du 
ruisseau du moulin de Chaudron^ plongent avec une inclinaison 
inférieure à 4^"^ sous le Gault et l'Urgouien, on voit les couches 
situées plus au nord se redresser rapidement de telle sorte que, 
sur le sentier qui conduit à la Source-Bleue, l'Hauterivien et le 
Yalanginien présentent des couches à peu près verticales. Si l'on 
suit ces dernières dans la direction du Malbuisson on voit le 
renversement s'accentuer à tel point qu'en certains endroits le 
plongement vers le sud n'est plus que d'environ 45". Des variations 
analogues s'observent dans les brachysynclinaux d'Oye et Pallet 
et de Remoray. 

Le brachysynclinal de Saint-Point est bordé de deux brachyanti- 
clinaux : au nord-est, par celui de Pierre-qui-Tourne dont l'axe 
est constitué par une crête astartietine ; au sud-est, par celui de 
MontpeiTcux dont le noyau est en majeure partie constitué par le 
Virgulien mais qui laisse même apparaître, dans la profonde vallée 
où passe le chemin de fer de Pontarlier aux Hôpitaux-Neufs, un 
peu de Hauracien, d'Oxfordien et même de Batlionien. 

C'est dans ce même ravin, mais beaucoup plus au nord, près de 
la Fontaine intermittente (Fontaine-llonde) que l'on observe une 
des coupes les plus singulières de la région. En elfet, au fond de 
ce ravin, encaissé entre deux falaises abruptes de Jurassique, on 



E. roURMER 



voit affleurer du Valanginien en couches horizontales, ainsi que le 
montre la (i^re a. Le Jurassique supérieur qui surmonte ce Valan- 
^nien est lui-même en série renversée. Au premier abord, l'idée 




Pig. a. — Conpe & la FonUi ne-Ronde. — Ectielle t/iB.ootf. 
Même légende. — /', Vir^lien. 

qni se présente le plus naturellement n l'esprit, est qu'on a là 
alTaire à une nappe de recouvi<ement dans le flanc renversé de 
laquelle les érosions qui ont creusé le ravin sont parvenues à 
mettre à nu le Valanginien. Si une pareille coupe se présentait 
avec une telle netteté dans les Alpes ou en Provence, beaucoup de 




Vl$. 3. — Coupe prise a a kilomètres au sud de la précédente, 
■échelle i/30.ix)cf en>iron. — Méni<> légende. 



géologues n'hésiteraient pas un seul instant à y voir une /)reup(; 
directe de l'existence d'une nappe charriée. Le seul fait que nous 
sommes ici dans la chaîne du Jui'a. que les travaux classiques des 
géologues les plus éminents nous ont liabitué à considérer c 



• * 



.''-• 



igOI ETUDE SUR LA. TECTONIQUE DU JURA FRANC-Ct>^Vpi8 lOI 



« • • 



un tjrpe de chaîne régulière, devait déjà nous mettre ett garde 
contre cette interprétation. Nous avons donc entrepris 'dès^vre 
le contact entre le Portlandien et le Yalanginien afin de *vpir si 
Tallure des couches ne se modifierait pas dans une ceftâine. 
direction. 

Or, à deux kilomètres environ au sud de la Fontaine-Rondiev*'. • 
nous avons vu les couches se relever et plonger en sens inverse à • •■".■•. 
environ 45® de part et d'autre du thalweg ainsi que le montre la '.'',. 
figure 3. **y , 

Enfin, près de Touillon et Loutelet, au moment où la route va 
sortir du ravin pour déboucher dans la plaine glaciaire de 
Métabief, le relèvement s'accentue binisquement, les couches 
demeurent verticales et même, normales, de sorte qu'une coupe • 
relevée près de Métabief ou aux environs de Longueville (fig. 4). 

N.o. s.i. 

Mute d€ Lon^wevUle >«<f[-,','VxW 

# I >v.*.-v*.*'' \/zJL 

Mine de Rou^^ "Bief > ^-<^;}i-'''' J ' 

■Il y. ••• ••• ".. 



Fig. 4- — Coupe à la mine de Longueville. — Echelle 1/40.000* environ. 

Même légende. — Fe, Limonite. 

Nota. — Une partie de cette coupe a déjà été donnée par Résal. 

nous montre les couches infracrétacées (qui toutA-rheure sem- 
blaient recouvertes par le Jurassique) formant l'axe d'un synclinal. 
I^ conclusion s'impose : l'inclinaison des couches du Jurassique 
formant les flancs du synclinal s'accentue au fur et à mesure 
que l'on s'avance vers le nord-est et cela à tel point que les 
deux flancs jurassiques se couchent jusqu'à l'horizontale et vien- 
nent se toucher au-dessus des couches infracrétacées. 

J'ai déjà signalé des faits tout-à-fait analogues en Provence ; 
plusieurs géologues les ont considérés comme une impossibilité. 
Ici il^ sont visibles et partant, si on refuse de les admettre, 
on sera amené comme je le montrerai tout-à-l'heure à la concep- 
tion qu'une grande partie de la chaîne du Jura est en recou- 
vrement. 

Tous les brachysynclinaux de la Haute-Chaîne ne présentent * 



loa 



E. FOURNIER 



31 Janv. 









pas de9 phénomènes de renTersement aussi accentués que ceux 
du ltfe*de Saint-Point et de la Fontaine-Ronde mais un grand 
nombre* présentent un renversement dans la partie médiane ou 
au moins un fort redressement dans Tun de leurs flancs ou dans 
t'oqs les deux. Quand un flanc seulement est redressé ou renversé, 
/c'est toujours le flanc sud-est, ce qui montre qu'il y a vers le 
•nord-ouest une tendance à Taflaissement. Nous verrons tout^à- 
rheure la même tendance se manifester dans les failles qui, 
comme Ta dit Thurmann d'une manière fort pittoresque « ont 
toujours le regard français ». 

Dans la Haute-Chaîne deux brachvsvnclinaux à flânes renversés 

». «. 

sont toujours séparés par un brachyanticlinal à double déverse- 
ment; ainsi, par exemple, entre la Fontaine-Ronde et le lac de 
Saint-Point on observe la coupe représentée par la figure 5. 



N.O. 



Lac de. 



Fox^ Retnde 



S.L. 




• • • • . • 



Coupe entre la Fontaine-Ronde et le lac de Saint-Point. 
Echelle 1/40.000'. — Même légende. 



Ces brachysynclinaux et brachyanticlinaux s'orientent en cha- 
pelets dont la notion doit être, pour la Haute-Chaîne, substituée 
à celle des chaînons parallèles ou, si l'on veut conserver le terme 
de chaînons, il importe de pi'éciser qu'ils présentent des points 
d'ensellement' coiTCspondant en réalité à des extrémités de 
brachyanticlinaux. Les cours d'eau ont profité de ces points 
d'ensellement pour passer d'une zone s;yTiclinale dans la suivante. 

Quant aux bracliy synclinaux, ils sont tous occupés par des lacs, 
des tourbières ou des dépôts glaciaires -. Il serait fastidieux de 
décrire ici tous les brachysynclinaux et brachyanticlinaux de la 
Haute-Chaîne, les mêmes phénomènes s'y reproduisant toujours 

1. A. DE Lapparknt. Leçons de géographie physique, 

2. E. PouRNiER. Ann, de géogr.y 10 février 1900. 




igOI ÉTUDE SUR LA TECTONIQUE DU JURA FRAXC-COMTOIS Io3 

avec peu de modifications. Il suffit de jeter un coup d'œil sur les 
feuilles de Lons le-Saulnier, Pontarlier et Omans pour constater 
la généralité de cette structure- 

II. — Zone des grands plateaux 

La zone des plateaux offre peu d'intérêt au point de vue tecto- 
nique, les couches y sont sensiblement horizontales : les seuls 
accidents importants consistent en failles. 

Une première série de failles sépare le haut plateau de la zone 
précédente, ce sont, en allant du sud au nord, les failles de Mour- 
nans, Courvière (Feuille de Lons-le-Saulnier), Sombacourt, Saint- 
Goi^on, Fuans, Luhier et Damprichard (Feuille d'Omans). Le 
haut plateau (troisième plateau) est constitué par le Jurassique 
supérieur et jirincipalement i)ar TAstartien, le Virgulien et le 
Portlandien ; son altitude moyenne est voisine de 800 mètres. Dans 
le Jura franc- comtois, il n y a pas de limite tectonique bien nette 
entre le troisième et le deuxième plateau. Il faut aller jusque dans 
le Jura salinois pour trouver celte limite marquée par la grande 
faille de Montmahoux. Le deuxième plateau, dont l'altitude 
moyenne est voisine de 700 mètres, est constituée par du Jurassique 
moyen et par la partie inférieure du Jurassique supérieur. 

11.0. SX. 

. Monrolle VHoptlal du. le PaldahcjL 

CneusD ! ri.* ***-^ 

B , IrrOflDOlfl 

Marai» de Snàne, ', 









Fig. 6. — Coupe de la zone des hauts plateaux. — Echelle i/iao.ooo*. 

F. Faille de Mamirolle; a, AUuvions et tourbières ; J^^ Virfpilieii; J*, Astar- 
lien; /3, Rauracien; /2^ Marnes oxfordiennes; Ji, Bathonien supérieur; 
yiii-i, Bathonien ; /u, Bajocien (cale, à Entroques). 

Enfin le deuxième plateau est séparé du ])remier par la grande 
faille de Mamirolle et par les escarpements du Rauracien qui lui 
font suite vei*s le sud-ouest. Son altitude moyenne varie entre 
4 t'I 5oo mèti'es. Kn somme cette division des plateaux en trois 
zones est très artificielle, les failles qui, en certains points établis- 
sent une limite nette, s'atténuent dans une certaine direction et 
alors la délimitation disparaît. Les plissements qui affectent les 
couches de la région des plateaux sont de peu d'importance ; 
néanmoins ils sont suffisants pour donner naissance, à la surface 



io4 



E. FOURNIER 



ai Janv. 



des calcaires jurassiques, à des bassins fermés, privés d'écoule- 
ment superficiel et dont le rôle, au point de vue de l'hydrologie 
souterraine de la région, est considérable *. M. Parandier - avait 
depuis longtemps déjà attiré l'attention des géologues sur l'intérêt 
considérable que présentent ces bassins. Depuis plusieurs années 
nous en avons entrepris l'étude au point de vue spéléologique et 
hydrologique ; cette étude fera ultérieurement l'objet d'un mémoii^e 
spécial. 

C'est aussi dans la zone des plateaux qu'abondent les gi'ottes et 
les gouffres dont nous avons poursuivi l'étude depuis 1896 en 
collaboration avec M. Magnin ^. L'Unifonnité de cette zone est 
telle qu'une seule coupe suffit pour en donner une idée générale 
nous donnons ici la coupe passant par Saône, Mamirolle, l'Hôpital 
Ktalans et le Yaldahon (fig. 6). 

III. Zone plissés du Vignoble 

Nous avons désigné sous ce nom toute la région plissée comprise 
entre les plateaux orientaux que nous venons d'étudier et ceux 
situés à l'ouest de la vallée du Doubs. Cette zone est très large au 
nord de Salins où elle présente cinq chapelets de brachyanti- 
clinaux : ceux du Bois de la Côte, Liesle, la Bourrelière, Ronchaux 



N.O. 



: T 



Merofdr0€Ut 



CiUuUUe 



SE 
laf^JLe 



TroU'ÇuLtmU 




Fig. 7. — Coupe de la Chapelle des Buis. — Echelle i/35.ooo' environ. 

rt, Alluvions et tourbières ; /6-", Poudingue du Portlandien supérieur ; J^»h, 
Virgulion; r\^ Ptcrocérien; J<, Aslartien; /^^ Rauracicn; J^y Oxfordien; 
/'„ Dalle nacrée; /*, Toanien; r% Charniouthicn ; P, Calcaire à Gryphées. 



et Derrière-le-Fray. Elle se l'étrécit en avançant vers le nord ; 
ainsi, au niveau de Byans, elle ne présente plus que quatre cha- 
pelets : ceux des Chatelards, de Byans, d'Abbans-Dessus et de 
Voiles. Près de Besançon il n'en reste plus que deux : celui du 

1. Dans la Haute Chaîne les brachy synclinaux donnent aussi parfois 
naissance à des bassins fermés. 

2. B. S. G, F., [3), XI, p. 441. i»»3. 

3. Mém, Soc. SpéléoL, N'* 21 et 24. 



igoi fruDB SUR la tectonique du jura franc-comtois io5 

Rosemont et de la Chapelle-des-Buis. Enfin, plus au nord, la zone 
anticlinale devient unique avec les brachyantielinaux de Mont- 
Sous-Vence, Ougney-le-Bas , Grange-Villaley, Hyèvre-Paroisse, 
Clerval et Etouvans (carrière de la Reydans). Plus au nord enfin, 
cette zone plissée disparait, laissant en contact la zone II et la 
zone rV que nous étudierons tout-à-l'heui'e. Cette zone plissée du 
Vignoble a été étudiée pour la première fois, au point de vue tecto- 
nique, par M. Marcel Bertrand ^ Je lui ai moi-même consacré une 
courte étude dans la Feuille des Jeunes Naturalistes -. 

Les brachyantielinaux de cette zone ont leur axe constitué par 
le Trias, le Lias ou le Médiojurassique. Les bandes synclinales 
qui les séparent ont leur axe constitué par le Jurassique supérieur. 
J'ai montré qu un certain nombre de brachyantielinaux présen- 



N.O. X 
/ 

/ 
I 
I 

I 
I 
I 
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s 



S.£. 



Raoùt de 
JfV» C^xUet. 




Fig. 8. — Coupe du Moulin-Caillet. — Echelle i/ao.ooo* environ. 
Même légende. — r„.„ Rhétien et Hettangien; <*-', Keuper. 



^icnt un double déversem(»nt au nord ouest et au sud-est ; je ne 
'^produirai ici que la plus caractéristique de ces coupes, celle d»"! 

'» Chapelle-des-Buis, qui montre avec netteté ce double déverse - 

"*ent (fig. j). 

J-a faille des Trois-Chàtels conserve, tout le long du pli, une 
^•^•ection sensiblement verticale. M. Marcel Bertrand, dans son 
"•^*inoire précité (fig. 8) lui donnait une obliquité qui allait en 
s accentuant dans la direction de Morre, de sorte qu'il considérait 
*^s rochers astartiens dans lesquels sont creusées les grottes de 

ï- Marcel Bertrand. B, S, G, F., [3], X, p. 119 et suivantes. 
^' N- 336, 1898. 



I06 E. FOURNIER ai JailY. 

Saint-Léonard comme superposés par faille sublîorizontale au 
Ptérocérien et au Virgulien que Ton voit affleurer le long de la 
route de Morre. Or, la grotte inférieure de Saint-Léonard s'ouvre 
presque au contact de la faille ; on devrait donc trouver, dans les 
galeries les plus inférieures de cette grotte, du Virgulien et du 
Ptérocérien ; j'ai pu vérifier qu'il n'en est rien et que les parties 
les plus profondes de la grotte sont encore dans FAstartien. 

Une autre coupe qu'il nous faut encore citer, avant de quitter 
cette zone des brachyanticlinaux, c'est celle du Moulin-Caillet * 
sur le flanc nord-ouest du brachyanticlinal de Vorges-Lamod. On 
observe là de TAstartien recouvert presque horizontalement par 
du Bajocien. On pourrait même croire au premier abord que le 
Bajocien plonge sous le Trias, mais un examen plus approfondi 
montre qu'il y a une faille comme l'indique la figure 8. 

Quoi qu'il en soit la coupe est singulière : et, si l'on se trouvait 
dans une région moins régulière que le Jura, on pourrait ici encore 
supposer que l'on est en prés(»nce du flanc renversé d'une nappe 
de recouvrement. Les raccords figurés sur la coupe indiquent 
l'interprétation que nous en donnons et qui est conforme à l'idée 
que nous nous soumies faite de cette zone plissée. 

rV. Zone occidentale des plateaux 

Cette zone qui limite au nord-ouest la vallée moyenne du Doubs 
depuis Montbéliard, comprend les plateaux de Ghàtenois, Monte- 
villars, Arcey, Etrappe, Fontenelles, Val-de-Roulans, Marchaux, 
Ghailluz, Saint-Fergeux, Dannemarie. La majeure partie de ces 
plateaux est constituée par du Bajocien et du Bathonien surmontés 
d'Oxfordien et de Rauracien en série subhorizontale, avec quelques 
failles de peu d'importance généralement dirigées nord-sud. 

M. Marcel Bertrand a donné une coupe schématique de celte 
zone, qui a été reproduite dans le Traité de géologie de M. A. de 
Lappai'cnt, 4' édit., p. 1780, fig. 8i3. 

Cette zone, dans sa partie septentrionale, s'appuie en concor- 
dance sur une série triasiqne complète qui repose elle-même sur 
le Trias formant la terminaison méridionale des Vosges. Plus au 
sud elle est séparée par une série de failles de la zone des avant- 
monts du Jura. 

Nous n'avons observé jusqu'ici aucune particularité remarquable 
dans cette zone, aussi ne nous y arrèlerons-nous pas plus longtemps. 

I. Cette coupe a été donnée pour la première fois par M. Marcel Bertrand. 



igoi 



BTUDE SUR LA TECTONIQUE DU JURA FRANC-COMTOIS 



107 



V. Zone des avant-monts du Jura 



N.O. 



S.E. 




Fig. 9. — Brachyanticlinal de 
Merrey-Vielley. — Echelle 
i/8o.ooo'. — D'après M. J. 
Deprat. — Même légende. 



Au nord-ouest de la zone précédente, s'étend un chapelet pres- 
que continu de brachyanticlinaux resserré entre les effondrements 
de la vallée de FOgnon et les failles de bordure des plateaux 
occidentaux. Cette région a fait récem- 
ment l'objet d'une étude de M. J. 
Deprat *. 

Les brachyanticlinaux qui la consti- 
tuent sont tous déversés vers le nord- 
ouest et le renversement atteint par- 
fois une telle intensité que les couches 
sont voisines de l'horizontale. 

L'axe de ces brachyanticlinaux est 
constitué par le Trias et le Lias. Nous 
citerons ceux de Merey -Vieilley 
(fig. 9), celui au sud de Bonnay, ceux 
de Tallaneny, Châtillon, Miserey (flg. 10), Pouilley, Ghampagney, 
Mazerolles. Ces derniers ne présentent pas de déversement, mais 
une forte dis- 

S.L. 

I I 

plus forte 
étant celle du 
flanc nord- 
ouest. 

Les teiTains 
anciens des 
Vosges que 

Ton voit, dans la pai-tie septentrionale de la feuille de Montbéliard, 
disparaître sous le Trias (lequel s'enfouit lui-même sous le Juras- 
sique), reparaissent au sud-ouest de Besançon dans le massif 
amygdalolde de la Serre, qui vient former comme un trait d'union 
entre les Vosges et le Plateau central. Le massif de la Serre a déjà 
fait Vobjet de nombreux travaux de la part de MM. Jourdy, Bour- 
Real, et tout récomment de M. J. Deprat. Les terrains anciens qui 
cjnstituent le noyau de la Serre ont été plissés très fortement, dès 
la surrection de la chaîne hercynienne comme le démontrent les 
lambeaux de grès vosgien qui, dans la partie centrale du massif, 



symétrie; Fin- '••^• 

1 . • 1 Sur le Mont 

clmaison la 




Fig. 10. — Brachyanticlinal de Miserey. — Echelle 
1/40.000. — D'après M. J. Deprat. — Même légende. 



1. J. Deprat. Feuille des jeunes naturalistes ^ N* 34^). 



io8 E. FOURNIER ùi Janv. 

i*eposent horizontalement sur les couches relevées des micaschistes 
et des gneiss. Le massif a subi ensuite, vers la (in de l'Eocène un 
second mouvement qui a redressé les couches triasiques et juras- 
siques sur tout son pourtour et les a même i*envei*sées sur une 
grande partie de sa bordure septentrionale ainsi que le montre la 
figure II. 

fis Ia Serre 

^^ Can;iêre 





l e V 

J] «/r 

Fig. II. — Coupe du massif de la Serre. — Echelle i/6o.ooo' environ. 

Même légende. — A, Argiles à chailles; Ju Batlionien sup. ; /iii-n* Bathonien 
moyen et inf. ; <,.,„ Muschelkalk ; f„„ Grès bigarré ; tv, Grès vosgien ; 
r^-i, Permien ; e, Eurite ; y,, Granulite ; X,^ Gneiss et micaschistes avec 
iilons granulitiques. 

C'est par ce dernier mouvement que le massif de la Serre se 
rattache à la zone plissée des avant* monts. Quant au pli d'âge 
hercynien il a joué un rôle capital (déjà mis en lumière par Jourdy 
dans la tectonique de toute la chaîne. C'est contre ce môle que 
sont venues se mouler les différentes zones plissées qui ont épousé 
sa direction générale. En constatant raltemance régulière des 
zones plissées et des zones de plateaux que nous observons dans 
toute la chaîne, on est même en droit de se demander si, lors du 
mouvement hercynien, il ne se serait pas formé sur tout remplace- 
ment de la chaîne du Jura une série d'aires anticlinales séparées 
par des zones synclinales destinées à devenir des géosynclinaux. 
Après la grande transgression triasique et jurassique le Jura franc 
comtois aurait donc présenté l'aspect indiqué dans la figure la 
(partie supérieure). 

Lorsqu'à la fm deFEocènede nouveaux mouvements orogéniques 
se sont manifestés, les parties superposées aux géosynclinaux se 
seraient seules plissées, tandis que celles superposées aux aires 
anticlinales déjà très plissées, n'auraient subi que des fractures et 
formeraient les régions des plateaux (fig. la, partie inférieure). 

Deux des zones synclinales au moins (celle des bassins d'effon- 
drement de rOgnon et de la Saône et colle de la Haute-Chaîne) ont 
été certainement à l'état de géosynclinaux pendant Un fracrétacé *. 

I. J. Dkprat. Les bassins d'effondrement de TOgnon et de la SaAne. Loc, 
cit., et Etudes micrographiques sur le Jura septentrional. Soc. Hist. Nat. 
Doaba, 1900. 



igoi 



mUDE sus LA TECTONIQUE DU JURA FBANC-COMTOIS 



-109 



Quant & la zone des brachyanticlinaux du Vignoble, la pénétra- 
tion du Portlandien supérieur (Chapelle-des-Buis, Montfaucon) sur 
sa bordure méridionale semble indiquer aussi que l'alTaissenient 
qui, dans l'Oxfordiea, avait amené dans cette région une faune 




m, N' V^^VIit Vlb Vie 

. — Schéma du Jura frpnc-comtoïs avant et après les plissements 



pij. 



A, Aires anticlinaleshercyniennes; G, GÉosynclinaux hercyniens; C, Crétacé; 
Cl, Infracrétacé ; J'. Suprajuressique ; /m, Medinjurassique : (, Lias; 
(, Trias. — 1. Zone des brac h y synclinaux de la Haute-C)iahie. — II, Zone 
des p-auds plateaux. — Ul, Zone des brach y anticlinaux Ou Vignoble. — 
IV, Zone des plateaux occidentaux. — V, Zone des avant-monts du Jura. 
— Via. Synclinaux crétacés de l'Ognon. — VU,, Plateaux înlerniêdiaircs. 
Vif. Synclinaux crétacés de la vallée de la Saône. 



pélagique, a été suivi d'une émersion en masse vers la lin du 
Jurassique, émei-sion qui a affeclé à la fois la zone du Vignoble et 
celle des plateaux. 

VI. ZONK OES BASSINS DEFFONDRËMENT DE l'OgXOX 
ET DE LA 5a6>E. 



Les vallées de l'Ognon et de la Saône sont jalonnées par une 
^rie de synclinaux crétacés souvent enfouis par faille dans le 
Jurassique ; ceux de l'Ognon sont presque tous renversés vei's le 
nord-ouest, ceux de la Saâne sont normaux. La ligne synclinale de 
l'Ognon est séparée de celle de la SaAiie par un plateau faille qui 
Umble avoir joué le rAle d'une aire anticlinale, et qui se trouve 
exactement dans le prolongement de l'axe du massif de la Serre. 



IIO 



E. FOURMER 



ai Jany. 



Si l'hypothèse que nous avons émise tout-à-l'heure relativement au 
rôle des plis hercyniens du substratum est exacte, cette coupe 
s'explique tout simplement : le plateau est superposé à une aire 



N.O. 

ValUe de 
la. Saoxte 



Plate ait. tfAutox^^iZlm. 



l'allée «tel O^ntm- 




'nr 



Fig. ï3. — Coupe à travers les bassins crétacés de TOgpion et de la Saône 
et le plateau intornicdiairc (En partie d'après M. J. Deprat). — Echelle 
i/i20.oo()* environ. 

Même légende. — /•, Portlandien. 

anticlinale ; les deux zones synclinales Via et VI0 (fig. 12) sont 
superposées à des géosynelinaux. La zone VI^ est renvei^sée car 
elle a subi directement TefTet des plissements éocènes ; la zone 
Via est normale parce qu'elle a été protégée par Taire anticlinale 
intermédiaire (fig. i3). 
Ce qu'il a de remarquable dans la zone de l'Ognon c'est l'inten- 
sité considérable 

N.O. S.E. , 

que le renverse- 
ment peut attein- 
dre et qui va par- 
fois presque jus- 
qu'à l'horizontale 
comme le montre 
la figure 14. Or, si 
dans cette fig^ure 
on faisait abstrac- 
tion de la faille 
qui sépare le Jurassique de la bordure nord-ouest du Crétacé du 
bassin, faille qui d'ailleui's n'est pas toujours très visible ; le Cré- 
tacé en question se présenterait exactement comme celui des 
bassins d'cfl'ondrement de Provence avec l'apparence d'un substra- 
tum récent mis à nu par l'érosion dans une nappe charriée, l'hypo- 
thèse parait d'ailleurs si invraisemblable qu'on hésite à rapprocher 
ces coupes de celles des fig. i, a, 3, 5, 8, d'autant plus que la 
preuve directe de la non existence de la nappe est facile à faire. 




Cir 



Fig. 14. — Echelle il'jo.ooo' environ. 
ji-j^ Virgulien et Astartien. 



igOI ÉTUDE SUR LA TECTTONIQUE DU JURA FRANC-COMTOIS III 



Plis transverses 

Nous ne voulons pas terminer cette étude sans dire quelques 
mots de la curieuse région qui s'étend sur la partie méridionale 
de la feuille de Besançon et sur la partie septentrionale de la 
feuille de Lons-le-Saulnier entre Grozon et Salins. 

M. Marcel Bertrand avait déjà montré que le Trias et le Lias de 
cette région étaient toujours séparés du Jurassique par une faille 
oblique dont le contour est sinueux ^ 

J'ai montré plus récemment que cette faille était accompagnée 
d'un pli couché présentant, en certains points, un déversement 
considérable (Feuille des Jeunes Nat,, loc. cit.) et que ce pli était 
tnmsverse par i*apport aux brachyanticlinaux du Vignoble. L'am- 
plitude du déversement étant déjà très gi'ande près d'Aiglepierre 
j'avais été amené à rechercher si cette amplitude ne serait pas plus 
considéi*abie encore dans d'autres parties du pli. Or, tout réceui- 
ment, j'ai été, d'une manièi'e tout-à-fait fortuite, mis sur la voie 
d'an phénomène très curieux relatif à ce pli. 

En classant les collections paléontologiques du Musée à Besançon 
j'avais remarqué plusieurs échantillons d'un petit Pecten(amusium) 
ressemblant à s'y méprendre au P. pumilus du Toarcien, empâté 
dans des marnes grises micacées identiques à celles du Lias supé- 
rieur et portant comme indications : Sondage de Grozon, au- 
dessous du gj'pse. S'il n'y avait eu qu'un seul échantillon, je n'y 
aurais prêté aucune attention et j'aurais considéré l'étiquette comme 
eiTonée. Mais il y en a trois portant les numéros a8, 29 et 34 de 
la collection des fossiles du Jura ; l'un des échantillons renferme 
en outre des Possulonomyes. Tous sont donnés par M. Conrod. De 
plus, en classant les Céphalopodes de la même collection j'ai 
retrouvé de nouveau un Grammoccras striatulum -, dans les 
mOmes marnes grises, indiqué également conmie provenant du 
sondage de (irozon au-dessous du gj'pse. J'ai fait alors de nou- 
velles recherches et j'ai constaté que le Frère Ogérien, dans sa 
Géologie du Jura, indique précisément comme ayant été trouvé 
dans le sondage de Grozon « Amtnonites striatulus et Pecien 
pumilus )> et il ajoute à ce sujet : « Le puits d'exploitation de 
Gitizon atteignait, à 5 mètres au-dessous du banc de sel, une couche 
de schistes bitumineux se débitant en minces feuillets très pyri- 

1. Marcel Bertkand. Loc. cit., et B. S. G, F., [3|, XII, p. 4Ô7. 

2. Même collection, N* 34* 



lia FOURMER. — TECTONIQUE DU JURA FRANC-COUTOIS SI JailY. 

teux. sur lesquels M. Pidancet a reconnu des Pecten et des 
empreintes d* Ammonites ». A Montmorot, près de Lons-le-SauInier, 
dans la même bande triasique, le même auteur signale des fossiles 
toareiens sous le sel gemme : « Les échantillons de marne 
noire salifère de Montmorot nous ont oflert quelques feuilles et 
tiges et une empreinte d*Ammonite que nous rapportons à Am. 
siriatulus » ^ Il y a donc lieu de supposer que le Trias de Grozon 
est bien renversé sur le Lias supérieur, ce qui indiquerait une 
pénétration assez considérable de la charnière synclinale. Nous 
ne voudrions pas néanmoins attacher à cette observation qui 
peut être discutée, plus d'importance qu'elle n'en mérite; quoi 
qu'il en soit, elle établit du moins, d'une façon certaine, que les 
prétendus fossiles marins du Keuper du Jura cités par Ogérien 
appartiennent au Lias supérieur. De nouvelles études de détail 
permettront de trancher la question tectonique. 

J'espère avoir pu montrer par ces quelques considérations que, 
môme dans des régions, depuis longtemps étudiées, comme celle 
qui vient de faire l'objet de ce travail, il reste encore bien des 
observations nouvelles à glaner. 

I. Ogï^.riex. Hist, nat, du Jura, Géologie ^ p. go. 



CONTRIBUTION A L'ÉTUDE 

DE 

L'INFRACRÉTACÉ A FACIÈS VASEUX PÉLAGIQUE 

EN ALGÉRIE ET EN TUNISIE 

par M. A. JOLEAUD. 

Préliminaires 

Le Barrâmirn à faciès (vaseux pélagique (formations bathyales de 
M. Haug *) n'occupe pas des espaces très considérables en Algérie et 
en Tunisie, mais il s'y montre sur un assez grand nombre de points 
et sa richesse en fossiles, particulièrement en Ammonites pyriteu- 
ses, a depuis longtemps attiré l'attention des géologues. 

Coquand - l'a signalé dans la province de Constantinc, à l'Oued 
Chéniour, au Djebel Taia, à Ain Zaîrin (localité indiquée au sud- 
est de Constantine, mais non retrouvée jusqu'à présent) et à Ghiria, 
pivs de Sétif. 

M. Nicklès^ l'a indiqué au Djebel Ouach (au nord-est de Cons- 
tantine) et à Medjez Sfa (près de Duvivicr). 

M. Sayn * Ta étudié sur ces deux points. 

M. PomeP l'a mentionné dans la vallée du Sig et au col des 
OuJcd Ali, près de Sidi bel Abbcs. 
AI . Aubert * en a relevé plusieure lambeaux en Tunisie. 

AX . Repelin ' l'a fait connaître de Sidi Merzoug, dans les enviix)ns 
^ O l'iéansville. 



I- jB. s. g. F., (3), XXVm, 1900, p. 6ai. 

a. ^lém. Soc. Emul, de la ProvencCy 1862, t. II, p. 282. — Bull, Académie 
^^f^i£>pone^ 1880, n° i5, p. 4i. 
"i- <:. R. Ac. Se, CVm, 7 janvier 1889, p. 75. 

^- M^emlle des jeunes naturalistes , octobre 1889, p. 16^. — C /?. Ac. Sc.^ 
ex» "io juin 1890, p. i38i. — Bull. Soc. agriculture de Lyon, 1890. — B. S. 
G. i^^,(3), XXIV, 1896, p. ii6a. 

a- -ikscript. stratig. gén. de V Algérie y p. 56, 1890. 
^- explication de la carte géol. prov. de la Tunisie, p. 9 et 8uiv.,i89a. 
•;- Etude géologique des environs d'Orléansville, p. 60, 1895. 

^ Aoùl 1901. — T. Ie^ Bull. Soc. Géol. Fr. — 8 



\ 



Il4 A. iOLBAUD. — LTUDE DE L'iNFRACSSTAGB SI JailY. 

M. Blayac * a décrit les affleurements do Djebel Dafib» da Djebel 
Taîa et de Medjez Sfa, dans le bassin de TOued Cherf. 

M. FichcoT' a déconvert ceox do Djebel el Akhal (à Touest de 
Constantine) et du massif d'Arzew ^. 

L*Aptien à faciès Qoseux pélagiqwœ a été indiqué par Coquand ' à 
Aîn Zaîrin ; à l'Oued Chéniour : près de l'Oued el Nahar (affluent de 
l'Oued Cherf): dans la plaine de Temlouka : à Chepka mta Sellaoua, 
au nord-est d*Oum el Bouaghi : au Djebel Babor, dans la Petite 
Kabylie ; à Sakkamoudi, sur la route d'Alger à Aumale et à Teniet 
el Haâd, ces deux derniers points dans la province d'Alger. 

L'un de ces affleurements, celui de l'Oued Chéniour, a été depuis 
l'objet d'une exploration complète de la part de M. Blayac ^. 

MM. Le Mesie *, Aubert ^ et Pervinquière ^ signalent cet étage 
en divers points de la Tunisie '. 

n nous a été donné pendant un long séjour dans nos possessions 
de l'Afrique du nord, de pouvoir faire, à notre tour, sur ces for- 
mations, quelques études stratigraphiques et paléontologiques : 
nous en donnons un premier résumé dans la présente note. 

Environs de Constantine : le Djebel Ouach 

Au nord-est de Constantine s'élève un massif montagneux formé 
de puissantes assises de grès medjaniens, c'est le Djebel Ouach 
(la montagne sauvage), qui atteint i.soa mètres à El Hadjar es 
Safra (les pierres jaunes). Sur son flanc méridional s'étend 
ininterrompue une bande barrémienne que nous avons reconnue 
sur une longueur de la kilomètres et dont nous avons tracé les 
limites sur la feuille d'Ël-Aria au i/5o.ooo'. Son altitude est 
comprise entre 640 et 900 mètres. 

Large de 3 kilomètres en regard du rocher de Sidi Mcid, puis de 
Q kilomètres seulement dans la traversée de l'Oued ben Djelloul, 

I. C. H. Ac. Se, CXXni, 3o novembre 1896, p. 958. — B, S. G, F., (3), XXV, 
p. 524-534. — Ann. de Wniv. de Grenoble, XI, n» 3, 1899. — Travaux du 
Laboratoire de Géol. de la Fac. Se, Grenoble, V, p. 19, 1899. 

a. B, S. G, /•'., (3), XXVII, p. 85, 1899, et in Pomel et Pouyaxnk, Annales des 
Mines f 9, XV, p. 191. 

3. Méni, Soc. Emut, de Provence, 1862, t. II, p. 283. — Bull. Acad. d'Hippone, 
1880, n» i5, p. 3o et suiv. 

4. B. S. G. F., (3), XVm, p. 209, 1890. 

5. Explication de la Carte géol. prov. de la Tunisie, p. 9 et suiv., 189a. 

6. In DK Lapparrnt, Traité de géologie, 4" édition, p. 1294. 

7. M. Gentil vient de signaler une remarquable faune de cette époque à 
Arlal, dans le bassin de la Tafna (Ass. fr. Av. Se. Congrès de Paris, 1900, 
p. Ô06) {IVote ajoutée pendant V impression). 



igOI A FAf:iis vaseux pélagique ex ALOÉHIE et en TUNISIE Ilfi 

cette bande se rétrécit encore vers l'est où on ne la trouve plus 
parfois que d'une centaine de môtres de laideur. 




Elle commence à 1 ouest pr s de 1 Oued Zied par dcH terrasses 
8"ses, que I on disUngue de loin au-dessus des marnes noires du 
Cittacé supérieur. En allant vers l'est on la voit s'élever jusqu'à la 



Il#} 



A. iOLEAL'D. — ETTDE DE L l^TFKACXETACE 



ai JaiiT. 



cole 900. aa-de«9oii^ da piton ëocêne 997. Partout ce terrain a été 
fortement entaillé par les eaox, mais c'est sortoat ao-dessofns de 
la roate de la Pépinière du Djebel Ooach qu'il a été recoupé par 
de nombreux rarins. Leur coUectenr. le Chabet el Beîda (le 
Rarin blanc) finit dans TOucd Djelloul vers la cote 840. 



tSÙ 




F\^, '2, 3 et 4- — Trc»is coupes dans le Barrêmien du Djebel Ouach. 

Echelle i 60.000*; hauteurs triplées. 

P, Pliocène (ûg. s) : m/. Miocène ; e, Medjanien ; mo, Montien ; d, Daiûen ; 
a, Aturien; T, Turonien ; hn^ Barrêmien supérieur; P, lone à PulcheWa 
(lig. 4) » 1-» zone à Leptocpras. 

Sur la rive gauche de cet Oued, qui ne tarit jamais tout à fait, 
le sol s élève assez rapidement, ibi*me un petit plateau près du 
Bordj hen Tarzi et atteint enfîn 870 mètres, au-dessus d*un douar, 
sur la piste des Boni Sline. A partir de ce point l'aiDeurement 
ifcst jilus qu*un étroit ruban jaunâtre qui se tient enti'e 800 et 700 
mètres. On croit le voir finir sous les grès de la cote Bqo, mais en 
franchissant le col entre les cotes 820 et 775 on le retrouve sur la 
rive gauche de TOued Gracha, d'où il se prolonge jusque vers 
rOued Kram, plus ou moins masqué dans la traversée des vallées 
par les éboulis de TEocène supérieur. 

La puissance du dépôt bari^émien du Djebel Ouach est d'à peu 
près i25o mètres. M. Sayn * y a établi une succession de cinq assises 
distinctes, dont une sans fossiles et une autre caractérisée par des 
débris de Poissons. 

Nous n'y avons reconnu que trois zones seulement : 

1. B. S. G, F, y (J), XXIV, p. 1162. 



igOI A FAClis YASBUX PÉLAGIQUE EN ALGERIE ET EN TUNISIE II 7 

i^ A la base, se trouvent des marnes noirâtres, alternant avec 
des calcaires marneux de môme couleur, se divisant en plaquettes 
très minces qui renfei*ment en abondance Leptoceras cf. subtile 
Uhli^, plus rarement Crioceras cf. silesiacum Uhlig, ainsi que de 
nombreuses traces Qermiformes très longues, larges de 3 à 4 
millimètres seulement et portant de distance en distance de faibles 
rétrécissements annulaires. 

Ces couches ne se rencontrent que dans la vallée de TOued ben 
Sjelloul. Elles acquièi*ent leur plus grand développement sur la 
riVe gauche de cet Oued» au nord-est du Bordj ben Tarzi : leur 
puissance y est d'environ 80 mètres. 

^ Immédiatement au-dessus se montrent des marnes feuilletées 
grisâtres, intercalées de nombreux bancs calcaires blanchâtres de 
QO à 3o centimètres d'épaisseur auxquels le Chabet el Beîda doit 
son nom. C'est la zone fossilifère par excellence et aussi la plus 
ravinée par les eaux. Il n'est pas rai*e qu'au pied des croupes, 
aux endroits où la pente diminue, abondent les Phylloceras, les 
Pulchelliat les Hohodiscus, les Leptoceras Cirtœ Coq. et L, ensis 
Coq. Les calcaires contiennent les mêmes fossiles, mais beaucoup 
plus rares et associés à des Aptychus à stries parallèles. 

Cet ensemble puissant de 80 à 90 mètres forme une partie des 
pentes qui descendent au-dessous de la route de la Pépinière, vers 
le fond de la vallée et remonte sur la rive gauche de TOued ben 
Djelloul jusqu'au petit plateau du Bordj ben Tarzi. 

3^ Enfin, l'étage se termine par 120 mètres de marnes feuilletées, 
en couches puissantes, bleuâtres d'abord, puis grisâtres et finale- 
ment jaunâtres au sommet. Elles renferment à leur partie inférieure 
des calcaires craquelés, esquilleux, grisâtres, veinés en tous sen<^ 
de filonnets de calcite. que Ton retrouve d'ailleurs dans tous les 
mamo-calcaires crétacés de la région. Dans leur partie moyenne 
se montrent des calcaires schistoîdes, facilement clivables eu 
plaquettes riches enAfacroscaphites, HanmUna, etc., et renfermant 
aussi des empreintes de fossiles végétaux. Dans les marnes, on voit 
des représentants des genres Phylloceras, Lytoceras, Macros 
caphites, Hamulina, Ptychoceras, Desmoceras, Silesites, Oppelia. 

La partie supérieure de cette zone est intercalée de plaquettes 

noires, parfois jaunâtres en dehors» contenant des écailles et des 

nageoires de Poissons, même de petits Poissons entiers. Souvent 

ces restes d'organismes se présentent sous une belle couleur azurée. 

M. Sayn ^ pense que ces plaquettes à Poissons et les marnes qui 

les accompagnent peuvent être aptiennes. 

I. Loc. cit., p. 1169-1165. 



ii8 



A. JOLEALD. — ÉTUDE DE L*INFRACRéTAGE ai JailY. 



Il ne nous a point paru possible de partager cette manière de 
voir, car nous avons recueilli tant au-dessus qu'au-dessous de ces 
couches une série d'Ammonites que toutes nous avons trouvées 
dans les couches à Hamiilina. Ce sont : 



PhylloceroH cf. senini Oppel. 
Phylloceras cf. Ernesti VhWfi^. 
Phylloceras infnndihnlnm d'OrI). 
Lytoceras numidnm Cah\. 
Lytoccras DiwaV d'Orl». var. 
Macroscaphites Yvani Puzos. 
Macroscaphitcs Ficheurl Sayn. 



Desmoceras strettostoma Ulilig. 
npsmocrrns Anf^ladci Coq. 
I)t*smocera8 \ahdaha Coq. 
sursîtes Seranonis d'Orb. 
Dfsrnocerns? Oouxi Sayn. 
Turbo Astaroth Coq. 
yucnla Ouachensis Coq. 



Ces couches à Poissons ne sont d'ailleurs autre chose que le 
calcaire fissile bitumineux de Coquand ' couronnant les marnes de 
la Vallée de Stafrens - que ce géologue inclinait déjà à rapportera 
TAptien. mais eu laissant toutefois leur attribution définitive 
subordonnée à la découverte de fossiles caractéristiques. Ces 
fossiles existent et nous venons de les énumércr. Mais il y a plus, 
M. Pomel 3 a signalé dans la vallée du Sig, des « marnes schistoïdes 
contenant Scaphiies Yvani et quehiues débris de Poissons » qu'il 
rapporte au Barrémien. N'y a-t-il pas identité enti'e ces dernières 
couches à Poissons et celles du Djebel Ouach. Il ne semble pas 
possible d'en douter et l'attribution des unes et des autres au 
Barrémien parait absolument rationnelle, nonobstant la pi*ésence 
de quelques Ammonites aptiennes dans nos marnes supérieures. Il 
faut ajouter aussi que l'Apticn inférieur et TAptien supérieur sont 
déjà représentés dans le voisinage dç Constantine par les calcaires 
à Réquiénies et par ceux à Ostrea ar/uila d'Orb. et Epiaster 
restrictus Gauthier *. 

L'ensemble du Barrémien du Djebel Ouach nous a fourni plus 
de i6o espèces de fossiles, dont une centaine d'Ammonites. 

Nous avons cru utile de les réunir dans le tableau suivant en 
indiquant les couches dans lesquelles nous les avons recueillies, 
leur degré d'abondance ou de rareté et les différents étages de 
la série infracrélacée où elles ont été découvertes antérieurement. 
Nous mentionnons, à la suite de ce tableau, une vingtaine d'espèces 
signalées par MM. 0)quand, Cotteau, Peron, Gauthier, Heinz et 
Sayn qui ont étudié le Djebel Ouach, espèces que nous n'avons pu 
retrouver, la plupart n'étant d'ailleurs pas figurées et étant 
insufîisamment décrites. 



1. Méni. Soc. Frnul. de In Provence, 1^62, l. H, p. ^3. 

2. CVst la vallée (IfTOued/ied qui descend des hauteurs de la Médita Tafrent. 

3. Loc. cit., p. .V). 

4. FicHBUR, Loc. cit., p. 85. 



igai A vAciAs vasecx pélagique en Algérie et en Tunisie 119 



DÊSiaNATION 
nus E-WÈCBs 


i 
l 

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1 
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ÉTAGES 
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signiJi'i «a Bu 
e1 en \ni*riq 


mp. 


OHSERVATIONS 

Caractëreh saillants 
des bspëcbs 


3 

i 


i 
1 

2 


i 


1 


PoinoM indél. .... 
Tnefê vermifarmt» . . 
Phrilocerag aff. »ernm 

opp^i 

P. TMx» H-Orb. . . . 
P. ff. rhftj-a Sayn. - 
P. spec, indél. ..... 

/*. Gortli Kilian ' ? . . 
/'. i<r. seniigiilcQ^m 
tfOfb 

P.ff.C<.r/a.-an//<i'Orb.? 

P. cf. Ern^^li Uhlig . , 
f.spcc. indél 

P. Miripsa Coq . . . 
P. Cf. in/Hn((i6alHm 


3 

a-3 
a-î 
3 

3 

3 

3 

3 
a-3 

3 

l 


R. 
C. 

C. 

R. 
R. R. 
R. R. 

R.R. 
R.R. 

R.R. 

A.R. 
R.R. 

R. 
C. C. 

R. 
R.H. 

A. C. 
A.R. 


Voii^n df W. TAfli,. dOrb. p.r « 

Loiin orn^ pn Invcn de Inruei 
cAlfs, pru Millanlei, qui pcrUiDl du 
pourtour Af. l'ombilic et font dirrclr- 
menlilu r*([ion ïenlrtle, qti>ll«lrii- 

lrf'iKr*)« rappelle celle 'd« c«l« de 

niolnii rspide nue dans le lypede d\)'- 

l,'ï!^^m'^u''pir<leV'",o,'ird!,lour' 
11«ppel> ..«i /-A. n.,.„n,:U R,H... 

ombilic un peu plus élroil. 
Svn. :T^n..1«parCoq. 
Voisin de Ph. MMpia Coq., ».>> de 

lirsnde toill? {3.1*>|. renDt, om^ de 

1 sillons rcdiliene». 

ninl, plus rcnlU. nmé de oMes «,il 
IaWo dons IB r«Rion ombiiicde, diri- 
-J« ru fln«.ffie.,ork région «n- 
lr«lf ; la li^nc lulunle j e.1 moins 
ilécfflipée, 

Ropj«llu un peu /.. Jaubfli dOrh por 
In WgeuT dr jpi liHirs. muis ne prii- 


P. ipe<-. indét. . . . . 
lytnrrraa namidum 


i. ipec. indét. . . 


1. KtuAN, Archive» du 
■L Kilian. B. S. G. F. 


Mas 

0). 


amd 

xxm 


Hiê 


na 


d« 


ij-o 


1. V, Mém. n- 3, p. 5, pi. I, flg. 3. 



A. lOLXAVU. 



r £tcdb de h'mFBAOBàrAcà 



LytoceroH erebriaulcn- 
tuiii l'hlifc 

L. rf. ulrangulaliw 
d'Wi-l) ? 

L. Gpec. indct 

L. spec, inili'l 



R. It. 
B. n. 



.U. Ficheuri Snyn 



OBSERVATIONS 



Uppdic un peu l.ylettrta jlrdnaii- 
/alun d Orb. 



Cnquillf un pTM «mpriinfe, \*fjhtrann 

\ auroiAKemml rafiiilr. Spir* ciyta- 
wM* de roiin preK|iiB qiriM^rui^- 
[>>r« arrondi) lu bord, Irt. Irf«r«. 

l'oBbilic aur Jh d'fua lii^n. da lear 
lar^ftur. Sitr U coqviUp k d^T«lofr- 
prnl depuis la pourtour da rfmibilic 

lÙ|[ioil TIDtnla um large, prjiiea- 

profDndfiir. S^ diiiiarua Ar t'oït. 

ignadruDiiuliireii ri. » I^m inlunla 
|i]iu limplt. 

Typs (Tl. BiBlalton 



I. Joarn. de Conchyliolog., (i>, III. [>■ 41'. pl- XIV, Cr. lO, ij. — Mêm. S. G. 
F., (a), 'N', I" partie, p. i^a. pl. III, lifç. ifl, i;. — Mêm. Sac. d'Emulation dr tu 
Provrnce, II, p, iSJ, pl. i, liK- ii, ib. , 

a. Jalu-buch drr K. K. tribal. lipiehsonutall, XXII, p. j4. 

3. KiMAN, -Inn. t'niV. Grenoble, VIU, n- 1, 1896. 

4. KiLiAN, B. S. G. F., (3), XXm, p. 3:i. 



IÇpI A FAClls VAUCX PÂliAGIQUI XN ALG^RIlf ET EN TUNISIE 131 



DÉSIGNATION 
DU EspAcbh 



indet. UhliK ' ■ - 
Ptrchoeeraa cf. toi 

H»tti 

Boehianitei et. Reoco- 

minuit d'Orb. 
B.l sprc. indet. 
l'iUthrUia camprtaaix- 

linia d'Orb. . . . 
". cr. Srklambrrg: 

ITicLlïB' 



P. Saueageaai Hcrm. 



P. Chanitamleri Sayn 
''. OnackrnBÏs Coq. . 
P. LoHoli \ickl<-s ' . 



ET*GE5 



OBSERVATIONS 



'uleh. Maltaaa Nickl«> < 
1 régioo vBnlMl» oHIcnwn 
\t, iDD premier robo lalf» 

DDgiulGunttl'in diiiinguer 
11 gniiipe fempTmtnlmt 



Gcrhardl <■ te diiKnii 



hible é|Hiu 



Hifùnii. 1rè> ûritiu. de chncim lin- 
qiicli pnrlfinL îi cAlu peu rlev^u. 

'uIÏii''*m'' «"'r^ii'Mii'î «ïat !' 



I. Denkfchriflen der math.-nalurw. Classe il. k. 
ehafirn, 'fi. p. ii6, pi. XllI, Ùg G. ». 
% Mém. S. G. F.. (4), UI, p. 18. p. Vm, Ur. 9, 10. 
1 Xeuea Jarhack/àr ifin. GioL, U, suppl. 189a. 
i. Mem. S. G. F., (4), ffl, p. Ifi. pi. VU, lîg. 14, 

6. NicKL&b. Gcol dis cnv. d'AlicoDlc cl du Valen 
:■ Mém. S. G. F.,(l), m, p. hi, pi VI. lig. 8. 



A-. Akademie der Wiaaen- 



133 A. JOLSAVD. — érUDE DE L'iMPRACBéTACi 31 JsDT. 





— 


1 


ÉTUGES 










dini l»»(iiFFi 1» 






-1 




fa»ii» onl *t* 






> M 




•ignaMa »» Europe 






P 


1 


M en Amfriqu" 


OBSERVAllONS 


DÉSIGNATION 


^- 


ë 




B5:n 


^ 




DRS Espaces 


il 

il 




^ 






« 


DBS R8PËCBS 
NOUI-ZLI.BS OC PHI- COXXtU 




= 1 










t 






j-J 






= 




< 
























û 


K 


5 








PulchetUa Hetmi Coq. 


J, 


R. 












P. spec. ind 




R. lï. 
























(»rbardt>q^r4pe'1e!!?pauPkInl. 
































culoautle pourtour de I'ohiIhUc; 














































moini wotond el lurloul h» càttt 


/'. roronaloiden Sayn . 


a-3 


R. R. 












V. nov. sprr 




R.R, 










par aa rtgknl Tnilr*ls uki brga, 
un p.« ^Tcmdi. .ur 1« lwE«l 
rormte de dwi aurficca trii IMn- 
tneul eODTe«». •«p.rt» par ub^IIob 
A bord> arrondis ; pir mi cAM flOM 

qiii BDiurnl dtai le lilloa «Btnl 

nuibilic ai>« Uiïe. » apire compri- 


P. hoplitiformU Sayn . 


a 


R. R. 




~ 








P. nov. apec 


9 


R.R. 










ï^*« Tab^ dirt^"V«M(.'îllï 






























le neiil nombre d entre ellea qui toat 
















































par son canal .enlr»! beaumup plui 
















iFOlrale mniu ïâfgeel pl»i (rroodia. 
















P. Damremonli Sayn . 




R. R 




























Loryî ........ 




R.R 












P. tabcaicedi Sayn . . 




R.n 
















R.R 




— 












R.R 












1. Loc. ril. 1 


ï. Bull. .Soc. Stalis 


de 


fisèi 


.« 


.111 


p- 


3.>.t 


l !. lig. »-3- 1 



I90I A rAClÂ* TAftEUX PÉLAGIQOE EN ALOÉBIE ET SK TDNISIB 133 



DESIGNATION 

DIS ËSPÈCGH 



P. Zàllfri NicklFS » . , 

P. Va»jfrp/ Coq. '. - . 

^moceraH sireltosto- 

nUIJig ...... 

!>■ Sf/fueiute: Coq, . , 



ÉTAGES 



OBSERVATIONS 

CARACTfillEa SAILLANTS 



noi m profond^nuD l tehn d- 
IV rapide, \a cAUit plui 
nbilic. SFlTagtal presque 



f de Colomb»), an loun pli» 
FmeDtquidrBDguloir», inlubtr- 
« dfl la T^Lod liphonile étant 
.lunitiit «bhipli >i>-d»>ui du 
il el d't famint iuuim pcRIf . 
Piileh, du btouiv de />. canprMtfi- 
iima Gerfiarril l . voiHne de 11 prtc«- 

nttre tiil. wh c«le> moir» Hillanlea 
.u pourlDur de l'ombilic, m tiibçr. 

élevée. Min ombilic ptOH pHil. u 
*iaion ventrale plui larn. «on ouvrr- 
urf ï »ine rKtaiiïulmre. Elle « 
liitinpiH de P. provinrialil d Orh. 



I. L«o. cil. 

a. fl(> geognoatiche Verhàltniiae yeu-Grenadas, pi. iU, f. 3. 

î. .l/êni. S, «. F„ Palcont , (I), i. n" 4, p. ij, pt. I, lig, tn-i6 ; pi. III, llg. 4. 

i- .Wm. S. G. F., (a), V, i" porlic, p, l4 . pï. Ul, lig, l4-l5. — Journal de 
Coiicbj-oL. m, p. 43o, pi. XIV. lig i4-i5. — I'hlic- Denkschriften der malh.- 
Ufonv. Cla»»e d. k. k. Akademie der Wîasenchaften, i883, 46, p. 3^;. 

j. .Wrân. .Soc Aniii/. de la Provence, t. n. 1896. p. ifi8. 

6. pA<juisit. Bail. Soe. Slal. hère, (4), V, p. :)gg. 



A. JOLEAtm. — ' ÉTUDE DB L'awmACKttÀCÉ 



DÉSIGNATION 

DES EspicER 




OBSERVATIONS 



' DtMmoceroê ep. indeL 



^ i>. XabdaUo Coq. . . 
D. alT. .VoMaiaa SajB 
C Angladei Saj-n . 
£1. g'rteliKom Coq. . 
^ cirfcfur Sayn 
, D. focontium Sayn et 

Lary ' 

D. Goaxi Sajn . 
A. cf. difficiU d'Orb. 
! Siletilet 5«raiionii 

dOrb 

< 5. air. Seranonia Sayn 



S. intfrpoêita» Coq. 
Opprlia nov, spec. . 



O. et. aptiana Sarrat. ' 

Holcodi»cu» Gastaldi 

dOi-b 



N Mnietr Coq. — ^^cm. 



S^B. : Am. im^rr ettuiuê Coq. — 



.(h. Ozymof Hflu. 



« dttrinpie de ^p- .Vjtwf d'Orb. par 
■A ligB« tubiruF oHHrii finvinaal I 
iHcvftf « vm t* lot» l>l*nl plui 1 
dusimMnqiK- Opp .VUaid» Sun- 1 
sn > >>n >^-« par m. idle lipbo- ' 




. I Gta. BaugI Suntia *. ! 
«dk* Mi«nllw.MnaDi I hotla: 

ripproebent dv fj^r juBpotfitffA, 



1. NiciŒÈs. c. ft. -le. AV.. cvm. p. :4- 

3. KiLiAS. B. S. G. F.. (3>, XXIU, p. :iî. 

3. BuH. Soc. Slalial. de fhére. (J). 111. p. aï. pL 1. Ûg. ^S. 

i- B. .S. O. F., Ci). XXI, p. lig et siiiv., pL IV. VI. 



1901 A FACifts VASKDX p£la.OIQUB EN ALOÂHIB ET KN TUNISIE 135 



DÉSIGNATION 
DU EsrËcsa 



B. nutamarpideug Coq 
•per.' iudet. . . . 



H. algim» Sayn 
loni Coq. 



B. nungloaenii» Scyn 
H. aMîitriformië Ssjn 
B.c.t.Pereii dOrii. 
A, Sophonitba Coq. 



OBSERVATION 



Se diiUngun At Hait, divirn-fauatiu 

Ku plut krla, bi[iirqué« plui ttt, 



btuigonale plai tir^ que hAuie; wn 

Ji diffirenne f.dltnwnl da ffort. 
C'aifJauifi d'Orb. 

Syn. (>ir.| /Teh. Geronlmœ Stjn. 



cM- 


t m,o birurqie. .p.4. l.^„b;,- 
be««l«. plurioœb™» e. plo. 


oiliD 

hfb 
ph, 


de Hoir, algirut 

f it >e9 li.lHTCi.Ie> 

)«rgrt que hiiuu * 


Jiirci 



Eigee dHD> te genre tfotcodisevt. 



I. NicKi^s. .Uém. S. G, F., Paléonl., 4, I, a. — Nicklès, Geol. env. dir Valence 
t Alicaate, 1K91. — Kilian. Ann. geol. unit:, VII, p. âuo et Hai'g, p. 971. 
s. XicMi». G*ol. env. Valence et Alicante. - Kilias. fl. S. O. F., (i). XXllI, 

3. >icitt*9. C. J?. Ac. Se., CVm, p. j^. 



. JOLEAID. — ÉTUDE DE l'iNFR ACHETA CÉ 31 JailV. 






DESIO'ATIOX 



OBSERVATIONS 
CuiAtrriitEti saiu^xts 



HoUodiacaa dov. spec. 



H. «(T. druenfiai-u* 
Kilian ........ 

//. sjM'P, inilet 

UoplitfH Lamoricieri 
S«jn 

H. cf. Beakidrnsi» 
Lhlig ' 

W. Gelimer Coq. . . . 



.Icanfftocprofcspec.iiicl. 



t. UpnkschrifU'ii il'-r m 
pi. XX. llK. la.' 
j. Fuss. dÔLT. pur Coqui 



(l/i.-n»f. '.(, rf. k. k. 
iid, pl.IV. 



B»lt. du ;mupf ik «tic Sopùnùèa 
âftvm- 4 ruquiUe lorawe de toura Ir^ 

l'aiibiLic d« Il i 11 1ub«rtukn br* 
luD^. «pit. u nïDnrbcnl en ■rrièt 
ijuuid J> wDl «nplrtrioeal <U<n 

■ui pr^rMmli. nuii plui rcmné 
In un* dei bUrea : régiua realrd 
«ilrtaiFinrDi Urge ; lobei et trUti _ 
pciqr d^«iupé<; premier loba Ul^ral 
Bojljé BDLDi long que le Tenlr«J; 
Ifi luheifulc* iLpDoaKDJi ii'»pp«Tmu- 
■cnl qu ■iiu Urd et l'iUongenl 



rappelle par ce ctnclire reJI« i 
M. nrirp/Diieiuii S>;b. 



Bopliltt ToUi» de l'npèce prtct- 

Il figure de Heiai^laan um> 
lAiyri. t cAle* bifurquéei. et Luber 



.U(»J. d. U'Vss., 4«, p. : 



igOI A FACIÈS VASEUX PELAGIQUE EN ALOÉftIE ET EN TUNISIE 1^7 



DÉSIGNATION 
DES Espèces 



Àranlhocfras cf. nu 
uteoitatam d'Orb. 

Criorrra» aff. Emerici 
Uïfilli- 

C.cJ,aili-Kiavum L'hlig. 

'.'. rf. brève d'Orb. 



TnxoLrnu spcc iudft 



T. Oaackenitr: Coq. . 
ï"- Hrnoni Coq . , 



AKxtorermt? sp, inilf t 



'^-iff.,Uo/Aproni d'Orb 
Helfroceras et. Aatiei- 
dOrb 



UBSEUVATIONS 

CaHACtArKS SAlLLAK-ra 



Fnpnmt dr coqiiiUf droJL ï loun 

Coquille om^ de c6i«b Don luberctilée* 
»iir in r^ion venInLc qu'eUn in- 

Rippdlc Taxoeerai llouerl d'Orb.; 
unn plii> ulllanln (lorUnt lur ibi- 



CoqiLÏUc ornép de cAIh 



.luniKC du puinl < 






Coquille oratt At lanet côte* oUi- 



138 A. JOLEAID. — ÉTUDE DE L'iTiHACSÊTACB SI JanT. 



DÉSIGNATIUN 

DBS EsntCES 



îi 




OBSBRTATIO>^ 

s BAtlXA 



A. R 

C. 

. A. C. 

R. 

R. R 



Leptocertu eiuia Coq. . 



£,. CirbeCoq 

L. ipec. indet. Sayn . . 

L. cf. mbtile Ublig . ■ 
j4ptrchiM spec indet. . 
BeUmniU* Fallauxi 

Uhlif' 

B.ct. pUllllifûrmiiiB\\ . 
B. carpalictis Lhlig ' . 
B. minaret Ite»]) . . - 
B. cf. polygonaliê Blv. 
B. Bpcc. indet. . . 

B. spcc. indet. . . 

B. spcc. indet. . 
Duealia cf. binervia 

Rasp 

D. spec. lodet 

/}. cf. Gra«i Duval. . , 
D. cf. Emerici Blainv. 
-ncAo/*u(ft(» Henoni 

»q 

PAaaJaftflfa Mynùdoi 
Cocj 



1. Denksclii-iflen der math.-na 
eha/ten, î6. p. i;;, pi, I, ûg. î, i 
a. Id., p. i;;, pi. 3, fig. i. 






ai liibti m l fc t Hrli nponmil 
U IVK Hitur&lp indiqn* nette 

.tinUlF MiDbliblc t l4 prteédHte 
nuit pM-fnUni de diilua «■ di>- 

raxMTFa< amiuiapij d'Orli.; ligM 



e deux itlIoBi k pcte* 

nurqué de pDoctiu- 
' "Un de /M. 



profoBdé- 
Conique fuu Inee ^paimle de i 



lUj^Ie Dut. Unervla Eup. 



■. Classe der k. k. Akademie der WiMitn- 



IgOI A FAClis VASEUX PELAGIQUE EN ALAÉRIE ET EK TUNISIE lOg 



DÉSIGNATION 



Tarbo UtiPtuU Coq. 
T. Axtaroth Coq . . 
T. tpec. îndpt. , . . 






indet. 



Ctrithiam spcc. indet. 
Mtarte acuîiroatris 

C"I 

"CIspoc. indrt 

iatiaa tciUpta Phill. . 
Xtara TanilCaq. . . 
-Varola OitaehensisCoif, 

'V. tpcc indet 

Xualina Ouachenxis 

^ 

■V. ipec. indvt 

Uia et. scapha d'Orli. 
^Ka spce. indet. . . . 
''^)ra?npec. indet. . . 
^lUina'! spce. indel. . 
PitlnalpinuM d'Orb. . 
JftHvnrmus spi-e. indet. 
Ottrra spee. indel. . . 
Cartiium sjice. ind. . . 

Gioètolhjrria et, hippo 

pu Hiciu 

Tiixaiiifi-7 spec. indet 
CMyritm ardua Perun 

cl Gaulliier 

fn>ehoejrathnnl%^.iaA 
Plalj-fialhaa? sp. ind. 
^^tfpiera ind. 3 espcees 
^cn de plante» indet 



vj Aobt igoi. — T. I", 




Bail. Soc. Géol. Fr. ■ 



i3o 



A. JOLEAUt). — ETUDE DE l'iNFRACRÉTAGÉ 



ai Janv. 



Les auti*es espèces indiquées au Djebel Ouach par les divers 
géologues qui ont étudié ce gisement et que nous n*avons pu 
retrouver sont : 



Belemnites aubfusiformis d*Opb. *. 
Aptychus Numida Coq. * 
Aptjrchus Caïd Coq ^ 
Ammonites Nisus d'Orb. * 
Ammonites diphyltus d*Orb. * 
Ammonites Grasianus d'Orb. • 
Cerithium Adherbal Coq. ' 
Nucutana nana Coq. ' 
Metaporhinus Heinzi Coq. » 
Belemnites Orbignjri Duval * 
Ammonites Sînzora Coq. ^ 
Ammonites Gurzil Coq. ' 
Ammonites Gitdon Coq. ' 
Ammonites Mazuca Coq. ' 



Ammonites Emmelina Coq. ' 
Straparoltus inexpectatuê Coq. ' 
Cerithium Henoni Coq. * 
\ucula Henoni Coq. ' 
Cardium modestius Coq. ' 
Collyrites ovulum Desor * 
Collyrites ardua Peron et Gauthier * 
Pulchellia sp. indet, Sayn * 
Lytoceras Jauberti d'Orb. • 
Siiesites cf. oulpes Coq. ' 
Holcodiscus afT. Sophonisba Sayn ^ 
Holcodiscus nov. spec. Sayn ' 
Hoplites off. asperrimus Sayn ' 
Belemnites semicanaticulatus Blv. • 



Il ressort du tableau précédent que les caractères généraux de 
la faune barréniienne du Djebel Ouach peuvent se résumer ainsi : 

a) Caractères communs aux assises inférieures et supérieures. 
i^" Extrême abondance des individus dans les espèces des genres 

Phylloceras, Hanmlina et Crioceras s. 1. (déjà existants dans la 
mer néocomienne). 

a"* Rareté relative des individus dans les espèces des genres 
CostidiscuSf Macroscaphites, Pulchellia^ Siiesites, Holcodiscas 
(qui apparaissent pour la première fois dans la région méditerra- 
néenne à Tépoque barrémienne, à de rares exceptions près). 

3° Persistance des DuQalia des groupes binerçia et Emerici, qui 
dans cette région caractérisent généralement le Yalanginien (Mon- 
tagne de Lure, etc.) *. 

b) Caractères particuliers aux assises inférieures : 

1° Multiplicité des espèces dans les genres Pulchellia avec q3 
espèces et Holcodiscus ^^ avec i5 espèces, genres dont le plus grand 

I. CoQUAND. Mém, s. G. -P., (a), V, i'* partie, p. m. 

a. CoQUAND. Mém, de la Soc, iVémul, de la Provence, t. II, p. 4». 

3. CoQUAND. Bull, Acad, Hippone, i5, p. 8a, ia3, aa4, et Suppl., p. 363 ù 370, 
379, 383, 386, 393. 

4. CoTTEAU, Pkron et Gauthibr. Annales des Sciences géologiques, 1884. 
Echinides de l'Algérie, p. 64-^. 

5. Hbinz. Foss. décrits par Coquand, pi. photog. I. 

6. SAYy, Feuille des Jeunes Natur,, octobre 1889, p. 1664 

7. Sayn. Bull, Soc, Agriculture de Lyon, 1890. 

8. Ubinz in Papibr. Bull, Acad, Hippone, n« a8, p. 106. 

9. C'est l'existence de ces formes qui avait fait comprendre à tort, le Barré- 
mien d'Algérie dans le Yalanginien (Pomel. Descstrat, gén, de V Algérie, p. 67) . 

10. M. Pellat {B, s, g. F., (3), XXUI, p. 4a6) signale l'existence à Brouzet 



igOI A FACIÈS VASEUX PELAGIQUE EN ALGERIE ET EN TUNISIE l3l 

développement a lieu dans le Barrômien inférieur (horizon de 
Combe-Petite de la montagne de Lare). 

09 Persistance d'un Phylloceras du groupe semisulcaium (groupe 
généralement considéré comme éteint avant la période barré- 
mienue) ^ 

c) Caractères particuliers^ aux assises supérieures : 

jo Petit nombre des espèces dans les genres Macroscaphiies et 
SUesUes^ chacun avec trois espèces, Costidiscus avec deux espèces, 
Heteroceras avec une espèce seulement, genres caractéristiques du 
Barrémien supérieur (horizon de M onteyron de la Montagne de 
Lare). 

30 Existence simultanée d'espèces franchement barrêmiennes et 
de quelques espèces considérées plutôt comme aptiennes appar- 
tenant aux genres Pkylloceras, Lytoceras, Oppelia, Ancyloceras. 

Les Pulchellidés, si bien représentées au Djebel Ouach, se retrou- 
vent, mais en moins grand nombre, sur quelques autres points 
barrêmiens de l'Algérie et de la Tunisie *. Dans leur migration vers 
Test, ces Ammonites de Colombie ^ ont ainsi passé au sud du massif 
ancien de la Méditerranée occidentale, comme elles passaient au 
nord pour gagner la pi*ovince d'Alicante, les Baléares et plus loin 
la fosse préalpine. Toutefois ce changement de milieu ne paraît 
pas avoir favorisé leur multiplication : c'est, du moins, ce que 
semble indiquer la rareté des individus dans les différentes espèces 
et leur disparition presque complète dans le Barrémien supérieur. 

En dehors du Barrémien, voici les terrains qui se trouvent 
représentés dans la partie de la montagne qui nous intéresse, ainsi 
qae dans l'espace qui la sépare de Constantine : 

a) Le Trias, près du couvent du Bon Pasteur avec ses calcaires 
jaunes de miel, ses marnes irisées et ses cargneules. 

b) L'Inkralias * dont les bancs puissants de calcaires bleuâtres 

et à Ltissan (Gard) des Holcodiscus de Constantine, dans un faciès mixte à 
Spatnngues et à Céphalopodes. 

1. DR Lapparknt. Traité de géologie, 4* édition, p. 12^7. 

a. Ce sont : Mendcs(/^iik*/i Sanvafiçeaui), Sidi Merzoug(PH/c/i Sauvageaiii) 
et Teniet el ilaad {Pulvh. coinjtressissima) dans la région d'Orléansville ; 
Djebel el Akkal {Pulch. Snuvaf^eaui) et Aïn Zaïrin {Puleh. Masylœî)^ dans les 
enWrons de Constantine ; Oued Cheniour (?) {Pulch. MasjrliEi)^ Djebel-Taïa 
iPulch OuachcnsiSf Sauvageaiii, Heinzi, coronaloidesy etc.), Guelina (Pulch. 
San *ageaui et a Pulch. nouvelles) et Medjez-Sfa {Pulch. Saiivageauif compres- 
sissinia, Zeilleri, etc.) dans le bassin de l'Oued Cherf; Ilanimani Lif {Pulch. 
Saaçageaui) en Tunisie. — [Arlal {I*iilch. compressissiniaf Sauvageaiii, pro~ 
vincialis, Ouachensis), dans le bassin de la Tafna {Note ajoutée pendant 
timpresêion)]. 

3. DouviixÉ. B. S. G. F., (3), XXVIU, p. 234. 

4* M. DB Lapparrnt (Traité de géol., 4* cdit., p. 1084) dit que les plaquettes 



I^ A. JOLEAUD. — ÉTUDE DE l'iNFRAGrAtACB 21 JanV. 

dolomitiques recouvrent le Trias. Nous y avons trouvé abondam- 
ment Mytilus psilonoti Quenstedt. 

c) L'Aptien ^ représenté au Djebel Salah et au Djebel Kelal par 
de puissantes masses calcaires à Réquiénies. 

d) Le CÉNOMANiEN ' du Djebel Sidi Mcid, formé par des calcaires 
grisâtres à Nerinea ci.Pailleteana d'Orb. et Caprinula Boissyl d'Orb. 

é) Le TuROMEN ^ qui surmonte le Cénomanien et est constitué par 
des calcaires gins à SphœruUles et Hippurites cf. inferus Douvillé. 

/) L*Emschérien immédiatement au-dessus des formations pré- 
cédentes qui se reconnaît à ses calcaires blancs en dalles dans 
lesquels on a trouté Micraster Peini Coq. ^ et où nous avons cons- 
taté la présence d'Ostrea proboscidea d'Archiac. 

g) L'Aturien qui recouvre en concordance TEmschérien sur les 
flancs du Mansoura et sur le sommet du Djebel Sidi Mcid et a été 
relevé sur les bords du Djebel Kelal avec des marnes grisâtres con- 
tenant JB'pûzs^erperrucosu» Coq. 3, Thecideumct. papUlatumBronn. 
et de petites Ammonites feiTugineuses, BacuUtes cf. anceps Lamk., 
Pkylloceras (ou Pachy'discus) sp., Lj'toceras sp. 

h) Le Danien (?)dont les marnes grises renfermant des plaquettes 
de calcaire jaune à Inocérames couronnent TAturien et se super- 
posent directement au Barrémien supérieur, à gauche et à droite 
de la route de la Pépinière. 

i) Le MoNTiEN (??) * caractérisé par des calcaires marneux jau- 
nâtres avec traces de végétaux (?) surmontant le Danien près du 
couvent du Bon Pasteur et au nord du rocher de Sidi Mcid. 

j) L'EocÈxE INFÉRIEUR représenté à la surface de TAturien par 
quelques Ilots de calcaires gris blanchâtres à silex et par des 
marnes bleuâtres. 

h) L'EocÈNE SUPERIEUR (Mcdjanicn) ^ dont les grès quartziteux, 
avec lits d'argile, couvrent les sommets du Djebel Ouach en 
s'appuyant sur le Barrémien et sur TAturien. 

/) 1/Oligocëne INFERIEUR ^ aux argilcs grises et roses à Hélices 
dentées de la rive droite de Toued Zied. 

m-n) L'Aquitanien * et le Miocène au nord-ouest et au sud-est 

calcaires à Mytilus psilonoti pourraient bien indiquer THettangien à Souk- 
Ahras (Blayac et Gentil. B, S. G, F., (3), XXV, p. 5a3). 

I. FiGHBUR. B, S, G. P\, (3), t. XXVU, p. 90. 

a. PoMBL. Descr. strat. géu. de TAlgérie, p. 98. 

3. Bull, Acad. llippone, n» i5, p. a3o. 

4. Une succession analogue des assises du Crétacé supérieur a été relevée 
en Tunisie par M. Pbrvinquiàre (C H, Ac. Se, t. CXXVII, p. 789, et t. CXXXl, 
p. 563). 

5. FicHRUR. La Kabylie du Djurdjura, p. aai. — Ficheur. Ass, fr. Asfanc, 
Se, Bordeaux, 1895, 2' partie, p. 5^4. 

6. FicuKUR. B, S, G. F., (3), XXU, p. 544. 



IQOI A FAGlis VASEUX PELAGIQUE EN ALGERIE ET EN TUNISIE l33 

de la bande barrômienne, représentés par des conglomérats rouges 
d*ai^le et de cailloux roulés, contenant parfois aussi de gros blocs 
de grès provenant de TEocène supérieur. 

o) Le Pliogâne du Djebel Sidi Mcid et du M ansoura comprenant 
des calcaires travertineux à Lymnées, intercalés de sables jaunes à 
Hippopotamus amphibius L. race major Cuv. et Elepkas meridio- 
naUs Nesti. 

p) Le Pléistocêne des hauts niveaux des vallées d'érosion avec 
cailloux roulés quelquefois conglomérés. 

Nous nous proposons dans une prochaine note de faire une 
étude détaillée de ces diverses formations. 

L'affleurement barrémien du Djebel Ouach fait partie dun 
anticlinal dirigé nord-ouest sud-est. 

Au sud-est ses strates s'enfoncent sous le Medjanien et au nord 

sons le Crétacé supérieur, que surmontent de puissants dépôts 

aquitaniens. Au sud il est sur quelques points en contact avec 

rEocène inférieur; partout ailleurs, c'est le Crétacé supérieur qui 

le recouvre. En face du rocher cénomano-turonien du Sidi Mcid, 

ce dernier étage est réduit à une bande de 20 à 3o mètres de large, 

pincée entre deux failles. Plusieui^ autres failles limitent d'ailleurs 

le Barrémien entre Sidi Mcid et TOucd Zicd. Sur l'Oued Zied 

même, à l'ouest, le Barrémien s'infléchit fortement en s'enfonçant 

sous les argiles de l'Oligocène inférieur de la rive droite du ravin. 

Partout c'est le Barrémien supérieur qui est en contact avec les 
aatres terrains, sauf dans le haut de la vallée de l'Oued ben 
Djelloul, où les éboulis de l'Eocène supérieur masquent les contacts 
en ne laissant apparaître que les couches à Lepioceras. Ce n'est 
d*ailleurs que là, comme nous l'avons dit, que se montrent ces 
couches : leur forte inflexion vers le nord-ouest et le sud-est n'a 
P*« permis aux autres Oueds qui ont entaillé le Barrémien de les 
**teindre, pas plus d'ailleurs que la zone à Pulchellies. 

Le plissement barrémien qui nous occupe semble dater de la fin 
de la période barrômienne ou du commencement de la période 
«Ptienne. 

Il a vraisemblablement soulevé le Djebel Ouach au-dessus du 

^^eau général des mers de l'époque aptienne, ou, tout au moins, 

'^ené les sédiments barrémicns à une faible distance de ce niveau ; 

^ ^st sur les bords de cette terre émergée ou sur ce haut fond que 

^ sont édifiées les formations néritiques coralligènes, aptiennes 

*^ crétacées dont les témoins actuels sont le Djebel Kelal, le 



l34 A. JOLR.1UD. — ETUDE DE L^INFRACBETACi SI JaUT. 

Djebel Salah, le Djebel Sidi Mcid... et sans doute aussi le Djebel 
Oum Settas. 

Plus tard, à la fin de la période aturienne ou au commencement 
de la période danienne se produisit un affaissement général du 
littoral barrêmien, on de la partie du haut fond voisine de celle où 
se formaient les calcaires ; il en résulta plusieurs failles dont la 
principale orientée nord-ouest sud-est est aujourd'hui en partie 
masquée quoique parfaitement visible encore sur divers points. Sa 
direction est exactement donnée par le Chabet el Houa. 

Environs de Guelma : le Dra el Kerroucha 

Au commencement de 1899, nous avons découvert au sud-ouest 
de Guelma, au lieu dit Dra el Kerroucha (la colline du chêne 
vert), un petit affleurement barrémien de 3 kilomètres de long sur 
3 kilomètres de large, dont nous avons tracé les limites sur la 
feuille de la carte d'état-major au i/5o,doo^. Ce lambeau de Crétacé 
inférieur est profondément entaillé au sud-est par TOued el Rebate 
et par TOued Skroun, dans les thalwegs desquels passe la conduite 
d'eau qui alimente la ville. Au nord il est recoupé par plusieurs 
autres ravins, comme les précédents, tributaires de la Seybouse. 

Les terrains qui avoisinent le Barrémien du Dra el Kerroucha 
sont : 

a) L'ÉocKNE SUPÉRIEUR (Medjanicn) dont les grès alternant 
avec des argiles le recouvrent à l'ouest, au sud et sur une grande 
partie de son flanc onental (Kef en Nessara) ; 

b) Le Miocène inférieur (Cartennien) * qui s'appuie sur lui au 
nord-est et qui est formé d'argiles grises contenant en abondance 
des cristaux de gypse et des masses de gypse amorphe exploitées. 
Ce terrain forme toute la rive gauche de la Seybouse en face de 
Guelma. Il nous a fourni quelques Hélices gypseuses indétermi- 
nables. 

c) Le Pliocène, constitué surtout j^ar des calcaires gris ou roses 
absolument identiques à ceux du même étage de Constantine : ils 
recouvrent les argiles cartenniennes, notamment au sud-ouest de 
la ville. 

d) Le Pléistocène formé sur certains points par des tufs à tiges 
de plantes, sur d'autres points par des cailloux roulés, des sables, 
des limons. 

I. FouRNBL. Richesse minérale de TAlgéric, I, p. 17a, i8a. — PoMBL.Descr* 
strat. gén. de TAIgérie, p. i6a. 



igOI A FAClfes VASEUX PÉLAGIQUE ES ALGÉRIE ET EN TUNISIE l3S 



Quant au Barrêmien loi-même il rappelle absolument les couches 
à HamuUna du Djebel-Ouacli par sa constitution lithologique. 




de Guelma et des terrains adjacents , 
/3a. 000^. 



Q est d'ailleurs aussi riche que lui en fossiles. Nous en avons 
recueillis, en peu de temps, pi-és de cinquante espèces, dont 33 
Ammonites. Envoie! la liste. 



. JOLEAUD. — ÉTUDB DE l'iKFBACBRTACÉ 31 JaD 



DESIGNATION 

UKS Enpkcbh 



OBSERVATIONS 



Phrttocera» aff, s'i-am 

Oi>pcl 

'. Thety» d'Orb, . . , 

P. Goreti Kilian. . , , 

P. rf. KrnirHii VMif. . 
ifiindiliulum ii'OrL>, 

Lytoreran spec. ïndel. 

L.erebriKalcatam L'iili^. 

d'OrU.? 

L. «iicp. indfl 



MarrOêcapIlUe» Yvaiii 
HUÏOB? 

M, rr. aiptnn«dOrli.7. 
Haniutina »pec. iiiilft. 

i/, e\Kc. iiidi'l. 
H. spec. indet, . 
H.et HorerianatyOrh.'! 
liochianiffu Rpt-i-. iiid. 
PnlrhfUia Saiiia/rcani 
HiTiiiile 



P. spec. iiidet. 



DeumnrrraH Hlrftlo»lo- 

mnL'Iiliit \ C. 

D. doiixi Snju ... \. C. 
D. H|iui'.iiidut R. II. 

Silpgitrit air. Srrai 
S lnrerposiliivC.li' 



Spdl« tfani. noy. iprr. indtt. di D 
i lignv iHiIiirils mai» <I^«m]iIni. 
i|i|>dlcun p*u Uamutina ttnuUKtfà 

Coquill* liutv. 1 iKlion circuliirt^ 



do Pulrk. prorinriall 



mnii il> lonl iiioini l-irgM M pr 
ir.nrhtnti. Rpkwd ient™lr ■npi: 
cnus^ d'un lillun uwi «Iruil et pn 



Li pim coitdéii à dU« 



. fl. S. G. F., (i), XXVII, p. 3;i, pi. VII, fig. i 



Itpi A FAClis VASEUX PELAGIQUE EN ALGÉRIE ET EN TUNISIE l3j 



niiSIGNATIOX 
DE» Espèces 



Ilolcoitifcuii spec. ind, 



■4nrr(orerns? sjiei;. ind. 
A.7sprc. iadet 



A.ïs[>rc. indct. . . . 

A.ÎBper, indrt. . . . 

A. (f. Comaeli d'Orb, 
Uelerocfra» spcc. ind. 
Toxoerras ipee. indct 



T. (pee. îDilet 

Itploceraa spec. indet 



Btlrmnilrg cnriintirits 

L'hlig 

fi. minaret Raspiiil. , , 

â. «pec. indet 

Dlcûfio cf. hinei-via Rp 

indet 

û. (f, Graai Du\al . 
0. (f. Emeriri Blnin 
'iirto speo. indet 



A 


C. 


R 


R 


H 


R 


R 


R 


R 


A 


R 


A 


U. 


R 


H 


II 


R 


1) 


R, 


R 


R. 


B 


R 


R 


R. 


H 


R. 



OBSRHVATIONS 

CARACTiiaKS M. 



!■ ligicpn YHilr«l« '"" t'ïiifl*eliir ; in 

llnri [Wliiln. ]ieii l'iilUnlni.'ilont cerUiim 
Cutuillc I iK-KiHi mnlr omta de cAIh uLtl- 



l«r M* lubrfculrs triilrai;! |>r.>f(>(irti>iiicMl 
'Iwinét en cinii, la partie Dlirne flanl pliii 
liirgp f lnUi> Mlllfinl» ; mirlqurfoin rlfiii cô- 



l38 A. JOLEAUD. — ÉTUDE DE T/lNFRAGKéTACÉ ' ai JanV. 

Cette faune, on le voit, se distingue de celle du Djebel Ouach. 
par la rareté des types caractéristiques du Barrémien inférieur i 
nous n'y avons trouvé que trois espèces de Pulchellia (représen- 
tées par neuf individus seulement) et un unique Holcodlscas ^ 
nous n'y avons point vu les couches à Leptoceras, qui cependant 
pourraient se montrer dans le fond de TOued el Rebate. Par con^ 
tre, les genres Phylloceras, Silesiies, HamuUna y sont bien repré— 
sentes. Cette particularité, jointe à la présence de Macroscaphite» 
et à'Heteroceras, doit faire placer le Barrémien de Guélma, en 
grande partie tout au moins, au niveau des couches à Hamulinaf 
du Djebel Ouach (Barrémien supérieur). 

Il faut noter, d'ailleurs, pour achever de caractériser ce gisement, 
r absence à peu près complète d'espèces à faciès aptien et comme 
à Constantine, la persistance des Duvalia des groupes bineroia et 
Emerici. 

Ces observations paléontologiques semblent faire différer assez 
notablement Taffleurement barrémien du Dra el Kerroucha de 
ceux étudiés par M. Blayac ^ sur d'autres points du bassin de 
rOued Cherf. Au Djebel Taïa et à Medjez Sfa, particulièrement, 
les Pulchellia et les Holcodiscus paraissent bien moins rares qu'à 
Guelma ; mais les Céphalopodes déroulés ne semblent pas y être 
aussi abondants. 

Environs d'Hammam LIf : le Djebel Bou Kournine 

M. Aubert^ a signalé l'existence au Djebel bou Kournine, près 
d'Hammam Lif, en Tunisie ^, de dépôts infracrétacés, dont l'ensem- 
ble représenterait suivant lui tous les étages de ce système, depuis 
rhorizon à Hoplites Roubaudi d'Orb. jusqu'à TAptien. La rareté 
des localités connues de l'Afrique du Nord, où l'on puisse voir 
une pareille succession dans le Crétacé inférieur à faciès vaseux 
pélagique nous a i)aru donner au Djebel bou Kbumine une impor- 
tance toute particulière. Aussi ayant été appelé à passer un certain 
temps à Hammam Lif et à Grombaliu avons-nous cherché à recon- 
naître et à noter, aussi exactement que possible, les caractères 
pétrographiques et paléontologiques qui pouvaient dift'érencier les 
divers étages de l'infracrétacé dans cette région. Cette étude nous 

1. Loa. cit. 

2. ExpUc. de la carte géol. prov. de la Tunisie^ p. 8, lo. 

3. Voir \cs feuilles de La Goulette cl de Gronihalia de la carte d'état-major 
au i/5o.ooo* de Tunisie. 



igOI A FAClis VASEUX PELAGIQUE EN ALGERIE ET EN TUNISIE iSg 

paraissait^ d^ailleurs, devoir compléter utilement celle que nous 
avions faite du Djebel Ouach. 

Le Djebel bou Koumine (la montagne aux deux cornes), qui 
atteint la cote 676 à 3 kilomètres seulement du rivage, est formé 
par trois lignes de crêtes parallèles, que séparent de profonds 
ravins, dont les uns, au nord, aboutissent au rivage du golfe de 
Tunis, et les autres, au sud, vont se perdre dans la plaine de 
Momak. Cette plaine est reliée à celle de Grombalia par le Kran- 
guet el Hadjaj, qui sépare le Djebel bou Koumine du Djebel 
Ressas (la montagne de plomb, 796 m.). Vers l'est, parallèlement 
à cette chaîne dont Taxe principal est formé de calcaires liasiqnes * 
courent une série de saillies crétacées dont les plus remarquables 
sont, près du littoral, le Djebel Srara et le Djebel Halloufa. 

"^ O.N.O. 

Djebel el MokU 







Fig. 6. — Coupe de llnfracrétacé dans les environs d'Hammam Lif. 

Echelle : i/ioo.ooo*; hauteurs triplées. 

<i£l, Alluvions ; 5, Sénonien; T, Turonien ; C/i, Génomanien ; Ap, Aplien; 

B, Barrêmien ; i/, Hauterivien; V*, Valanginien. 

Dans le fond de tous les principaux ravins entre Hammam Lif 
et Grombalia, sur une longueur de plus de 16 kilomètres, nous 
avons constaté la présence de Tlnfracrétacé, qui forme ainsi toute 
une série de bandes parallèles. Les plus importantes sont : 

i" Celle du ravin d'El Habba entre les deux crêtes principales 
du Djebel bou Koumine, laquelle se prolonge vers le sud au-delà 
de Crété ville, sur le flanc ouest du Djebel Ressass. 

a® Celle de FOued el Ksob ou de Potinville (Bordj Cedria) entre 
le Djebel bou Kournine et le Djebel Srai'a ; elle s'épanouit vers le 
sud-est dans le Djebel el Gouad et le Djebel el Khoridja. 

3** Celle de Toued Gattouna entre le Djebel Srara et le Djebel 
Halloufa. 

Dans cet ensemble de lambeaux infracrétacés nous avons distin- 
gué la série de couches ci-après : 

1 . A la base, des bancs de grès lustrés rougeâtres alternant avec 

I. FicHBUR et Uaug. C K, Ac. Se, CXXn, p. i354. 



l40 A. JOLEAUD. — ÉTUDE DE L INFRACRÉTAGÉ SI JailT. 

des marnes grisâtres : ces couches qui ne nous ont présenté que 
quelques DuQalia lata, un Lj'toceras cf. quadrisulcatum d'Orb. et, 
dans la partie inférieure, Hoplites Roubaudi d*Orb., se montrent 
sur les deux flancs de Taréte qui va d^Hammam Lif au signal du 
Bou Kournine. 

s. Immédiatement au-dessus, du côté d'El Habba, des alternances 
de marnes grisâtres et de calcaires gris, en minces plaquettes, le 
tout assez pauvre en fossiles. Nous y avons rencontré Holcoste' 
phanus Astieri d'Orb., Davalia cf. lata Blainv., Pygope spec. indet. 

3. Des marnes grises à Duvalia dilatata Blainv., Duc. Emerici 
Blainv., etc. qui sont surtout développées vei*s Potin ville, où elles 
renferment de nombreux Aptj'chus. 

4. Des marnes et marno-calcaires grisâtres se débitant en pla- 
ques, où MM. Aubert * et Haug - ont signalé Macroscaphites 
Yvani Puzos. Cette zone s'est montrée particulièrement fossilifère 
sur trois points : sur le côté droit du ravin d'El Habba, près de la 
ferme de Potinvilie, et, au nord-ouest du Djebel el Djemaa, du côté 
du Kranguet el Hadjaj. Elle est caractérisée par la présence 
d'Ammonites pyriteuses des genres Phylloceras, Pulchellia^ etc. 

5 . Des marnes grisâtœs à Duvalia Grasi Duval, au-dessus des 
précédentes, sur le flanc droit du ravin d*El Habba. 

*>. Des marnes d'un gris blanchâtre alteimant avec des calcaires 
jaunâtres à Phylloceras Guettardi Rasp., Desmoceras Emerici 
Rasp. Ces couches se montrent surtout très fossilifères près de la 
cote i69, non loin d'une source canalisée qui alimente un abreuvoir 
(Sebala) à la ferme d'El Habba. 

7 . Des marnes semblables aux précédentes â Belemnites semica- 
nalicufatus Blainv. 

Cette succession nous a paru rappeler absolument celle de la 
Provence. Les couches i et a répondent au Valanginien, la couche 3 
à rHauterivien, la couche 4 au Barrômien, l'ensemble des couches 
5, 6 et 7 à l'Aptien. Dans ce dernier étage la division est très nette 
et absolument semblable à celle signalée par M. Kilian, dans la 
Montagne de Lure et par M. Leenhardt dans le Yentoux. La 
couche 5 répond au Bédoulien, la couche 6 au Gargasien inférieur, 
riche en Ammonites et la couche 7 à la zone à Belemnites semica- 
naliculaius qui couronne TAptien dans là Haute-Provence. 

Ces difl'érentes zones nous ont fourni une soixantaine d*espèces 
fossiles dont voici la liste, avec l'indication de leur degré d abon- 
dance ou de rareté sur les deux points principaux, où nous les 
avons recueillis. 

I. Loc. cit. 

a. Revue génér. des Sciences, tome 7*, 1896, p. 1047. 



igoi A rAciis vasbux pélagique en alqérie et en Tunisie i4i 



DÉSIGNATION 

DBS EHPicBs 



OBSERVATIONS 



Lrlorerascl.anadriaul' 
ntam d'Orti 

UùleotUphanaa Aitieri 
d-Orb 



Htêlilet pexipljrphut 



'\Uk biparlitua 

Cilullo 

fiapotja lala Blaiuv 
Arr. tata Blainv. . 

O.diiatala Blainv. . . 
D. Emerici Blsin\-. . 
Apljrchaa spcc, indet 



/"Xiopr sper ind.t B. K 
Cirforj» Bpev. inilct 



^hyll/tceras alf. terun 

P. rf. Thftys Sajn . 
P- Miripta Coq ... 
P.in/undibalam d'Orli 
P.er. infnndibnliin 

Sijn 

tjlorFras spcc. Jndi-t 
^Uh^Hia Satli-ageaui 

Herniit« 

iittmoceraa Sabdalta 

Coq 

D tir. yabdalxa Saya". 

' D.tt. PaFandieri d'Orh. 






: //. /tnubiuJi d'Orb 



:n dem pièces, du groupe La- 
meitoai. k lue rxlrma jwr- 





R. 




R. « 




R K. 




C. 




B.R 




H. R. 




R R. 




H. R, 




R. U. 




K. ». 




H. R. 



. B. K. - Dji-)h:I Iwu Kourniue. - P. - PolinviUi:, 



A. lOLBACD. — ÉTCDB DE L'KFftACB±TAc£ 



DÉSIOATIOX 



n n Eurvff OBSERVATIONS 

4 Cajuctéiibs e 



D.1 cirlenne Saii'n. 
il. Gouxi Sayn . 
SilelUrt aff SeranoniM 

Sajii 

S. ialfrfiOàilas Cnq 



Leplocfitu ? tf. »fl»M 







Setemniieg Fallaaxi 

Lhlig 

A. minaret llusp 
DnvaVta cl. hiaiTt-ia 

Turbo siiec. indtl 
Cy-doW/ei?? s|)fi-. iiid. ï 



nppmchnii k t™<«wf" 
du Buu Kouniiw it Ll/l- 



Phyllocema (ioreti Kil 
P. Garltardi d'Orb. 

iajaitdibiiluiii d'Drli 
Lytocrrag c(. utiudri- 
gulcatam d'Orli ? 



B. K 

B-K 
B.K 



alrangiilatum d'Orb, 1 
Lj-loceras spoo. in 



'iSI' 



ip«n que dniii l« lyf*- 



Lcnroulannildoùl 



. ii. S. G. /■"., (3), XXVU, p. 3*i;. 



L FACIÈS VASEUX PÉLAOtQt'B KX ALGÉRIE ET EN TUNISIE l43 



SIGNATION 



e«ra» Uxi'fMaih 


It K 


t NUaa d'OrU. 


B K 


ana Sarraiin. 


H K 






nwUbUg. . 


B K 


dalaa Coq. 


B K 


•rici Rasp. . . 


B K 


Angladvi Sqjii 


U. K 



I •D". Ser 



■potilu* Coq . 
igeaa cf. Sopha- 

Coq 

Uorlrti Kilian . 
:c. indrt. . . . 
oeera» et. Mar- 
'Orb. . . 
. indel. . 



1 Uraai Uu\b1 
Bpec. inilel. , 



OBSERVATIONS 



srrs 









..f,lu. droit, 
burdi tonncnl tu 
ïtUri ■ ' ' 



di. ki. 

illfib. . .. 
de là ng\i 

ilcdl 11 coquille, 
aainir Iltim.ialiittrtamm 

SicMi 

^lu, r 

S' 



■Il m pic, Ji 



1. G. f.. (a), V, i-p«rtie, p. iC,:. pi. UI, % S 



l44 A. JOLEAUD. — ÉTUDE DE L*INFRACRÉTACÉ 31 JanV. 

Le Néocomien. comme on le voit, se montre tivs pauvre en 
fossiles, pariiculièi'ement vers la base, où nous n*avons recueilli 
que deux Ammonites pyriteuses. Vers le sommet, les fossiles pyri- 
teux disparaissent et les Dui^alia prennent un grand développe- 
ment, surtout comme individus. 

Le BarrOmien est représenté par un deuxième niveau à Ammo- 
nites pyriteuses. Les faunes de ses différents aflleurements, assez 
semblables les unes aux autres, sont bien plus pauvres que celles 
de Guelma et du Djebel Ouach. Elles n'offrent ni Tabondance des 
individus du genre Phylloceras, ni les nombreuses espèces de 
Pulcheliia et Holcodiscus du second, ni la richesse en Ph^lloceraSn 
Desmoceras et Hamulina du premier. A Texception de Phy'Uoce- 
ras infundibulum d'Orb.. les Ammonites y sontrai-es, {)articuliè- 
rement celles des geni'es cainictérisliques du BaiTémien inférieur, 
Pulcheliia (^ individus, i espèce). Holcodiscux {i individu), Lepto- 
cera8(i individu douteux). Il en est de même des Gastropodes et des 
Echinides. Nous n'y avons recueilli ni Lamellibranches ni Poly- 
piers. Enfin quelques Ammonites à faciès aptien figurent dans la 
liste : elles proviennent peut-être des couches supérieures d'où 
elles ont pu être entraînées par les eaux qui ont profondément 
raviné les flancs des mamelons infraci*étacés. L*ensemble de la 
faune indiquerait plutôt, comme à Guelma, le Barrémien supérieur. 
Il est fort possible d'ailleurs que le Barrémien inférieur existe à la 
base de cette assise, mais les éboulisqui la masquent ne permettent 
pas de l'y observer. 

L'Aplien nous présente un troisième niveau à Ammonites pyri- 
teuses, compris entre deux honzons où les Ammonites font com- 
plètement défaut et où nous n'avons pu recueillir que de rares 
Bélémnites. Les caractères de l'Aptien sont, d'ailleurs, sensible- 
ment les mêmes que ceux du Barrémien supérieur. Les espèces 
seules diffèrent. C'est ainsi que Phj'lloceras Guettardi Rasp. et 
Desmoceras EmericiRsisp. sont aussi communs que l'étaient précé- 
dement Phj'lloceras infundibulum d'Orb. et Desmoceras Gouxi 
Sayn. Toutefois il convient de remarquer qu'ici se produit un fait 
analogue à celui constaté a TOued Cheuiour ])ar M. Blayac S la 
persistance de genres considérés comme essentiellement barrê- 
miens, tels que Holcodiscus et Silesites. Un caractère négatif 
curieux de cette faune est Tabsence complète du geni^e Hoplites^ 
habituellement si ahondunt à ce niveau en Provence, et même en 
Tunisie, où Tindique M. Pervinquière -. En dehors des Céphalo- 

1. Loc. cit. 

2. iii DE Lapparent. Traité de géol., 4' édition, p. 129^. 



igOI A. FACIÂS VASEUX PELAGIQUE EN ALQI^RIE ET Elf TUNISIE 1^5 

podes, rAptien ne nous a présenté d* autres fossiles qu*un Gastro- 
pode en très mauvais état, d'ailleurs. 

Dans le voisinage de Tlnfracrétacé d'Hammam Lif on a reconnu 
la présence du Lias, de TOxfordien, du Jurassique supérieur, du 
Génomanien et du Turonien. Ces terrains ont fait Tobjet d'un 
grand nombre d'études, particulièrement de MM. Rolland ^ Le 
Mesle *. Aubert 3, Baltzer *, Ficheur *, Haug ^>, etc. Sur le flanc nord 
da Djebel Halloufa des marnes grisâtres appartenant à TEocène 
inférieur (?) nous ont fourni, Aturia spec. ind., Terebratula sp. 
ind. et des Polypiers tous pyiîteux. 

La Chebka Tebaga 

En dehors des faunes des trois régions que nous venons d'étudier 
et où nous avons fait des recherches personnelles assez longues, il 
nous a été donné d'examiner un certain nombre de fossiles prove- 
nant de la Ghebka Tebaga, à 6 kilomètres au nord de l'exploitation 
d'antimoine de Hamimat, sur le flanc nord du Raz cl Bred. Indé- 
pendamment de quelques espèces qui nous ont paru nouvelles, 
nous y avons reconnu Phylloceras infuncUbulum d'Orb . , Desmo- 
ceras getaUnum Goq., Belemnites cf. pistilliformis Blainv. Cette 
(aune qui semble indiquer le Barrêmien supérieur ou l'Aptien 
inférieur, parait en tous cas bien difl*érente de celle du Néocomien 
indiquée par Goquand^ au Djebel Hamimat. Il n'est pas impossible, 
d'ailleurs, que le Néocomien existe sur ce point au-dessous des 
couches barrêmiennes ou aptiennes. 

Résumé 

En résumé, l'Infracrétacé à faciès vaseux pélagique, nous a paru 
présenter dans le Nord de l'Afrique, la série suivante, où la suc- 
cession des zones est sensiblement la même que celle à laquelle se 
sont arrêtés MM. Munier-Chalmas et de Lapparent ^ pour le Midi 
de la France : 

I. C. R, Ac. Se, d; — B, S, G. F., (3), XVI, p. 847; XVH, p. lag; XVm, 
p. ag, etc. 
a. Exploration scientilique de la Tunisie; B. S. G. 7''., (3), XVIII, p. aog, etc. 

3. B. S. G. F., (3). XVra, p. 334 : — Carte géoL prov. de la Tunisie et texte 
explicatif. 

4. N.Jahrb., 1893. T. H. 

5. FicHBUR et Haug. C. R, Ac, Se, CXXII, p. i354. — Hauo. Revue génér. des 
ScienceSy J* année, 1896, p. 1047. — A. F. A. S., baint-Etienne, 18^. 

6. Mém. S. G. F., (2), V, i** partie, p. 71. 

7. B. S. G. F., (3). XXI, p. 464 et suiv. 

97 Aobt 1901. — T. i^r. BhIL Soc. G60I. Fr. ^ 10 



iffi JOLEAUD. IXFaACaÉTACÉ A FAUÈS VASEUX PELAGIQUE 31 JaiiY. 

( 9' Marnes à Beiemmles 9emicatuJiewiiatuB, 

IT JÉamo^eaicaires à PhrUoceroM Gurttardi ri DtMmoceroM 
EtnericL 



\ 



BÉDOcxmr 7" Marnes à DmcaUa GrasL 

sopèrienr Br Mamo-ealeaîres à Macrotcaphiies, Silrsiies^ Hamia- 

lina et Poissons. 



infériear 



\ 5* Marnes à PmirkeiHa et Holrodiseus. 
4* Caleaîres à Leptocrras ef. subHle, 



i 



K 1 Hauteriviex 3' Marnes à />a»^/ia dilatata. Duc. Emerici et vlpI^-cAna. 

S \ 

S j ^9' Mamo-calcaires à Hoicostephanus Astieri et Duvaiia 

^ I Vala:<(gi?cien « ia/n. 

"^ ( r r Grès à Hoplites Roabaudi et Lyioceras quadrisuleatam. 

Malgré cette succession si nette et dont le synchronisme avec 
rinfracrétacé de la Haute-ProTence est frappant, on ne saurait 
contester Tintime liaison de ces dilîérenles assises entre elles, 
liaison qui constitue d'ailleurs le caractère essentiel des formations 
bathyaJes et qui se manifeste non seulement par one grande unifor^ 
mité dans la constitution litholc^que, mais encore par la préexis- 
tence ou la persistance d'espèces fossiles en dehors de la zone 
dans laquelle on les a souvent considérées comme absolument 
localisées. C'est ainsi que M. Blayac à Medjez Sfa et nous-méme 
an Djebel Ouach, avons constaté la persistance dans le Barrémien 
inférieur de Lissoceras Grasi^ Phj'Uoceras semisiUcatum, etc. ; 
que nous avons recueilli dans le Bairémien supérieur du Djebel- 
Ouach un certain nombre de fossiles habituellement aptiens, 
tandis que M. Blayac observait à l'Oued Chenionr et nous-méme 
à Hammam Lif la persistance dans i'Aptien de Siiesites. Desmoce- 
ras et Holcodiscus à faciès nettement barrémiens. 

En terminant cette étude nous devons adresser tous nos remer- 
ciements à M. Ficheur. dont les savants conseils nous ont été d*an 
précieux secours dans nos recherches. 



NOTE 

SUR LE FONÇAGE DU PUITS ARTHUR DE RUYER 

EXÉCUTÉ PAR LA SOCIÉTÉ DES HOUILLÈRES DE RONCHAMP 

(hautb-saônb) 

par M. Mathieu MIEG. 

Le fonçage du puits n° 1 1 « Arthur de Bu^er », exécuté par la 
Société des Houillères de Ronchamp, a été achevé au commence- 
ment du mois de novembre 1900 et a atteint la profondeur de 
1. 010 mètres. 

La Société géologique de France ayant eu l'occasion d'examiner 
les premiers travaux de forage, lors de sa visite à Ronchamp, 
pendant la réunion extraordinaire de 1897, il m'a semblé intéres- 
sant de compléter la note parue dans le bulletin de la Société à 
l'occasion de Texcursion du 3 septembre ^ de cette année. 

(Test au mois d'octobre 189Q que fut décidée la création au 
sud-ouest du puits du Magny, d'un nouveau siège d'exploitation, 
devant comprendre deux puits, chacun de 4 mètres de diamètre 
dans œuvre, destinés l'un à l'extraction de la houille, l'autre à 
Taérage des travaux. Le plongement sud-ouest du leiTain houiller 
aTec une forte pente — environ 3o centimètres par mètre — faisait 
prévoir que l'exploitation atteindrait une profondeur d'environ 
1000 mètres, mais pourrait être réduite à environ 900 mètres, à 
cause du rejet de 100 mètres produit par la faille constatée dans la 
galerie de recherche creusée au puits du Magny. 

Ces prévisions ont été pleinement justifiées par les travaux, car 
la première couche de houille a été rencontrée vers 85a mètres de 
profondeur et la seconde vers SjS mètres. 

Les travaux de fonçage du puits Arthur de Buyer, commencés 

au début de l'année 1896 ont été achevés en novembre 1900, et on 

est en train de creuser les travers bancs pour la construction des 

recettes. Il aura donc fallu un peu moins de six années pour mener 

à bien cet important travail. Étant donné le point choisi pour 

1. ^.5. G. F., [3], XXV, p. ioo3, 1897. 

Je tiens à remercier le Directeur des Houillères M. L. Poussigue, M. l'ingé- 
nieur Faucillon et les employés de la mine pour l'empressement qu'ils ont 
mis à me fournir les renseignements dont j'avais besoin pour ma note. 



i4ô 



X. MIEG 



91 Jan 



remplacement da nouveau poils d'extraction, les traTanx ont i 
être conmiencés dans le grès bigarré. La coape complète d 
terrains traversés, de hant en bas. pendant le fonçage da poits c 
la suivante : 

PllOFO?rDEUR ÉPAIflBBUI 



Grès bigarré o" à 60- 

Grès fin violacé, passant à la hase an grès vosgien . GoT à 70* 
Grès vosgicn, avec nombreux galets de qnartz et 



lO" 



partie sablense à la base .... 

Grès ronge, épaissenr 39 mètres environ. \ 

Argile rouge massive, puis argilolithes 

bariolées plus stratifiées, ép. i36 m. env. 

Alternances de grès, de brèches avec un 

peu d*argile. puis argile avec petites 

veines de grès, ép. 76 mètres env. 

Grès ronge a grain tin avec brèches et 
un peu d'argile, ép. 66 mètres env. 

Grès avec brèches dominantes, ép. ii5 
mètres env. 

Argile avec quelques bancs de grès, ép. 
160 mètres env. 

Alternances de poudingues violacés et 
d*argilolithes avec empreintes de feuil- 1 
les de Cordaltes (entre 710 et 71a") ép- 
iH mètres env. 

Grès et poudingues violacés avec quel- 
ques brèches, ép. 44 mètres 56 env. 



Ttf" à 90- 



^ SE 
<5 



X 
T. 

as 



- 90" à 76î"56 



•ae 



674-56 



l 



Alternances de grès et de grès schisteux avec 
empreintes de Cordaltes. etc., dans les parties 
schisteuses, épaisseur 87 m. H4 environ. 

Schistes avec nodules de carbonate de fer, 
puis schistes houillers tins, ép. 8 m. 40 env. 

Première couche. — 3 bancs de houille séparés 
par des grès schisteux, dont le plus épais 
d*environ o m. 80, les deux autres de o m. ao. 

Grès gprossier avec troncs de Calamités, ép. 
10 à 1 1 mètres env. 

Deux petits bancs de houille de o*ao séparés 
par s mètres de schiste houiller, ép. s m. 40 
env. 

Schiste houiller, ép. o m. 80 env. 

Deuxième couche, comprenant environ i ni. 60 
d'ouverture de houille avec intercalation de 
a bancs minces de grès, puis o m. 40 de grès 
et un nouveau banc de houille d'environ 
o m. 80, ép. a m. 80 env. 

Grès houiUer, ép. i mètre env. 



K 
X 

S 

X 



e 
a. 



X 

o 



I 



764-56 



a 



f«78-8o 



ii4"a4 




lOlO" 



igOI NOTE SUR LE FOIfÇAOE DU PUITS 0. ARTHUR DE BUYER » l49 

Propondrur ÉpAISSBtm 

Terrain talqiieux.—TvLfde porphyre pétrosili- \ ^ 

ceux blanchâtre avec forts liions de calcaire j *g 

dolouiitiqne, ép. 56 m. 90 env. I 5 

Petit (lion de houille de o m. 10, représentation F ^ ^ 

de la couche de Mourière, ép. o m. 10 env. / ^ ^ i3i*ao 

Terrain talqueux, ép. 6 mètres env. 1 

Schistes de la grauwacke carbonifère, ép. ] 

68 m. 90 env. j ^ 

Observations générales sur les terrains traversés, — Ainsi que 
je l'ai indiqué dans ma précédente note, le grès bigarré repose en 
stratification concordante sur le grès des Vosges, et le passage d'un 
étage à l'autre se fait insensiblement, de sorte qu'il est impossible 
d'établir une ligne de démarcation. Les bancs ont une pente de 
8 centimètres par mètre. Le grès vosgien repose également en 
stratification concordante sur le grès rouge. Les bancs du grès 
bigarré et du grès des Vosges sont aquifères, aussi a-t-on constaté 
dans les deux puits à la profondeur de 90 mètres, une venue d'eau 
de 3oo mètres cubes par a4 heures. Afin d'empêcher l'eau de péné- 
trer dans l'intérieur des puits, un cuvelage en fonte, absolument 
élanche, est établi sur les cent premiers mètres, puis à partir de 
cette profondeur, étant donné l'imperméabilité du grès rouge, le 
fie vêtement des puits est, pour l'un d'eux en moellons taillés, et 
pour l'autre en moellons artificiels de ciment. 

En dehors des faits signalés précédemment, le grès bigarré et 

te grès vosgien n'ont présenté aucime particularité à mentionner, 

sâi-^f que le grès vosgien, — comme dans la coupe du moulin des 

3£i-ttans — a une épaisseur très réduite et renferme des bancs 

s£àl3leux, friables à la base. 

Le grès rouge permien, a été traversé sur une épaisseur considé- 
rable, d'environ 674 ^^' ^^' Les brèches de la partie supérieui^e et 
ïï^oyenne du Permien, — particulièrement entre 4oo à 6oô mètres 
ie profondeur — sont à éléments anguleux et renferment des 
îragments de grès ferrug^eux ou siliceux, de porphyre violacé, 
plus ou moins décomposé, de schistes de transition, et des cristaux 
isolés de feldspath et de quartz. 

l«s poudingues violacés de la base du Permien contiennent des 
cailloux roulés d'un grès siliceux violacé, mélangés de fragments 
àe porphyre violacé et de grains de quartz cimentés par une pâte 
fernigineuse. 

^s brèches du Permien contiennent divers minéraux^ de la calcite, 
^k dolomie, de la barytine, de la pyrite et des traces de fer oligiste. 



i5o M. MiBG ai JanY. 

Les argilolithes de la base du Permien n'ont pas fourni de tiges 
silicifiées , mais seulement quelques empreintes de feuilles de 
Gordaîtés. 

Comme accident de terrain il y a lieu de signaler, vers 4io mètres 
et vers 675 mètres, deux petits accidents de faille, dont le dernier, 
dans le sens de la houillère, relève la partie sud des terrains 
traversés. 

Le terrain houiller — ainsi que je l'ai fait observer précédem- 
ment — plonge au sud-ouest avec une forte pente constante (envi- 
ron 3o centimètres par mètre) et conserve dans tous les plans de 
cette orientation une épaisseur constante. 

Au puits Arthur de Buyer^ le terrain houiller a été traversé sur 
une épaisseur d'environ ii4 m. a4» ®^ ^^ ^7^ ™- ^4» si on j ajoute 
le terrain talqueux de la base, y compris le petit banc de houille 
de 10 centimètres qui représente la couche de Mourière. 

La partie supérieure du terrain houiller, jusqu'à la première 
couche de houille, s'est montrée exclusivement composée de grès, 
de grès schisteux et de schiste plus ou moins fin, avec nodules de 
carbonate de fer dans les derniers mètres qui avoisinent la 
houille. On remarquera l'absence des poudingues houillei's, ren- 
contrés au milieu des bancs de grès, en d'auti'es points du bassin, 
notamment au puits du Clianois, où ils sont formés d*éléments 
faiblement roulés de roches cristallines : porphyre pétrosiliceux et 
porphyrite mélangées de fragments de schiste de transition ver- 
dâtre et de grains de quartz. 

Les empreintes végétales renfermées dans les schistes houillers 
jusqu'au voisinage de la première couche sont variées et ne diffè- 
rent pas sensiblement de celles rencontrées sur d'autres points, 
dans les exploitations de la houillère. On y constate Fabondance 
des empreintes de feuilles et de fruits de Cordaïtes, mélangées 
avec deux espèces de Sigillaires : S, tessellata, S. eliiptica; de 
nombreux Pecopteris^ Cyclopteris , AsterophylliteSy Annularia; 
quelques Lepidodendron , etc., flore fossile qui, d'api'ès Tabbé 
Boulay * semble correspondi*e à une période assez longue de 
dépôt qui atteint la base du terrain houiller supérieur. D'après 
M. Grand'Eury * la flore de Ronchanip présente tant d'analogie 
avec celle d'Épinac, près d*Autun, que la continuité des couches 
houillères d'un point à l'autre semble probable. 

Les schistes houillers contenaient également quelques fragments 

I. B. S, H. N.y Colmar 1879-1880, p. 3a. 

a. Grand'Eury, Flore carbonifère du département de la Loire, 1877. 



I^OI MOTS SUR LE FONÇAGS DU PUITS <X ARTHUR DE BUYER » l5l 

de Poissons ganoîdes palœoniscidés, à corps trapu, écailles rhom- 
boidales ornées de lignes longitudinales qui (d'après des échantil- 
lons plus complets de la collection Edouard Doll de Mulhouse, 
provenant des déblais du puits Saint-Charles à Ronchamp, que 
j*ai pu étudier), se rapprochent du genre Elaçeria Sauvage, de 
Commentry. 

Les grès houillers, assez grossiers, qui se rencontrent entre la 
première et la seconde couche de houille renferment d'assez nom- 
breux troncs de Calamités, C. cannoeformis ?, ayant jusqu*à i mètre 
à I m. lo de longueur. D'après les observations et les dessins qui 
m'ont été communiqués par l'ingénieur chargé de la direction des 
travaux, M. Faucillon, certains de ces troncs, légèrement infléchis 
vers la base et terminés en pointe, étaient dans une position per- 
pendiculaire à la stratification et présentaient Tapparence de tiges 
en place. 

Comme accidents de faille, il y a lieu de signaler la faille ren- 
contrée au midi du puits , qui ramène la première couche au 
niveau de la petite couche intenuédiaire. Cette faille supprime les 
schistes houillers, généralement très riches en empreintes végé- 
tales, qui séparent la première couche de la couche intermédiaire. 

Un accident de faille de peu d'importance a également été cons- 
taté dans la seconde couche. 

Les roches talqueuses de la base du terrain houiller ont été très 
exactement décrites par M. Collot dans sa note sur les roches du 
]>assin de Ronchamps * . Ce sont des tufs de porphyre pétrosiliceux 
ilanchâtres, légèrement rosaires, formés de fragments feldspa- 
thiques blancs, anguleux, renfermant des grains de quartz bipy- 
ramidé. 

Les granulations lumineuses de ce tuf forment des traînées dans 
la matière amorphe, où sont noyés les cristaux anciens de quartz et 
d'orthose, ceux-ci peu nombreux et petits. Ces tufs qui ont été 
rencontrés sur plus de 5o mètres d'épaisseur au puits Arthur de 
Buyer, étaient traversés par d* épais filons de calcaire dolomitique, 
riche en fer, avec cristaux, recouverts de mouches de pyrite. 
La dénomination de roche talqueuse donnée par les mineurs à ces 
tufs [provient de ce qu'ils ont parfois — con^me dans certains 
échantillons comprimés et un peu schisteux, que je possède, pro- 
venant du puits du Clianois — un toucher légèrement talqueux, 

savonneux. 

I. Collot. Note sur les roches du bassin de Honchamp. B. S. G. F., [3], 
^V, p. 1017-1018 (1897). 



iSa M. MiEG 31 Janv. 

A 935 mètres de profondeur s*est rencontré encore un petit filon 
de houille de 10 centimètres d'épaisseur, qui est le représentant 
de la couche de Mouricre et correspond à la base du terrain 
houiller. Le petit banc de schiste siliceux qui vient en dessous 
oflre déjà beaucoup d'analogie avec les schistes à Sphenopteris et 
à Cyclopteris de la grauwacke carbonifère de Bourbach-le-Bas. 

Une dernière empreinte végétale, peu déterminable, a été ren- 
contrée, vers la limite du terrain talqueux, à la profondeur de 
940 mètres dans un schiste siliceux. 

Les schistes anciens du Carbonifère inférieur, sur lesquels le 
Houiller est discordant, commencent à la profondeur de 941 mètres 
et se continuent jusqu'à loio mètres, profondeur à laquelle a été 
arrêté le fonçage du puits Arthur de Bwyer. 

Application de la théorie de M. Fayol au bassin houiller de 

Ronchamp. — Lors de la réunion extraordinaire de la Société géolo- 
gique à Belfort (séance du 4 septembre 1897 à Belfoi*t), M. Collot 
avait appelé l'attention de ses confrères sur la conformité de dispo- 
sition du bassin houiller de Ronchamp avec celle que lui assigne- 
rait la théorie de M. Fayol. La théorie des deltas houillers semble 
en effet s'appliquer parfaitement à ce bassin. 

Le terrain houiller de Ronchamp, déposé dans la grande dépres- 
sion carbonifère qui s'étend au sud du système des ballons de la 
falaise vosgienne, s'épanouit à l'ouest sur une gininde épaisseur — 
plus de i5o mètres au puits du Chanois — pour se terminer en 
pointe et disparaître peu à peu entièrement vers l'est. 

Les couches de houille de la région — au nombre de trois avec 
la couche intermédiaire — sont alfectées de la même manière ; elles 
s'amincissent au levant et arrivent à n'en plus constituer qu'une 
seule qui disparaît complètement. Les bancs de schistes et de 
grès qui séparent les trois couches du système de Ronchamp vont 
également en augmentant vers le couchant par l'amplification de 
barres qui deviennent des bancs épais. 

D'après les observations de M. Trautmann S les bancs de pou- 
dingues houillers s'amincissent et deviennent de moins en moins 
nombreux, à mesure qu'on avance vers le sud-est. Ainsi au son- 
dage de Malbouhans on a traversé treize bancs de poudingues, 
d'une épaisseur totale de 46 mètres, sur ia6 mètres de terrain 

I. E. Trautmaxn. Etude des gites minéraux de la France. Ministère des 
Travaux publics. Bassin houiller de Ronchamp. Paris, Quantin, i855, v. p. 
II1I-II3. 



igOI NOTE SUR LE PONÇAGE DU ^UITS « ARTItUtl DE fiUYtiR » l53 

houîller; au puits Sainte - Marie , trois bancs seulement de ao 
mètres d'épaisseur ensemble, sur loo mètres de terrain houiller ; 
à Sainte-Pauline on ne trouve plus qu un banc de 6 à 7 mètres, sur 
une épaisseur de 60 mètres de terrain houiller. 

Les faits que nous venons de citer, et pai*ticulièrement Tamin- 
cissement progressif et la disparition du bassin houiller de 
Ronchamp vers Test et le sud-est, permettent de conclure, avec 
M. Trautmann * que le courant qui a charrié et amené dans le 
bassin, tant les roches que les matières végétales, venait du nord- 
ouest, de terres basses émergées entre les Vosges, les Ardeûnes 
et le Morvan. Les gros galets des poudingues se sont déposés les 
premiers, — il est évident que certains éléments de ces conglomé- 
rats ont dû être empruntés au terrain talqueux et aux schistes 
carbonifères qui occupent le fond du bassin, — puis les sables et 
les schistes se déposèrent à leur tour, et, aux époques où le courant 
charriait de notables quantités d'éléments ligneux, ceux-ci ont été 
en général amenés plus loin pour former les couches de houille. 

M. Trautmann a fait observer en outre, que même à ces époques, 
les eaux charriaient des sables et des argiles, qui se sont inter- 
calés entre les dépôts ligneux , de préférence à leur entrée dans le 
bassin de dépôt. La grande division des couches de houille vers le 
nord-ouest les rend en effet inexploitables, tandis que c'est vers le 
centre du bassin qu elles sont le plus régulières. 

Quant aux troncs de Calamités, présentant l'apparence de tiges 

etx place, observés dans le fonçage du puits Arthur de Bayer, ils ne 

sauraient pas contredire la théorie des deltas et des troncs charriés 

parles eaux torrentielles, puisque de nombreux troncs, présentant 

les caractères de troncs en place, ont été également observés à 

Gomiiientry, et que M. Fayol lui-même a démontré que dans un 

courant rapide, nombre de végétaux, fût-ce même des frondes de 

fougères, gaixient la station verticale, pour ne commencer à se 

coucher que quand leur pied a touché le fond. 

I. Ouv, citéf p. lia. 



Séance du ^ Février f HOf 

PRÉSIDENCE DE M. L. GAREZ, PRÉSIDENT 

M. L. Gentil, Secrétaire, donne lecture du procès- verbal de la 
dernière séance. I^ rédaction de ce procès-verbal est adoptée. - 

Le Président annonce la mort de M. 6. Chatin» Membre de Tins- 
titut. Les études spéciales, auxquelles il s'était adonné, ne Tempe- 
chaient pas de s'intéresser vivement aux travaux de la Société 
géologique, dont il était membre à vie depuis i858. 

Quatre nouveaux membres sont présentés. 

M. Toucas donne quelques détails complémentaires de sa note 
du 5 décembre 1898, Sur résolution des Hippurites. 

Il fait connaître que, pour le moment, il n'est pas possible d* ad- 
mettre un type ancestral comnmn ayant servi d'oiîgine à tous les 
groupes d'Hippurites. Quatre formes ont apparu simultanément 
dans le premier niveau à Hippurites (Angoumien moyen à Dira- 
dJoUtes cornupasioris) : Hipp, resecius Defrance, Hipp, Requieni 
Mathcron, Hipp, inferus Douvillé et une forme nouvelle qui est la 
forme ancienne de Hippurites petrocoriensis Douvillé, différant 
de celle-ci par son arête cardinale tronquée. Ce sont les quatre 
types primitifs des grandes divisions établies par M. Douvillé, 
Hipp* resectus pour les Hippurites à pores polygonaux, Hipp. 
Requieni pour les Hippurites à pores linéaires, Hipp, inferus et 
Hipp, petrocoriensis. forme ancienne, pour les Hippurites à pores 
réticulés. 

Chacune de ces trois gi*andes bi*anches comprend plusieurs 
groupes, dont on peut suivre l'évolution depuis le type primitif 
jusqu'à son extinction. 

I" Hippurites a pores rkticulés. 

Dans cette première branche on distingue deux groupes princi- 
paux, donnant naissance à un sous-groupe. 



1" 



Groupe de Y Hipp. gallo provincial is Matheroii. 
Sous-groupe de VHipp. Moulinsi d'Hombres Firmas. 

Groupe de VHipp. g-iganteus â'Hombres Firmas. 
^ ^ Sous-groupe de VHipp. Oppeli Douvillé. 

La distinction entre ces deux groupes se fait sur le premier pilier, 
toujours court et non pédicule dans le pi*emier groupe, tandis 



SÉANCE DU 4 FÉVRIER I9OI l55 

qu^il estplos allongé et constamment pédicule ou fortement rétréci 
à la base dans le deuxième groupe. 

Entre le groupe de VHipp. galloprovincialis et le sons-groupe de 
VHipp, Moulinsi, la distinction se porte sur Taréte cardinale, 
longue et lamelliforme dans le premier, encore saillante mais 
toujours triangulaire dans le sous-groupe. 

Dans le deuxième groupe, la distinction s* opère particulièrement 
sur la valve supérieure qui, en s'épaississant dans le sous-groupe 
de VHipp, Oppeli, transforme les pores en pores subréticulés. 

Le groupe de VHipp. galloprovincialis a pour origine VHipp, 
petrocoriensis^ forme ancienne, à arête cardinale tronquée, qu*on 
rencontre dans le premier niveau à Hippurites de la Provence, des 
Corbières et des Charentes. Il comprend en outre dans Tordre de 
l'évolution : 

Hipp. petrocoriensis Douviilé. dans rAngoumien supérieur. 

— marticensis Douviilé, forme ancienne de 17/. j dans 

dentatuê avec arête cardinale tronquée. ' le Cohiacien et le 

— fçaUoprovinviaiis , \ Santonien inf. 

— dentatas Matheron. dans le Santonien moyen. 

— latns Malheron, dans le Santonien supérieur et le Campnnien. 

Le sous-groupe de VHipp, Moulinsi débute dans TAngoumien 
supérieur avec VHipp, Rousseli Douviilé, a arête cardinale tron- 
cjuée, et se continue avec 

Hipp. Moulinai, à arête cardinale tronquée, dans le Coniacien. 

— sp. nov., forme récente de VHipp. Moulinai à arête cardinale 

arrondie, dans leSnntonien. 

Le groupe de V Hipp. giganieus a pour origine Y Hipp. in férus de 
l*Angoumien moyen et comprend en outre : 

Hipp. goaavienaia Douviilé. j dans 

— sp. nov., forme ancienne de VHipp. gigan- ' l'Angoumien 

teu8, avec arête cardinale tronquée. ] supérieur. 

— giganteua, dans le Coniacien. 

— Jeani Douviilé, dans le Santonien inférieur. 

Knfin le sou.s-groupe de VHipp, Oppeli commence avec VHipp, 
Zur^cheri Douviilé, du Coniacien, remplacé dans le Santonien 
inférieur par une forme plus récente à arête cardinale arrondie, et 
comprend en outre les (juatre formes suivantes de la Province 
orientale : 

Wpp . Bœhmi Douviilé. \ 

— inœquicostatus Munster. / probablement dans le 

— Oppeli Douviilé. \ Cnmpanien. 

— veaiculoauë Woodwcu-d. 1 * 



l56 SÉANCE DU 4 FÉVRIER igOI 

M. Douvillé rectifie une communication qu'il avait faite dans la 
séance du 17 décembre dernier, à propos d*un Foraminifëre prove- 
nant d'Egypte et communiqué par notre confrère M. Fourtau. Le 
Secrétaire pour l'Etranger, M. Pervinquière, lui a signalé l'appa- 
rition toute récente d'une note de M. Blanckenhom (Z. Z). G. G., 
vol. LU, p 4^3) dans lequel il est cpiestion de ce fossile, précé- 
demment décrit par M. Chapman, sous le nom de Patellina cegyp- 
tiensis (GeoL mag,, dec. IV, vol. 7, p. 3). 

Ce nom de Patellina est employé par les auteurs anglais, depuis 
Carpenter, pour les fossiles que les géologues du Continent dési- 
gnent sous le nom d'Orbitolina. Carpenter a rejeté cette dénomi- 
nation, qui est plus ancienne, par la raison que a d'après l'usage 
suivi par un grand nombre de naturalistes, cette désinence indique 
une forme vivante devant être rapprochée des Orbitoliies fossiles. » 
Or cet usage n'était certainement pas accepté par d'Orbigny, 
Tauteur du genre, puisqu'il l'a établi exclusivement pour des 
formes fossiles. En outre Carpenter a indiqué lui-même les diflé- 
renées qui distinguent ces formes fossiles des Patellina actuels, 
et notamment l'absence dans ces derniers, du fin réseau sous- 
épidermique qui est caractéristique pour les formes fossiles du 
terrain crétacé. En réalité les deux types Patellina actuel et 
Orbitolina crétacé, sont génériquement différents, et les deux 
noms ne doivent pas être confondus. 

Le fossile d'Egypte n*appartient pas au genre Orbitolina comme 
nous l'avons cru tout d'abord avec MM. Chapman et Schluniberger ; 
mais il représente seulement une forme voisine et nous adoptons, 
à ce point de vue, la manière de voir de M. Blanckenhom. Comme 
dans les Orhitolines, il exi:>te sur la face conique un épiderme 
strié concentriquement et imperforé, et au-dessous un réseau fin 
sous-épiJcrmique, puis une couche corticale formée de cellules 
rectangulaires disposées en quinconce. Mais la partie centrale est 
formée de couches régulières séparées les unes des autres par des 
lamelles convexes perforées ; cette disposition est beaucoup plus 
simple que celle que l'on observe dans les Orbitolines vraies. Il 
faut donc adopter le nom nouveau de Diciyoconos (ou mieux 
Dictyoconus) proposé par M. Blanckenhom. Ce fossile est indiqué 
comme appartenant à TEocène, et il est extrêmement intéi^ssant 
de retrouver à cette époque, relativement récente, un représentant 
des Foraminifères à réseau sous-épidermique qui, jusqu'à présent, 
n'étaient connus que dans le terrain crétacé. 



ÉTUDES UTflOLOGIQUES DANS LES ALPES FRANÇAISES 



I.— SUR LE RATTACHEMENT A UNE SOUCHE COMMUNE DES DIVERSES 
ROCHES INTRUSIVES DU TERRAIN ROUILLER DU BRIAN- 
ÇONNAK; 

MI. — SUR LES TR ACHYTES (ORTHOPHYRES) DU TERRAIN ROUILLER 
DBS GRANDES-ROUSSES, 

par M. Pierre TERMIER. 

Entre la vallée de l'Arc au nord, et les vallées du Vénéon et de 
la Gyronde au sud, le terrain houiller, qui joue, comme chacun 
^^1, un rôle fort important dans la constitution de nos Alpes, 
^^nferme beaucoup de roches éruptivcs. J'ai montré, dès 1892 ^ 
^ue, dans le massif des Grandes-Rousses, la bande anthracifère 
située sur le versant oriental de la chaîne présente, alternant avec" 
les grès et les schistes, de nombreuses coulées de trachytes 
^orthophyres), des assises tufacées à débris trachytiques, et des 
es de conglomérats à galets de ces mêmes trachytes. D'autre part, 
n connaît, depuis Elie de Beaumont ^, l'existence, dans le terrain 
Imomller du Briançonnais, d'amas intrusifs de roches dioritiques, 
«âu contact desquelles l'anthracite se change en graphite. Charles 
Hiory ' a décrit, après Elie de Beaumont, le gisement des « por- 
phyres dioritiques » du col du Ghardonnet, et a signalé des 
affleurements de roches analogues, sinon identiques, à Puy-Saint- 
^/l^ndré et à Prelles, au Sud de Briançon. De 1880 à 1884, deux 
Yjugénieurs du Corps des Mines, MM. Lâchât et Kûss, ont fait 
connaître le « porphyre euritique » des Gardéolles, près de Saint- 
0^^^i*ey ^. Enfin, les explorations entreprises dans la région 
^liançonnaise par M. Kilian, par M. Lugeon,'et par moi, en vue 
^c l'exécution de la carte géologique au '80.000*, ont amené lu 

1. P. Tbrmier. Sur rexistence de la microgranuiite et de rorthopliyre 

dans les Alpes françaises, C. R. Ac, Se, t. CXV, 1892 ; Sur les roches de 

U série porphyrique dans les Alpes françaises, ibid,, t. CXYI, 1893. — Id. Le 

MASiif des Grandes-Rousses. BulL des Serv, de la Carte géolog., t. Yl, 

1894, n- 4o. 
a. E. de Beaumont. Ann. des Sciences Naturelles, i'* série, t. XV, i8a8. 

3. Ch JjOry. Description géolog. du Dauphiné, § a65. Paris-Grenoble, 1864. 

4. BulL Soc, des Se. natur. du Sud-Est 1S84» p. 49~^i ; Bull. Soc, d'Etudes 
de$ Haates-Alpes, t. IV, i885, p. 456-459; et rapports inédits. 



i58 p. TEKMm 7 Pévr. 

décoarerte de beaacoap d*aatres amas intnisifs, et nous onl 
conduits peo à pea. M. Kilian et moi, à Tétode systématiqiie des 
roches qui forment ces amas *. Dans le Briançonnais, comme dans 
les Grandes-Rousses, le terrain a été fouillé partout : et les travaux 
analytiques sur les roches éruptires du Carbonifère sont aujourdliui 
assez aTancés pour que Ton puisse dès à présent essayer une 
synthèse. 

Je me propose, dans les pages qui vont suivre, d'étudier 
successivement les roches intrusives du Uouiller briançonnais et 
les trachytes du Houiller des Grandes-Rousses. Je ne rappellerai, 
des descriptions antérieures, stratigraphiques et pétrogp^phiques, 
que ce qui sera indispensable pour l'intelligence de ma thèse. Et 
ma préoccupation sera de saisir le lien génétique par lecpiel se 
rattachent les unes aux autres certaines de ces roches, ou de 
montrer, au contraire, entre de certaines autres, des dissemblances 
fondamentales et essentielles. Cette préoccuiiationy que j*apporte 
ici, est, à l'heure actuelle, celle des lithologistes du monde entier. 



I. — Roches intrusives du Houiller briançonnais 

J*ai déjà établi que les roches intrusives du terrain houiller du 
Briançonnais appai'tiennent à quatre types, en apparence fort 
différents, et qui s*écartent en eifet les uns des autres, soit par leur 
structure, soit — ce qui est beaucoup plus important — par leur 
composition chimique. Ce sont : 

Des DioRiTEs QUAKTZiFKREs {quarzdioHt)^ à biotite et amphibole ; 

Des MicRODioRiTEs (dioritporph}'rity assez analogues aux 
variétés basiques de Vestérellite Michel Lcvy {porphyres diori- 
tiques d'E. de Beauniont et de Ch. Lory): 

Des MicROSYÉNiTEs {sj'enitporphjnr) ; 

Des MicROGRAMTEs (granitporphj'r)^ enfin, qui représentent le 
terme acide et alcalin de la sériC'et qui sont les porphyres euriiiques 
de MM. Lâchât et Kùss. 

I. P. Tbrmibr. Sur rélimination de la chaux, par niétasomaiose, dans les 
poches éruptives basiques de la région du Pelvoux. B. S, G, F,, (3X 
XXVI. — \V. Kilian et P. Tbkmikr. Contribution à Tétude des microdiorites 
du Briançonnais Ihid., XXVI. — P. Trrmikr. Micrograiiites de la vallée 
de la Guisanne. làid,, XXVII. — W. Kilian. Excursion Xni' (Alpes du 
Dauphiné et de la Savoie), Livret-Guide du Congrès géolog. international de 
Paris, 1900. - P Tbrmibr. Excursion XHI' (massif du Pelvoux et Brian- 
çonnais), Ibidem, — P. Tbrmibr, W. Kilian et M. Lugbon. Feuille 
« Briançon » de la Carte géologique détaillée de la France au 80.000*, 
Paris, 1901. 



I9OI «TUDBS LITHOLOGIQUES DANS I^S ALPES FRANÇAISES iSg 

DiORiTBS QUARTZUi'jkRES. — J'ai découvcrt, il y a quelques 

années* de nombreux blocs de diorites quartzifères à biotite et 

amphibole «lans le Glaciaire de la vallée de la Guisanue, au pied 

de la forêt de Prorel. Comme ces blocs sont presque partout mêlés 

et des blocs de gneiss et de granité qui proviennent du massif du 

Pelvoux, j'ai longtemps cherché dans ce massif même le gisement 

clés diorites, jusqu'au jour où je rencontrai deux lambeaux d'une 

axicienne moraine, montrant des débris de diorite mêlés à des blocs 

de grès et de poudingues houillers, sans aucun mélange de débris 

g^'neissiques ou granitiques. Les lambeaux dont je parle sont situés 

et la sortie de Monêtier-les-Bains, sur la rive droite de la Guisanne, 

l'^un sur le chemin des Grangettes, l'autre sur le chemin du col de 

|.^£ychauda. Il était dès lors évident que les diorites proviennent 

des montagnes situées au nord de la Guisanne ; et j*appelai, au 

■jaois d'août de 1899, l'attention de M. Kilian sur ces roches 

âvitéressautes, et sur la probabilité d'en rencontrer des affleure- 

^jaents parmi les très nombreux affleurements de roches intrusives. 

f^on savant confrère et ami ne tarda pas, en effet, à me signaler 

^''existence, dans les environs du col du Chardonnet, de plusieurs 

^.mas intrusifs de diorites quartzifères, les unes identiques à celles 

d^ Glaciaire de la vallée de la Guisanne, les autres peu différentes 

^% établissant un passage entre les vraies diorites et les micro- 

Dans les échantillons qui m'ont été remis par M. Kilian, aussi 
l^ien que dans ceux dont j'ai fait la récolte au sein du Glaciaire, on 
observe deux variétés de diorite quartzifère, l'une plus micacée, 
i^autre plus amphibolique. 

La variété riche en mica ressemble, de prime-abord, à un granité 
à grain fin. La structure est franchement granitoïde. La biotite est 
en voie de chloritisation, et la chlorite, très abondante, qui provient 
de cette attaque du mica, communique à tout Tensemble de la roche 
'^c teinte verdâtre. La hornblende, de couleur verte, est plus ou 
^oins abondante, mais moins abondante que le mica. Elle est 
J^^sez bien conservée. 11 y a du sphène. Les cristaux de feldspath, 
idionaorphes pour la plupart, souvent volumineux, sont toujours 
altérés, parfois même complètement kaolinisés : les moins altérés 
Contrent encore des traces de mâcles répétées, et des îlots ou des 
lîaepés d'albite secondaire. Le feldspath originel était de l'andésine. 
x^aut au quartz, il remplit les interstices des autres minéraux. 

La variété riche en amphibole renferme le plus souvent un peu 
^ biotite. Neuf fois sur dix, elle n'est granitoïde qu'en apparence. 
A.vec Taide du microscope, on constate que les vides laissés par 



[6o 



p. TERMIER 



7péTr. 



les grands cristaux de hornblende et d'andésine sont remplis, non 
pas par le quartz seul, mais par une mosaïque granulitique (an 
sens Miclicl-Lévv) de quartz et de plagioclase (oligoclase ou 
andésine). II y a d*ailleurs tous les passages entre la variété micacée 
et la variété amphibolique, de même qu*entre celle-ci et les 
véritables microdioi*ites. 

Voici deux analyses de diorites, qui montrent combien les deux 
variétés, micacée et amphibolique, sont, en réalité, voisines Tune 
de Tautre. Je transcris dans une troisième colonue la composition 
d'une microdiorite à grands cristaux de hornblende qui provient 
du Chardonnet (M. Kilian), et qui ne difT&re des diorites que par 
une teneur en silice un peu moindre et une teneur un peu plus forte 
en fer et en magnésie : cette roche représente bien le type habituel 
et moyen des microdiorites de la région du Chardonnet. 



SiO». . . 

A1»0» . . 

Fe»0> . 

FeC). . . 

MgO. . 

CaO. . . 

K«0. . . 

Na»0 . . 

Perte par calcination 

Total. . . . . 



Diorite quArtafère 

du Chardonnet: 

variélé micacér. & 

stnicturr frr«nit(>Ide 



(x),ao 

19.60 

a,i5 

a,9i 
5,61 

1,93 
3,19 
2,59 



ICI, .m 



Diorite qiiaiiiiCtre 

du Chardonnet : 

variole 

amphibolique. 

A structure 

intermédiaire 



57,80 

i9»"o 
2,40 

4,14 
3,00 
6,i5 

1,37 
3rio 



iao,a8 






Microdîoriie 

du Chardonnet: 

typegris-aoir 

à grands crisiaui 

de hornblende 



55,5o 

ao,6o 

4,06 

3,45 
3,60 

«,45 

1,74 
a,90 

a,68 



100,98 



Dans ces trois roches, la métasomatose est, non seulement du 
même genre, mais encore de la même intensité. Les analyses 
ci-dessus sont donc vraiment comparables, sans qu*il soit néces- 
saire de recourir à la restauration. On voit que la variété amphi- 
bolique, pauvre en mica, est. non seulement quant à la structure, 
mais aussi quant à la composition chimique, un intermédiaire 
entre les diorites micacées, franchement granitoîdes, et les vraies 
microdiorites, Iranchenient porphyroïdes ; et Ton voit, en outre, 
que les différences entre les types extrêmes se réduisent, en 



ïgOl ÉTUDES LITHOLOOIQUES DANS LES ALPES FRANÇAISES 161 

somme, à peu de chose. Il y a, dans les trois types, la même 

abondance do feldspath, et presque les mêmes teneurs en {Notasse 

et soude. C'est par une moindre teneur en fer, magnésie et chaux, 

que la diorile micacée s'écarte des niicrodiorites. Quant à Tabon- 

dancc de la silice, il n'y a pas lieu d*y attacher une gi*andc 

importance, car nous .verrons que, dans les microdiorites elles- 

mùiiies, la proportion de SiO* varie de Sa à 64 %• 

f.*a diorite * micacée du Chardonnet est donc une forme 
^ranitoide du magma hy^po-abyssique qui, dans la même région, 
9*est consolidé, le plus souvent, sous la forme microdioritique. 
I^'identité des minéraux dans les microdiorites et dans la diorite, 
^t r existence (variétés amphiboliques de diorites) d*un passage 
oontinu, quant à la composition, et quant à la structure, entre ces 
deux types de roches, ne laissent aucun doute sur leur étroite 
parenté. La diorite micacée ne diffère de la moyenne des micro- 
diorites du Chardonnet que par une moindre teneur en chaux, 
xxiagnésie et fer. Elle renferme tout autant de feldspath, et, 
sonsiblement, le même feldspath ; mais elle renferme moins 
d^ampbibole et, en revanche, un peu plus de quartz et de mica noir. 
Cette forme granitoïde est d'ailleurs exceptionnelle, malgré 
l"^paisseur considérable (cent mètres et plus) qu'atteignent parfois 
l^s amas intrusifs. Sauf des cas très rares, il n'y a de structure 
parfaitement granitoïde que dans les roches micacées, et, d'autre 
psàrt, les roches intrusives ayant la composition chimique de la 
diorite micacée n'ont prer>que jamais la structure microdioritique. 
C^uant aux variétés intermédiaires, sortes de diorites à amphibole 
nnicrodioritoïdes, ou de microdiorites quasi-granitoïdes, elles sont 
tx^s répandues dans la région du Chardonnet, et leur abondance 
Tio semble guère moins grande que celle des microdiorites nette- 
ment porphyroïdes. 

NicRoniORiTES. — C'est aux microdiorites qu'appartiennent la 

plupart des roches intrusives du Houiller briançonnais. Elles 

^l>on(lent sur les deux versants des montagnes du Chardonnet, du 

Raisin, du Vallon, lesquelles dominent Monêlier-les-Bains et ks 

Guiberles. MM. Lâchât et Kûss en ont signalé d'autres aflleureiuents 

près de Névache, au dessus du chalet de Queyrellin ; et M. Kilian 

Ws a retrouvées dans la haute vallée de la Clarée, près des chalets 

Ac Laval et de Jadis. Ce sont encore des microdiorites qui 

y Je continue d'appeler cette roche diorite^ en raison de son aspect exté- 
"«ttr.de sa couiposition minéralogique, et de sa structure. En réalité, ce nVsl 
pu une roche obyssiquc, et, par conséquent, ce n'est pas une vraie diorite.. 

»: AoM 1901. — T. icr. Bull. Soc. Géol. Fr. — 11 



I 
1 



ifo p. TERMIER J FéTT. 

affleurent dans le haut du vallon de Fréjus, à la mine de graphite 
qui s*ouvre au sud-est de la Cucumelle. Les méuies roches repa- 
raissent au débouché du vallon de Cor varia, vis-à-vis de Monêtier; 
à Réotier, près de Guillestre, dans un antidiDal aigu qui amène au 
jour une mince bande de terrain houiller; et encore dans les 
environs de Prelles, sur les deux rives de la Durance. 

Aux affleurements, ces microdiorites sont souvent fort altérées. 
Les surfaces exposées à Fair ont une couleur grise, ou vert foncé, 
plus rarement une teinte brune. La cassure est vert clair, ou gris 
verdàtre, on enfin gris sombre. Les microdiorites laminées 
prennent l'aspect de chloritoschistes, de schistes talqueux, de 
schistes serpentineux de couleur foncée. Quand il y a eu, à la fois, 
laminage énergique et métasomatose profonde, on a des schistes 
bariolés, verts, noirs ou lie-de-vin. 

Dans la région du Chardonnet, on trouve en abondance de» 
microdiorites relativement bien conservées, et permettant un^ 
étude pétrograoliique complète. On distingue alors deux types : 1^ 
type A, formé d'une pâte aphani tique de couleur noire ou vert-foncéi» 
où nagent de grand cristaux de hornblende, lesquels ont parfois 
plus d'un centinièti*e de longueur ; le type B, caractérisé par un^ 
couleur plus claire, généralement vert grisâtre, par le dévelop- 
pement moindre des cristaux de hornblende, et par Tabondanc^ 
des cristaux de feldspath, blancs ou vert clair, visibles à Fœil na«- 
Le type A fait immédiatement songera une porphyrite à hornblende^ 
le type B, à certaines microdiorites (Quenast), ou encore à certaine 
diabases à grain lin. J'ai monti*é que ces deux types ne sont pa» 
essentiellement différents; quils se mélangent dans les même» 
afflem*ements; quils renferment les mêmes minéraux, présentanC^ 
les mêmes formes et ayant suivi le même ordre de cristallisation ^ 
et enfin qu'ils ont, à de très petites différences près, la mém^ 
composition chimique. Ce sont de simples variétés de structurez- 
La hornblende se transforme quelquefois en chlorite. Les 
cristaux de feldspath sont pi*esque entièrement kaolinisés. Dans h 
pâte, chai*gée de chlorite, se développent des éponges secondaires^ 
de quartz. Cette pâte n*est jamais fluidale. Lorsqu'elle est relatL — ' 
vement peu altérée, on voit qu'elle est granulitique, et qa*eUi 
ressemble à celle de la microdiorite de Quenast * (Belgique), 01 
encore à celle de l'cstérellite (porphyre bleu de l'Estérel) -. 

1. DE LA Vaixéb-Poussin et Rbnard. Acad, Rojr, de Belg. XL VIII, 187- 
n^ 8, et mémoires couronnés, Û2., XL. 

2. Michbl-Lévy. Mémoire sur le porphyre bleu de TËstérel. BulL 
Serv, de la Carte géolog,^ n* 67, t. IX, 1897-98. 




•igOI ETUDES LITHOLOGIQUES DANS LES ALPES FRANÇAISES 



l63 



La métasomatose a toujours commencé par l'ablation d*une 
partie de la chaux et la fixation d*eau et d* acide carbonique. 

J*insère ici quelques analyses de microdiorites du Chardonnet, 
le tableau de la composition de la roche moyenne du Chardonnet 
après restauration S enOn les compositions de Testérellite basique 
des (]ours et du porphyre de Quenast. 





icrodiorite 
Chardonnet 
Type A 


icrodiorite 
Chardonnet 
Type A 


icrodiorite 
Chardonnet 
Type B 


icrodiorile 
Chardonnet 
(moyenne) 
restaurée 


islérellite 
basique 


Cl 

a. 




S 


S 


S 


3^ 






SiO^ 


02,55 


55,5o 


56,83 


54,45 


57,63 


50,21 


APO» . 




» < 










20,09 


20,60 


20,78 


20,55 


18,43 


17,16 


1 Fe«0» . 
|FeO. . 




> 
» 


i 1 








4,84 

4,36 


4,06 
3,45 


3,55 

2,82 


Feo— 7,85 Fe« — 4,i3; 


FM«iio,a6 


■ MgO. 




» 










3,82 


3,Go 


3,07 


3,00 


2,38 


2,08 


ICaO. . 




» 


» 








5,52 


6,45 


5,4 1 


7,54 


7,18 


7,12 


K-0. 




» « 








1.70 


»,:4 


1,40 


1,85 


i,3o 


1,48 


Na^O 


K • 








3,26 


2,90 


3,28 


4,14 


3,92 


4,02 


H«0 et CO« 








3,49 


2,68 


2,64 


» 


5,20 


2,79 


To 


TA 


lL. 




99,63 


100,98 


99,:8 


99,38 


100,17 


101,12 



Lies microdiorites de la vallée de la Clarée présentent les mêmes 
types de composition et de structure. Elles sont, en général, 
beaucoup moins bien conservées que les roches du Chardonnet. 

Au débouché du vallon des Combes, sur la rive droite de la 

Durance, entre Sachas et le point 1 183 de la carte d' Etal-Major, non 

loin de Prelles, allleurent trois amas inlrusifs d'une roche verdàtre, 

fort semblable, par ses caractères extérieurs, à la microsyénile de 

Puy-Saint- André que je décrirai dans un instant. Le grain est 

Waucoup plus fin que dans les microdiorites du Chardonnet et de 

Névache ; la cassure est esquilleuse et rappelle celle des phonoliles. 

Deux autres amas ont été signalés par M. Lugeon à un kilomètre 

environ au sud-est des précédents, sur la rive gauche de la Durance, 

cl sont constitués par des roches analogues.* 

U y a d'ailleurs, dans ces roches des environs de Prelles, deux 

1. P. Tbrmieh. Sur réliiuination de la chaux par inétasoiuatose dans les 
roches érupUves basiques de la région du Peivoux. B. S, G. F., (3), XXVI, 

p. 184. 



iti4 



p. TERMIER 



7 FéVP. 



types fort dilTérenls. Uamas le plus éloigné de la Durance (un peu 
à l'amont du village de Sachas) est fait d'une microdiorite i-elati- 
vement riche en quartz ; la microdiorite des quati^c autres amas est 
beaucoup moins acide. Voici les compositions chimiques de ces 
deux types de roches, dans leur état actuel, et leurs compositions 
probables, après restauration. 






SiO» 

APO^» ....... 

Fe«0^ 

FtîO 

MgO 

CaO 

K»0 . 

Na^'O 

Perlo par calciiiatioii 

Total . . . 



MiCRODIORITB ACIDE 

DK Sachas 



Actuelle 



64,80 

18,80 

6,:i 

!i,05 

o,(î4 
4.8.'» 



101,7a 



Restaurée 



6a 
18,5 

» 

6 

a 

4,;> 

a 

;> 

1» 



I(X),00 



MiCRODIORITB 
BASIQUB DR SaCHAS 



Actuelle 



ou, 10 
aa,63 

6,57 

» 

3,17 
2,69 

I.2Î 

4,8a 
3,74 



99*96 



Restaurée 



Où 

ai,5 
» 

6,5 
3,5 
6,5 
a 
5 



100,00 



Il n*est pas douteux que ces roches niaient perdu, par métaso- 
matose, une forte quantité de chaux et de potasse, la chaux ayant 
été enlevée au feldspath, et la potasse au mica noir ; mais, par 
contre, les teneurs en oxydes de fer, magnésie, alumine et soude, 
n'ont probablement varié que très peu pendant révolution 
métasomatique. 

Le deuxième type (type relativement basique, et, à Toriginc, 
riche en hornblende) diilere donc des microdiorites moyennes du 
Chardonnet par une richesse en alcalis un peu plus grande, une 
prédominance plus niai*quée de la soude sur la potasse, une 
moindi'e teneur en chaux (hornblende très ferreuse et peu calciquc) : 
il leur ressemble, au contraire, par les teneurs en silice, alumine, 
oxyde de fer et magnésie. Quant au premier type, il renferme 
beaucoup plus de quartz et un peu moins d'amphibole. Sauf cela, il 
n'y a pas de différence essentielle entre ce premier typiî et le second. 

Je rappelle ici les analyses, publiées par M. Michel-Lé vy, de la 
variété acide et du type moyen de Testérellite ' . 



I. MicuKL-LiîvY. Lot\ cit., p. a3ô (p. 19 du tirage à part). 



Igor ETUDES LITHOLOGIQUES DANS LES ALPES FRANÇAISES l65 

E^TtfRELLITK ACIUK EsTI^RILI.ITK MOYF.NNK 

(Orphelinat de Boulerie) (Grande carrière du Dramont) 

SiO«. 634: 6i,58 

Al^O» 18,76 18,84 

Pc«0' 3,74 4,68 

3fgO 1,12 a,o4 

CaO 7»io 0,59 

-K*0 1,09 1,49 

Tîa»0 . 3,93 4,37 

;y*0* 0,40 .... 0,27 

erte par calcination . . i,47 i)6i 



Total 101,08 101,37 

Ces deux variétés d'estérellite, cpii difTèrent très peu Tune de 

'antre, s'écartent de la microdiorite acide de Sachas par une teneur 

eaucoop plus grande (peut-être double à l'origine) en chaux,, une 

«neur un peu plus faible en soude, et une proportion dé fer 

otablement moindre. Le feldspath moyen est plus basique dans 

estérellite que dans la roche de Sachas ; et la hornblende de 

estérellite est riche en chaux et pauvre en fer, tandis que la 

omblende des roches briançonnaises est riche en fer et pauvre en 

iiaux. Malgré ces différences, qui sont loin d'être sans importance, 

% ^Ê. série des estérellites ressemble d'une façon frappante à la série 

des microdiorites briançonnaises : mais l'écart est beaucoup plus 

|2n*and entre les microdiorites les plus basiques (Chardonnet) et les 

I>Ius acides (Sachas), qu'entre l'estérellite acide de Boulerie et 

l' estérellite basique des Cours. 

M. Lugeon m'a signalé, en 1898, l'existence d'un affleurement de 
^*^che microdioritiquc près des chalets de Loriol, sur le versant 
occidental du massif de Pierre-Evrautz, et m'a confié des échan- 
UUons détachés de cet affleurement. 

La roche des chalets de Loriol ressemble, extérieurement, aux 

microdiorites porphyroïdes du Chardonnet (type A). De grands 

cristaux de horablende, d'un vert foncé, nagent dans une pâte 

compacte, ti*anslucidc. d'un vert clair. Au microscope, on s'aperçoit 

c\ue la structure est fluidale, et non plus granulitique ; fluidale à la 

U(^n de la structure des andésites ou des dacites. Cependant la 

roche est encore nettement hypo-abyssiquc, car la hornblende du 

premier temps de consolidation ne présente aucun phénomène de 

résorption ou de corrosion, et de plus, dans le deuxième temps de 

l'onsolidalion, le seul minéral magnésien qui se soit formé est 

encore la hornblende. 11 n'y a pas un seul microlile d'augite. La 

composition chimique est d'ailleurs celle des microdiorites basiques 



l66 p. TERMIER 7 FéTP, 

du Chardonnet (Sa à 54 % SiO*). La roche de Loriol est donc encore 
nne microdîorite, et il n'y a aucun doute sur la nature intrusive de 
de son gisement. Ce fait de l'existence de microdiorites à structure 
fluidale méritait d'être signalé. On sait que Testérellite n'est 
jamais fluidale, non plus que la microdiorite des Monts Henry, et 
que, d'une façon générale, la fluidalité est considérée comme un 
caractère des roches d'épanchement. 

Sauf la transformation, déjà constatée par Elie de Beaumont, de 
l'anthracite en graphite, l'intrusion microdioritique n'a été accom- 
pagnée d'aucun phénomène de contact. Nulle part, dans les 
gisements briançonnais étudiés jusqu'à ce jour, les schistes et les 
grès houillers qui touchent à la roche intrusive ne semblent 
modifiés par elle ; et nulle part, non plus, la roche n'est autre près 
du contact que dans l'intérieur de l'amas. Il n'y a eu ni métamor- 
phisme exomorphe, ni métamorphisme endomorphe, ni difleren- 
ciation dans les amas eux-mêmes. 

MiCROSYENiTES. — C'est en 1899 que j'ai, pour la première fois, 
parlé des microsyénites de Puy-Saint-André ' . Ces roches étaient 
connues de Ch. Lory, qui les considérait comme des variétés 
du porphyre dioritique. 

Elles forment, sous le village de Puy-Saint-André, à une heure 
de marche de Briançon, trois amas superposés, înterstratifiés tous 
trois dans les assises houillères. La nouvelle route qui monte au 
village est, sur plusieurs centaines de mètres de longueur, creusée 
dans l'amas supérieur. Pour bien observer l'amas inférieur, c'est 
l'ancienne route qu'il faut prendre. Quant à l'amas intermédiaire, 
qui n'a guère plus de dix mètres de puissance, il affleure, en 
contre-bas de la nouvelle route, sur le versant de droite du grand 
ravin du Rif-Claret. Les épaisseurs de l'amas supérieur et de 
l'amas inférieur, comptées normalement aux strates houillères 
encaissantes, atteignent respectivement 60 et 100 mètres. 

Les trois amas sont parfaitement homogènes. Dans aucun d'eux, 
on n'observe la moindre trace d'une difliérenciation an voisinage 
du contact. La structure de la roche et sa composition chimique 
ne varient point. Les schistes et les grès encaissants n'ont subi 
aucune modification. 

Ces microsyénites sont des roches d'un gris sale ou d'un vert 
clair, ayant à l'œil nu l'aspect général des trachytes (orthophyres) 
des Grandes-Rousses. La cassure est esquilleuse, avec esquilles 

I. B, S. G. F., (^, xxvn, p. 408. 



*Tgpl àrmEB LITHOLOdlQUM DAK8 X.VS ALPS8 FRÀNCAIiSB 167 

translucides d*Qn gris très dair on d'on vert très pâle i dans cette 
cassore, la roche apparaît compacte, semblable à un phonoUte^ et 
ne laisse voir à l'œil nu que de petites lamelles de feldspath (très 
nombreuses) et de rares grains d*an vert sombre qni sont de la' 
dilorite. La poussière de la roche est d*un blanc sale. 

Au microscope» on voit nettement deux temps de consolidation. 
Les grands cristaux sont» la plupart, de feldspath, et les autres de 
ehlorite, ce dernier minéral épigënisant d'une façon à peu près 
complète d'anciens individus de mica noir. Les cristaux feldspa- 
fhiqueS renferment de nombreuses inclusions de ehlorite et des 
grains de kaolin» et sont formés, pour le surplus, d'oligoclase à i8 
ou ao An. L'apatite, en prismes limpides, est assez abondante. La 
pâte est, le plus souvent, un feutrage de microlites dont les 
interstices sont garnis de ehlorite et de quartz. Quelquefois, le 
quartz et le feldspath sont, dans lapftte, en quantités comparables : 
la structure devient alors microgranitique. Plus rarement, les 
microlites feldspathiques deviennent idiomorphes : ils donnent 
des sections rectangulaires allongées, qui s'orientent vaguement 
dans la roche et manifestent ainsi comme une tendance vers la 
structure fluidale. Ces microlites, en tout cas, paraissent appar- 
tenir à l'orihose. 

J'ai dit que les cristaux de ehlorite sont des épigénies de biotite. 
Dans certains cas, la forme du mica noir est très reconnaissable; 
d'autres sections montrent des témoins, des sortes dllots, de la 
biotite originelle. Dans beaucoup d'individus, on voit nager, au 
milieu de la ehlorite, des grains d'ilménite ou de sphène,ou encore 
des prismes de rutile. 

Voici quelques analyses de ces roches de Puy-Saint-André. 



II 



III 



SiO> ... 

Al'O» 

Fe«0». ... 

MgO 

CaO .... 

K«0 

Na«0. ... 
Perte au feu . 

Total. 



IB 



«3,69 

ai, 10 
3,89 

1,89 
1,43 
a,33 
5,07 
a,76 



103,16 



63,45 

20,43 
4,ao 
0,88 

2,69 
a,3i 

4,98 
2,19 



ioi,o3 



63,3o 

90,68 

3,9a 

0,74 

a37 
a,i8 

4»9i 
a,45 



100,55 



x68 p. TER&iiER • 7 Févr. 

Les trois échantillons analysés ont été pris en trois points 
distants les uns des autres de plusieurs centaines de mètres, et 
même l'échantillon I ne provient pas du même amas intnisif que 
les deux autres. La roche de Puy-Saint- André a donc une compo- 
sition chimique remarquablement constante. Sa composition 
minéralogique actuelle est, en moyenne et approximativement : 
i3 Vo orthose, 4^ albite, iq anorthito, 8 chlorite et ilménite, 
la kaolin et i3 quartz. 

On peut conclure de là que la roche originelle contenait, en 
nombres ronds, 8o % de feldspath, lo % de biotite (avec un peu 
de magnétite), et lo % de quartz. 11 n'y a d'incertitude que sur les 
proportions originelles des trois feldspaths, orlhose, albite et 
anorthite. Mais si Ton tient compte de ce fait que, dans toutes les 
roches de la réffion, Tanorthite est moins stable que Talbite, et 
celle-ci moins que Torthose, on arrive à restreindre beaucoup le 
champ des hypothèses. En moj^enne, la roche originelle de 
Puy-Saint-André devait s'écarter très peu du mélange minéralo- 
gique suivant : i4 "A' «rlhose, 4î> albite, i8 anorlhite, ii biotite, 
2 magnétite, lo quartz ; lequel mélange correspond à la composition 
chimique suivante : 

SiO^ C!i,52 

Al-O' !IO,3U 

Fe«0' 2,85 

MgO 1,88 

CaO. . 3,82 

K«0 3,36 

Na»0 5,3i 

Total 99,94 

Cette composition s'écarte de tous les types classiques. Aucune 
roche granitoïde connue rie contient pareilles proportions de silice, 
d'alumine, de chaux, de potasse et de soude. Le tableau ci-dessus 
fait songer à la fois à im granité (mais il y a trop d'alumine), à une 
syénite k feldspathoïdes (mais il y a trop de chaux), à une mon- 
zonite * (mais il y a trop de soude, et pas assez de magnésie), à une 
diorite à quartz et mica (mais il y a trop d'alumine et trop d'alcalis). 

C'est qu'en effet la roche de Puy-Saint-André représente, non pas 
la forme hypo-abyssique d'une syénite, d'un granité, d'une 
monzonite ou d'une diorite, mais la forme hypo-abyssique de l'un 
de ces magmas préalablement différencié. 

Les ressemblances sont grandes entre la microsyénite de Puy- 

I. Aa sens de Brûgger. 



I9OI ÉTUDES LITHO LOGIQUES DANS LES ALPES FRANÇAISES X69 

Saint-André et là microdiorite moyenne du Chardônnet. C'est la 
môme richesse en feldspath, et la même structure ; et les conditions 
de gisement sont identiques ; et enfin, les microdiorites de Sachas 
forment entre ces roches un intermédiaire naturel, ou plutôt 
(puisqu'il y a deux types à Sachas) deux intermédiaires. En 
remplaçant peu à peu la hornblende par le mica noir, les grands 
cristaux d'andésine (ou de labrador) par des cristaux d'oligoclase, 
et les microlites d'andésine par des microlites d'orthose (ou 
d'anorthose), on passerait insensiblement du type Chardônnet à 
52 <>/o SiO* au type microsyé ni tique de Puy-Saint- André. 

MiCROGRANiTES. — J'ai décrit ici-même ^ en 1899, le microgra- 
nite des GardéoUes. qui forme, dans le terrain houiller, près du 
Villard-de-Saint-ChafTrey, sur la route du fort de l'Olive, trois amas 
intrusifs -. Cette roche est le porphyre eu ritique de MM. Lâchât et 
Kûss. On n'observe aucun phénomène de contact. 

Je me contente de rappeler que la roche des GardéoUes est très 
blanche ; qu'elle montre à l'œil nu, dans une pâte aphanilique, des 
grains de quartz et des individus de feldspath ; que ce feldspath est, 
partie de l'orthose, partie de l'oligoclase-albite ; que la pâte est 
granulitique et formée de quartz, orthose et albite ; qu'enfin la 
roche moyenne tenait à l'origine, suivant toute vraisemblance : 
22 % quartz, 40 albite, 23 ortliose, 10 anorthite et 5 biotite. El je 
transcris, en regard l'une de l'autre, la composition moyenne 
actuelle, et la composition originelle probable ^. 

Roche moyenne Roche moyenne 

Actuelle Restaurée 



SiO*. 71,90 70,55 

Feî03 P ^ '^''^ '"'^^ 

MgO o,36 o,85 

CaO . . 1,53 2,10 

K^O. 2.38 ... 4,29 

y^'O 3,37 4,72 

Perle par calcinalion . . . 2,25 Néant 



Total 99,89 99,80 

T. B. S. G. F., (3), XXVII, p. 400. 

2. L'un (le ces amas a plus de cent mètres d'épaisseur. La roche n'y est 
pas (lifTérente au centre et sur l«^s bords, et elle ne dilTère pas non plus de 
la roche des deux autres amas, bcauciup moins épais. 

3. l'ne erreur importante s'était glissée dans mon ])remier essai de 
restauration (lorn citato, p. 407). Je corrige ici cette erreur qui avait trait aux 
proportions relatives d'alîiite et d'orthose. 

4. 11 n'y a que de faibles traces d'oxyde de fer. 



170 



p. TERMIER 



7FéTP. 



J*ni dit aussi qu'un microgranite, à peu près identique à celui 
des GardéoUes, a été découvert par M. Primat au Serre-Barbin, 
près de La Salle. Ce nouveau gisement, que j*ai visité en compagnie 
de M. Kilian, se compose de plusieurs amas intrusifs, de faible 
épaisseur ^ , affleurant au milieu des assises houillères horizontales. 

RÉSUMÉ ET Conclusions. — Les roches intrusives du terrain 

houiller briançonnais offrent de telles analogies de composition et 

de structure que Ton ne peut douter qu'elles ne forment une série 

.continue, comparable aux plus belles suites lithologiques étudiées 

jusqu'à ce jour. 

Les principaux termes, actuellement connus, de cette série, 
avaient originellement, je veux dire avant toute métasomatose. les 
compositions approximatives suivantes : - 





SiO» 


APO» 


FeO 


MgO 


CaO 


K«0 


Na>0 


Microdiorites les plus 
basiques 

Microd. moyennes I. . 

Microd. moyennes n. . 

Diorite quartzifère mi- 
cacée 

Microdiorites acides, . 

Microsyénile 

Microgranile 


52 

54,3 
56 

60 
62 
62,5 
70,5 


21 

20,5 

20,5 

19 
18,5 

20 

16,5 


9 
8 

6,5 

6 
6 
3 
I 


4 
3,5 

3,5 

3 
2 
2 
I 


8,5 
7,5 
6,5 

6 

4,5 

4 
2 


I 

1,5 

2 

2 
2 
3,5 

4 


4,5 

4.5 

5 

4 



5 
5 



On voit qu'en classant ces roches par ordre de teneur croissante 
en silice, on les classe du même coup par ordre de teneurs 
décroissantes en oxydes de fer, en magnésie et en chaux, et par 
ordre de richesse croissante en potasse. L'alumine ne varie presque 
pas, sauf dans les variétés où le quartz abonde ; et partout il y a 
beaucoup d'alumine, parce qu'il y a beaucoup de feldspath. Enfin, 
chose tout-à-fait remarquable, la richesse en soude — c'est-à-dire 
la proportion centésimale d'albite — est sensiblement constante. 

Si Ton ne regarde que les colonnes de la silice et de l'oxyde de 



1. On peut compter au moins quatre amas superposés. 

2. Dans ce tableau, la somme des nombres de chaque ligne horizontale 
est égale à 100. Les microdiorites moyennes I sont celles de la région du 
Chardonnet; les microdiorites II sont celles des environs de Sachas et dé 
PreUes. 



igOI ÉTUDES LITHOT.OGIQUES DANS LES ALPES FRANÇAISES I7I 

fer, on voit s'élargir un hiatus entre les microgranites et les micro- 
syénites; mais ce hiatus n'apparaît pas dans les autres colonnes. 
De môme, par les teneurs en FeO et en K*0, la différence semble 
grande entre les microdiorites acides et les microsyénites ; mais, 
pour tous les autres éléments, le passage est insensible. L'ensemble 
du tableau donne au plus haut degré l'impression de la continuité. 

Quelle était la nature du magma profond d'où dérivèrent, par 
voie de différenciation, ces roches sœurs? 

A cette question, il n'est pas possible de répondre d'une façon 
précise. La roche de profondeur, la roche ahyssique qui correspond 
à ce magma, n'affleure nulle part dans la région. Tous les affleu- 
rements connus sont hypo-abyssiques^ et formés de roches qui ont 
épuisé leur faculté de différenciation, en même temps qu'elles ont 
perdu tout pouvoir d'agir sur les sédiments encaissants. 

La seule manière d'approcher de la vérité c'est d'admettre que le 
magma profond contenait des quantités des divers magmas hypo- 
abyssiques proportionnelles à l'importance des affleurements de 
chaque type. Cette proportionnalité n'est nullement certaine, mais 
elle est, tout au moins, vraisemblable. On obtient ainsi une 
évaluation grossière de la composition du magma abyssique, en 
affectant de coefficients appropriés les sept types du tableau 
ci-dessus. 

Dans une première approximation, je propose d'attribuer à ces 
types les coefficients suivants : 

Le coefficient \ aux microdiorites les plus basiques ; 

8 » moyennes I: 

2 » » II ; 

I à la diorite quarzifère micacée; 

1 aux microdiorites acides; 

2 aux microsyénites; 
2 aux microjçranites; 

la somme des coefficients étant égale à vingt ^ 

Le magma abyssique, souche commune des roches intrnsives du 
Houiller hriançonnais, aurait eu, d'après ce calcul, la composition 
suivante (en néglip^oant, bien entendu, comme dans tout ce qui 
précède les éléments accessoires, TiO', MnO, P*0% qui ne se 
trouvent qu'à l'état de traces dans les roches briançonnaises) : 

I. J'ai évalué ces coefficients en tenant compte, pour la région que je n'ai 
pas moi-même parcourue, des levés géologiques exécutés par MM. Kilian et 
Lugeon, et des renseignements que ces excellents confrères ont bien voulu 
rae donner à diverses reprises en me communiquant leurs échantillons. 



l'ja p. TERMIER ^FéVlT» 

SiO». . 57,2 

APO» 19,975 

FeO 6,65 

MgC) 3,10 

CaO 6,475 

K*0 1,95 • 

Na-O '1,65 

Total 100,000 

Cette composition didero peu de celle de la diorite quartzifèi'© 
micacée du Chardonnct, et elle est pix?sque identique à celle de la 
microdiorite moyenne de Sachas et de Prelles. Elle coiTespond 
appi'oximativement au mélange de : 

Albite ............. 40 

Ortiioso •. . 10 

Anorthitr ao 

Biotite 5 

Hornblonde ao 

Quarlz 4 

Fcp oxydulé i 

Total ..... 100 
dont la composition serait : 

SiO- 07,05 

APO> ,9,98 

Ft'<> ......... ..... 5,95 

MkO . . 3,45 

CaO 5,93 

K-O a,09 

NaU) -5,73 

Total. .... 91). 17 

Il est donc assez vraisemblable que le magma abyssique d'où 
dérivèrent, par voie de différenciation, les roches intnisives du 
Houillcr briançonnais, soit un magma monzonitique (au sens de 
M. Brôgger). Si Térosion mettait un jour à découvert la roche 
profonde qui est résultée de la consolidation de ce magma non 
différencié, on verrait une monzoniie (Brôgger), c'est-à-dire une 
roche d'acidité moyenne, très riche en alumine, tenant peu de 
magnésie, et dans laquelle la somme des teneurs en alcalis serait à 
peu près égale* à la teneur en chaux. 

Cette inonzonite brian^onnaise différerait toutefois de la mon- 
zoniie classique du Tyrol ' par la [)rédoniinance très marquée de 

I. D' W. C. Biioc.GKR. Die Eruptivjçesteinc des Krislianiajçehietcs, II, die 
lù'uptionsfol^r dcr (riadisrlum EriiptW^esieine bei Predazzo in Sudtjrroly 
Krisliaiiia, iS«j.'). 



jg/Ol ÉTUDES LITHOLOOIQUES DANS LES ALPES FRANÇAISES l'j3 

la soude sur la potasse. Ce serait une monzonîte sodique, ou à 
affinités akéritiques * ; au lieu que dans la monzonite moyenne de 
Predazzo, la potasse et la soude sont en quantités presque égales. 

Mais cette dllFérenee. n'est pas bien grande, et ce serait la seule 
différence. La monzonite dont j'entrevois Texistence sous nos 
Alpes briançonnaises pourrait, tout aussi bien que la monzonite 
classique, se raLitaLcher pétrogénêlUfuement au Slammmagma ^ des 
roches tyroliennes. 

Je rappelle en terminant que nous ne possédons aucune donnée 
sur Tàge des roches intrusives du Houiller briançonnais. Nulle 
part on ne les a trouvées à Tétat de galets, ni dans les bancs de la 
formation houillère, ni dans les conglomérats permiens, ni dans les 
grès triasiques, ni dans les brèches du Lias. Il n'est pas invrai- 
semblable que leur « mise en place » se soit opérée pendant Fère 
triasique. 

IL — Trachytes (Orthophyres) des Grandes-Rousses. 

Sur les iracliy'tes ^, ou comme je les ai appelés jusqu'ici, les 
orthophyres des Grandes-Rousses, je n'ai à ajouter que bien peu 
de renseignements lithologiques et géologiques à mes précédents 
mémoires *. Ces trachytes sont des roches d'un vert clair (Château- 
Noir, glacier de la Selle, Saint-Chrislophe-en-Oisans), d'un gris 
clair (Le Frenoy-d'Oisans), ou d'un voii bleuâtre (col de la Croix- 
de-Fer). L'aspect de la cassure Iraichc lait invinciblement songer 
aux phonolites. (Test la jnônie conipaeilé de la pâte, le uiénie éclat 
cireux, la même cassure esquilleuse, la niènie translucidité. Il va 
sans dire que cet aspect phonolitique disparaît dans les variétés 
laminées qui sont, comme bien on pense, très fréquentes. Ces 
trachytes laminés ressemblent à des schistes à chlorite ou k 
séricite. 

I. Je fais ici allusion à Vakérite de M. Hroggrer. 

a. Biiôg(;er. Loc. cit., p. i58. Il existe une dillerence du même ordre entre 
le Stiunminagtna tyrolien et la tonalité (jui en est la plus importante déri- 
vation. 

3. Avec la plupart des lithologistes, je propose d'appeler trachytes toutes 
les roelies d*«''panelienienl i\\i\ ont la composition chimique des syénites, 
quels (jue soient d'ailleurs Tâjce et l'état de conservation de ces roches 
d'épanehemenl. Les noms d' orthophyres et d'alffitophyres^ par lesquels on 
a lonjjtcmps désijçné les vieux trachytes, me paraissent devoir tomber, peu 
à peu, en désuétude. 

4. P. Triimieu. Le Massif des Grandes-Rousses, Bull, des Sen^nces de la 
Carte géotog-., n" 4<J, t. VI, p. ai4, (p. 4^> ^^ tirage à part). 



1^4 P- TKRMIEB 7 Fcvr* 

Uaualogie avec les phouolites Q*est plus aussi frappante quand 
on étudie la roche au microscope. Et d'abord, je n'ai, jusqu'ici, 
trouvé, dans les trachytes des Grandes-Rousses, aucune trace de 
la présence, actuelle ou originelle, des i'elclspatliides : mais cet 
argument, purement négatif, ne suffirait pas, étant donné Tinsta- 
bilité des feldspathides en général et de rhaûyne en particulier, 
et, d'autre part, la métasomatose profonde qu'ont subie la plupart 
des affleurements. En second lieu, les trachytes des Grandes- 
Rousses ne renferment pas de pyroxène, tandis que les pyroxènes 
verts, plus ou moins sodiques, plus ou moins voisins de Tsegirine, 
sont un élément, sinon nécessaire, au moins presque constant des 
phonolites. En troisième lieu, les microlites feldspathiques, même 
quand ils sont très aplatis parallèlement à ^' (oio), ne sont pas 
disposés parallèlement à la surface de plus grand refroidissement. 
Pour ces diverses raisons, je crois que les trachytes des Grandes- 
Rousses sont de véritables trachytes, et non pas des phonolites. 

Je rappelle que ces roches sont très feldspathiques ; qu'elles ne 
renferment, en fait de minéraux magnésiens, que le mica noir ; 
que le quartz de première consolidation y est rare ; que la pâte 
renferme parfois du quartz, mais toujours en très petite quantité ; 
que les feldspaths dominants sont orthose et anorthose ; que ces 
deux espèces forment la plus grande partie de la pâte microlitique ; 
que l'oligoclase est fréquent parmi les cristaux du premier stade . 
Je rappelle encore que les minéraux accessoires sont surtout le 
zircon * et l'apatite. Le fer oxydulé, le fer titane, le sphène, géné- 
ralement peu répandus, prennent une certaine importance dans 
quelques échantillons. 

La pâte est presque toujours microlitique, avec ou sans fluida- 
lité; elle est quelquefois granulitique (au sens de M. Michel-Lévy), 
surtout dans les variétés acides de la région Nord (col de la Croix- 
de-Fer). 

Les trachytes des Grandes-Rousses forment d'épaisses coulées, 
alternant avec les assises houillères. Dans les assises sédimen- 
taires qui surmontent ou séparent les coulées, il y a fréquemment 
des bancs épais de conglomérats trachytiques, où des galets de 
toute nature et de toute dimension sont môles à des cailloux roulés 
de la roche éruptive, et noyés dans un ciment gréseux rempli de 

I. L'abondance du zircon est curieuse. On retrouve celte même extraor- 
dinaire diffusion du zircon dans les trachytes et l(^s dacites du Carbonifère 
inférieur de la Loire et de la Saône-et-Loire (porphyres noirs de Grùner), 
qui se rapprochent d'ailleurs des trachytes dauphinois par beaucoup 
d'autres caractères. 



1901 ETUDES LITHOLOGIQUES DANS LES ALPES FRANÇAISES 1^5 

débris feldspathiques. Ces conglomérats sont analogues aux grès 
porph/riques de la Loire. Dans certains bancs, les matériaux 
trachytiques, plus ou moins roulés, sont tout-à-lait prépondérants ; 
et Ton a aussi de véritables tufs. Certaines coulées (Château-Noir, 
Freney) renferment en abondance des débris d'une roche de même 
composition chimique, mais de structure un peu différente (tendant 
vers la structure ophi tique). Il y a enfin des coulées scoriacées. 

Cette venue trachytique, qui a duré pendant une partie de 
Tépoque stéphanienne, a été fort importante dans toute la région 
des Grandes-Rousses. Au Château-Noir, sur TAlpe de Sarenne, 
Fépaisseur de la formation trachytique atteint cinq cents mètres. 
Au col de la Croix-de-Fer, les coulées et les couches de tufs, empi- 
lées les unes sur les autres, ont une puissance totale de plus de 
mille mètres; et comme elles sont relevées en anticlinal, le chemin 
muletier les traverse sur plus de deux kilomètres de longueur. 

Dans ces dernières années, j'ai découvert, dans les granités et 
les gneiss du massif du Pelvoux, au sud-est des Grandes-Rousses, 
quelques cheminées verticales, remplies par ces mêmes trachytes. 
La plus importante de ces cheminées — elle n'a pas moins de 
5oo mètres de largeur — afïleure, près du col de la Gandolière, 
dans la muraille abrupte qui domine le glacier de la Selle *. Une 
autre est visible sur le chemin de la Bérarde, dans le grand ravin 
qui déchire la montagne à un kilomètre environ de Saint-Chris- 
tophe-en-Oisans. Un filon plus petit est coupé par la route de 
Vénosc à Saint-Christophe, non loin des Fontaines-Bénites. Ces 
trachytes filoniens ont presque la même composition, et à peu près 
la même structure, que le trachyte du Freney, lequel est nettement 
interstratiûé dans la formation houillère. 

Je viens à la composition chimique des trachytes des Grandes- 
Rousses. C'est le seul point sur lequel je veuille, aujourd'hui, 
insister 2. 

Voici quelques analyses, pour la plupart nouvelles, de ces 
roches : 



1. L'écroulement de cette muraille donne naissance, sur le glacier, à une 
moraine spéciale dont la couleur verte contraste vivement avec la teinte 
blanche des moraines gi>anitiques. 

2. Dans les analyses d'orthophyres que j'ai publiées en 1894, dans mon 
mémoire sur le ^fa8sif des Grandes-Rousses, quelques nombres relatifs à 
Al'O» et Fe'O' sont fautifs, la séparation de ces deux oxydes étant restée 
imparfaite. 



i;76 



p. TERMI^R 



7 Févp. 



SiO». 


1 


II 


111 


IV 


V 


VI 


VU 


VIII 


IX 


X 


XI 


XII 


XIII 

63 4C! 


66,10 


66.04 67..50 


66,30 


65.30 


63,80 


61.07 


62,06 


59,50 


61,50 


62.30 


62,30 


AI50J 


17.20 


17,30 


16.50 


16,30 


17.60 


18,50 


10.25 


18,73 


19,85 


17,80 


17,70 


17,10 


17,90J 


Fe«Oï 


3,41 


4,40 


5,00 


4,40 


4.35 


4,11 


5,65 


3,83 


5,03 


6,93 


4.70 


5,20 


8,40. 


MgO. 


2,:>o 


2,20 


2,30 


2.60 


2,80 


2,25 


1.90 


1.40 


2.70 


i,65 


3 10 


3,40 


1.4o! 


CaO . 


1,48 


1.60 


1.10 


0.90 


0.48 


2.68 


1,09 


1,03 


2.20 


1,06 


2,10 


1,30 


1,02 1 


K«0 . 


4,05 


4,70 


3,3S 


4,60 


4,5.'> 


4.25 


5.50 


6.00 


4.32 


2.80 


4,21 


3.50 


4.20 


Na«0 


3.13 


3,40 


3,36 


2,80 


3,59 


2,74 


2,80 


5,19 


3,96 


2,95 


3,77 


4,40 


3,90 


Perte 




























par 

Cttici- 




























nation 
Total. 


2,37 


1,10 


1.60 


1.20 


1,87 


2.87 


1,60 


1,41 


1.55 


3,70 


1.30 


2,20 


0,7i 


101,14 


100,74 


10»,74 


»9,10 


100,74 


101.10 


99,76 


99,71 


99,13 101.31 


99,18 


99,40 


101,00 



I, n et in, Orthophyrcs du col de la Croix-de-Fer ; 

IV, Orthophyre pris sur Taréte qui domine à Touest les granges de La 
Balme ; 

V, Orthophyre du lac du Cerisier ; 

VI et Vn, Ortliophyres de la carrière du Freney-d'Oisans ; 
Vin et IX, Orthophyrcs du Château-Noir; 

X, Orthophyre du glacier de Saint-Sorlin ; 

XI, Orthophyre de la crête au nord du lac du Cerisier ; 

XII, Orthophyre en coulées entre les granges de la Balme et le glacier de 
Saint-Sorlin ; 

XIII, Galet d'orthophyre dans une coulée orthophyrique du Château-Noir. 

En somme, SiO* varie de 6o à 67; A1*0' de 16 à ao; Fe*0' de 4 
à 8; MgO de i,5 à 3,5 ; CaO de o,5 à 2,5 ; l'ensemble des alcalis de 
6 à II, avec une légère prédominance de la potasse sur la soude. 
Ce sont là des caractères de Irachytes à tendances liparitiques ; et 
les dill'érenccs entre les analyses du tableau ci-dessus sont de 
Tordre des variations que Ton observe dans la composition des 
laves d'un môme volcan. 

Si Ton prend la moyenne des treize analyses, on trouve la com- 
position suivante, que Ton peut, avec grande vraisemblance, consi- 
dérer comme la composition moyenne (actuelle) des trachytes les 
mieux conservés des Grandes-Rousses. 

SiO* (>3,G4 

Al'O» i:,S{ 

Fe«03 . ,"),(/, 

MgO a48 

CaO 1,52 

K'O . 4,'J8 

Na-^O 3,54 

Perle par calcination 1,81 

Total ioL\iï^ 



igOI ETUDES LITHOLOGTQUES DANS LES ALPES FRANÇAISES I77 

La restauration des trachytes des Grandes Rousses peut se faire 
aisément, et sans grande incertitude. La métasomatose a consisté 
partout dans la chloritisation du mica noir, dans la destruction 
plus ou moins complète de Tanorthite du plagioclase, et enfin dans 
un commencement de kaolinisation des feldspaths alcalins. Dans 
les échantillons les plus frais — ceux qui ont été analysés — ce 
dernier phénomène, la kaolinisation, est souvent à peine sensible. 

La moyenne des tentatives de restauration conduit à un mélange 

originel de : 

asAIbite 
23 Orthose 
la Anorthite 
17 Biotlte 

I Apatite et zifcon 

3 Fer oxydnle 

9 Quartz 

Total . . 100 

Ce mélange correspond à la composition suivante, qui me parait 
être, très approximativement, la composition originelle moyenne 
des trachytes des Grandes-Rousses : 

SiO» 60,66 

A1«0* i8,85 

FetO» 4,43 

MgO 2,91 

CaO 2,71 

K^O 5,35 

Na'O ........ 4,i3 

Total. . 99,04 

Ces trachytes à mica noir représentent donc la forme effusive 
d'un magma syénitique. La composition ci-dessus est analogue à 
celle de divers trachytes classiques, de diverses syénites à biotile, 
de diverses microsyénites un peu quartzeuses. 

Je ne crois pas qu'il y ait de relations pétro génétiques entre 
les trachytes des (irandes-Rousses et les roches intrusives du 
Mouiller briançonnais. Sans doute, il y a un caractère commun : 
la très grande abondance du feldspath, et, comme conséquence, la 
faible teneur en magnésie. Mais, par contre, on ne trouve dans la 
série, si largement diflerenciée, des roches intrusives du Brian- 
çonnais, aucun type qui ait la composition d'un trachyte des 
Grandes-Rousses. Dans les roches intrusives à 60 ou 62 ° o SiOV 
il y a trop de chaux, et trop de soude, et trop peu de potasse, pour 
que l'assimilation aux trachytes des Grandes-Rousses soit possible. 

27 Août 1901. — T. i«'. Bull. Soc. Géol. Fr. — 12 



178 KTUDES LITUOLOGIQUBS DANS LES ALPES FRANÇAISES 7 FéTF. 

Il faut donc, ou bien admettre que le processus de différenciation 
a été, dans la région des Rousses, très différent de ce qu'il devait 
èti^e, plus tard, dans le Briançonnais, ou. ce qui est plus probable, 
que les magmas fondamentaux étaient distincts. 

Nulle part, dans la région du Pelvoux, je ne connais, à Theure 
actuelle, le moindre affleurement de syénite, qui, par sa compo- 
sition, fasse songer aux trachytes des Grandes-Rousses. La syénite 
du Lauvitel est fort différente, et différents sont aussi les cuiîeux 
trachytes qui s'y rattachent, et diflérentes encore les minettes de 
Valjouffrey et du massif de Chaillol. Le type trachyte des Grandes- 
Rousses est jusqu'ici, isolé dans les Alpes françaises. Je suis très 
porté à croire que c'est avec les roches carbonifères du Massif 
Central (Loire, Rhône, Saône-et- Loire), je veux dire avec les 
trachytes, les dacites et les phonolites réunis par Grûner sous le 
nom de porphyres noirs et par M. Michel-Lévy sous le nom 
d*orthophyres, que les trachytes des Grandes-Rousses ont chance 
de manifester une « consanguinity » plus ou moins lointaine. Mais 
les matériaux me manquent encoi*e pour cette intéressante compa- 
raison *. 



I. Dans mon mémoire, déjà cité, sur le Massif des Grandes-RoasseSy je 
signale (p. 5o) sous le nom de kersantite à amphibole une roche trouvée par 
M. Kilian dans le Houiller du Mont-Thabor. Je ne doute pas, aujourd'hui, 
que cette roche ne soit une microdiorite. En sorte que le type Irachyte des 
Grandes-Housses est conûné dans le voisinage de la Romanche, et ne dépasse 
pas, au Nord, le coi de la Croix-de-Fer, à FËst, le méridien de la Bérarde. 



QUELQUES OBSERVATIONS 

DANS LA 

PARTIE MÉRIDIONALE DE LA CHAINE DE BELLEDONNE 

( ALPES dauphinoises) 

par M. P. LORY. 



I. — Jurassique 

Les calcaires qui prédominent dans les premières assises 
jurassiques de la Mateysine et du Beaumont {Calcaires de Laffrey) 
présentent un faciès à Entroques et détritique, quelquefois bré- 
choïde. On l'a maintes fois déjà rapproché de celui que ce même 
terrain du Lias possède dans la zone du Briançonnais. L*étude 
niicrographique confirme cette analogie ; elle révèle notamment 
dans le calcaire de Laffrey la fréquence d'une structure oolithique 
pareille à celle que MM. Kilian et Hovelacque ont fait connaître 
dans le Lias intraalpin ^ 

D'après ses caractères tant lithologiques que fauniques 2, ce faciès 
correspond à de faibles profondeurs. Son extension indique que 
sur la terminaison méridionale de Belledonne le fond de la mer 
liasique a présenté, jusque vers le Toarcien, une vaste saillie : 
du Bas-V^algaudemar aux environs de Vizille, elle divisait en * 
deux branches le géosynclinal alpin à dépôts vaseux {!i\%* i)^. 

Si Ton compare les épaisseurs qui représentent le Lias inférieur 
et moyen sous chacun des faciès, il apparaît que la vitesse de 
descente était au moins cinq fois plus grande dans le géosynclinal 
que sur le haut fonds : à celui-ci correspondait donc en profondeur 
une ride dont la hauteur croissait rapidement et devait avoir 
dépassé 3oo mètres au moment où le régime sédimentaire est enfin 
devenu à peu près uniforme, c'est-à-dire vers la fin du Toarcien. 

1. W. Kilian. Sur la stnictiire microscopique des calcaires du Lias alpin 
{B, S. G, F,, 19 juin 1899). — Hovelacque et Kilian, Album de microphoto- 
graphieSy Paris 1900, pi. H, III, IV, VI. 

2. Abondance des Gryphsea^ etc. 

3. Vers l'est et vers le sud, le tracé des limites de faciès a été établi diaprés 
les travaux de MM. Uaug, Kilian et Termier et diaprés quelques renseigne- 
ments inédits, que ces savants ont eu l'obligeance de me communiquer. 



i8o 



p. LORY. — QUELQUE» OB8KRVATIOSB u 





Wig. I. — Bitension des Taciès t 
lunrieii dann Ici Alpei daupli 
— Echrllr: i/s.aon.ooo* , 



En coostatunt qu'il y s coïncidence entre U diminution de l'épai»- 
seoT des dépAts d'une part, de la profondeur qu'indique leor Ckciè* 
de l'antre, on est porté à admettre une relation de cause & effet 
entre la lenteur de raffaisM- 
ment et la persistance de ta 
saillie sur le fond. Cepen- 
dant, si cette relation a été^ 
réelle pour la ré^on qui nous— 
occupe, elle n'existe pas ton — 
jours; la vitesse de descente 
peut £tre de mftme ordre 
une zone néritiqne que < 
les ^osynclinanx vaseux 
la bordent. M. Temder 
indiqué par exemple que, 
sous le faciès de calcaires 1 
Entroques comme à la Mnre, 
le Ldas mesnre vers Val- 
loutse, dans la zone du Brian- 
i;onnais. « probablement 
uu 4<>o mètres 
réelle » ', c'est-à-dire autant que sous le faciès vaseux 
certaines parties de la zone dauphinoise. 

Si la lenteur de son mouvement de descente a pu suffire à^^ 
maintenir l'aire d'Aspres-Laffrey longtemps surélevée par rappor^Vi 

à ses voisines, i^B) 
M. s. est cependanS^ 

vraisemblable? ' 
qu'une autre 
caose est interve- 
nue pour créer" 
cette difTérencÎB— 
tion. 

11 y a sur cettff 
aire à la base du 
Jurassique une 

lacune importante, de hauteur vai-iuble suivant les points et^ioî 
peut s'élever jusqu'au Lias moyen -. Puis la sédimentation devient 

I. Uçret-Gaide du Congrix de 1900, exc. XIII', p. a?. 

3. rai eu déjà l'occasion de la signaler, partie d'après mes prëdéceueura. 
partie d'après mes obsen'attons. Cf. notamment B. S. Statiat. Itérât V série, 
t. V. \>. SG3 cl l.ii-.-Giiiili- Ctiny, géot. 1900, oxc. XIII'. 



uJL ^'^P^ 




igOI PARTIE MÉRIDIONALE DE LA CHAÎNE DE BBLLEDONNE lÔl 

générale, mais les dépôts contiennent ici en abondance des débris 
arrachés an substratum : les dimensions, le degré d*usarc, la nature 
lithologique de ces éléments sont divers. A côté des grains de sable 
il y a des fragments atteignant jusqu'à la grosseur du poing, et 
tantôt anguleux, tantôt bien arrondis. La plupart sont formés par 
des roches du Trias (dolomies et calcaires) ou représentées dans ce 
système comme daps les terrains anciens (quartz, qui pour partie a 
vraisemblablement été repris au poudingue triasique dit « gratte ») ; 
mais d'autres galets proviennent bien des terrains anciens (grès du 
Houiller, schistes cristallins). Je citerai notamment la localité de 
Quet-en-Beaumont, où les galets abondent, groupés même par 
places en petites lentilles de conglomérat ; ils appartiennent gêné- 
ralement aux schistes cnstallins et au quartz, les roches calcaréo- 
dolomitiques du Trias y sont peu ou pas représentées. 

Ce n*est pas à la base de la série seulement, dans la couche en 
transgression, que les galets se rencontrent, mais dans toute la 
hauteur des calcaii*es à Entroques, et parfois même c'est vers le 
sommet qu'ils sont le plus abondants. 

Cette nature et cette répartition des éléments détritiques impli- 
quent l'existence, et la persistance partielle jusqu'au Lias moyen, 
de hauts-fonds atteignant ou presque la surface de la mer et qui 
s'emplaçaient dans la moitié orientale de Taire considérée, c'est à 
dire sur l'emplacement actuel des parties méridionales de Bçlle- 
donne ^ De plus, si ces hauts-fonds avaient reçu une couverture 
continue de Trias, ils l'avaient à l'époque liasique perdue par 
places, notamment dans une portion du massif de la Salette. 

L'ensemble de ces caractères du Lias rend au moins fort probable 
une surélévation en dôme de l'aire AspresLaflrey au début du 
Jurassique, peut-être suivie d'autres mouvements plus localisés. 
D'ailleurs, en un point au moins le redressement tectonique des 
couches peut être directement observé. Lorsque l'on va depuis le 
bord nord de la Mateysine - jusqu'à l'extrémité méridionale de la 
falaise du Grand-Lac, on voit la lacune entre le Trias et le Lias 
s'accroître à la fois par le haut et par le bas; le Trias est de plus en 
plus réduit par l'érosion : le Lias, qui comprenait à LalTrey même 
quelques couches sinémuriennes (Arietites gr. de bisulcaius), 
débute directement dans la falaise par des calcaires et brèches à 
Bélemnites charmouthiennes (fig. q). Il y avait donc bien là le 
pourtour d'une saillie anticlinale, sur laquelle la transgression 
empiétait graduellement. 

I. Chaînons de Taillefer et du Tabor, massif de la Salette (p. p.). 

3. Route de LaiTrey à Séchilienue, à la sortie du premier de ces villages. 



tfkt 



p. LORT. QUELQUES OBSERVATIONS DAJfS LA J YéWT: 



n. — Plis et vallées ai; voisinage de TAnxBFMR- 

Les schistes cristallins des parties hautes de BeUedonne portent 
encore, au voisinage de la gorge de la Romanche, des lanibeanx 
discordants de Trias ; Ch. Lorv a décrit et figuré ceux de la mine 
de Brouffier et de la Croix de Chamrousse *. Comme dans les 
Rousses, ils sont formés surtout par du calcaire dolomitique, 
souvent d^apparence bréchoîde et passant à la cargneule. 

Grâce à ces lambeaux, il est possible de reconstituer en partie la 
tectonique alpine de la chaîne. Ainsi dans Taillefer, au col entre le 
Rocher-Culasson et le Signal, vers Q700 mètres, les couches 
triasiques dessinent un synclinal (fig. 3) ; il s'abaisse rapidement 



O. 







E. 



Fig. 3. — Vue prise soos le col da névé de Taillefcr. 
Ty Trias; , Limite inférieure du Trias; X. Schistes cristallins sériciteux. 



vers le sud-ooest, jalonné par les lambeaux de la crête de TEm^y* 
sort du groupe de Taillefer et va se remplir de Lias à Touest de la 
vallée de la Roizoïme, entre le Serre et la Chinarde. Du côté 
opposé, an nord, Tensemble de la montagne s*abaisse brusquement 
de 600 à 800 mètres sur le plateau des Lacs ^ ; là on voit traîner» 
notamment juste sous le col, des placages de Trias qui marquent 
le fond d*nne dépression transversale, dominée au nord par les 
schistes cristallins du Grand-Galbert comme au sud par ceux de 
Taillefer. 

Ainsi, cette partie de BeUedonne est façonnée par un triple 
système de ridements (fig. 4) • 

a) Surélévation longitudinale du luassiC central suivant une 
direction qui, dès au nord.de Taillefer, est devenue nord-sud. 

I. Deser, Dauphiné, p. p. i55, i85. Dans cet ouvrage, la roche qui forme ces 
lambeaux est appelée « calcaire magnésien du Lias ». 
a. Lac Fourchu, lac Nqir, etc. 



I9OI PARTIE MÉRIDIONALE DE LA CHAÎNE DE BELX,EDONNE 



l83 




b) Plis obliques N.-E. -S.-O., c'est-à-dire conservant à peu 
près la direction qu'avaient, au nord de la Romanche, et Taxe de la 
chaîne et les ondulations longitudinales, par exemple les synclinaux 
triasiques de Ghamrousse. C'est un nouvel exemple du cas que 
j'indiquais l'année dernière : ' 

outre les plis longitudinaux et 
transversaux, les chaînes peu- 
vent présenter, au voisinage des 
points où leur direction se mo- 
difîe, des plis obliques ayant 
encore la direction qui était celle 
du ridement principal avant 
l'inflexion. 

c) Ondulations transversales 
environ est-ouest ; leur existence 
avait été prévue et même leur 
tracé indiqué avec une sûreté 
magistrale par M. Termier -. 
Les sommets de Taillefer appar- 
tiennent à un anticlinal de ce 
système, à flanc nord presque 
vertical, à flanc sud assez dou- 
cement incliné ; il sépare les 

larges synclinaux du plateau des Lacs et du col de Vaunoii;e. 
Les principaux traits de la topographie sont nettement cooi*- 
(ionnés à ce réseau tect<)ni([ue. La vallée de la Malsanne et partie 
(le celle de la Roisonne sont des vallées longitudinales nord-sud. 
Les vallons du Recoin, de la Chartreuse de Prémol, du lac 
Achard \ etc., la gorge de la Romanche en amont du pont de 
Séchilienne, ainsi que plusieurs hauts vallons entre le Serre et le 
Tabor, appartiennent au système N.-E. -S.-O.; les premiers 
sont longitudinaux tandis que, la direction générale de la chaîne 
changeant, la seconde et les derniers se trouvent lui être obliques. 
Enfin, le plateau des Lacs, le vallon et le col de Vaunoire, sont des 
segments de synclinaux est-ouest, et sur le prolongement du 
premier se i)lace ^ la gorge de la Romanche entre les ponts de 
Séchilienne et du Péage. 

1. Types de vallées, in .Soc. Stdfist. Isère, séance du 15 janv. 1900. 

2. (irandes-Housses, p. p. ir'^. 114. ii<>. 

'1 Qui a été capluré par un ri»vin afUuent de la Romanche. 
4. I*. Tkrmikh. L. c, p. ii3. 



Fig. 5. — Échelle i/4oo.ooo*. 

— , Lijçnes de crête; »»••, Axe 
synclinal; — • — , Axe anticlinal. 



SUR LA DÉCOIA'ERTE DUN RHYXCHOTEUTBIS 
DANS LE SÉiNONIEN DBS ENVIRONS DE BEAUVAIS 

par M. li. THIOT. 



Dans cette note, Tantear fait remarquer qae Tétage sénonien 
n^avait fourni, jusqu'à présent, qn un seul exemplaire de bec de ce 
genre qui a été trouvé à Ghavot (Marne) et auquel d^Orbigny a 
donné, en 1847, le nom deRhjmchoteuthis Dutemplei; mais que cette 
espèce n*a pu être ni décrite, ni figurée dans le magistral ouvrage 
de d*Orbigny, par la raison qull en donne lui-même : que ce bec 
8*est perdu, on ne sait comment, le jour même où il lui parvint. 

L'exemplaire recueilli par M. Thiot au mois de mai dernier 
à Notre-Dame-dn-Thil, près Beauvais, avec un autre Céphalopode 

assez bien conservé : Actino- 



Dessus 



Dessous 



Prulil 






Rhynchoteuthis sp. n. G. N. 



camax verus Miller, c'est-à-dire 
à la base de la craie à Bélemni- 
telles, est tout à fait intact. Il est 
(igui*é ci -contre en grandeur 
naturelle. Ses dimensions sont 
de 19 millimètres sur 10. 

M. de Grossouvre, à qui ce 
Rhynchoteuthis a été commu- 
niqué avec la Bélemnitelle rencontrée en même temps et que plu- 
sieurs paléontologistes supposaient éti*e le jcaiie âge de Relemni- 
tella quadrata d'Orb., a bien voulu faire connaître à l'auteur a que 
(( la Bélemnitelle était bien Actinocamax çerus, qu'il ne connais- 
(( sait pas de Rhynchoteuthis du même niveau et qu'il avait tout 
(c lieu de supposer que c'était une espèce nouvelle ». 

M. Thiot pense que le Rhj'nchoteuthis qu'il a recueilli à Notre- 
Dame-du-Thil n'est pas du même niveau géologique que celui 
rencontré à Chavot, attendu que la craie de cette dernière localité, 
située aux portes d'Épernay, doit appartenir à la craie de Meudoa 
et d'Epernay, renfermant Micrasier Rrongnarti Héb., c'est-à- 
dire à la partie tout à fait supérieure de la craie blanche (d'après 
les travaux de MM. Hébert, de Mercey et Peron), tandis que la 
craie de Notre-Dame-du-Thil appartient, au contraire, à la base de 
la craie de Reims, assise surmontant immédiatement la craie à 
Mier aster coranguinum Ag- 

D'ailleurs, le Rhynchoteuthis Dutemplei n'ayant été ni décrit, ni 
figuré, il n'est pas possible d'affirmer que l'exeniplaire de Chavot 
et celui de Notre-Dame-du-Thil appartiennent à la môme espèce. 



Séance du :d& Février teOl 

PRÉSIDENCE DE M. L. GAREZ, PRÉSIDENT 

M. L. Gentil, Secrétaire, donne lecture du procès-verbal de la 
séance précédente. La rédaction de ce procès- verbal est adoptée* 

Sont proclamés membres de la Société : 

MM. Jules Pethôt Géologue en chef de l'Institut royal géolo- 
gique de Hongrie, présenté par MM. M. Cossmann et 
Gustave Dollfus. 

F. Bonnes» Professeur de géologie et de minéralogie à 
l'Ecole des Mineurs d'Alais (Gaixl), présenté par MM. G. 
de Rou ville et Delage. 

A. de Richard, Ingénieur des 'mines, membre de la 
Société des Sciences de Bucarest (Roumanie), présenté 
par MM. Albert Gaudry et Léon Garez. 

Henri Douxami, Docteur ès-sciences. Professeur au Lycée 
Ampère à Lyon, présenté par MM. J.Bergeron et E. Haug. 

Six nouveaux membres sont présentés. 

Le Président annonce que M. P.-W. Stuart-Menteath, sur sa 
demande, ne fait plus partie de la Société. 

M. de Lapparent croit devoir appeler l'attention de la Société 
sur une publication récente de M. Auialitzky, relative aux fouilles 
que ce savant a exécutées sur les bords de la Dwina. Une lentille 
de grès meuble, intercalée dans les marnes d'eau douce du Permien 
supérieur, a fourni plusieurs squelettes entiers du Pareiasaurus, 
avec de nombreuses empreintes de Glossopteris et de Ganga- 
mopteris. 

Ainsi, non seulement la flore, mais la faune des couches de 
Johannesburg, se retrouvent dans le Nord de la Russie, au niveau 
précis que M. Zeiller avait assigné à ces couches d'après leurs 
fossiles végétaux. 

D'autre part, il devient impossible de soutenir que l'éclosion de 
la flore à Glossopteris ait été déterminée, à la suite des phéno- 
mènes glaciaires de l'Afrique australe, de l'Australie et de l'Inde, 
par un changement de l'axe terrestre qui aurait placé l'un des pôles 
dans l'océan indien ; car, dans ce cas, l'autre pôle n'aurait pas pu 
tomber dans le Nord de la Russie. 



l86 SÉANCE DU a5 FEVRIER I9OI 

M. Haug attire l'attention .de la Société, sur la carte représen- 
tant Textension des glaciers pei*miens. que vient de publier 
M. Penck dans une note très importante sur les phénomènes gla- 
ciaires d'Australie. 

Comme complément aux observations de M. de Lapparlent, 
M. Zeiller ajoute que les conclusions qu'il avait tirées de i'étude 
des plantes fossiles pour la détermination de l'âge des dépôts chai»- 
bonneux des environs de Johannesburg, rapportés par lui a l'étage 
de Beau fort, ont été pleinement confirmées par M. le D' Molen- 
graair. M. Draper, dans une étude insérée aux Transactions ofthe 
South African Geological Society, avait assimilé les couches de 
combustible du Transvaal aux Molleno heds, c'est-à-dire à l'étage 
de Stormberg, auquel appartiennent en efl'et les dépôts charbon- 
neux de la Colonie du Cap, mais qui renferme en réalité une flore 
bien diflerente de celle des dépôts similaires de la région de Johan- 
nesburg. M. Zeiller a su de M. Molengraafl' que celui-ci avait été 
amené finalement, par une étude stratigraphique approfondie, à 
l'apporter ces derniers dépôts à l'étage de Beaufort, et qu'ainsi la 
géologie se retrouve une fois de plus en parfait accord avec la 
paléontologie végétale. 

• M. A. de Liapparent met sous les yeux de la Société un oursin 
fossile, qui a été recueilli en 18912, par le Colonel Monteil. dans le 
Sahara oriental, sur la route du Tchad à Tripoli, un peu au sud de 
l'oasis de Bilma. Cet oursin a été reconnu, par M. Victor Gauthier, 
comme presque identique à un Échinide du Crétacé supérieur 
(Maêstrichtien) du Baloutchistan, décrit en 1897 [)ar M. Noetling 
àous le nom de Protechiniis paucifuberculatus, nom qui doit éti'e 
changé, selon la proposition de M. Lambert, en celui de Noetlingia 
paucituberculata, le genre Protechinus ayant été antérieurement 
créé pour un autre oursin. 

M. de Lapparent fait ressortir les conséquences de cette trou- 
vaille, qui étend considérablement vers l'ouest le domaine de la 
mer crétacée en Afrique, et montre qu'alors la l'égion du lac Tchad 
faisait partie, avec la Libye, la Nubie, l'Egypte et la Tunisie, d'un 
grand golfe méditerranéen, communiquant avec l'Inde par la 
Palestine et la Perse. 

L'oursin, que M. Gauthier regarde comme une espèce distincte, 
qu'il dédie au Colonel Monteil, sera l'objet, dans le Bulletin^ d'une 
description avec figure (voir page 189 et pi. III). 



SEANCE DU q5 FEVRIER I9OT 187 

M. Léon Bertrand: aignalp à la Société Ja. âécoavprte ;récente 
d*an squelette de Mammouth dans le remplissage d'une fente de cal- 
caires liasiques^ dans une tranchée dé la ligne de chemin de fer en 
construction de Foix à Saint-Girons, au voisinage de Cadarcet 
(Ajriègc). 

M. irilîi^Tt attire l'attention sur la fréquence relative des 
Rhacophyllites du groupe Rh, mimatensis d'Orb. dans le Lias 
moyen des Alpes de Savoie. , 

Parmi les très rares Ammonites de ce niveau, recueillies dans 
les ardoisières de Saint-Colomban-des-Villards (Maurienne) figurent 
à côté de quelques exemplaires d'Amaltheus margaritatus Montf.. 
plusieurs individus de Rhacophyllites libertus Gemm. (== /?.. 
mimatensis Menegb., p. p.) très biea conservés et absolument con- 
formes aux figures de cette espèce récemment figurés par divers 
auteurs italiens (Musée de Chambéry, coll. Lâchât, coll. Villet ; 
coll. Hollande). D'autre part, la seule Ammonite recueillie par 
M. Kilian aux environs de Moutiers (Savoie) est également une 
forme de ce groupe : Rhacoph}dlites Nardii Menegh. sp. (= Rh. 
diopsis Gemm.). — Ces faits dénotent une affinité de faune remar- 
quable en\re le Lias des Alpes savoisiennes et les assises de même 
âge de la Lombardie et des régions méditerranéennes où les 
BhacophylUtes sont assez fréquents. — Si Ton considère en outre 
que ces formes spéciales se rencontrent aussi i)icn dans le « faciès 
dauphinois » (Saint-Colomban-des-Yillards) que dans le « faciès 
briançonnaîs » du l^ias (Moutiers) on voit dans cette répartition 
une nouvelle confirmation des rapports intimes qui lient la zone 
du Briançonnais à la zone dauphinoise voisine et qui empêcheront 
toujours les stratigrapbes d'admettre l'origine exotique de la 
première seule de ces zones. 



SUR LES COUCHES A ORBITOÏDES DU PIÉMONT 

par M. 8AGGO. 

A la suite de la récente communication faite par M. Douvillé à 
la séance du 17 décembre 1900, sur les couches à Orbitoides des 
environs de Dax, Tauteur croît utile de présenter les observations 
suivantes. 

I. — Miog^psina irregalaris Micht., dont Miogypsina globu- 
lina Micht. n*est probablement qu*une variété, ne se trouve pas 
dans YAquitanien de Villa Sacco (Tunn), comme le dit M. Schlum- 
berger (probablement par suite d*une confusion des étiquettes de 
localité) dans son importante note Sur le genre Miogypsina (B. S. 
G. F, (3), XXVI II, 1900), mais il se trouve fréquemment, parfois 
même en très grande abondance, dans YHelvétien (spécialement 
dans YHehétien moyen-inférieur) de plusieurs localités des Collines 
de Turin, près de Villadeati, etc. Cependant M. irregalaris se ren- 
contre aussi dans quelques points de YAquitanien (principalement 
supérieur) des Collines de Turin. 

a. — Lepidocj'clina marginata Micht. [= Nummulites margi- 
nata Micht., 1841» ainsi que M. Douvillé Ta reconnu avec justesse 
{C'R. S, G. h\, ao novembre 1899) après l'examen des exem- 
plaires que M. Sacco lui avait envoyés], est extraordinairement 
abondant dans YAquitanien de Villa Sacco et dans d'autres points 
des Collines de Turin, mais il se trouve également, quoique en 
général plus rarement, dans YHelvétien de ces Collines. 

3. — 11 résulte de ce qui précède qu'en Piémont Lepidocj-clina 
prédomine dans YAquitanien et Miogj^psina dans YHelvéiien^ 
mais qu'il n'existe pas une règle précise à ce sujet. 

4. — UAquitanien typique, ainsi que M. Sacco l'entend, doit être 
placé dans le Miocène et non dans l'Oligocène comme l'on fait 
généralement : cette dernière interprétation est due au fait que, 
dans plusieui*s régions de TËurope, Ton a indiqué et l'on indique 
encore comme aquitaniens des terrains qui sont, en réalité, plus 
anciens, c'est-à-dire vraiment oligocéniques, ainsi que M. Sacco l'a 
déjà bien des fois fait observer dans plusieurs ouvrages (voir : Note 
sur la classification des terrains tertiaires. C.-R. Cong. géol. intem. 
Zurich, 1894)* 

De cette confusion résultent des interprétations différentes sur 
la sigpaiûcation de l'Oligocène, lequel, justement compris, repré- 
sente, par contre, un ensemble assez naturel d'étages géologiques. 



CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DES ÉCHINIDES FOSSILES 

par M. V. GAUTHIER K 

(Planche US). 
VI. — Genre Noetlîngia Lambert, 1898. 

YNONYMiB : Protechinus Noetling (non Austin Protoechinua). Memoirs of 

the Greological Survey of India. -> Fauna of Baluchisiàn, of 
the upper creiaceoua {Maëatrichtien) heds. Série XVI, vol. I, 
part. 3, p. 14, pi. II, fig. 3, 3'; pi. III, lig. i, 1', 1897. 
yoetlingia Lambert, Reçue critique de Paléozoologie^ a* année, 
N- 3, juillet 1898, p. ia6. 

Diagnoêe du genre, — Oursin régulier, de la famille des 
^•^chimdœ^ pouvant atteindre une très grande taille; forme circu- 
laire, ordinairement élevée^ conique ou hémisphérique à la 
partie supérieure, plane ou pulvinée à la partie inférieure. 
^Appareil apical peu développé, insuffisamment connu jusqu^à 
présent, montrant cinq plaques génitales en cercle et cinq plaques 
^oeellaires dont les postérieures intercalées font partie du circuit 
;|>ériproctal ; les plaques ocellaires antérieures II, III, lY paraissent 
^Mjetées en dehors des génitales, mais Télat des exemplaires 
^connus ne permet pas* de l'affirmer catégoriquement; ouverture 
«inale peu étendue, circulaire ou légèrement ovale, entourée 
^ar les plaques apicales. Aires ambulacraires assez laides, 
égalant à peu près la moitié des aires interambulacraires ; zones 
j>orifères étroites, superficielles ou légèrement déprimées, allant 
^sn ligne droite du sommet au péristome; elles sont oligopores et 
^comprennent trois paires de pores par plaque majore : la paire 
^o milieu est la plus externe ; la paire inférieure placée directement 
mau dessous et semblable est légèrement oblique et rentre un peu ; 
la paire supérieure, bien plus rentrante que Tinférieure, est plus 
jpetite aussi et portée par une plaquette très réduite, resserrée entre 
les deux plaques voisines, de sorte que la zone porifère est formée 
par deux rangées verticales et bien distinctes de paires de pores; 
l*exleme comprenant les deux grandes paires, un peu sinueuse par 
suite de Tobliquité de la paire inférieure; Tinterne, formée parles 
petites paires abactinales, moins large et moins remplie, puis- 

I. Voir B. S, F, G.. (3). XXV, p. 83i, 1893; XXVU, p. 344. 1899. 



190 V. GAUTHIER a5 FévT. 

qu*elle ne comprend qu^une paire sur trois. Entre les zones poriferes 
s*étendcnt plusieurs séries verticales de tubercules imperforés et 
incréneiés, de volume médiocre. Les aires interambulacraires 
portent à Tambitus de nombreuses séries verticales de tubercules 
semblables à ceux des anibulacres, se réduisant à mesure qu'elles 
montent vei*s le sommet ou qu'elles descendent vers le péristome ; 
ces mêmes tubercules forment en même temps des rangées 
horizontales un peu obliques ; la zone miliaire est plus ou moins 
garnie à là partie supérieure. Face inférieure faisant défaut chez 
tous les exemplaires recueillis jusqu'à ce jour; nous ne pouvons 
donc rien dire du péristome. 

M. Noetling le premier a décrit cet intéressant échinide et en a 
fait le type d'un genre nouveau Protechinus. Depuis, M. Lambert 
a fait observer que ce nom générique avait déjà été employé par 
Austin (Protoechinus) pour un échinide très différent et a proposé 
de le remplacer par celui de Noetlingia, que j'accepte et approuve 
très volontiers. 

M. Noetling a rapproché la disposition des paires de pores de 
son genre nouveau et des plaquettes qui les portent, des mêmes 
plaquettes chez le genre Psammechinus, Nous ferons une compa- 
raison analogie en remplaçant le genre Psammechinus par le 
geni»e Echinas, qui ne diffère point sous ce ra2)port, et qui nous 
donnera Tavantage de pouvoir examiner des exemplaires de taille 
égale. Dans les deux genres c'est la paire médiane qui est la plus 
externe, mais, par contre, pendant que chez les Noetlingia c^estla 
paire abactinale (la supérieure) qui renti*e le plus, chez les fcAciias 
c'est l'actinale (l'inférieure) ; de sorte que si l'on établissait trois 
séries verticales avec les pailles de poi-es, ce serait la série formée 
par les paires inférieures qui serait au milieu chez les Noetlingia^ 
et la série formée par les paires supérieures chez les Echinas. A 
ces observations qui appartiennent à M. Noetling nous ajouterons 
que chez le.^ Echinas les paires actinales et abactinales sont 
portées par des plaquettes entières dont l'inférieure est la plus 
développée, tandis que la paire médiane est placée sur une demi- 
plaquette; chez les Noetlingia la paire supérieure, moins dévelop- 
pée que les autres, est portée par une plaquette très réduite, la 
médiane est située sur une demi-plaquette dont l'extrémité interne 
se rétrécit et se recourbe pour soutenir la petite plaque ; la paire 
inférieure seule occupe une plaquette entière, d'abord étroite, 
puis, au-delà des pores, occupant tout l'espace jusqu'à la suttire du 
milieu de Tambulacre. Ce sont des différences importantes qui 
suffisent pour justifier la création d'un genre nouveau. 



190 1 CONTRIBUTION A l' ETUDE DES ÉCHIMDES FOSSILES IQI 

L'espèce du BéloutchistAn a été désignée par M. Noetling sous le 
nom spécifique paucituberculatus et devient Noetlingia paucitu- 
berculata Noetling (sub Protechinus), Nous allons maintenant 
décrire une seconde espèce. 

Noetlingia Moxteili Gauthier, 1901. 

(PI. m, ug. 1-3). 

Nous ne connaissons quun exemplaire de ce nouveau type 
spécifique; il est incomplet, le sommet est gravement endommagé, 
la partie inférieure fait complètement défaut, et l'ensemble de ce 
qui reste a été poli parle frottement des sables sahariens. 

Dimensions : Diamètre, iio millim.; hauteur du fragment, 
60 millim. 

Espèce de très grande taille, subcirculaire au pourtour, subhé- 
misphéiîque à la partie supérieure. — Appareil apical de dimen- 
sions médiocres, subcompact, en partie intercalaire, autant que 
nous pouvons nous en rendre compte ; les plaques ocellaires I, V 
nous paraissent écarter les génitales et participer au circuit du 
périprocte, les ocellaires antérieures II, III, IV seraient au con-* 
traire rejetées au dehors. 

Aires ambulacraires légèrement renflées, relativement assez 
larges à la partie supérieure où elles égalent les deux tiers de Taire 
interambulacraire correspondante, se développantà mesure qu'elles 
s'éloignent de Tapex, mesurant au pourtour inférieur vingt-quatre 
millimètres de largeur, presque la moitié des aires interaiiibula- 
craires. Zones porifères faiblement déprimées, rectilignes, à bord 
externe presque onduleux par suite de l'obliquité de la plaquette 
actinale, ollrant trois paires de pores par plaque majeure, disposées 
comme il a été dit dans la diagiiose générique, de manière que les 
deux inférieures sont les plus grandes, et que la supérieure, 
fortement rentrante est moins développée et portée par une petite 
plaquette entourée par le bord rétréci de la demi -plaquette 
médiane. Les plaques majeures sont moins hautes que dans la 
plupart des espèces du genre Echinus qui présente d'ailleurs des 
variations assez sensibles sous ce rapport, et les pailles de pores 
sont par conséquent très seiTées. L'espace interzonaire porte à 
l'ambitus environ huit rangées de tubercules médioci*ement 
développés ; ces rangées s'atténuent en montant vers le sommet où 
il n'en reste que deux. 

Aires interambulacraires légèrement déprimées au milieu, 



igj V. GAUTHIER. — ETUDE DES KCHINIDES FOSSILES a5 FéVT. 

étroites relativement près du sommet (i5 millimètres), larges à 
Tambitas où elles atteigpaent cinquante-cinq millimètres; elles 
portent en cet endroit jusqu à dix-huit rangées verticales de 
tubercules semblables à ceux des ambulacres, qui disparaissent 
successivement en montant vers Tapex et se trouvent finalement 
réduites à deux. Ces tubercules forment en même temps des rangées 
horizontales un peu obliques. Le miliçu de Taire n*est pas dénudé 
à la partie supérieure et reste couvert de tubercules peu serrés 
mais se maintenant aussi longtemps que le permet le rétrécissement 
de Taire. 

Le périprocte qui s*ouvre au milieu des plaques apicales est 
médiocrement étendu, comme nous Tavons dit, et légèrement 
ovale. Le reste du test nous est inconnu, et, par une fâcheuse 
coïncidence, aucun des exemjjlaires de M. Noetling n*a conservé 
sa face inférieure jusqu'au péristome. 

L'exemplaire que nous décrivons est très voisin des spécimens 
indiens décrits par M. Noetling; la taille est plus grande, la forme 
est moins conique et se termine plutôt en dôme ; les tubercules 
sont plus gi*os, le milieu des aires interambulacraires est beaucoup 
moins nu; ces différences permettent de distinguer facilement les 
deux espèces. 

Le type indien N. paucituberculata a été recueilli dans les 
couches crétacées supérieures du Béloutchistàn, accompagné de 
grands Hemipneustes dont deux sont attribués par M. Noetling à 
des espèces européennes, Hemipn. pyrenaicus Hébert, HenUpn. 
Leymeriei Hébert. Il est très probable que notre exemplaire 
appartient au même horizon géologique; M. le colonel Monteil Ta 
trouvé sur le sol. à Zau Saghaïr, au sud de Bilma, par environ 
18'' a3' 08" de latitude nord dans le Sahara oriental, sur la route 
du lac Tchad à Tripoli, et Ta rapporté en France comme un 
souvenir de sa périlleuse et glorieuse excursion à travers les 
régions désolées de TAfnque centrale. Nous sommes très heureux 
de pouvoir lui dédier cette précieuse espèce. 



EXPLICATION DE LA PLANCHE Ul 

Fijf. 1. — yoetUngia Monteili, vu de profil, grandeur naturelle 

Fig. 2. — Le même, face supérieure. 

Fi g. 3. — Portion d'aire ambulacraire, grossie. 



UN NOUVEAU CYCADEOIDEA 

par M. P. FLICHE. 

a 

Dans les collections de l'Ecole forestière, fignre, sons le nom de 
Mantelliay un fossile végétal envoyé, il y a déjà plusieurs années, 
par M. Gharil des Mazures', alors inspecteur des forêts en Vendée 
et provenant de File de Dives (Vendée), près de TAiguillon sur 
Mer. Une étiquette de la main de Mathieu, alors professeur de 
sciences naturelles et sous-directeur de FEcole, porte que Fauteur 
de renvoi n*a point indiqué de quel terrain provenait ce fossile ; 
mais que ce pourrait être FOxfordien ou le Ciorallien. Depuis 
Fépoque où il rédigeait cette note, Mathieu semble.avoir changé 
d'opinion, car la grande étiquette placée à côté de Féchantillon, 
exposé dans une vitrine, le réfère, avec doute, il est vrai, au 
Bathonien. Aujourd'hui, il faut rejeter^ non seulement cette 
dernière manière de voir, mais considérer l'attribution au Corallien 
comme absolument certaine ; l'Ile de Dives ne présentant que du 
Corallien comme on peut le voir sur la Carte géologique de France, 
au 80.000*, feuille de Fontenay. De plus la nature de la roche pour 
le Corallien, telle qu'elle est décrite par M. Boisselier, auteur de 
cette feuille, s'accorde parfaitement avec celle du fossile, tandis 
qu il n*y a aucune analogie entre celle-ci et le calcaire bathonien 
de la môme région. 

L'âge du fossile qui nous occupe est donc bien déterminé ; en ce 
qui le concerne lui-même, il s'agit d'un moule, sans structure 
conservée ; malgré cela il oilre de l'intérêt, parce que son attribu- 
tion à une tige cycadéiforme est certaine, parce que de plus il 
présente des caractères assez précis pour qu'on puisse le placer 
parmi les Cj'cadeoidea, tels qu*on les entend aujourd'hui en 
Paléontologie, c'est-à-dii*e comme étant vraisemblablement des 
tiges de Bennettitées. Or, tout ce qui touche à ce groupe de végétaux 
mérite une attention toute paiticulière, en raison des problèmes 
quil soulève encore et du rôle important quil a joué pendant la 
période jurassique et surtout le Crétacé inférieur. 

La tige de File de Dives nous a été conservée, sous forme de 
moule, ainsi qu'il a été dit plus haut ; celui-ci est formé par du 
calcaire et recouvert à sa surface par une mince couche d'oxyde de 
fer hydraté qui lui donne une couleur brune, assez claire d'ailleurs, 
toutes les fois que celle-ci est intacte. 

5 Septembre 1901. — T. ler. BuU. Soc. Géol. Fr. — i3 



194 p- FLicHB a5 Pérr. 

Ce moule est resté engage, dans la roche encaissante, par une de 
ses faces, sur moitié environ de son épaissear; la tige a tris 
visiblement subi une compression qui non-seulement l'a aplatie 
mais l'a un peu dérormée, de manière à en rejeter de cOté l'extré- 
mité supérieure, un peu creuse, ce qui est un caractère de ces tiges, 
sur la face sortie de la roche, ce qui la rend très visible sur la 
âgore, en i , bien que la cavité renferme quelques concrétions, ainsi 
en a, qu'on n'a osé enlever de petu* de la dégrader. 



***gt^L. 




Fig. . 



- Cyeadeoidea divenaiê n. gp. Grandeor naturelle. 



Le moule n'est pas intact, un simple coup d'œil, jeté sur la figure, 
le montre fort bien ; cependant on en possède visiblement la presque 
totalité, puisqu'on a, comme il vient d'être dit, l'extrémité supé- 
rieure ; puisqu'à la base, la section de la roche, un peu en dessous 



XgOt UN NOUVEAU « CYCADEOIDSA X> I95 

du fossile, montre que celui-ci ne Fatteint pas ; d*un autre côté, si 
la portion du fossile, placée à la gauche du lecteur, n est pas entière, 
1^ face opposée Test à peu de chose près ; la tige était donc courte 
^t Large; ce qui se rencontre si fréquemment chez les Cycadeoidea, 
|>ix)bablement aussi, même sur le vif, la section transversale était 
plus ou moins elliptique. 

Aux caractères, déjà indiqués, rattachant la tige de Dives aux 
CJ^'cadeoidea^ s*en joignent de plus précis; ainsi les cadres si 
oaa i*actéristiques formés, autour des écailles, par les raments, sont 
souvent très visibles; ils le sont bien en particulier sur la ligure 
cintre a et 3, enfin il y a une insertion d'inflorescence très nette en 5. 
XI s*agit donc bien d*un Cycadeoidea, ce qui correspond au nom 
<ie A^antellia qui avait été donné à ce fossile, par Mathieu, sur les 
û&dicaiions de Schimpcr ; de plus, il me semble qu'il s'agit d'une 
esi»j>^oe non encore décrite. Par ses dimensions, par sa forme, les 
deiaat espèces dont elle se rapproche le plus, sont le Cycadeoidea 
R^'S^r^iaea L. et Hutt. et le Bolbopodium pictaviense Sap. Malgré 
ie x^otn générique qui lui a été imposé par son auteur, cette dernière 
^spèoe semble, en eflet, êti'e aussi un C/'cadeoidea ; de Saporta * 
^^^^^^ x*emarquer, lui-même, la ti»ès grande ressemblance de son 
^oiOGpodium piciaviense avec le Gj'cadeoidea pj-gmaea L. et 
*^^tt,^ dont, par suite, il fait un Bolbopodium; il ajoute un peu 
plus loin -, après avoir donné les caractères distinclifs, assez peu 
^^^ïportants, sur lesquels il établit son nouveau genre : « Cependant 
*^s plus petites espèces de Clalhropodiuin ^, loi'squ elles sont 
^ïi liées en œuf ou conformées en nid, pourraient être aisément 
<^^ufondues avec les Bolbopodium, et l'étude des divei'ses catégo- 
ries des tiges n* est pas assez avancée ou même ne repose pas sur 
des principes assez fixes, pour permettre de tracer entre elles des 
limites parfaitement rigoureuses. » 

La petitesse des bases de pétioles, qui a fourni, à de Saporta, le 
P^*iUcipal caractère distinctif des Bolbopodium et qui n'a pas, je 
*'*^^is, la valeur que lui accordait l'éminent paléontologiste, est en 
^HVm remarquable chez les deux seules espèces bien certaines 
^^tribuées à ce geni*e, chez l'espèce de Lindley et Hutton, plus 
^^cofe que chez celle de Saporta. Ce caractère sépare nettement le 
fossile de Dives, comme le montre la plus simple comparaison de 
1^ figure qui le reproduit, avec celle du Fossiljlora et de la Paléon- 

^- J^aléontologie française. Plantes Jurassiques. II, Cjrcadées, p. 256. 

^- L,* c, p. 258. 

^* Genre établi aussi par de Saporta et qui est ua synonyme des Cjrca- 



196 p. FLIGHE. — UN NOUVEAU « CYCADEOIDftA » 35 FéVT. 

tologie française. La conséquence naturelle de ce fait est que les 
bases de pétioles recouvrant la tige sont beaucoup moins nom- 
breuses sur la première que sur les deux autres. Aucun autre Çyca- 
deoidea décrit ne présente, à ma connaissance, autant d'analogie^ 
avec le fossile qui nous occupe, que les deux espèces dont il vient 
d'être question, mais il en est, on le voit, très nettement distinct; 
c'est donc une espèce nouvelle. Comme il est assez bien consei*vé, 
pour être décrit, -je lui impose un nom spécifique qui rappelle la 
localité où il a été trouvé et j'en donne la diagnose suivante : 

Cycadeoidea divexsis n. sp. — C. caudice humili, opoideo 
subconicOy sirobiliformi; apice depresso, cicatrices in/lorescen- 
tiarum prœbente; altitudine g 5 milL, diameiro 80 mill. circUer 
metiente; petiolorum basibus rhombcis, iy-21 milL, latis lo-i i 
mill. aliis obtecto; ramentorum stratis i mill. cr assis. 

Ile de Dives {Charil des AI azurés). 

Les dimensions données, dans cette diagpaose, pour l'ensemble 
de la tige, doivent se rapprocher beaucoup de ce qu'elles sont 
réellement pour le diamètre transversal, sous la réserve de Texa^é- 
ration qui peut être due à l'écrasement de l'organe ; pour la hauteur, 
il y a plus d'incertitude quoique, pour les raisons exposées plus 
haut, on doive être en présence de Torgane presque entier. 

Les dimensions et les formes données pour les bases de pétioles, 
s'appliquent à celles qui, subérisées et accrues, forment la masse de 
la cuirasse protectrice de la tige et non à celles qui portaient encore 
des feuilles ou dont celles-ci venaient de se détacher à l'état de 
vie. Ces dernières ne dépassaient pas un centimètre de laideur. 

On voit que, non seulement la tige était peu volumineuse, mais 
que les bases de pétioles, tout en étant plus grandes que chez le 
Bolbopodium pictaçiense de Saporta, sont encore fort petites ; cette 
exiguïté de la tige et des pétioles se retrouve chez les espèces 
décrites par M. Carruthevs et provenant certainement du Corallien 
du Sutherland, en Angleterre. 11 y a dans cette exiguïté un fait 
qu'il est intéressant de rapprocher des dimensions très réduites 
aussi de la plupai*t des feuilles de Zamites, trouvées au même 
horizon en France, en Suisse et en Allemagne, ainsi Z. Feneonis 
Bi*ong., Z. Morcaui Brong., Z. Acerosus Sap., Z.formosus Heer., 
Z. Renevieri lleer. Ce rapprochement offre de l'intérêt, puisque les 
Zamites^ en grande partie, si ce n'est en totalité, paraissent déplus 
en plus certainement * avoir été, comme le prétendait Williamson, 
les feuilles des Williamsonia et par suite des Bennettitées. 

I . Voir notamment : A.-C. Seward. On thc leaves of Bennèttites. Procee' 
dinga of the Cambridge PhUosophical Society, vol. IX, pi. V, p. 273. 



Séance du ^ Maps t90t 

PRÉSIDENCE DE M. L. GAREZ, PRESIDENT 

IVf . L. Mémin, Vice-Secrétaire, donne lecture du procès-verbal de 
la séance pn^cédente. La rédaction de ce procès-verbal est adoptée. 

Sont proclamés membres de la Société : 

>f M. Jacoby Ingénieur en chef des Mines, Directeur du Service 

géologique de l'Algérie, présenté par MM. Pouyanne et 

Ficheur. 
Paul Vincey, Ingénieur-Agronome, Professeur départe* 

mental d'Agriculture, présenté par MM. Gustave Dollfus 

et G. Ramond. 
Léopold Michel, Maître de Conférences de minéralogie à 

la Faculté des Sciences de TUniversité de Paris, présenté 

par MM. E. Haug et L. Gentil. 
Louis Mengaudy Licencié ès-sciences, présenté par MM. J. 

Bergeron et Léon Bertrand. 
Louis Boistel» présenté par MM. Munier-Chalmas et 

E. Hang. 
Schardt, Professeur de Géologie, à Neuchâtel (Suisse), 

présenté par MM. Marcel Bertrand et Emm. de Margerie, 

M. S'tanislas Meunier. — Origine de Vargile à silex. 
Je vmens de lire dans la dernière livraison du Bulletin de la 
Société Géologique ([3], XXVIII, 1900, p. 809), une communication 
de M. -A^. de Grossouvre sur T argile à silex des environs de Vierzon 
et je demande à présenter quelques observations sur les conclu- 
sions cic ce travail, qui touche un sujet que j'étudie moi-même 
depuis plusieurs années. Malgré les assertions de l'auteur, je crois 
qu'il s'* agit réellement, dans les localités qu'il a décrites, du produit 
de la décalcification de la craie ; aucune de ses objections n'étant, 
suivaat moi, justiûée. 

Tout d'abord, M. de Grossouvre insiste sur la blancheur de la 
roche pour écarter l'idée qu'elle provient de l'attaque de la craie. 
« Il n'est pas de craie, dit-il, même la plus blanche qui, attaquée 
par les acides faibles, ne laisse un résidu ferrugineux ». Or, il est 
de nombreuses localités où l'argile à silex, parfaitement caracté- 
risée, se présente avec une blancheur éclatante et donne par la 



198 SÉANCE DU 4 MARS igOI 

cuisson nn produit tout à fait blanc : une semblable terre de pipe^ 
dérivant de la craie par décalcification, se rencontre par exemple à 
Prépotin, près de Montagne, où je l'ai étudiée avec détail. 

Une deuxième remarque concerne la présence dans Targuie d*une 
quantité considérable de silice soluble, qui semble à M. de Grossou- 
vre incompatible avec le caractère résiduel de la roche. Il faut 
pourtant constater que la silice soluble est un composant normal 
de toutes les craies, comme de bien d'autres roches sédimentaires et 
je me réserve de revenir sur cette question qui a une importance 
capitale quant à l'histoire de la silicifîcation. La silice étant bien 
moins soluble que le carbonate de chaux, un mélange de ces deux 
corps, soumis aux acides très étendus, passe progressivement à 
l'état de silice pure, par disparition progressive du calcaire. Le beau 
travail de Ch. Friedel sur la cacholinisation des silex n'est pas à 
invoquer ici et c'est ce que suffirait à montrer la composition tout 
à fait normale des rognons dans l'argile à silex la mieux caracté- 
risée. On trouverait facilement des exemples bien plus singu- 
liers encore, en apparence, de la persistance de matériaux solu- 
bles dans des roches qui ont subi incontestablement la perte de 
certains de leurs éléments : je rappellerai seulement ici le calcaire 
grossier de Vaug^rard qui est criblé de cavités laissées par la disso- 
lution des tests de ses coquilles, au milieu d'une masse générale de 
calcaire ambiant si complètement respecté qu'on y retrouve tous 
les détails de l' ornementation délicate des fossiles. 

Mais la troisième objection de M. de Grossouvre est plus insou- 
tenable encore et c'est surtout à cause d'elle que je présente ces 
observations à la Société. Il constate « que l'ai^ile à silex ne cons- 
titue pas toujours un terrain superficiel et que souvent elle est 
recouverte par des roches d'âges divers ». 

J'ai étudié beaucoup de cas semblables et ils m'ont pani présen- 
ter cet intérêt tout spécial de nous renseigner, contrairement à ce 
que pensait Constant Prévost, sur le régime continental auquel ont 
été soumises certaines régions avant une submersion ultérieure. \jq 
recouvrement de l'argile à silex par les calcaires lacustres à Sully- 
sur- Loire et à Romorantin que cite M. de Grossouvre indique 
un affaissement du sol précédemment continental et son envahisse- 
ni^nt par les eaux douces, après que l'argile à silex s'était constituée. 
C'est, sans qu'on y fasse attention jusqu'ici, un ordre nouveau de 
considérations qui seront fécondes pour la paléogéographie. 



RÉVISION DES FORMBS BUROPÉBNNES 

DB LA. 

FAMILLE DES HYRACOTHÉRIDÉS 

par M. Ch. DEPÉRET. 

(Planches IV-V) 

La fkmille des Hyracothéridés (Prééquidés) est Tan des groupes 
les plus intéressants des Imparidig^tés éocènes, en raison de ses 
caractères très primitifs et de ses liaisons ancestrales avec la 
fiamille des Equidés, affinités qui ont été bien mises en lumière 
parles beaux travaux de Kowalewsky, de Rûtimeyer, de M. Gandry, 
de M^^ Pavlow, en Europe ; de Marsh, de Gope, de MM. Osbom 
et Wortman, en Amérique. 

A Toccasion d'une étude monographique que j'ai entreprise sur les 
animaux éocènes de Lissieu (Rhône), j'ai été amené à étudier avec 
soin les différents types d'Hyracothéridés européens, et à constater 
qu'il existait dans les travaux des paléontologistes précités, et par 
voie de conséquence dans le précieux Traité de paléontologie de 
M. le professeur Zittel, des interprétations diverses et parfois 
inexactes relativement aux caractères et aux limites des genres. Il 
m'a paru que ces divergences provenaient soit d'une fausse inter- 
prétation des types, soit de l'état encore incomplet des documents 
sur quelques-unes de ces formes animales. 

Les conclusions auxquelles je suis arrive dans cette révision 
d'ensemble, pour laquelle j'ai utilisé toute une série de pièces 
nouvelles de rÉocène moyen et supérieur du Midi de la France, 
m'ont paru avoir un intérêt assez général pour mériter d'être 
exposées dans cette Note. J'ai eu surtout en vue les formes euro- 
péennes du groupe et je ne parlerai qu'à titre de citation rapide 
des formes américaines que je connais peu personnellement. Je 
laisserai également de côté la recherche des formes ancestrales de 
la famille dans TÉocène le* plus inférieur et je ne remonterai pas 
au-delà de Y Hyracotherium de l'argile de Londres, qui est le genre 
type de la famille. 

J'étudierai successivement les genres Hyracotherium, Packy- 
nolophus, Propalœotherium et Lophiotherium qui représentent les 
Hyracothéridés dans l'Éocène de l'Ancien Monde. 



300 CH. DEPÉRET. — RÉVISION DES FORMES EUEOFilfi N WKS 4 MoTS 



Genre Hyracotherixtm Owen (Pliolophus Owen) 

Les limites de ce genre me semblent avoir été singolièreraent 
exagérées. H faut prendre poor type le crâne incomplet décrit en 
iSSg par Owen de Targile de Londres à Heme Bay (Kent) sous le 
nom d'Hyracotherium Icporinum *. Ce crâne montre la série com- 
plète des molaires supérieures, composée de 3 arrière-molaires et 
de 4 prémolaires. Les points importants de la structure de ces 
dents sont les suivants : arrière-molaires à 6 tubercules coniques^ 
les deux intermédiaires bien développés aux deux lobes ; on voit 
à peine une tendance de ces tul)ercules intermédiaires à s'aligner 
sous forme de crêtes transverses ; bourrelet basilaire épais et con- 
tinu ; absence complète de colonnette médiane (mesostylé) sur la 
muraille externe ; denticule complémentaire de Tangle antéro- 
externe {parastyle) peu développé. Prémolaires : p* et g^ triangU" 
laires à 5 tubercules coniques au lieu de 6, par suite de la dispari- 
tion du denticule postéro-interne ; p^ allongée à une seule pointe 
médiane ; p* (connue seulement par Talvéole), séparée de p^ par 
un diastème, et de forme également allongée et étroite. 

Un crâne entier du même animal, extrait d*un nodule de Targile 
de Londres près Harwich (Essex) a été figuré par Owen en i858 
sous le nom nouveau de Pliolophus çulpiceps -. D'après les indica- 
tions données par M. Lydekker (Catal, Brit, Mus. Mamm.^ 
part III, p. Il), ce crâne dont le moulage est assez répandu dans 
les collections européennes, a été brisé par accident, et il n*en 
subsiste plus qu'un fragment de la mâchoire et de la mandibule 
gauches. Les beaux dessins et les descriptions d'Owen permettent 
toutefois de suppléer à cette lacune. Le Pliolophus différerait, selon 
Owen. de Y Hyracotherium par quelques particularités de structure 
des molaires supérieures : les tubercules intermédiaires seraient 
un peu moins distincts aux arrière-molaires et surtout au lobe 
postérieur de p^ ; le cingulum basai serait moins continu ; cnQn 
dans Pliolophus, p* est en série continue avec les autres prémo- 
laires, alors qu elle en est séparée par un petit intervalle dans 
Y Hyracotherium, Ces différences sont fort légères et on ne saurait 

• 

I. Descript. of the fossil reiuains of a Mainmal and of a Bird of the 
London Clay. Transact. geol. Soc. London, a* scr., t. VI, p. ao3, pi. ai, iSSq. 
— Le même crâne est figuré dans : A hisiory of british foaa. Mammals^ 

i846, Iig4i9 

a. Descr. of a sninll lophiodont Mnmmal from the London Clay. Quart, 

Journal geoL Society ^ i^'5"» t. XIV, p. 5^, pi. II cl III. 



X90II ^ la LA FAJfILLB JHEè HYRACOTHfellMfal SOI 

leur attribuer une valear générique ni même probablement spéci- 
fique. MM. Flower, Lydekker et Zittel me semblent avoir eu raison 
en réunissant ces deux formes animales sous le nom à^HyracO' 
therium leporinum. 

Ce crâne du Pliolophus nous fait connaître en tons cas la struc- 
ture des molaires inférieures qui sont au nombre de sept, dont 
trois arrière-molaii*es et quatre prémolaires, la première ou p* 
étant écartée de p^ par un léger intervalle; il est intéressant 
d'observer que cet intervalle est phis grand du côté droit que du 
oôlé gaucbe de la même mandibule et ce fait vient à Tappui de ce 
que je disais plus haut au sujet de la faible importance qu*il fal- 
lait attacher au plus ou moins d*écartement de la première prémo- 
laire p^ dans la série des molaires supérieures. 

Les arrière-molaires ont quatre denticules distincts disposés en 

deux paires trausverses, les externes avec une tendance crescen- 

ioide, les internes plus coniques; m- possède en outre un petit 

'tubercule intermédiaire au lobe antérieur ; m ^ a un fort talon ou 

troisième lobe à deux pointes. 

Dans la série des quatre prémolaires, p* est semblable à m* , 
mais plus petite; p^ est plus étroite en avant à cause de Tatrophie 
du denticiUe antéro-inteme ; p^ et p* sont tranchantes, à une seule 
j>ointe, comprimée en travers, avec un petit talon plus développé 
^ns p< . 

Enfin, il faut signaler comme pour les dents de la mftchoire 
supérieure, l'existence d'un bourrelet basilairc bien accentué qui 
entoure toutes les dents de la mandibule, mais tend à s'effacer du 
càXé interne. 

J'ai fait reproduire (pi. IV, fîg. i) un dessin phototypique de la 
dentition supérieure de YHj'racotherium d'après un troisième 
crftne, provenant aussi de Targile de Londres et décrit parOwen *. 
le moulage de cette pièce m'a été obligeamment envoyé par 
M. Smith Woodward du British Muséum et montre, dans un état 
(i^usure un peu plus avancé que dans les autres pièces décrites, la 
forme conique régulière des denticules de YHyracotherium. 

A côté de l'espèce type {H. leporinum), Owen a fait connaître 

"«ns le même horizon de l'argile de Londres à Kyson (Suflblk), 

Dnepl^is petite espèce qu'il a nommée Hyracotherium cuniculus -. 

On lie connaît encore de cette forme que trois an'i ère-molaires et 

'''*® pr^ molaire supérieures isolées. Les molaires ont quatre tuber- 



1. G^€>1. Magazine, «lec. i, vol. II, i865, p. 339, pi. X. fig. 2. 
Mag. nat. HUU i'* série, t. Vm 
and Birdi, 184^, p. laf, fig. 170-171. 



a. Am^m. Mag. nat. HUU i'* série, t. Vm, p. i, 1841. — Id. BriLJo$$\ 
*«»»mi»ia and RirdM. iS/Sfi. n. i-i^. iltr. fwv-Tii. 



â09 CH. DEPÉRST. -^ RéviSION DBS FORMES EUROP&SNNES '4 MaTS 

cules principaux coniques reliés au lobe antérieur par une crête 
légèrement renflée qui représente le tubercule intermédiaire : 
celui-ci n*est pas visible au lobe postérieur (au moins dans la figure 
d'Owen)et devait être sans doute extrêmement petit. Le bourrelet 
basilaii*e est épais et continu ; il n'existe pas de mésostyle. La 
prémolaire £_^est triangulaire à cinq denticules comme dans la 
grande espèce. 

Je ne connais en Europe, en dehors de l'Angleterre, aucune 
forme animale que Ton puisse rapporter au genre Hyracotherium, 
tel du moins qu'il a été défini ci-dessiis avec ses caractères bano- 
doutes essentiellement primitifs. Les espèces du calcaire grossier 
de Paris, d'Egerkingen, du Mauremont qui ont été attribués à ce 
genre doivent être, sûrement, rapportés à d'autres genres, ainsi que 
je l'indiquerai plus loin. 

On pourrait peut-être avoir quelque hésitation en ce qui concerne 
les types de l'Éocène inférieur de Ay, près Reims (niveau des 
sables à Térédines ou Sparnacien supérieur) que le D"* Lemoine 
a fait connaître * sous les noms de Propachynolophus Gaudtyi et 
de Pachynolophus Maldani, 

Les pièces types du Propachynolophns Gaudrjd (Lemoine, loc. 
cit.jfig, 114-116) que j'ai étudiées au Muséum de Paris ^, consistent 
en une série de 7 molaires supérieures et en une partie de mandi- 
bule portant en place les 3 arrière-molaires et les deux dernières 
prémolaires. Les molaires supérieures di fièrent de celles de 
Y Hyracotherium par les denticules externes notablement compri- 
més, l'antérieur à tendance crescentiforme ; p* et p"^ sont triangu- 
laires à 5 denticules comme dans V HjTacotherium . Dans son 
ensemble, la série dentaire supérieure est extrêmement voisine de 
celle du Pachy^nolophas et ne rappelle Y Hyracotherium que par le 
bourrelet basilaire plus épais et plus continu, et par la forme un 
peu plus carrée des arrière-molaii'es. Par contre les molaires infé- 
rieures ont leurs denticules internes et externes encore bien 
distincts à chaque lobe et n'ayant qu'une bien faible tendance à se 
réunir en demi-croissants ; à ce dernier point de vue, le type des 
environs de Reims est plus voisin de Y Hyracotherium. que du 
Pachynolophus. Dans l'ensemble, je trouve que les caractères de 

I. Etude d'ensemble sur les dents des Mammif. foss. des environs de 
Reims. D. S. G. F., (3), XIX, 1891. p. 285, ilg 109-119. 

a. Les ûgfures publiées par le D' Lemoine ne donnent pas une idée bien 
exacte des caractères de ces dents dont les denticules ont été trop schéma- 
tisés en cônes isolés et entourés dr plis dV'mail secondaires dont l'importance 
est visiblement exagérée. 



igOI DB LA FAMILLE DBS HtHACOTHÉRIDlis- 5lo3 

Pachynolophns remportent sur ceux de Hyracotherium dans 
cette curieuse forme animale, qui constitue véritablement un pas- 
sage entre ces deux genres et pourrait justifier le nom de Propa- 
chynolophus imaginé par le D*" Lemoine à titre de section des 
Pachynolophes . 

Le Pachynolophus Maldani Lemoine (loc, cit, fig. 117, 118) est 
représenté comme pièce type (coll. Mus. Paris) par un fragment de 
mandibule portant en place m^ , m^ , m* brisée et p* avec un 
second lobe crescehtolde abaissé et un lobe antérieur à deux 
pointes. Les denticules externe et interne de chacun des lobes de 
ces molaires sont réunis par une crête transverse peu sensible, à 
peu près comme chez le P. Gaudryi, La partie antérieure de la 
mandibule que Lemoine a figurée en série continue avec cette pièce, 
ne s'y adapte pas, soit parce qu'il manque un fragment de l'os, soit 
parce qu'elle n'appartient pas au même sujet. Mais il existe dans la 
collection Lemoine une autre demi-mandibule complète montrant 
en série continue les 3 arrière-molaires, p* très-usée, p' représentée 
par les racines et p- par deux alvéoles. Le P. Maldani avait donc 
6 molaires comme les vrais Pachynoiophus, alors que le D*" Lemoine 
attribue au P. Gaudryi 7 molaires inférieures sans preuve, je 
crois, bien évidente. 

On peut dire en résumé que ces formes de l'Éocène inférieur de 
Cuis sont intermédiaires entre V Hyracotherium et le Pachyno- 
lophus, tout en restant plus voisines de ce dernier genre. 

L'Éocène inférieur de TAmërique du Nord (horizons de Wasatch 
et de Wind River) contient un grand nombre d'espèces d'Hyraco- 
théridés, dont quelques-unes avaient constitué le genre Eohippus 
de Marsh \ mais qui ont été ensuite attribués par Cope - et par 
M. Wortman * au genre Hyracotherium : tels sont les H. tapirinum 
Cope, H, cris tatu m V^ovim., H. craspedotum Cope, H. casaccimse 
Cope (= Eohippus validas Marsh soc. Wortman). H. index Cope 
(= Eohippus pernix Marsh sec. Wortman). Ces formes, dont 
M. Wortman a donné d'excellentes figures, présentent en effet un 
un gi'and nombre de caractères de V Hyracotherium d'Angleterre, 
entrautres un épais bourrelet basilaire continu aux molaires 
supérieures, et surtout la séparation des deux denticules interne 
et externe à chaque lobe des molaires inférieures. Je puis noter 

1. Marsh. American Journal 0/ science, 1876, t. XIT, p. 401. 

2. Cope. Eocene Vertébrales New Mexico, 1875. — Id. Vertebr. tert. forma- 
tion of the West. — Id. American NaturaUst^ 1881, p. 1018. 

3. Wortman. Species of Hyracotherium. . . . BaU. amer. Mus. nat. Historjr, 
U I, art. VI, 1896. 



304 GH. DSPlfaOET. — BKV18IOH DK8 fOBMBS XUROFiKBINXS 4 Ma» 

pourtant, en ntilisàiit les figures de M. Wortman et qnelqpies 
spécimens originanx qa*a bien vonlu m*adresser mon ami M. le 
professeur Osbom, que ces espèces américaines tendent par qnel- 
qaes points à se différencier da véritable Hyroeotherium pour se 
rapprocher des Paehynolophus : les denticnles des molaires supé- 
rieures (par exemple dans H. index) sont beaucoup moins en cdne 
régulier que dans YHyracotheriam, les externes sont comprimés 
en travers, les intermédiaires s*allongent en crêtes transverses 
reliées aux tubercules internes correspondants ; le denticule 
supplémentaire de Fangle antéro-externe (parastyle) est aussi fort 
que dans les Pachjrnolopkns, Aux molaires d*en bas, les denticules 
internes et externes, bien que conservant une certaine individua- 
lité, se réunissent cependant l'un à Tautre par une crête transverse 
indice du futur demi-croissant des Pachynolophus. En un mot les 
espèces américaines précitées me paraissent correspondre à un 
état d'évolution intermédiaire entre Y Hjrraeoiheriwn et le Pachy- 
nolophus et réaliser un stade qui n*est pas très éloigné de celui 
que je signalais un peu plus haut chez le Prop€Lchynolophus 
Gaudryi du D" Lemoine. G*est cet état d'évolution intermédiaire 
entre Y Hyroeotherium et le Pachyrnolophns que Marsh avait 
désigné sous le nom d*Eohippus. 

Genre Pachynolophus Pomel 

C'est à propos de ce genre que me paraissent avoir été faites les 
confusions les plus fâcheuses, dont la responsabilité appartient 
surtout à Kowalevsky, ainsi qu'on le verra plus loin. 

1^ nom de Pachynolophus a été créé par Pomel en 1847 * pour 
un petit Pachyderme trouvé dans le calcaire grossier de Passy, 
dans les termes suivants : « Un autre Lophiodon de petite taille, 
ic des mêmes couches de calcaire grossier de Passy, montre une 
« modification remarquable dans Tépaississement de la partie 
« médiane des collines transverses, qui l'a fait identifier au genre 
« Hyracotherium Owen. Ce Lophiodon ne parait avoir que des 
<K ressemblances éloignées avec ce dernier genre, que M. Owen 
a décrit et figure comme voisin sous ce rapport du Chœropotame, 
« ce qui n'est certes pas dans le fossile de Passy, comme j'ai pu 
« m'en assurer par les communications de M. Duval, qui en pos- 
« sède une série complète. Si le fossile d'Angleterre est congénère 

I. Archives de$ Sciences physiques et naturelles de Genève^ .i847> t. IV, 
p. 327. 



\ 



igOI Dl LA FAMILLE 1X88 HTaAOOVHiamb so5 

• 

c de celui-ci, ce ne peut au surplus être un aninuJi de la fimiille 
c des Cochons, comme le dit M. de Blainville, car son astragale 
c qui se trouve dans les collections de l'École des Mines, est celui 
c d*un Imparidigité et d*un vrai LopfUodon. Celui de France devra 
c se nommer L. DuçaUi^ et constituer^ dan» ce genre^ aœc le 
« cinquième Lophiodon d^ Argentan, une section des Paehjrnth 
c lophas. » Cette citation montre jusqu'à l'évidence que l'espèce 
type du genre Packynolophas est le P. DuQalL 

Les pièces types de cette espèce ont été figurées pour la première 
Ibis par Blainville * sous le nom d'Hyraeotheriwn de Passy i elles 
consistent en la série des six molaires supérieures isolées les unes 
des autres, des quatre dernières molaires inliftrieures égalemra^t 
isolées, et en une double branche de mandibule incomplète en 
arrière, mais montrant des deux côtés la série des six molaires 
dans un état d'usure assez avancé. P. Gervais a reproduit en iSSg ^ 
sous le nom exact de Pachjrnolophus DupaU un bon dessin des 
mêmes pièces où les six molaires d'en haut sont réunies en série 
continue, et précédées de deux petits alvéoles ayant dû loger une 
petite première prémolaire p^à deux racines. La branche droite 
de la mandibule figurée également par Gervais, d'après de Blain- 
ville, ne porte que six molaires précédées d'une longue barre 
qui les sépare d'une petite canine. J'ai recherché au Muséum de 
Paris les pièces en question que M. le professeur Gaudry a bien 
voulu me per^iettre d'étudier et de figurer à nouveau (pi. V, 
fig. 4-5). Une partie de ces précieuses pièces a dû ôtre égarée, car j'ai 
pu retrouver seulement trois des molaires supérieures figurées par 
Blainville et Grervais; ces molaires sont la dernière m% l'avant- 
dernière m- et la dernière prémolaire j^. Pour la dentition infé- 
rieure, j'ai retrouvé les trois dernières molaires du côté droit et 
une autre du côté gauche très usées ; ces dents paraissent être 
celles figurées par Blainville à l'état isolé. 

Mais si les pièces types du P. Dupali ont en partie disparu, je 
puis heureusement compléter les documents relatifs à la dentition 
supérieure des Pachjynolophus grâce à la découverte faite par mon 
intelligent auxiliaire, M. Laurent Maui^ette, d'un magnifique crâne 
entier (pi. V, fig. i) d'une espèce très voisine du P. Duvali dans 
les grès éoeènes du Minervois (Hérault). Je me propose de décrire 
ce crâne en détail un peu plus tard, et pour le moment je me borne 
à le figurer par la face palatine avec la série des six molaires en 

I. Oêtéographie, genre Lophiodon, pi. II, sons le nom d'Hjrraeotherium 
de Pauy. 

a. ZooL et paléonU françatsest sT éd., 1869, P* 1^1 P^- I7> ûg- i"^- 



aO& CH. DBPÉRET. — RÉVISION DES FORMES EUHOPÉENNBS 4 MoTS 

place du côté gauche, précédées d'un loag diastème qui les sépare 
de la canine, et où Ton ne voit aucune trace de la première prémo- 
lairej^. Cette absence de p^ est le seul caractère important qui 
distingue cette pièce du P. DuvaU de Paris et j*hésite beaucoup à 
attribuer à cette différence une valeur spécifique, en raison de la 
variabilité avec laquelle p^ persiste ou devient caduque chez beau- 
coup d'espèces de Pachydermes. 

11 devient facile, à Taide de cet ensemble de documents, de 
préciser les caractères du genre Pachynolophus. 

Molaires supérieures au nombre de sept dans le type de Passy 
(d*après la figure de Gervais), impossible à contrôler aujouinl'hui ; 
au nombre de six seulement dans le crâne du Minervois par suite 
de l'absence de p* . 

Arrière-molaires supérieures, au nombre de ti'ois, constituées 
par deux tubercules externes, moins franchement coniques que 
dans H}^racotherium , un peu comprimés en travers, mais comme 
dans ce dernier, dépourvus de colonnette médiane (mesostyle) au 
milieu de la muraille externe; deux tubercules intermédiaires en 
proportion bien moins gros que dans Hyracotherium, et ayant 
une tendance très nette à s'allonger surtout au lobe postérieur, en 
crête transverse perpendiculaire à la muraille ; deux denticules 
internes moins coniques que dans Hyracotherium^ assez fortement 
comprimés d'avant en arrière. Le bourrelet basilaire est beaucoup 
moins développé que dans Hyracotherium, maison revanche, il 
s'épaissit et se relève à Tangle antéro-cxterne en une pointe sup- 
plémentaire (parastj'le de M. Osborn), rappelant celle des iopAio- 
don, pointe qui est bien moins forte dans Hyracotherium. leporinum. 

Prémolaires supérieures : la dernière p^ et Tavant-dernière p^ 
de forme triangulaire comme dans Hyracotherium, formées de 
cinq denticules, deux externes, deux intermédiaires extrêmement 
réduits (le postérieur à peine sensible), un denticule interae subco- 
nique qui correspond à celui du lobe antérieur. Le denticule 
postéro-interne a disparu, mais le bourrelet basilaire s'épaissit 
assez fortement à ce niveau, comme pour en remplir la place, p^^ 
est allongée avec une pointe principale et un talon arrondi postéro- 
interne, p* est à deux racines (dans le type de Passy) et fait défaut 
dans le crâne du Minervois. 

La dentition inférieure est encore mal connue : trois arrière- 
molaires constituées chacune par deux demi- croissants comprimés 
d'avant en arrière, provenant de la fusion des deux tubercules 
interne et externe des Hj^racotherium ; extrémités internes de ces 
demi-croissants formant des piliers épaissis qui marquent la place 



igoi 



DS LA FAMILLB DBS HYRAGOTHÉRIDÂS 



205 



des denticales internes; le pilier médian souvent dédoublé à son 
sommet; m^ avec un troisième lobe de forme elliptique. 

Trois prémolaires (dans la mandibule de Passy aujourd'hui 
disparue) ;~p^ molariforme à deux demi-croissants, Tantérieur plus 
étroit ;"p^ et surtout'p* avec une pointe antérieure suivie d'un lobe 
postérieur plus abaissé ;^fait défaut dans la mandibule type. 

Les caractères distinctifs des deux genres sont résumés dans le 
tableau suivant : 



Genre Hyracotheriam 
(Type : H, leporinum Owen) 

BCaCHOIRB SUPéRIBURB 

3 M à six denticales de forme 
conique, les a externes presque régu- 
lièrement coniques, les intermédiai- 
res ayant à peine une légère tendance 
i s'allonger en crête transverse, les 
internes à peu près coniques. 

Bourrelet basilaire épais et continu, 
«e relevant à peine à l'angle antéro- 
ieme en rkuparcLstyle peu accentué. 



Pas de coionnette médiane {meao- 
mtyU) sur la muraille. 

/% P, les deux dernières p* et p^, 
lri.4mDgalaires,à 5 denticules coniques, 
le^ intermédiaires assez forts et à 
peizie comprimés. 

J>^ et p* allongées ; p* parfois 



séf>«rée de p* par un diastème. 

Mandibule 

^ à 4 denticules distincts dispo- 
en deux rangées, les internes 
^*^iqiics, les externes subcrescenti- 
foK^wnes; m*^ avec un fort talon bitu- 



_^ X*:^fl"p»^à 4 denticules; p* et 
P «vec une pointe élevée et un lobe 
P*^^t^rieur plus bas. 



Genre Pachynolophns 
(Type : P. Duçali Pomel) 

Machoirb supériburb 

3 M à six denticules, les externes 
comprimés en travers, les intermé- 
diaires aplatis en crêtes transverses, 
les internes subconiques, comprimés 
d*avant en arrière. 

Bourrelet basilaire très mince, 
presque effacé du côté interne, mais 
en revanche relevé à Tangle antéro- 
externe en un fort parastyle, sail- 
lant en dehors. 

Pas de mesostjrle. 

4 P (ou 3 P suivant les spécimens), 
le8 deux dernières triangalaireê à 3 
denticales snbconiques^ les a inter- 
médiaires très petits, surtout le pos- 
térieur. 



p' ullongée ; p^ présente ou absente, 
mais toujours rapprochée de p*. 

Mandibulb 

3 M à deux demi-croissants com- 
primés en Y ; denticules médians 
internes, rapprochés, mais distincts 
au sommet ; m' avec un talon de 
forme semi-circulaire. 

3 P seuiement (mandibule type) : 
forme mal connue dans le détail. 



^'espèce type du genre, le Pachynolophus Duvali, est une toute 
p^Ute espèce : dans la pièce type de Passy, la dernière molaire 
*^périeure mesure 9 millim. ; la dernière inférieure 12 millim. ; 



ao8 GH. DEPÉRBT. — RÉVISION DES FORMES EUROPiKNMBS 4 MrTS 

les trois arrière-molaires inférieures réunies aS millim. La figure 
reproduite par P. Gervais donne 4^ mill. pour la série des six 
molaires supérieures ; cette même série mesure 4^ mill. dans le 
crâne du Minervois,m^ comptant dans cette longueur pour 9 mill. 

Mais à côté de cette petite forme, P. Gervais a fait connaître du 
calcaire grossier à Cérithes de Gentilly, une espèce un peu plus 
grande, qu*il a nommée Pach}'nolophu8 PreQOsti *. Les pièces types 
de cette espèce, que j*ai pu étudier au Muséum de Paris et que je 
reproduis (pi. Y, ûg. a), consistent en une arrière-molaire supé- 
rieure (vraisemblablement m-) mesurant 9 mill. 5 de longueur; 
et une moitié de mandibule portant en place la série complète des 
six molaires mesurant 55 mill., m^ étant pour 14 mill. 5 dans cette 
longueur. Le Muséum de Paris possède en outre de la môme 
localité de Gentilly une série des cinq dernières molaires supé- 
rieui'es droites (pi. V, fig. 3), qui appartiennent, je crois, égale- 
ment au P, Preçosti. Le caractère distinctif le plus constant du 
P. Preçosti me parait être la présence d'une ébauche de colonnette 
médiane entre les deux lobes de la muraille extei*ne ; mais cette 
colonnette est encore tout-à-fait rudimentaire et ne rappelle que de 
fort loin le mesosVyle si développé des genres Propalœotherium 
et Lophiotherium. Quant aux prémolaii*es p> et £^, elles sont 
triangulaires à cinq denticules comme chez le P, DupaU, 

En dehors du bassin de Paris, les vivais Pachynolophus sont 
assez rares. Riitimeyer a rapporté au P, Duvali quelques molaires 
supérieures du Sidérolithique d'Egerkingen - qui peuvent bien en 
eilet appartenir à ce type, mais je pense qu'il faut rapporter au 
genre Propalœotherium les pièces du même gisement ^ qu'il a 
attribuées au P, Prci'osti : la muraille de toutes ces molaires supé- 
rieui^s est en elïet pourvue d'un fort mesostyle qui n'est jamais 
aussi développé chez les Pachynolophus, 

J'ai vu au Muséum de Paris, du calcaire éocène d'Argenton 
(Indre), une seule molaire supérieure et quelques molaires d'en bas 
pouvant être attribuées au P, Duçali. D'autres molaires plus fortes 
et munies d'une petite colonnette médiane sur la muraille ont été 
rapportées au P, Preçosti, Mais il me pamît certain qu'une partie 
au moins de ces dents, à côte médiane bien développée, doit être 
rapportée au Propalœotherium parvulum Laur. (5^ Lophiodon 
d'Argenton, Blainville, pi. III). 

Enfin Gervais a décrit, des grès éocènes du Minervois (grès de 

I. Zool. et paléont. fr.^ 1869, p. ia6, pi. 35, ûg. i5-i6. 
a. Eoc, Saùg, v, Egerkingen, 189a, pi. Il, ûg. ia-14. 
3. Id., pi. n, ûg. 6, 7, 8, 9, 10. 



I9OI DE LA FAMILLB DES HYRACOTHERIDES aOQ 

Cesseras) sous le nom de Pachynolophus cesserasicus * une espèce 
plas forte que le P. Prevosti et particulièrement caractérisée par 
la forme étroite et très allongée de sa dernière arrière-molaire 
inférieure. 

Quant aux formes de FEocène inférieur des environs de Reims 

^/aune agéienne du D' Lemoine), tels que le P. Gaudryi et le 

^. MaldarU, j*ai déjà eu Toccasion de dire plus haut (voir genre 

.^^racotherium) que ces formes constituaient à quelques égards 

transition entre les Hyracotheriam et les Pachynolophus^ 

en restant plus rapprochées de ces derniers. 



e ne vois dans les formes américaines aucune espèce qui puisse 
trer d'une manière exacte dans la définition du genre Pachyrto- 
us ; mais ainsi que je Tai dit plus haut, les animaux de l'étage 
"^Vasatch désignés comme Hyracotherium par les paléontolo- 
es américains sont en réalité très peu éloignés des Pachynolo' 
et constituent une sorte d'intermédiaire entre les deux genres. 



s longs détails qui précèdent ne m'ont pas semblé inutiles 
T préciser les caractères génériques des Pachynolophus^ parce 
ces caractères ont été méconnus par la plupart des paléontolo- 
s, depuis la publication de l'important mémoire de Kowa- 
5iky sur le développement des Ongulés 2. Ce savant paléontolo- 
prend pour type du genre Pachynolophus (iîg. 8) une série de 
1 aires m^ m* p* qui proviennent (d'après le texte et Texplica- 
^ des planches) du calcaire grossier de Gentilly, près Paris. 
•■ ignore absolument où l'auteur a pu observer cette pièce qui 
'^ ^iciste pas, à ma connaissance, dans les collections du Muséum 
^^ I*aris. Mais ce qui est bien certain, c'est qu'elle diffère complè- 
^"^^ïàent par tous ses caractères de ceux du type du genre Pachyno- 
^^^f^hus (P. Duvali) : 1^ les arrière-molaires portent au milieu de 
■^^ muraille externe un mesostyle bien développé qui manque aux 
^i^y^acotherium aussi bien qu'aux Pachynolophus ; 2° la dernière 
Pï^molaire p^est une dent subrectangulaire à six denticules (les 
^^ux internes existent), tandis que dans les deux genres précités, 
V_* et f^ sont triangulaires avec un seul denticule interne. Le 
Pi^tendu Pach} nolophus de Kowalevsky n'est donc ni un Hyraco- 
^hej^iiun, ni un Pachynolophus, ni môme un Propalœotherium 
(dans ce genre, p* est aussi triangulaire à cinq denticules), et si 

i. Zool et paléontfr., p. 126. pi. 18, fig. 8-8". 

2< Monogr. d . Gattung Anthracotherium und Versuch ein naturl. Classif . 
d. to«8. Hofthiere {Palmoniographica, U XXII, 1876, p. 1107. pi. Vm). 

'fc SepUïmbre 1901. — T. i«r. Bull. Soc. Géol. Fr. — 14 



•JIO CH. IIEPBRET. — REVISION DES FORMES EUROPEENNES 4 MeTS 

l*on peut s*en rapporter au dessin de Taateur, il rentrerait plutôt 
dans les caractères du genre Lophioiherium, tel qu il sera défini 
plus loin. Je ne puis m'expliquer l*erreur de Kowalevsky que par 
quelque substitution d'étiquette dans les collections de Tauteur. 

Quoi qu'il en soit, la définition erronée du Pachynolophus de 
Kowalevsky est devenue classique, grâce aux travaux des paléon. 
tologistes qui ont suivi cette manière de voir, en particulier de 
M°>e Marie Pavlow, dans son beau travail sur le développement 
des Equidés S de M. Lydekker - et surtout de M. le professeur 
Zittel dans son magisti'al Traité de paléontologie ^. Partant de la 
définition du Pachyrwlophas de Kowalevsky ^, c'est-à-dire d*un 
animal à molaires supérieures [>ourvues d*un mesostyle et à der- 
nière prémolaire à six denticules, M. Zittel est entraîné par un 
raisonnement d'ailleurs logique, à exclure des Pachynolophus le 
type même du genre, le P. Duçali, à cause de ses molaires sans 
mesostyle et de sa jr^ triangulaire à cinq denticules, et à le faire 
rentrer dans le genre Hyracolherium, dont il est en effet assez 
voisin. 

En réalité M. Zittel a groupé dans son genre Pachyiiolophus à la 
fois des Pachynolophus vrais (P. Gaudryi, P. PreQosti)^ des 
Propalœotherium (P. pan^uius)^ mais sa définition s*applique sur- 
tout à des Lophiotherium {Pachynolophus siderolithicus Pictet). 
J*osc espérer que les explications qui précèdent pourront apporter 
quelque lumière dans ces confusions presque inextricables. 

Genre Propal^eothbrium Gervais. 

Le genre Propalœotherium a été établi en 1849 par Gervais ' qui 
a su reconnaître avec sa sagacité habituelle, et malgré la pénurie 
des matériaux dont il disposait, les véritables affinités de cet 
animal. L'espèce type est le Propalœotherium isselanum (JPalœo- 
therium isselanum Cuv. Blainv.), et les caractères du genre furent 
appuyés à l'origine à peu près exclusivement sur l'étude des 
molaires inférieures. Voici la diagnose donnée par Gervais en 1859 ^ : 

I. BulL Soc, impér. d, fiataraUstes de Moscou^ 1888, n* i, pL I, fig. a. 
3. Catal. fous, MamniaUa Brit. Mus., 1886, part, m, p. i3. 

3. Traité de paléontologie, t. IV, p. 0/^2, iig. 178-179. 

4. M. Zittel reproduit (iig. 178) la figure déjà donnée par Kowalevsky, 
mais en lai donnant, sans doute par suite d'une erreur d'impression, le 
nom spécifique de Paehxnolophus DesmaresU Gervais, qui n'a jamais existé 

5. C. R, Ac, Se, Paria, 1849, t. XXIX. p. 383 et 57Ô. 

6. ZooL etpaléont. franc,, a* éd., 1869, p. ii5. 



I9OI DB LA FAMILLE DES UYRACOTUERIDES 311 

« Nombre total des molaires inconnu. Les supérieures assez sem- 
« blables à celles des Lophiodons, les inférieures ayant une dispo- 
« sition de leurs croissants intermédiaire à celle des Pachynolopbes 
<x et des Paléothériums, c'est-à-dire que les deux lobes ou collines 
« dont la forme est en croissant y sont placés bout à bout ; la 
« dernière de ces dents est pourvue d'un troisième lobe portant 
« sur la couronne une facette oblongue. )» C'est à Rûtimeyer ^ et à 
M. Filhol - que nous devons des connaissances plus complètes sur 
les caractères du genre. J'ai pu réunir moi-même du gisement de 
Lissieu des séries dentaires complètes d'une petite espèce (P. par- 
Qulum Laur.) dont je donne des figures photographiques (pi. lY, 
fig. 2^). 

Le nombre des molaires est de 7, c'est4i-dire qu'il y a, à la 
mandibule, une prémolaire de plus que dans le Pachynolophus ; 
ce fait est parfaitement établi par la demi-mandibule d'Issel 
figurée par M. Filhol {loc. cit., pi. XII, fig- 10 et i4) où Ton voit 
en place les trois arrière-molaires, les trois dernières prémolaires 
et les deux alvéoles de p^ à deux racines. 

Les arrière-molaires d'en haut sont à six denticules et ont de 
grandes i^essemblances avec celles des Pachynolophus. Elles s'en 
distinguent néanmoins très aisément au premier coup d'œil par 
l'existence d'une colonnette médiane (mesostyle) sur la muraille 
externe, caractère qui fait entièrement défaut chez Y Hyracothe- 
rium et le Pachynolophus, On peut noter en outre certaines 
nuances dans le degré de compression des denticules, plus prononcé 
en général dans le Propalœotherium : les denticules externes sont 
plus serrés en travers, les intermédiaires mieux alignés en crêtes 
transverses, les internes avec une tendance crescentiforme très 
accentuée. 

Les prémolaires supérieures sont au même degré d'évolution 
que chez Ilyracotherium et Pachynolophus : les trois dernières 
sont triangulaires à cinq denticules, les deux intermédiaires relati- 
vement petits et allant en diminuant de p* vers p^. Le mesostyle 
existe encore dans p*, est tout-à-fait inidimentaire dans p^ et a com- 
plètement disparu dans [y^. p' est de forme allongée avec une 
pointe principale et un talon postéro -interne. 

La dentition inférieure ressemble aussi beaucoup à celle des 
Pachynolophus : les arrière-molaires sont formées de deux demi- 
croissants comprimés en V, dont le postérieur vient se terminer 

I. Eoc. Saûg. V. Egerkingen. 1891 {Mém. Soc, paléont. suiasCt t. XVIQ). 
a. Vertébré» foss. dlssel, 1S86 (Mém. Soc, géoL France, (3X V). 



'àitÀ CH. DXPÉJisT. — RÉVISION DES FOEifES xuBoracfin» 4 Mars 

en contre-bas de la muraille dn croissant anténenr. Le point de 
jonction des deux croissants forme nn pilier moins épais <pie dans 
Pachy-nolophfUn mais également dédoublé au sommet. Les denti- 
cules internes sont en somme, moins individualisés que dans 
Paehynolophas^ de sorte que les molaires se rapprochent davan^ 
tage de Taspect des molaires des Palœotheriam. 

Des quatre prémolaires, la dernière p^ est molariforme, avec 
un lobe antérieur un peu plus diminué. Dans'p' le lobe postérieur 
s'abaisse tandis que le demi-croissant antérieur s'élève en une 
pointe saillante et tend à se dérouler en ligne droite. Dans ~p^ et 
surtout dans p^ il ne reste plus qu'une pointe principale suivie 
d*un petit talon très abaissé. 

Je connais à llieure actuelle quatre espèces de PropaUBotheriam : 
le type du genre, P, isselanam * a été découvert à Issel, mais se 
retrouve à Argenton, à Egerkingen et à lissieu. Dans cette espèce 
m' d'en haut mesure i8 mill. ; In^ inférieure à trois lobes mesure 
aa mill. 

Le P. argentordcum - Gerrais est une forme un peu plus grande, 
mais bien voisine de la précédente (m^ super, aa mill. ; m^ infé- 
rieure» 3o mill.). On la trouvée à Argenton, à Lissieu, à Egerkin- 
gen et à Buchweiler (Alsace). 

Une troisième espèce, beaucoup plus petite que les précédentes 
a été d'abord signalée |>ar Cuvier à Argenton sous le nom de 
cinquième Lophiodon iT Argenton, puis désignée par Laurillard 
sous le noui de Lophiodon parvuUun. C'est la même espèce qui a 
été retix)uvée très abondamment à Egerkingen i>ar Rûtimeyer qui 
lui a donné le nom de Propalœotherium minutum, 11 fautla désigner 
sous le nom de Propalœotherium par%*ulum : sa m^ supérieure 
mesure lo mill. 5 : m^ d*en bas i4 niillim. L'espèce se trouve à 
Argenton, à Issel, à Lissieu et à Egerkingen. 

Enfin je me propose de tlécrire à Lissieu une forme encore beau- 
coup plus petit** (ilï? inférieure lîi mill.) sous le nom de Propalœo- 
Iherium pygrfuvum. 

Je ne vois dans les types américains aucune forme rentrant 
exactement dans le genn^ Propalœotherium (molaires avec un 
mesostyle ; ]y^ et p-* triangulaires à 5 denticules). Mais le type des 
couches de Wind River décnt par Cope sous le nom de Hyr. 
oenticolum. espèce dont M. Wortmann a fait le genre Protoro- 

I. PaUeotheriam isselanum Blainv. Ostéog^,, pi. VŒ. — Prop i^selanum 
Genrais. Zool. etpaLfr., i^j, pi. 19, ûg. 5. 

a. Palmothenum mnimm (crArgenton) Blainv. Oêtéogr.^ pL VIIL 




tpOl DE LA FAMILLE DES HYRACOTHÉRIDÉS ÏIi3 

hippus est très rapproché du Propalœotherium par ses molaires 
supérieures avec un rudiment de mesostyle et sa £^ triangulaire à 
cinq denticules ; il se distingue du Propalœotherium par sa ]3^ de 
forme quadrangulaire à quatre denticules^ l'intermédiaire du 
deuxième lobe ayant totalement dispaini. D*après la figure de 
M. Wortmann, (loc. cit,^ fig. i5), il n'y aurait que six molaires à 
la mâchoire supérieure. 

Genre Lophiotherium Gervais 

Le Lophiotherium est le genre jusqu*ici le moins bien connu de 
la famille : aussi n*est-il pas étonnant que les paléontologistes 
d'Europe et d'Amérique aient pris ce nom dans les acceptions 
les plus diverses. Le genre a été créé par Gervais * d'après trois 
fragments de mandibule provenant de l'Eocène supérieur des 
environs d'Alais (Gard) ; la plus complète de ces pièces, figurée 
par l'auteur (figure lo) porte en place les cinq dernières molaires 
(bP — ^) et les alvéoles doubles des deux premières prémolaires 
(p^ — p*^), ce qui fait en tout sept molaires pour la mâchoire infé- 
rieure. Un autre de ces fragments (fig. ii) montre en place les 
quatre prémolaires, et complète ainsi les données fournies par la 
figui^e 10. La diagnose de la dentition inférieure est indiquée par 
Gervais de la manière suivante : « Sept molaires inférieures ; les 
« quatre avant-molaires biradiculées, croissantes de la première à 
« la quatrième qui est déjà très sensiblement tapiroïde ; les trois 
« arrière-molaires à deux collines subobliques reliées entr elles par 
« une crête en diagonale allant du milieu d'une colline au bord 
« externe de celle qui suit ; la dernière pourvue d'un fort talon 
« simulant presque un troisième lobe ». 

Dans le texte qui suit cette diagnose, Gervais qui avait d'abord 
par erreur rapproché cet animal des Dichobune sous le nom de 
D. cerçinum, indique fort bien ici les affinités du Lophiotherium 
avec le groupe des Pachynolophes, dont il diff'ère par la présence 
de sept molaires au lieu de six (une prémolaire de plus) et par les 
denticules internes et externes moins distincts, mieux fondus en 
crêtes transverses. 

Ces observations sont très exactes et très-judicieuses ; mais elles 
ne pouvaient conduire à une appréciation définitive des afiinités 
du Lophiotherium, en l'absence de la dentition supérieure qui nous 
a fourni pour les autres genres de la famille des Hyracothéridés 

I. ZooL etpal.fr., 1869, p. 114, pi. 11, lig. 10-12. 



9l4 CH. DERKET. KFTISION DES FOUIES ETBOPteonES 4 MaTft 

le criténoin le plus sAr et le plus ptéds. Les moUires sapérienres 
du Lophioihenuim étaient incoiiniie< de Genrais et elles Tétaient 
restées encore jnsqa'ici. conune en lémoi|:ne la diagnose du genre 
dans le Trmîté de M. le professeur Zittel. Xai eu la bonne fortune 
en reprenant les fouilles dans les localités du bassin dWlais d'où 
proTenaient les pièces types iSaint-HîppolTte de Caton)de retrou- 
Ter le Lophiotheriam en grainde abondance : j'ai pu réunir dans 
les collections de rUniversîté de Lvon plus de cinquante demi- 
mandibules et trente cinq demi-mâchoires supérieures plus ou 
moins complètes, qui me permettront de donner une description 
définitive des caractères de ce curieux «enrv y>l. IV, fig. 4-6). 

Mâchoire sapérieare. — On ixuupte trois arrière-molaires et 
quatre prémolaires. Les arrière-molaires ont six denticules : deux 
externes subconiques lè^*reuient comprimés en travers à peu près 
comme dan< les Paehyyiolophus ; deu:si intermédiaires relativement 
assex gros et bien distincts, allongés en cn^tes f^rpendiculaires à 
la muraille, surtout au lobe postérieur: deux internes subconiques. 
un peu comprimés d'avant en arrière à tendance beaucoup moins 
crescentoide que dan< le PropaUeotherium, et à peu près de la 
forme de ceux de Pachynolophus. Le bourrelet basiiaire est assez 
bien développé quoique mince et il se relève en un fort mesostj'le 
entre les deux denticules externes, et en outre à Tangle antéro- 
externe en un parastvle bien moins é|)ai< et moins saillant que 
dans Pachrnolophus et PropaUet^heHum. Dans leur forme géné- 
rale* les arrière-molaires du Lophiotherium sont moins cari*ées« 
plus allongées en travers que dans Pn.ipalitotherium et surtout 
que dans Pachrnolophas. m^ est moins ditrén»ite dejn- et de m^ 
que dans ces deux derniers genres, où le lobe postérieur de cette 
dent est moins développa- que le lobe antérieur. d*où résulte pour 
m* une tendance à la forme sub-triaugulaire : dans Lophiotherium^ 
le lobe postérieur de m^ est presque aussi fort que le lobe anté- 
rieur. 

Les prémolaires du Lophiotherium sont surtout intéressantes et 
présentent une structure très différente de celles des genres précé- 
demment étudiés. 

La dernière prémolaire p^ est une dent uiolariforme à six denti- 
cules qui ne diffère de m' que par des dimensions un peu plus 
petites et par le mesostyle un peu plus atténué : elle diffère donc 
complètement de p^ triangulaire à cinq tubercules qui existait dans 
tous les autres genres de la fauiille depuis T A/ rrat^^^Aerio/fi jusqu'au 
Propalœotheriam inclus. 

L'avant-dernière prémolaire j)^ offre uue particularité des plus 




/ _ f 



I9OI DE LA FAMILLE DES HYRACOTHERIDKS 210 

cuneuses : en général (dix exemplaires sur treize) c'est aussi une 
dent molari forme à six denticules de la même forme que p^ et 
se^lement un peu plus petite. Mais sur quelques sujets du même 
gisement (qu*il est impossible de ne pas rapporter à la môme 
espèce en raison de l'identité de tous les autres caractères), les 
deux denticules internes se rapprochent et se soudent Tun à 
l'autre de sorte que la couronne prend un aspect sub-triangulaire 
qui rappelle les prémolaires des Pachynolophus et des Propalœo- 
theriam; cependant la trace des deux denticules reste toujours plus 
ou moins complètement visible soit sous la forme de deux petits 
cercles d'usure accolés, soit sous celle d'un sillon vertical sur la 
muraille interne. Il y a chez ces individus conmie une tendance 
atavique rappelant les prémolaires triangulaires des genres ances- 
traux du Lophiotherium, 

La deuxième prémolaire p^ est triangulaire mais compte néan- 
moins six denticules ; les deux externes très rapprochés, sans 
mesostyle : les deux intermédiaires tout petits, les deux internes 
presque entièrement soudés entr'eux en demi-croissant, mais 
pourtant encore distincts au sommet, 

La première prémolaire p_[_est plus allongée et plus triangulaire 
que jgj avec ses deux denticules intermédiaires presque entière- 
ment atrophiés. 

Le bourrelet bas i lai re est en général très mince chez le Lophio- 
iherinm: il est plus continu dans les arrière-molaires que dans les 
prémolaires où il disparaît presque du côté interne. 

En avant de la série continue des sept molaires, on voit chez le 
Lophiotherium une longue barre (a'i niillini.) qui les sépare d'une 
canine assez longue, pointue, aplatie en travers, avec deux bords 
tranchants en avant et en arrière. Les incisives me sont encore 
inconnues. 

Mandibule. — 11 existe comme en haut tr<»is arricre-molaii'es et 
quatre prémolaires. 

Les arrière-molaires ressemblent presque complètement à celles 
des Propalœotheriuni : elles sont formées chacune de deux demi- 
croissants comprimés en forme de V, le point de jonction des deux 
demi-croissants du C(Mé interne de la couronne s'épaissit (»n un 
pilier vertical qui provient visiblement de l'accolenient de deux 
denticules, dont les pointes l'cstent encorde bien distinctes sous 
forme d'un dédoublement du pilier interne à son sommet. La 
dernière m< porte un troisième lobe en demi-cercle, bien déve- 
loppé. Un bourrelet basilaire mince entoure ces dents sauf du côté 
interne où il est complètement eftacé. 



aïO CH. DÉPÉRIT. — RÉVISION DES FORMES EUROPÉENNES 4 MarS 

Des quatre prémolaires, les deux dernières~p^et p^sont tout-à- 
fait molariformes et ne di(I%rent des arrière-molaires que par la 
forme un peu plus étroite du lobe antérieur, ce qui donne à 
renseinble de la couronne une tendance subtriangulaire. Dans p-, 
cette forme triangulaire est encore plus marquée, par suite de la 
tendance du demi-croissant antérieur à se prolonger en avant. La 
pi*eini(^re prémolaire^est une petite dent à deux racines composée 
d*une pointe triangulaire extérieure, suivie d*un talon bas qui 
représente le deuxième lobe. Le bourrelet basilaire est plus mince 
que celui des arrière-molaires, et il est également eliacé du côté 
interne. 

En avant de la rangée continue des sept molaires, existe une 
barre de vingt millim., précédée d*une canine pointue haute de 
douze millim., de forme moins comprimée en travers qu'à la 
mftchoirt^ supérieure. Les incisives inférieures me sont encore 
inconnues. 

Kn résumé la dentition du Lophiotherium diJQère essentiellement 
de celle des genrt*s qui l'ont précétio dans FEocène inférieur et 
moyen ^wr ses dernièrt^s prémolaires d'en haut et d'en bas tout-à- 
fnit semblables comme structure aux arrière- molaires. Cette denti- 
tion homin>donte forme un contraste remarquable avec la dentition 
hWrodonte des Ilyracotherium, des Pachrnolophus, des Propa- 
Uvotherinm et constitue un pas décisif dans le sens de l'évolution 
du giH)Upe vers la dentition des Kquidés. 

La comparaistm entre les genres Pach}'nolophus, Propalœothe- 
rium et LophiotherUun est résumée dans le tableau suivant : 



Paebynolopbua 
(Trpe : P. Dmpali Pom ) 



DenUUonM^pi^ \ 



M sapcri<rui^$ i 6d<rii- 
ticQlrs ; les « <rxtem<r$ 
sabconiques : 1rs a îd 
t^nnédiaires petits et 
im peu allongés ; les 
înlemes sobconiqoes. 
an pen comprimés 
d'armnt en airière. 



I 



Propalsotheriom 
(Typ^^ : P* isseianum Bl.) 

M— P-î- 

M supérieures à 6den- 
tioules ; les :i externes 
etuiiprimés et allongés, 
les â intenné\liaires 
alkmgés en crêtes trans- 
verses, les a internes à 
tendance enracenli/or- 
me irts mtttt. 



Xjophiotheriom 
(T. : L. cerpolom Gerv.) 



3 4 
M — P — 
Si 



M snpérienres aUon- 
gées en travers à 6 den- 
ticoles, les a externes 
subconiqnes,le8 a inter- 
médiaires assez gros et 
nn peu allongés, les a 
internes snbconiqnes, 
nn pen comprimés 
d'avant en arrière. 




igoi 



DE LA FAMILLE DES HYRACOTHÉRIDES 



217 



Pas de mesostxi^' 

Parastyle fort et sail- 
lant en dehors. 

p* et p' triangulaires 
à 5 denticules ; p' allon- 
gée, p^ présente ou ab- 
sente suivant les spé- 
cimens. 



M inférieures à deux 
demi-croissants ; denti- 
cales médians internes 
épaissis et distincts. 

p* molariforme ; les 
P antérieures peu con- 
nues. 



I MesostxU bien déve- 
loppé. 

Parastyte assez fort et 
moins saillant dehors. 

p*, p' et p' triangu- 
laires à 5 denticules. p* 
allongée. 



M inférieures à deux 
demi-croissants; denti- 
cules médians internes 
moins épaissis et moins 
distincts. 

p* molariforme, le lo- 
be antérieur plus étroit, 
p' triangulaire en avant, 
avec lobe postérieur 
abaissé, p' et p* à une 
seule pointe antérieure, 
suivie d^un talon bas. 



MesostyU bien déve- 
loppé. 

Parastyle 'très petit 
et peu saillant. 

p^ et p' molariformes 
a 6 denticules, les a in- 
ternes parfois soudés 
dans p' ; p' triangu- 
laire, mais avec a den- 
ticules internes encore 
distincts, p* allongée. 

M inférieures, à deux 
demi-croissants; denti- 
cules médians internes 
épais et bien distincte. 



p* et p' molariformes, 
le lobe antérieur plus 
étroit, p' triangulaire 
en avant avec lobe pos- 
térieur très abaissé, p* 
très petite avec une 
seule pointe antérieure 
et un talon bas. 



Le type du genre Lophiotherium est le L, cervulam Gervais *, 
petite espèce de TEocène supérieur du bassin d'Alais, dont j'ai pu 
retrouver le gisement, qui m'a fourni, ainsi que je l'ai dit plus 
haut, toutes les parties encore inconnues de la dentition supérieure. 
L'espèce se retrouve, je crois, dans les phosphorites du Quercy. 

Il faut certainement rapporter au genre Lophiotherium l'espèce 
du Sidérolithique du Mauremont (Vaud), que Pictet a décrite sous 
le nom de Hyracotheidum siderolithiciim - et que M. Zittel a 
ensuite rapporté à tort au genre Pachynolophas, On retrouve 
dans l'espèce de Pictet tous les caractères du Lophiotherium : 
molaires allongées en travers à six tubercules peu comprimés, avec 
MU fort m,esostj'le et un parastyle peu développé ; prémolaires 
p_^ et p^ molariformes à six denticules (type homœodonte). L'ani- 
mal de Mauremont, dont je possède quelques dents isolées, est 
tellement voisin du L. cennilum du Midi de la France qu'il me 



I Zool. et paléont. franc., a» éd., 1869, p. 114, pi XI, fig. 10-12. 

a Mémoire sur les animaux vertébrés trouvés dans le terrain sidéroli- 
thique du canton de Vaud. Matériaux pour la paléont. suisse, i'* sér., i855-59, 
p. 53, pi. IV, fig. 14. 



2l8 CH. DEPÉRET. — RKVTSION DES FORMES EUROPiENNBS 4 MarS 

paraît même difficile de l'en séparer spécifiquement ; peut-être la 
forme des molaires dans Tespèce suisse est-elle encore plus trans- 
verse que dans le type du bassin d*Alais. et les bourrelets basi- 
laires encore plus effacés. 

En revanche, je crois qu*il faut écarter du genre Lophiotheriunt 
toutes les molaii*es inférieures du Sidérolithique d*Egerkingen 
(Eocène moyen) que Rûtimeyer * a attribuées k ce genre sous les 
noms de Lophiotherinm cenmlum et de L, elegans. Ces dents me 
paraissent appartenir au Propalœotherium minutum à divers 
stades de leur sortie des alvéoles. J*ajouterai que la même conclu- 
sion me semble s'imposer pour tontes les molaires d*en haut et 
d*en bas que le même paléontologiste a rapportées à VHyracothe- 
rium siderolithicum de Pictet dans le gisement d'Ëgerkingen - : la 
figure i8 de la planche II en particulier montre une prémolaire 
supérieure à cinq denticules tout à fait étrangère au genre Lophio- 
therium et qui me parait identique à p* du Propalœotherium 
minutum, 

D après ces observations, il n*existerait trace du genre Lophio- 
therium ni à Kgerkingen. ni dans aucun autre gisement de TEocène 
moyen et ce genre serait exclusivement propre aux dépôts de 
TEocène supérieur (Alais, Mauremont, Phosphorites du Quercy). 

En Amérique, le type de l'étage de Bridger (Orohippus cuspi- 
datus Cope) ^ et surtout les espèces de Tétage d'Uinta dont Marsh 
a fait le genre Epihippus ^ (Epihippus uintensùi, gracilis et agilis 
Marsh) avec leurs dernières prémolaires p^et jj^ molariformes 
(quadrangulaires à six denticules) représentent un stade d'évolu- 
tion au moins extrêmement rapproché du Lophiotherium, si même 
ils ne doivent pas lui être réunis. Il est intéressant de remarquer 
que Tétage d'Uinta correspond comme niveau à TEocène supérieur 
d'Europe, c'est-à-dire à l'horizon exact du Lophiotherium, 

Résumé et conclusions 

Le type le plus primitif de la famille est sans conteste YHyra- 
cotherium de l'argile de Londres (Eocène inférieur) avec ses 
arrière-molaires supérieures à six denticules coniques (type buno- 

I. Kocene Sangeth. v. Egorkingen^ 1892, pi. III. lig. i3-i6. 
!i. Id., pi. n, ûg. 17, 18. 19 et pi. ni, lig. 17. 

3. Cope. Wheeler Survey Report, p. a67. pi. LXV, fig. 18. — Wohtman, 
loc. cit., p. 108, fig. 18. 

4. Marsh. Amer. Journ , 1871-75. — Scott. Mamm. Uinter formation, 1889. 



igOÎ DK LA FAMILLE DES HYRACOTHERIDES aiQ 

donte), entourées d'un épais bourrelet basilaire, sans mesostyle^ et 
SiYec parastyle peu développé. La dentition supérieure est essen- 
tiellement hétérodonte^ les dernières prémolaires étant triangu- 
laires à cinq deatieules. La dentition inférieure est également d*un 
type primitif, chaque molaire étant formée de deux paires trans- 
verses de denticules distincts non reliés en deux demi-croissants 
comme cela aura lieu dans les formes plus évoluées. De ces quatre 
denticules, les deux internes sont restés coniques (bunodontes) 
tandis que les deux externes ont une tendance crescentiforme 
(sélénodonte) déjà très apparente. Les prémolaires inférieures se 
distinguent des arrière-molaires par la réduction et. rabaissement 
de leur lobe postérieur, de pins en plus accentués d^arrière en 
avant. Ce genre que Ton doit considérer comme la forme la plus 
archaïque du groupe est tout à fait spécial à TÉocène inférieur du 
bassin de Londres. 

Le passage de Y Hyracotherium au Pachynolophus de TEocène 
moyen se fait par Fintermédiaire des intéressantes espèces de 
TEocène inférieur d'Ay, près Reims, décrites par le D"" Lemoine 
sous les noms de Propachynolophus Gaudryi et de Pachynolo- 
phus Maldani, Dans la première de ces deux formes tout spécia- 
lement, on retrouve encore plusieurs caractères importants de 
Y Hyracotherium, tels que la forme prévue carrée, à peine trans- 
verse des arrière-molaires supérieures entourées aussi d'un large 
bourrelet basilaire ; et la séparation des deux denticules de chaque 
lobe aux molaires d'en bas. Mais déjà les denticules des molaires 
supérieures ne sont plus aussi nettement bunodontes : les externes 
s'aplatissent un peu en travers; les intermédiaires et les internes 
s'allongent et tendent à se souder en deux crêtes perpendiculaires 
à la muraille. Les denticules des molaires d'en bas, quoique dis- 
tincts, montrent aussi une tendance à se souder en crêtes trans- 
verses et la forme sélénodonte des denticules externes y est plus 
accentuée que dans Y Hjyracotherium. 

Il me parait que les nombreuses espèces de l'étage de Wasatch 
en Amérique, que Marsh désignait sous le nom de Eohippus et 
que les paléontologistes américains rapportent aujourd'hui d'ordi- 
naire au genre Hj'racotherium, sont en réalité dans un stade 
d'évolution tout à fait comparable aux espèces de Reims, c'est-à- 
dire intermédiaire entre V Hyracotherium et les vrais Pachynolo- 
phus^ mais bien plus voisin de ce dernier. 

Ces formes de l'Eocène inférieur d'Europe et d'Amérique nous 
amènent aisément au Pachynolophus Pomel, genre qui a été mal 
interprété depuis l'important travail de Kowalevsky. Le type est 



*)*H) CM, DBpArBT. — RÉVISION DES FORMES EUROPÂKKIIKS 4 Ma» 

le P, Ihwali Pomel da Lutélien supérieur de Passy : c'est, oomme 
Y Uyracotherium, on type hétérodonte avec arrière-molaires d*eQ 
haut quadrangulaires à six denticales et dernières prémolaires 
( ^ et ^) triangulaires à cinq denticules : il ressemble aussi à 
VHyracotherium par l'absence de mesosfy-le sur la muraille 
externe. Mais il s*écarte de ce dernier genre par d'autres caractè- 
res : aux molaires d*en haut, les denticules ne sont plus aussi buno- 
dontes^ les externes sont aplatis en travers, les intermédiaires et 
les internes comprimés et allongés en deux crêtes transverses ; le 
parasi}'le a augmenté d*importance, mais en revanche le bour- 
relet basilaire s*atténue et s'eflace même du côté interne. A la 
mandibule, il y a soudure complète entre le denticule interne et 
externe de chaque lobe et formation de deux demi-croissants (type 
s^lénodonie) pour chaque molaire. 

Entre le Pachf'm^ophus type et son contemporain le PropalœO' 
iherium. il existe quelques intermédiaires. Chez le Pachynolophns 
l^rt\\^ti Gervais du Lutétien supérieur de Gentilly, espèce un peu 
|Uas grande que le P. lki%\Mli. on peut constater déjà une ébauche 
de ctUoimette médiane (mesostyle) entre les deux lobes de la 
luurttiUe de$ molaires supérieures. Cette même colonnette est un 
l^u plu» aiventuée encore dans une espèce américaine de Tétage 
de Wiud Hi^ er (Lutétien) que M. Wortman a désignée sous le nom 
de t*>\^t\*rxiAippus imtic%*ius sp. Cope; on peut noter en outre 
ehe« i't^ denùer la tendance eresc^itiforme des denticules internes 
M\i\ ukvUaire» supérieures* caractère que nous retrouverons chez le 
Pf\^fMti^^$h¥f^WH. Je :>erais même tenté de réunir la forme amé- 
ricaine i^ K'e dernier genres n>tait la structure toute spéciale de 
r^VAU^demi^iv prèiUixUin^ |^ quadrangulaire allongée à quatre 
deuiionleM, l^^e !*uite vlu déplacement en dedans et de Timportance 
|dua i&iH^Uvle du vteuticaW intermédiaire antérieur. 

t*e Pf\^fHêtwx^4fktriuiH iiervaiî^ i^P^ P* isselanum Blainv.) de 
IVlimv LuU^tiea. e«t as:>es voisin du Packynolophus pour que 
d'èuiiueuU |^^t^^KU4^|^isles aient proposé de réunir les deux 
g«iun^ U m di^liuy^ie davKi Tensemble par un degré plus avancé 
de «i^éeiaU'tMliiMi vinw W gn>ttpe pmUoikérien : le fût des molaires 
a«|iiéri«itrfKi <Nil «n (mmi |^us élevé« la muraille plus plate et plus 
iMolialt an dt^aa» ^ W iii^^>»jh>^<ii^ est devenu trèis fort et annonce 
la cala méiSmut de« Pado^i^kerimm et des Palœotheriwn. En 
màmm I m p a lea denticules ^ modifient : les externes se compri- 
cft sTaDoiigctit en denù^'fuissants qui évoluent vers le type 
du grou|)e /m JfH4Ai»nVA : les internes qui étaient 
alkM^pés dans le P^^rnolophoM^ tendent visiblement 




igOI DE LA FAMILLE DES HYRACOTHÉRID^S 221 

vers une stmctare crescentiforme. De même à la mandibule les 
deux demi-croissants de chaque molaire sont mieux dessinés, 
mieux soudés bout à bout Tun à Tautre, au point qu'il est parfois 
véritablement difficile de distinguer ces molaires de celles d'un 
Paloplotherium, Néanmoins les prémolaires supérieures sont 
toujours hétérodontes (triangulaii*es à cinq denticules) et ne se 
distinguent de celles du Pachynolophus que par un épaississement 
plus fort du bourrelet basilaire sur le boi*d postéro-interne, d'où 
résulte pour la couronne une forme générale plus arrondie en 
dedans, plus semblable à celle des Paloplotherium : 11 me paraît 
certain que le Propalœotherium représente, comme l'a si bien pres- 
senti Gervais, le type ancestral du rameau paléotherien, destiné à 
s'éteindre au début de l'Oligocène sans laisser de descendant. 

Revenant en arrière vers le Pachynolophus, type aux denticules 
assez primitifs et encore peu éloignés du type bunodonte, nous 
devons rattacher directement à ce genre une série de formes de 
TEocène supérieur d'Europe et d'Amérique qui vont se distinguer 
nettement de tous les types antérieurs par la modification de leurs 
prémolaires qui deviennent progressivement molarifornies en 
marchant de la dernière vers les plus antérieures (types homœ- 
doutes) ; ces formes ont reçu en Amérique les noms d'Orohippus 
•et de Epihippus Marsh ; en Europe de Lophiotherium, 

Ce dernier, le seul dont je m'occuperai ici, diffère du Pachyno- 
lophus^ en outre de ses prémolaires pj^ et £^ molariformes à six 
denticules par ses arrière-molaires de forme plus trans verse, ce 
qui tient en partie à la petitesse àxkparastyle, et par la présence 
«d'un fort mesostyle. Mais malgré révolution homœodonte de la 
série dentaire supérieure et inférieure (qui indique une affinité 
très réelle avec le groupe des Equidés) il importe d'observer que 
«ette transformation n'est pas accompagnée d'une évolution conco 
jnitante dans la forme des denticules ; ceux-ci sont encore remar- 
<iuablement primitifs, les externes à peine comprimés en travers, 
les intermédiaires assez gros et peu allongés, les internes nulle- 
ment crescentiformes. Le degré d'évolution des denticules dans le 
sens sélénodonte n*est pas plus avancé que dans le Pachynolophus 
^t Test beaucoup moins assurément que dans Propalœotherium, 
Cest cet état primitif des denticules qui avait sans doute conduit 
Pictet à faire du Lophiotherium siderolithicum une espèce du 
{^nre H^raeotherium dont il diffère radicalement par la structure 
des prémolaires. 

De ces faits on peut conclure que le Lophiotherium représente 
le type terminal d'un rameau éteint, et ne saurait être considéré, 



lOQ CH. D 



— RinsiO!t DES womxÊB wurnorémarEs 4 Mars 



^ 



pas phifl que le PalœoiheHmn^ comme ran des ciialnoiis par leqnel 
a passé l'évolvtioa directe du groupe des Ecpddés. Cette évolation 
parait plutôt deToir être reconstitaée, ainsi cjne Marsh Ta indiqué 
depuis longtemps, par fintermédiaire de V^nhippus et du Meso- 
hippas américains. 

La distribution géologique comparée des dirers t3rpes de la 
famille des Hyracothôidés en Europe et dans l'Amérique du Nord 
ae trouTe résumée dans Le tableau suiTanI : 



dm Nord 



Étages 



MOTXIf 



Laphiotheriam Gerr. 

PropalmothmriMun Gerr. 
Fmehjrmolopka» PomeL 

Propmekrw^Ufpku» Lem. 
Hjrrme€Uh£rimm Ow. 



Epikippmê liarsh. 
OrohippmM Mmnh. 

FroiorohippmM Wortm. 
Eokippm» Mmnh. 



Uinter 
Bridger 

Wind- 
Rivcr 

WaMieh 



n est remarquable que révolution du groupe est sensiblement 
parallèle, mais non tout-à-fait identique dans les deux mondes. 
I^es types américains Tiennent firéquemment s intercaler entre les 
types génériques européens, de manière à graduer encore mieux 
les transitions insensibles entre tous ces animaux : ainsi VEohippus 
de Marsh vient combler l'intervalle entre VHjnracotherium et le 
Paehynolophns ; le Protorohippus de M. A^'^ortman n*est qu'un 
Prapalœotherium à caractères encore peu accentués ; VOrohippus 
montre le passage des types hétérodontes de TEocène inférieur et 
moyen aux types homœadontes de TEocène supérieur d^urope 
(Lophioiherium) et d'Amérique (EjÂhippus). La série combinée des 
deux continents est Tune des plus continues que Ton puisse recon- 
naître dans le monde des Ongulés tertiaires. 

Quant à l'évolution générale du groupe, et bien qu'il soit néces- 
saire d'être très prudent en ce qui concerne l'indication des 
filiations directes, je suis disposé dans l'état actuel de nos con- 
naissances à la concevoir de la manière suivante : 



igoi 



DB LA FAMILLE DES HYRACOTHERIDES 



$223 



EOCÈNB 
MOYEN 



AcTUBi. I Equidés 



MiOGÉNB 

ougogànb 

BocAnb 
supéribur 



RAMEAUX ÉTEINT» 



I Anchitherium 

I 
I Mesohippas 

I 

Epihippus 



Lophio therium 



Anchilophua 




PaUeo therium 



Paloplotherium 

I 
Propalœo therium 

I 
Protorohippas 



Pachjrnolophus 



EocÉNB 
nvpiRoiUR 



Propachynolophua (Eohippus) 



Uyraco therium 



EXPUCATION DES PLANCHES IV ET V 



Planche IV 



Pig. I. ' HyracotherUun leporinum Owen. D'après an moulage du crâne 
rovenant de Targile de Londres à Heme-Bay. ligaré par Owen (Geo2. Mag., 

, pi. X, tlg. a) et conservé au British Muséum. 
Palais montrant à gauche les 3 M , £i) £l et les deux alvéoles de jq^ ; à 
roi te m^ , mj, £^, £^ et p'. 

Figure grossie d*an cinquième. Longueur réelle des 3 M , o,oa4 ; des trois 
«mières prémolaires, o,oao. 
Pig. a. — Pro/>atool/iff/*iiim/iarptt/amLaurillard sp. Sidérolitbique Eocène 
^« Lissieu (Rhône). 

Série des molaires supérieures gauches (3 M, 4 P) formée à l'aide de dents 
trouvées isolément. 

Pignre grossie d'environ un quart. Longueur réelle des sept molaires, o,o58. 
Fig. 3. — Propalmotherium parçulum Laur. sp. Sidérolitbique. Eocène de 
Lissieu. 



HfÀ^ FORMES BUROPÉBNNES DES HYRA.GOTHÉRIDS8 4 ^^ATS 

Série des molaires inférieure^ (3 M, 4 P) 4a même animal et du même 
gisement. 

Figure grossie d'an quart. Longueur réelle, 0^066. 

Pig. 4* — Lophiotherium cervulum Gervais. Eocène supérieur de Sainl- 
Hippolyte-de-€aton (Gard). 

Partie de maxillaire montrant les 3 M et les deux dernières P (p^, ^ ). 
Dans cet individu, 2^ est molariforme, mais g^ n*a qu'un seul denticule 
interne formé par la soudure des deux denticules normaux. 

Figure grossie d*un quart. Longueur réelle des six molaires, o,o43. 

Fig. 5. — Lophiotherinm cervulwn Gervais. Même gisement. Maxillaire 
droit avec la série des sept molaires (3 M. 4 ^) séparées de la canine par une 
longue barre. 

Dans ce spécimen p^ est (comme j^* et p^) molariforme, avec deux denti- 
cules internes étroitement accolés ; p^ allongé montre aussi deux denticules 
internes. 

Figure grossie d'environ un quart. Longueur réelle des sept molaires, o,o46« 

Fig. 6. — fA}phiotherium cervalum Gerv. Même gisement . 

Branche droite de mandibule avec la série des sept molaires (3 M, 4 P) ; 
p' est submolariforme. « 

Figure grossie d*un quart. Longueur réelle des sept molaires, o,o44* 



Planchb V 

Fig. I. — Pachynolophus Duvali Poniel. Crâne provenant des grès éocènes 
du Minervois (Hérault). 

La pièce montre à gauche la série des six molaires (3 M, 3P) ; il n*y a pas 
de jgi^; à droite mf et m^ ; la canine est séparée de p|[ par une longue barre. 

Figure légèrement grossie. Longueur réelle du crâne du bord incisif au 
bord postérieur du trou occipital. o,i3 ; longueur de la série des six 
molaires, o,o4a. 

Fig a. — Pachynolophus Prevosii Gervais. Calcaire grossier supérieur de 
Nanterre : Typb de l'espèce, tij^uré par Gervais (ZooL et paléont. fronçât 
pi. 35, fig 16). (Coll. Mus. Paris) 

Arrière-molaire supérieure probablement m* . 

Figure grossie d*un quart. Dimensions réelles : longueur, 0,009 « Ivgeur 
en avant, 0,011. 

Fig. 3. — Pachj'nolophua Prevosti Gervais. Calcaire grossier supérieur de 
Gentilly (Coll. Mus. Paris) 

Maxillaire supérieur gauche avec les 3 M et les deux dernières P (p^ et p*) . 

Figure grossie d*un quart. Longueur réelle des cinq molaires, o,o43. 

Fig. 4. — Pachynolophus Duvali Pomel. Calcaire grossier supérieur de 
Passy (Coll. Mus. Paris). Type du genre et de l'espèce. 

Trois dents isolées, les seules actuellement existantes de la série des six 
molaires figurées par Blain ville et Gervais (ZooL et paléont fr,, pi. 17, Ûg. i) 
et qui sont le type du genre Pachynolophus Pomel. 

Les figures représentent deux arrière-molaires. Tune droite, l'autre gauche 
(m* probablement) et la dernière prémolaire p^. 

Figure grossie d'un quart. Dimensions réelles de m^ : longueur, 0,008 ; 
largeur en avant, 0,010. 



iCfil EXlSnSNCE DU DEVONIBN MOYEN DANS L*ILLE-ET-VILAINE 2q5 

Fig. 5. — Pachynolophna DuvaU Pomel. Calcaire grosHier supérieur de 
^assy (Coll. Mus. Paris). L'un des typbs du gbnrb et db l'bspâgb. 

Trois arrières-molaires inférieures droites séparées, me paraissant être les 
j^aièmes que celles ligurées par Blainville sous le nom d^ Hyracotherium de 
^assy {Ostéogr.y g, Lophiodon^ pi. II). 

Figure grossie d*un quart. Longueur réelle des trois molaires, o,os85 . 




SUR 
'EXISTENCE DU DÉVONIEN MOYEN DANS LILLE-ET- VILAINE 

par M. P. LEBE8CONTE 

Dans la séance de la Société géologique de France du 3 décem- 

1900, M. Kerfome me conteste la priorité du niveau à Phacops 

^tieri dans Tllle-et- Vilaine. J*ai d'autant lieu de m*étonner que 

os sommes tous deux d'accord pour rapporter cette priorité à 

•arie Rouault, le géologue breton. C*est lui en eflet qui, en i853, 

découvert à Gahai*d (lUe-et-Vilaine), ce niveau que M. Kerfome 

sperçu en 1898 au musée géologique de Rennes. 

C'est aussi M. Barrois qui, le premier en 1894» a trouvé le même 

L^eau avec Goniatites à Izé (lUe-et-Vilaine). Ma communica- 

on * à la Société avait pour but de signaler la découverte que 

i^sfc^vais faite sur plusieurs points de Gahard et de Saint- Aubin- 

A'Aubigné de Tétage à Anarcestes lateseptatus Beyr., représenté 

pas* une douzaine d'échantillons de cette Goniatite avec Phacops 

ï^Giieri et la série la plus belle et la mieu3^ conservée de fossiles. 

l^*îiQportance des niveaux pélagiques à Céphalopodes pour le 

classement des étages m*a paru suffisante pour motiver cette note. 

^ faciès pélagique qui y est décrit est parallèle aux calcaires à 

Phacops Potieri de Sablé, décrits par M. Œhlert ^. 

1* L.BBBscoifTE. Sur Texistence du Dévonien moyen dans riUe-et- Vilaine . 
^ S. G F., (3), XXVni, 1900. 
^. CEhlbrt. C'R. Ac, Se, ai février 1887. 



5 Septembre 1901. — T. i^r. Bull. Soc. Géol. Fr. — i5 



Séance du 18 Mars t90t 

PRÉSIDENCE DE M. L. GAREZ, PRÉSIDENT 

M. L. Gentil. Secrétaire, donne lecture du procès- verbal de la 
séance précédente. La rédaction de ce procès-verbal est adoptée. 

Le Président annonce une nouvelle présentation. 

M. Field, de Zuricb (Suisse), donne quelques renseignements 
sur les travaux du Concilium Bibliographicum, institution biblio- 
graphique fondée avec Tappui du gouvernement suisse, à la suite 
d'un vote du Congrès international de zoologie. 

Le but de cette œuvre est de créer un centre unique et interna- 
tional pour i*ecueillir la bibliographie courante de certaines sciences 
et de donner des renseignements aux savants. On veut même 
• . substituer entièrement aux recherches bibliographiques person- 
nelles, toujours longues et laborieuses, une organisation bibliogra- 
phique collective et permanente. Pour prendre l'exemple de la 
paléontologie, chaque travail qui arrive au Concilium est dépouillé 
avec beaucoup de soin pour être enregistré sur plusieurs fiches 
selon les matières traitées. Ainsi, un travail récent de M. Traquair 
sur les Poissons carbonifères du Comté de File (Ecosse) a donné 
lieu à quatre fiches imprimées, savoir : l'indication du travail dans 
le catalogue par nom d'auteur ; une seconde fiche sous la rubrique 
Poissons ; une troisième sons la rubrique Carbonifère, et une qua- 
trième au Comté de Fife, dans la partie géographique. Le Conci- 
lium possède, en outr^, un catalogue manuscrit dans lequel on 
enregistre tous les espèces et genres nouveaux. L'ouvrage de 
M. Traquair donne la description de quatre espèces nouvelles et 
de deux nouveaux genres : Cœlacanthopsis et Eucentrurus. Il fau- 
drait par conséquent établir six fiches manuscrites supplémentaires 
pour bien indexer ce travail. Toute personne peut faire venir 
l'ensemble des fiches sur la paléontologie ou sur n'importe quelle 
question, comme : Faune de la Haute-Garonne, Faune éocénique, 
ou bien fiches sur les Hippurites, les Trilobites ou n'importe quel 
autre groupe du règne animal. 

En terminant, M. Field fait appel aux paléontologistes pour 
qu'ils envoient leurs publications au siège central [Concilium 
Bibliographicum, Zurich V*^ (Suisse)] afin de faciliter les travaux 
de dépouillement. 





SKAJfCB OU l8 MARS I9OI aa'J 

M. A. Toucas présente la deuxième partie de sa note Sur révo- 
lution des Hippuriies. 

Deuxième branche. — Hippurites a pores polygonaux. 

Ce n'est que dans TAngoumien supérieur, avec VHippuvites 

rossouçrei Douvillé, que l'on voit apparaître la première 

«orme à pores franchement polygonaux. Cette deuxième branche 

'aurait donc pas eu de représentant dans TAngoumien moyen, 

u moment de Tapparition des premiers Hippurites. 11 en résuite 

ue l'origine probable des pores serait plutôt la forme linéaire, 

'\ec YHippurites Requieni Matheron, comme type ancestral. 

^Hippurites resecius Defrance, avec ses pores arrondis et linéai- 

se rapproche en effet beaucoup plus des Hippurites à pores 

£ xiéaires que des Hippurites à pores polygonaux et peut être 

r^3nsidéré comme une variété de VHipp, Requieni, à valve 

-supérieure pustuleuse et à valve inférieure fortement costulée. 

Dans cette hypothèse, les pores, rétrécis à l'origine, se seraient 
S 'Surgis peu à peu de manière à former en premier lieu les pores 
ticulés, qui se seraient eux-mêmes transformés plus tard en pores 
lygonaox par suite de la disparition des denticules. 
Ainsi s'expliqueraient la présence simultanée des Hippurites 
uieni et Hipp. reseclus dans les bancs les plus anciens de T An- 
imiien moyen, la brusque apparition dans ces mêmes couches 
premières formes à pores réticulés, avec leurs pores, encore 
s petits et un peu allongés, et enûn l'arrivée plus tardive dans 
V^^^jigoumien supérieur des formes à pores franchement polygo- 

Mja deuxième branche des Hippurites à pores polygonaux a formé 
groupes ayant apparu successivement : 

I* Groupe de VHipp. «n/ca<ii« Defrance ; 

a* — VHipp . Toiicasi d*Orbigny ; 

3* — VHipp. variabilis Munier-Chalmas. 

Ces trois groupes ont naturellement pour type primiiii Y Hipp , 

Grououvrei^ avec arête cardinale tronquée et les deux piliers 

x^trécis à la base, caractères distinctifs des formes primitives du 

Çï^upe de VHipp. giganteus^ ce qui ferait supposer que les Hippu- 

^tes à pores polygonaux ont pour origine VHipp, inferus ou VHipp, 

S^gfuUeus, forme ancienne. 

1^ groupe de VHipp, suicatus se distingue des deux autres par 
^n arête cardinale constamment très saillante et le plus souvent 
^uielliforme, surtout dans le sous-groupe de VHipp. cornuvacci- 
'"*"* (formes spéciales à la Province orientale) ; en outre, la tron- 
cature de l'arête cardinale subsiste jusque dans les formes les plus 



aj8 SEANCE DU l8 MARS I9OI 

récentes. Dans ce groupe, révolotion est moins accentaée, elle se 
fait plutôt dans le sens du développement de l'arête cardinale, 
tandis que dans les deux autres groupes Tarète cardinale, toujours 
triangulaire, perd assez rapidement sa troncature et s*atix)phie peu 
à peu, au point de ne présenter d^abord plus qu'un simple bourrelet 
et disparait même dans les formes les plus récentes. 

Dans le groupe de VHipp, (^ariabilis, les pores sont encore plus 
simples et toujours disposés en rangées régulières ; les piliers sont 
très peu développés et sensiblement égaux. 

Le premier groupe comprend dans Tordre de révolution : 

Hipp. Grossoavreif dans PAngouiuien supérieur. 

— GandrW Mun.-Chalmas, 1 , , ^ . . . ^, 

— cornoPocciaum Bronn., "**"* '*. Con.acien et probable- 

— CAapert DouviUé, I ment le Santomen. 

— sulcatus Defrance, i dans le Santonien supérieur et le 

— Chalmasi Douviiié, \ Campanien inférieur. 

— Archiaci Mun.-Ghalmas, dans le Campanien. 

Dans les environs de Gosau, VHipp. Grossouvrei parait être 
remplacé par une variété à arête cardinale moins saillante, que 
M. Douvillé a désignée sous le nom d'Hipp. prœsulcatus. 

VHipp, Chaperi est la seule forme de ce groupe à arête cardi- 
nale arrondie. 

Le deuxième groupe n'a apparu qu au commencement du Gonia- 
cien ; on y distingue : 

Hipp. sp. nov., forme ancienne 1 
de VHipp. Toucaai d'Orb. / 

— sp:nov., forme ancienne ) dans le Coniacien. 

de VHipp, Careaj Douvillé \ 

~ Carezi Doux,, \ dans le Santonien. 

— sulcatiasimus Douv., dans le Campanien inférieur. 
8ulcatoide8 Douv., dans le Campanien moyen. 

Le troisième groupe commence seulement dans le Santonien et 
comprend : 

Hipp. Maesirei Vidal, j . , „ 

— Peroni DonvUlé, \ dans le Santonien. 

— variabiUa Mun.-Chalmas, * . , ^ 

— colliciatua Woodward, j ^^"* ^® Campanien. 

— Lapeiromei Goldf., i .... 

— cornucopiœ Defrance, } ^^"^ **^ Maestnchtien. 

— Caatroi Vidal, dans le Danien . 



SEANCE DU l8 MARS IQOI aOQ 



NOTICE SUR LE NOUVEAU CLASSEMENT 

DE LA BIBLIOTHÈQUE 

DE LA SOCIÉTÉ GÉOLOGIQUE DE FRANCE 

La Bibliothèque de la Société comprend trois catégories de 
publications, classées séparément : i» Les Ouvrages complets, 
brochures et tirages à part ; oP Les Périodiques, Revues et Collec- 
tions ; 30 Les Cartes, coupes et planches diverses. 

Chaque volume, brochure ou carte séparée, est pourvu d'une 
cote numérique qui permet de retrouver immédiatement sa place 
sur les rayons. En conséquence, lorsqu'on cherche un document, 
la première chose à faire est de consulter le Catalogue sur ûches, 
établi : V pour les Ouvrages, par ordre alphabétique des noms 
d*autenrs; o9 pour les Recueils, par ordre alphabétique des pays de 
publication, et, dans chaque pays, par ordre alphabétique des 
titres ; 3^ pour les Cartes, par ordre géographique-alphabétique. 
Ce Catalogue est contenu dans un meuble spécial, placé au milieu 
de la salle de lecture, en entrant, à gauche. Chaque fiche renvoie 
à un numéro, qui est reproduit sur une pastille collée au dos du 
volume correspondant (au-dessus du titre, pour les brochures), ou, 
s'il s'agit d'une carte, inscrit sur ce document. 

I® Les Ouvrages, brochures ou tirages à part sont groupés en 
quatre formats, ayant chacun une numérotation distincte : 

Petit format : jusqu'à o m. 25 (in-3a. in-18, in-12, petit in-S") ; 

Moyen format : de o m. 26 à o m. 35 (gr. in-8», in-4") ; 

Grand format : de o m. 35 à o m. 5o (in-folio) ; 

Très grand format : au-dessus de o m. 5o (gr. in-folio, inplano). 

On n'a pas cherché à faire un classement, soit par oi'dre métho- 
dique, soit par ordre alphabétique des noms d'auteurs, disposi- 
tions qui entraînent d'incessants remaniements. Toutefois, afin de 
modifier le moins possible l'état de choses qui existait précédem- 
ment, les volumes ont été places sur les rayons à peu près dans 
l'ordre où ils se trouvaient rue des Grands- Augustins ; les nouveaux 
sont simplement mis à la suite, au fur et à mesure de leur arrivée. 

Les divisions numériques ont été établies de manière à permettre 
d'intercaler au Catalogue les accroissements futurs de la Biblio- 



'j3o séaxcx Dr i8 iiABs 19D1 

th^pi^. (tendant an ^raiHl nombre d'années, sans modifier le niuné- 
rotaiTr aotaeL savoir : 



Poar Vt tr» ip«Bd format : de 1 à 1 .ooo 

— rrand — Je i.ooi à ao ood 

— imoytr. — «àe s».aoi à 60.000 

— petit — de 6».c«>i à 

Aa )r ircembre !«»>. o«^ quatre g:n>apes d*Ouvraiges étaient 
•*^ î^îf^^^ntê^ par les numèrvs suivants : 



Trr<i xran>i format * xi 4^. soit ^ Oavrages. 

Grand — 1 a. : i i.i*â. — 19» — 

Petit — "So oîî à 6- -O-. — r Î3- — 

ToUl. . . 9-99> — 

L^ placement des Ouvrages sur les rayons est fait par travée. 
dfr zauehe à ilroit»^. et r«n pariant dVn bas. pi^ur qu'on n'ait à déplacer 
hr moins possible les livres lourds v>u em^ombrants. 11 nV a qu'un 
•^ul rstn? de volunirw. Au milieu de chaque travée est placée une 
par:£arte. portant le> numcrv.>> extrêmes des ouvraj^es qui y sont 
d«rpos^. Le< brtj«^hures. dans le numeivtage. ne sont pas séparées 
des volumes : toutefois, elles ont été réunies sur les rayons par 
^Troupes, et placées dans des cartons dont le dos porte les numéros 
correspondants . 

a- Les Pt^riodiques. Revues et Collections sont gn^upés, comme 
les (Ju vraies, d'après le format ; les divisions numériques sont les 
mêmes, mai-i la cote est p^récêdèe de la lettre P. 

Actuellement, le très grand format n'est |>as représenté : il reste, 
pour les trois autres catégories : 

Grand format : F i.ooi à P 1 i^ « 5 Recueils. 
Moyen — P ao.ooi à P jo.i^ — i38 — 

Petit — P 60. OUI à r 60.570 — 570 — 

Total 713 — 

Chaque numéro, coi respondant à un périodique donné, s'applique 
souvent à un grand nombre de volumes, dont la tomaison ou la 
date permettent de trouver facilement la place. 

En principe, le rangement des volumes sur les rayons a été fait 
par ordre géograpliique (pays de publication). c'est-â-dii*e, en 
somme, par langues, comme dans Tancicn local. Toutefois, la 
totalité des Périodiques n'ayant pu ti'ouver place dans la grande 
salle dil«f [lentagonalc (à gauche du corridor dVntive). — salle qui 
«tfrrt en même temps de magasin pour les publications mises en 



I 



dÉANGR DU l8 MARS I9OI a3l 

ente par la Société, — un certain nombre de Recneils français, 
Dglais et allemands, choisis parmi cenx qui sont le plus fréquem- 
lent consultés, ont été reportés dans la salle de lecture, où ils 
ccupent les rayons placés soit dans les intervalles et au-dessus 
es fenêtres, soit aux murs de droite et de gauche (petits côtés de 
I salle). Pour les collections dont l'origine est très ancienne, on 
est contenté de déplacer les volumes qui correspondent aux 
infpt dernières années. Cette disposition est provisoire ; on peut 
ipérer qu*elle sera modifiée dans un avenir plus ou moins long. 
n attendant, une liste complète des Recueils qui se trouvent, en 
lat ou en partie, dans la salle de lecture, est affichée sur un 
urton, placé contre le meuble renfermant le Catalogue. Parmi ces 
ériodiques, on peut citer, outre les publications de la Société et 
illes des divers Congrès internationaux : 

Pour la France, les Annales des Mines, de Géographie, des 
ciences géologiques, de la Société géologique du Nord; V An- 
aaire géologique universel; V Anthropologie ; les Archives et le 
'ulletin du Muséum d'Histoire Naturelle ; les volumes de VAsso- 
'Mtion française ; les Bulletins du Service de la Carte géologique 
t ceux des principales Sociétés savantes de Paris : les Comptes 
tendus de l'Académie des Sciences ; la Nature, 

Pour r Allemagne, le Neues Jahrbuch fur Minéralogie, la 
^eitschrifï der deutschen geologischen Gesellschaft et les publi- 
^tions du Service de la Carte géologique de Prusse. 

Pour l'Autriche, le Jahrbuch et les Verhandlungen de la Geolo- 
'ische Reichsanstalt et les Sitzungsberichte de rAcadémie de 
^ienne. 

Pour la Grande-Bretagne, les catalogues du British Muséum, le 
reological Magazine, les publications des Services géologiques 
e l'Angleterre, du Canada, de TEcosse, de Tlnde, de l'Irlande et 
e la Nouvelle-Zélande ; celles de la Palœontographical Society, 
' (^uarterly Journal de la Société géologique de Londres et les 
ccueils des autres Sociétés géologicjues du Royaume-Uni ; les 
t>lume8 de la British Association et les Proceedings de la Société 
loyale. 

3* Les Cartes, coupes et planches diverses imprimées ou manus- 
crites, sont numérotées sans séries distinctes. Cette partie comprend 
cuviron 600 numéros, placés, soit en face du meuble à fiches, pour 
^^ cartes en feuilles, soit à l'autre extrémité de la salle de lecture, 

kc&tédela salle des séances, pour celles qui sont entoilées (cartons 

^onaux). Le groupement a lieu, autant que possible, par ordre 

ï^^^gwphique. La cote est précédée de la lettre C. 



vtv «fUicrjR m: i^ mars 1901 

llMfie f-lwtifiM ilm ctit^g(*nes précédentes, tons les artieles qui 
iifil ^1* fl^ftlw^ Miiil rrpr^tacnlés par an fantùme. c'esl-à-dire par 
tu»" l'i'lllc |iliiiii'ti(ril(;tMiiHKur laquelle estinscTÎt leniunâro correa- 
\MH<\Mi\. nvfc itinilidii (le l'endroit où se trouve l'onvra^. 

Vo'^l'l"''" '•■ivniK'*'* '1'* rtTC-reuce (Catalc^nes, Dictionnaires, 
Trull'-a, "ti',), ont f-Xii n^uniH à l'entrée de la salle de lecture, où ils 
itri-ii|ii<iit une |>iulii* deH travées i et 3. 

IIii ItrgiHtiw-Iiivmitnire, comprenaDt actueUemoit quatre toIu- 
iiiKH, i|itiiiii> ]<■ diHail de ttnis les Ouvrages à part ou brochures qae 
|iiiiittfcli> tu SodiHé, dittiH l'ordre des numéros : on y trouve l'indica- 
liiiii, piiiir <'liui|ti() arliclu, du nom de l'auteur, du titre de l'ouvrage, 
du llt'ii t-t df In ilutt^ dr pniiiication. du format, du nombre de 
voliuiii'ti, de lu M'itun* l't de la date d'entrée. Il n'y a pas d'inven- 
tiilrt' Hiinlit|iut' ptmi* les IVrîodiques. 

!.«> l'IiiHwiiu'ul Pl le rangeiiit'nt de ta Bibliothèque ont été faits 
|)Hr lo< ntùiiH do M. .\. Muiiv, Bibliothécaire à la Sorbonne. 



'i>ur U CoMiubsiun dea Archives et de la Bibliothèque : 
Kinm. de Marobrib. 




FOSSILES DÉVONIENS DE SANTA-LUCIA 

(PROVINCE DE LÉON, ESPAGNE) 
par M. D.-P. ŒHLERT 

(DEUXIÈME PARTIE) » 
(Planche Yl). 

Spirifer Boulki, nov. sp. 
(PI. VI, fig. I). 

Coquille de grande taille, transverse, peu renflée, avec un 
pli médian et un sinus médiocrement accusés, couverte, sur 
toute sa surface, de côtes rayonnantes arrondies, régulières sur 
les parties latérales où elles sont au nombre de la à i3 de chaque 
côté ; elles sont toujours simples, sauf au voisinage du sinus et du 
bourrelet ou parfois on en compte deux ou trois qui, chez les 
individus âgés, se dichotomisent près du bord frontal. 

Le sinus, assez large et peu profond, est également couvert de 
côtes rayonnantes, mais celles-ci sont très inégales, irrégulière- 
ment espacées, et dichotomes ; on en compte 6 à 8 dont les deux 
médianes, un peu écartées Tune de l'autre, laissent entre elles 
une sorte de méplat formant le fond du sinus, et sur lequel appa- 
raissent quelques côtes secondaires, visibles seulement près du 
bord frontal chez les individus de grande taille. Le bourrelet, 
peu accusé, est un peu aplati au sommet ; les côtes qui le cou- 
vrent sont réunies entre elles à la partie postérieure et indistinctes 
les unes des autres : elles s'individualisent et deviennent assez 
apparentes le long de leur parcours. — L'aréa ventrale, nettement 
délimitée, est beaucoup plus élevée que Taréa dorsale qui est 
linéaire ; elle est convexe et renversée, de façon à faire presque 
un angle droit avec le plan des valves. Le crochet ventral, peu 
développé et peu recourbé, s élève faiblement au-dessus de Taréa. 
Le sommet dorsal, droit, dépasse à peine la ligne cardinale : 
Tumbo dorsal est peu renflé, presque aplati. 

1. La première partie de ce travail a été publié dans le B, S, G. F., (3), 
XXIV, p. 8i4, pi. XXVI-XXVUI. 



234 ^-'^' ncHLERT i8 Mars 

Cette espèce appartient évidemment au groupe de Sp. Bischofi 
Roemer * ; elle en diffère principalement par le nombre et le mode 
de distribution des plis, principalement dans le sinus et sur le 
bourrelet; les mêmes caractères séparent aussi cette forme de 
Sp, Dalendensis Steininger. 

Dans Sp. Jouberti - du Dévonien inférieur de Touest de la 
Finance, les côtes sont anguleuses, saillantes, et plus nombreuses 
par suite de leur dichotoniisation, caractère qui existe aussi sur 
les côtes du sinus et du bourrelet. Il n existe pas de méplat au 
milieu du sinus dont la pairie médiane est occupée par une côte 
assez forte, qu'accompagne de chaque côté une côte unique. Sur le 
bourrelet dorsal les côtes sont très nettement dichotomes et 
nombreuses. 

Sp. Boulei occupe en Espagne un niveau supérieur à ceux de 
Sp. BiHchofi et Sp. Jonberti. 

Dans le Solioharie grit et le Corniferous sandstone d'Amérique, 
on trouve une espèce, S. Grieri Hall, qui se rapproche de celle-ci 
par son mode de plissement, mais qui s'en distingue toutefois 
facilement par le nombre moins considérable et la forme plus 
arrondie de ses côtes. De plus, le crochet ventral et le sommet 
dorsal sont beaucoup plus élevés, plus recourbés, et surtout plus 
rapprochés Tun de l'autre que dans notre espèce, par suite de la 
position de l'aréa qui, au lieu de faire presque un angle droit avec 
la ligne de commissure des valves, se trouve au contraire à peu 
près dans la p]ace<de celle-ci. 

Nous signalerons encore, comme cai'actères différentiels, la plus 
grande profondeur du sinus du S. Grieri et le i*enflement remar- 
quable de la partie umbonale de sa valve dorsale. 

Spiriker Pellicoi de Vemeuil ' 

(B. S. O. F. (3), XXIV, pi. XXVm, iig. a5 à 27) 

De Vemeuil a désigné sous ce nom une espèce trouvée dans les 
couches les plus récentes du Dévonien inférieur (calcaire de 

1. Si Ton compare les figures données par Kayser (1878. Fanna Dev. d. 
Uarz. pi. 24, tig. 4, et pi. 26, fig. 23-a4) avec celle qui existe dans rou\Tage 
de Giehel (1808. Silur. d. Unterfiarz, pi. 4, lig. 3) et qui doit être considérée 
comme le type, on remarque qu'il existe certaines différences. 

2. ŒuLKiiT, 1879. Dévon. de la Sarthe. B. S. G. F., (3), VII. p. 709, pi. XIV, 
tig. 5. 

3. Nous renvoyons pour la biographie de celte espèce et des formes 
atrincs, au travail si complet de M. liéclard, 1895. Les Spirifères du 
Coblenzien Belge, p. 199-219. Bdi ^oc. Belge Oéolo^., t. IX. Mémoires. 



igOl ' FOSSILES DÉVONIENS DE SANTA-LUCIA a35 

FeiTones), caractérisée par sa forme très transverse, ses côtes 
nombreuses, et qui possède un pli au milieu du sinus médian. L'au- 
teur ne la compare qu'incidemment au Spirifer macropterus 
Goldf. (= S, paradoxus Scldot.), parce qu'à cette époque cette 
dernière forme n'était connue que d'après des moules internes 
très imparfaits. Depuis, Schnur et Rœmer, ont figuré des spéci- 
mens mieux conservés, quelques-uns pourvus de leur test rappe- 
lant par leur aspect général le Sp. Pellicoi, mais ne possédant 
pas le pli unique du sinus médian, caractère différentiel de ces 
deux formes. Dans un récent travail, M. Béclard a figuré des 
moules internes de Spirifères coblenziens belges, très transverses, 
et ayant un pli au fond du sinus ; il les rattache à Sp, paradoxus, et 
admet ainsi entre cette espèce et Sp, Pellicoi une identité absolue, 
qui d'ailleurs avait été déjà signalée par de Koninck et Barrois. 
M. Béclard réunit au type de Schlotheim, Sp, paradoxus^ les Sp. 
Hercjrniœ, dunensis, macropterus, speciosus pro parte, phalœna 
groupant ainsi sous un même nom toutes les formes très transver- 
ses, à plis nombreux, avec ou sans côte médiane au fond du sinus, 
car ce caractère n'est, dit-il, « pas toujours apparent et disparait 
même complètement sur les moules internes ». 

Les preuves qu'il donne montrent évidemment combien la 
plupart de ces formes sont étroitement unies, mais elles ne nous 
ont pas apporté la conviction absolue que toutes celles-ci doivent 
être désignées sous un même nom spécifique, d'autant plus que 
dans beaucoup de spécimens figurés, le contour et l'aspect général 
sont souvent dissimulés par des phénomènes de compression, 
et que souvent lej^ côtes ne paraissent pas toujours être de même 
nature ; quant aux caractères tirés des moules internes, ils nous 
semblent plutôt d'ordre de groupe, que d'ordre spécifique, car 
on les retrouve très analogues chez des espèces dillerentes d'un 
même groupe. 

En tous cas, en admettant que la réunion de Sp. Pellicoi et 
de Sp. paradoxus, puisse être faite avec beaucoup de vraisem- 
blance, nous conservons, tout au moins provisoirement, le nom 
de Pellicoi pour la forme d'Espagne, qui, dans cette région 
comme dans l'ouest de la France, occupe un niveau spécial (cal- 
caire de Ferrones et d'Arnao) (calcaire d'Erbray, grauwacke 
de Hierges) plus élevé que celui où Ton trouve Sp. pai'adoxiis 
proprement dit. 

C'est pour nous une occasion d'insister sur la valeur du travail 
de M. Béclard ; l'érudition dont il a fait preuve et le mode de 
groupement des figures qui permet de comparer entre eux les 



a36 D.-p. ŒHLBRT i8 Mets 

types des différents paléontologistes, sont appelés à rendre les 
plus grands services; nons apprécions également l'esprit de 
synthèse de Tauteur, toutefois nous ne pouvons le suivre 
dans toutes les assimilations auxquelles il arrive, et nous ne 
pouvons accepter toutes les synonymies qu'il propose. 

C'est ainsi, pour ne parler que des espèces qui nous sont plus 
spécialement connues et que nous avons pu étudier d'après de 
nombreux spécimens, qu'il nous est impossible de réunir sous un 
même nom : Spirifer hystericus Schlotheim, S. Rousseauiy 
S. lœçicosta, S. Venus, chacun d'eux possédant des caractères 
particuliers, bien constants, et occupant des couches spéciales. 
De même, nous ne pouvons considérer comme se rattachant à 
une seule espèce, Sp. Daleidensis Stein., tous les Spirifëres 
coblenziens ayant des côtes dichotomes dans le sinus et sur le 
bourrelet, tandis que ceux chez lesquels cette dichotomisation 
n'existe pas, devraient porter le nom de Sp. Trigeri, 

Spirifer (Reticularia) Dereimsi, nov. sp. 

(PI. VI, fig. a à i6) 

Coquille transverse, rhomboîdale, atteignant son maximum de 
largeur vers la moitié de la coquille, ou un peu en anîère de 
celle-ci. Valves presque également profondes, pourvues d'un 
sinus ventral et d'un bourrelet dorsal. Crochets saillants, celui 
de la valve ventrale dominant un peu celui de la valve dorsale, 
et devenant très rapprochés en se courbant Fun vers l'autre, mais 
sans jamais se toucher. Charnière droite, courte, accompagnée de 
deuxaréas peu développées. Angles cardinaux arrondis. Ligne 
palléale subrectiligne sur les côtés, sinueuse au front. Commis- 
sure tranchante. Surface ornée de nombreuses lamelles d'accrois- 
sement concentriques, imbriquées, espacées à intervalles larges, 
et assez régulières ; ces lamelles sont traversées, perpendiculaire- 
ment, par de très petits bourrelets rayonnants, très rapprochés, 
irréguliers, et interrompus par chacune des lamelles d'accrois- 
sement, au bord desquelles ils s'arrêtent brusquement, après 
s'être renflés et épaissis en des sortes de papilles qui servaient 
de base à des épines. Test imperforé. 

Valve ventrale avec un sinus étroit, arrondi, modérément pro- 
fond, mais bien accentué, et partant de la pointe du crochet. Les 
parties latérales de la valve se bombent de chaque côté de ce 
sinus^ puis retombent en pente douce vers la commissure latérale. 



igoi 



FOSSILES DEVONIBN8 DE SANTA-LUGIA 



237 



Crochet bien développé, à côtés arrondis, acuminé à son extré- 
mité, recourbé à angle droit au-dessus de Taréa ventrale et 
dominant le sommet de l'autre valve. Aréa triangulaire, petite, 
surbaissée, assez nettement délimitée, un peu concave, et ren- 
versée obliquement par rapport au plan longitudinal des valves ; 
sa surface est visiblement striée dans les deux sens. Toute la 
hauteur de Taréa, depuis le crochet jusqu'à la ligne cardinale, 
est occupée par l'ouverture triangulaire, très large, qui occupe 
environ un tiers de sa longueur totale. 

Valve dorsale avec un bourrelet étroit, arrondi, modérément 
saillant, bien délimité depuis le sommet jusqu'au bord frontal 
par deux légères dépressions longitudinales ; sommet recourbé, 
saillant au-dessus du bord cardinal et surmontant une très étroite 
aréa située à peu près dans le plan de la valve. 

Les échantillons de cette espèce, varient un peu dans leur 
étendue en laideur, mais ils sont néanmoins toujours faciles à 
reconnaître, même lorsque la fine ornementation a disparu par 
décortication et que les valves paraissent lisses, à cause du 




b c 

Fig. I. — Spirifer Dereinisi nov. sp. 



bourrelet et du sinus médians étroits et nettement accusés, ainsi 
que par leur aspect général. Un certain nombre de spécimens 
présentent sur les côtés quelques traces de côtes rayonnantes 
(3 ou 4) larges et obscures, montrant ainsi une tendance à la 
plicature des parties latérales des valves. Les coupes longitudi- 



^38 D.-P. ŒHLKRT l8 MaTS 

nales et transversales que nous avons faites dans cette espèce 
nous ont fourni les caractères suivants : les plaques fovéales sont 
assez bien développées ; les dents, fortement constituées, donnent 
naissance à deux longs cmras aux extrémités desquels apparais- 
sent deux apophyses triangulaires, indiquant l'existence d*une 
bandelette jugale qui a été résorbée ; les cônes spiraux dont la 
direction est un peu oblique, sont composés de neuf à dix tours. 

Ce Spirifer, par ses caractères généraux, aussi bien que par 
son mode d'ornementation, appartient évidemment aux yîi7i6ria/î; 
rinsuffisance des caractères chez nos échantillons, due à Tabsence 
des épines qui d'ailleurs sont très exceptionnellement conservées, 
nous empêche de décider d'une façon pi'écise à laquelle des deux 
subdivisions (unicispinei ou duplicispinei) il appartient. D*autant 
plus que MM. Hall et Clarke ' signalent à côté des unicispinei 
proprement dits, un groupe dont le développement est parallèle, 
qui, apparu dans le Niagara group, se poursuit jusqu'au sommet 
du Dévonien, et qui se rapproche des duplicispinei par la brièveté 
de sa ligne cardinale, son contour subcirculaire et les plis effacés 
de ses valves, caractères appartenant en propre au groupe des 
duplicispineL 

Toutefois, à en juger d'après l'aspect extérieur, c'est à la sec- 
tion des duplicispinei, c'est-à-dire au groupe Reticularia, que 
doit se rapporter notre espèce. Le type de ce groupe, Sp. Uneatus 
Martin, en est évidemment assez éloigné par sa forme arrondie, 
légèrement transverse, ou parfois allongée, ainsi que par l'absence 
d'un sinus et d'un bourrelet proprement dits ; mais nous signa- 
lerons certains spécimens, entre autres celui que figura M'Coy 
lorsqu'il créa son genre if e/ictt/arîa, dont le contour est rhom- 
boîdal, et chez lequel il existe un bourrelet et un sinus très nets. 

Nous retrouvons ces mêmes caractères chez les formes dévo- 
niennes, en particulier chez l'espèce des schistes de Budesheim, 
que M. Kayser ^ a considérée comme une variété du -Sp. Uneatus^ 
mais qui évidemment en est assez éloignée pour constituer une 
espèce distincte. Notre forme, qui occupe un niveau inférieur, 
s'en distingue par un crochet ventral beaucoup moins élevé et 
moins redressé, et son aréa ventrale beaucoup moins haute ; à 
la valve ventrale au contraire, le crochet est plus saillant ; 
enfin, le sinus, et principalement le bourrelet, sont beaucoup 
plus accentués, ce qui rend la commissure frontal plus sinueuse. 

I. Hall et Clarke. 1893. Pal. of N- Y., vol. VUl, part, a, p. 19. 
a. Kaysbr. 1871. Brach. Eifel. Zeit. Deut. Geo. Ges., t. XXm, p. S8a, 
pi. XII, liK. a. 



igOÏ FOSSILKS DÉVONIENS DE SANTA-LUCIA aSg 

Dans les étages des grès d'Oriskany, du Helderberg supérieur 
et d*Hamilton on trouve une forme Sp. fimbriatus Conrad * ; 
toutefois, d'après les figures données par Hall -, le contour 
palléal est plus largement arrondi, ce qui donne une forme moins 
rhomboïdale à Tensemble de la coquille ; le pli médian est plus 
anguleux au sommet et ses côtés sont plus divergents ; les côtes 
latérales sont en général beaucoup plus accentuées ; le crochet 
ventral, plus haut, est moins recourbé ; enfin le profil des deux 
espèces est très différent par suite du bombement régulièrement 
convexe des deux valves, chez Sp, fimbriatus^ tandis que dans 
la forme d'Espagne, ce renflement n'existe que dans la région 
umbonale. 

Cette espèce a peut-être été trouvée déjà en Espagne, où elle 
aurait été désignée sous le nom de Sp. curvatus Schlotheim ^, Sous 
ce nom, en effet, on a rattaché un grand nombre de formes sou- 
vent très diffiérentes du type. Celui-ci a été très bien figuré par 
Schnur *, Quenstedt 5, Kayser ®, etc. ; il est remarquable, prin- 
cipalement par l'élévation exagérée du bourrelet, dont les talus 
se confondent avec les parties latérales, rendant ainsi la valve 
dorsale fortement carénée et le bord frontal très sinueux. Le 
crochet ventral est beaucoup moins développé, plus recourbé 
vers le sommet dorsal, de telle sorte que Taréa est petite. 

Cyrtina heteroclita Defrance, sp. var. intermedia Œhlert. 

(PI. VI, lig. 17 à %). 

C heteroclita var. intermedia Œhlert, i836. Ann. Soc. GéoL, 

t. XIX, p. 42, pi. III, fig, 39-34. 

Cj'rtina heteroclita est représenté à Santa-Lucia par de nom- 
breux individus qui, en majeure partie, se rattachent à la variété 
que nous avons désignée sous le nom (Y intermedia, pour indiquer 
qu'elle constitue un terme de passage entre le type de Defrance 
et d'autres formes à côtes plus nombreuses. Dans cette variété 

1. Le nom de Sp. fimbriatus ayant été employé antérieurement à Conrad, 
par Morton i836, M. Miller (188'^. Amer. Palspoz. Fos.f p. 298) a proposé de 
lui substituer celui de Conradana. 

2. Hall. 1867. Pal. 0/ ^. V., vol. IV, p. 214, pi. 33, fig. 1-21. 

3. ScuLOTHKLM . 1820. Pctref.^ j). 280, pi. XIX, tifÇ- 3. 

4. Schnur. i853. Rrach. Eifely pi. XXXVI, lig. 2a, 6, c, d. 

5. QuBNSTEDT 1871. Pctrcf. Deiitsch . , pi. 55, fig. a.3, a4. 

6 Kayser. 1889. Fauna des Hauptqnarz.y p. 76, pi. XVI, fig. 11. 



34o 1>.-P. œhlert i8 Mars 

les côtes à un sommet arrondi, sont au nombre de l^ k 'j de 
chaque côté du pli médian, lequel est un peu aplati. L*aréa est 
tantôt légèrement arquée, tantôt complètement plane. Ces carac- 
tères permettent de la séparer de la variété multipUcata de 
Davidson, et à plus forte raison de la forme de Ferrones dési- 
gnée par la letti-e A par de Vemeuil, à laquelle d'Orbigny 
donna plus tard le nom spécifique d'Hispanica, nom qui a été 
conservé par Mallada. 

Les spécimens que nous avons étudiés sont toujours de taille 
beaucoup plus petite que les diverses variétés signalées par 
M. Barrois en Espagne et décrites et figurées par lui ^ ; ils en 
différent, en plus, par le nombre et la forme de leurs côtes, ainsi 
que par les rapports qui existent entre la longueur de la ligne 
cardinale, le développement de Taréa et le bombement des valves. 

On trouve également en Amérique, ainsi que Ta fait remarquer 
judicieusement M. Whidbome (De von Fauna, t. II, p. iia), 
des variétés montrant une gradation ascendante vers les formes 
à plis plus nombreux. Nous citerons comme exemple le Cyrtina 
/>a{mam (Hall. P. N, Y,, vol. 3, p. ao6, pi. a4, fig. 2), qui est 
évidemment un équivalent du C intermedia d*Europe dont il se 
rapproche du reste par tout l'ensemble des caractères. 

Cyrtina heteroclita est une forme qu'on rencontre dans toutes 
les assises du Dévonien, et dont l'extension horizontale est égale- 
ment très grande ; à ces deux faits, si Ton ajoute que les spécimens 
sont souvent très nombreux dans une même couche, et surtout 
que certains caractères de l'espèce ont quelque chose d'excessif, 
tels que l'inégalité des valves, le développement du crochet ventral, 

— qui entraîne souvent une torsion de cette région de la coquille, 

— et enfin une grande diversité dans le nombre des plis, on voit 
combien cette forme se trouve dans des conditions favorables 
pour qu'apparaissent toutes sortes de variations étroitement 
groupées autour du type, mais pouvant cependant être séparées 
de celui-ci, soit qu'on les considère comme de simples variétés, 
soit qu'on en fasse des espèces distinctes, suivant le point de 
vue auquel on se place. Qu'il nous suffise de rappeler et de 
rapprocher en les comparant, la variété lœvis Kayser, du 
Dévonien moyen de l'Eifel, caractérisée par sa surface lisse ou 
à côtes à peine distinctes; la variété A, de Vemeuil, du Dévonien 
moyen de Ferrones (= C hispanica d'Orbigny, i85o), dont les 
côtes sont très nettes et très nombreuses, et la variété DemarU du 

I. Loc. cit, pi. X, lig. 8, )». 260. 



^ 



igOI ' FOSSILES DÉVONIENS DE SANTA-LLCIA 2^1 

Frasnien de Ferques, qui possède les caraetères de la précédente, 
mais chez laquelle la division du bourrelet vient indiquer une 
nouvelle tendance à la multiplicité des plis. En Amérique, les 
modiGcations sont encore plus profondes et les caractères qui 
séparent entre eux les Cj'rtina de ce groupe, sont devenus assez 
importants pour nécessiter la création, non plus de simples varié- 
tés comme en Europe, mais d'espèces très nettement caractérisées 
(Ex. : C. biplicata, rosirata, curçilineata, etc.). 

Toutes ces formes extrêmes, qu'on peut naturellement relier les 
unes aux autres par une série de types intermédiaires, tout en 
fournissant les preuves d'une variabilité extrême, montrent en 
même temps que, malgré cette malléabilité, le type heteroclita 
pris dans son sens le plus large, reste constant et conserve ses 
caractères primordiaux. L'un d'eux qui, d'ailleurs, a une valeur 
générique et sert à caractériser le genre Çyrtina, consiste dans la 
disposition des plaques dentales et du septum de la valve ventrale. 
Ce fut ce caractère qui servit de base à Davidson pour établir son 
genre Cjrtina et le séparer de Çyrtia, avec lequel il avait été 
confondu jusqu'alors par suite de son aspect externe, si semblable 
à première vue. L'existence des perforations du test dans le 
premier de ces deux groupes, et leur absence dans le second, 
n'avait pas semblé un motif suflîsant pour une distinction géné- 
rique. Quant aux spires, on soupçonnait bien leur présence dans 
le nouveau genre Cj'rtina^ mais on n'avait pu la vérifier. David- 
son s'appuya donc seulement sur la disposition de la chambre en 
forme de V (« V shaped chamber ») située à la valve ventrale, 
et constituée d'après lui par la convergence des plaques dentales, 
s' unissant vers le milieu de leur parcours pour former un septum 
médian : disposition qu'il comparait à l'auget ventral de Pen- 
tamerus (Conchidium) Knighti. Les coupes qu'il donne pi. XIV, 
fig. 8, semblent, en eflet, confirmer cette vue, d'après laquelle 
le septum est formé par la réunion des deux lamelles dentales 
accolées. Nous ferons toutefois remarquer que dès cette époque, 
Bouchard avait reconnu que dans C. DemarH, le septum se 
continue jusqu'au-dessous du deltidium, au milieu de l'espace 
resté libre entre les plaques dentales. Ce caractère, que David- 
son considère comme spécial à C. Demarll et qu'il n'avait pas 
retrouvé, disait-il, chez C. heteroclita et C. septosa, pouvait cepen- 
dant être constaté dans ces deux formes, car la figure de C. hete- 
roclita publiée antérieurement par l'auteur lui-même, dans son 
Introduction à étude des Brachiopodes (pi. VI, fîg. 64) montre 
bien Texistence du prolongement du septum dans cette partie des 

5 septembre njoi. — T. i^r. Bull. Soc. Géol. Fr. — 16 



«j4''i 



I).-P. ŒHLBRT 



i8 Mars 



valves. Quant au C. septosa. on peut également y observer Tezis- 
tence de ce même caractère, car dans Tune des figures (Davidson. 
Brit, Carb. Brach.^ pi. XIV, flg. lo) représentant un moule 
interne, on voit que le remplissage de Tauget ventral est fendu 
longitudinalement, et qu'une partie de la lame septale libre est 
encore conservée en place. D*ailleui*s, la plupart des échantillons 
de Cyrtina, lorsqulls sont bien conservés, laissent souvent voir 
le prolongement du septum qui apparaît au fond du foramen 
comme une petite lame fine et tranchante ; celle-ci, bien que 
n'étant pas mentionnée dans les descriptions, est en général 
indiquée dans les figures. 

L'importance du septum et des plaquos dentales, ainsi que la 
genèse et le rôle de ces cloisons, ont été récemment mis en lumière 
par M. Beecher, et par M. Clarke. L'étude qu*ils en ont faite 
d'une façon générale et les conclusions qu'ils en ont tirées pou- 
vant être éclairées par un examen minutieux de la structure du 
sommet ventral de Cj^rtina heteroclita et de ses formes alliées, 
nous avons pratiqué un grand nombre de sections qui nous per- 
mettent d'apporter quelques faits nouveaux. Rappelons tout 
d'abord qu'il y a lieu de distinguer le deltidium formé d'une pièce 






Fig. a. — a, Deltidium de CUtambonites \ b. Plaques deitidiales 
de Magellania; c. Pseudo deltidiom de CjTiina, 

unique (CUtambonites) (tig. a, a), et les plaques deitidiales : 
ces dernières pouvant rester distinctes (Magellania) (fig. 2, b), 
ou bien se souder si intimement sur la ligne médiane qu'elles 
prennent l'apparence d'une pièce simple ou pseudodeltidium 
(Cj^rtina) (tig, q, c) *. 

D'après les vues de M. Beecher, interprétant les recherches 
embryogéniques de Kowalewsky sur Thecidea (Lacazfllà) et Cis- 
tella, le deltidium et les plaques deitidiales, bien que remplissant 
le même rôle, n'ont ni la même origine, ni la même structure. En 

I . AÏM. Hall et Clarke ont proposé le nom de deltarium pour l'ensemble des 
plaques deitidiales désunies ou soudées, et celui de deUaria pour chacune 
d'elles prise séparément. 



igOI FOSSILES DÉVONIENS DE SANTA-LUCIA ^43 

effet, tandis que le deltidium, qui apparaît dès les premiers stades 
embryonnaires, est sécrété par le troisième lobe, ou lobe caudal, 
dont il occupe la face dorsale, les plaques deltidiales au contraire 
sont une dépendance du lobe moyen ; elles se montrent longtemps 
après les stades larvaires et sont sécrétées par des expansions de 
la partie ventrale du manteau qui enveloppe le pédoncule. Gomme 
conséquence, on constate certaines différences entre la structure 
du deltidium et celle des plaques deltidiales : par exemple, le 
deltidium ne présente jamais de perforations, alors même que les 
valves en sont pourvues, tandis que les plaques deltidiales au 
contraire sont perforées ou imperforées, suivant que ce caractère 
existe ou non dans les valves. 

Ainsi protégé du côté externe, la base du pédoncule Test égale- 
ment, dans bien des cas, à l'intérieur même de la valve ventrale, 
par le développement et la convergence des plaques dentales, 
réunies suivant la ligne médiane, pour former ce qu'on appelait 
autrefois Vauget ventral et ce que MM. Hall et Clarke désignent 
actuellement sous le nom de spondyLium. Le apondylium^ rudi- 
mentaire ou très développé, qui ne serait qu'une modification de 
la gaine pédonculaire originaire, a toujours eu, à un moment du 
développement, sa contre-partie correspondante qui est le delti- 
dium ; ces deux pièces forment un ensemble, ou protodeltidium, 
qui laisse au centre une cavité à section plus ou moins triangulaire, 
que nous désignerons sous le nom de chambre pédonculaire. 

Le spondyliuni étant constitue par les plaques dentales, qui 
chez un certain nombre de genres se réunissent et se prolongent 
jusqu'au fond de la valve, on peut se demander si, dans ce cas, ce 
prolongement est dû à la continuation des plaques réunies 
et accolées, ou s'il existe une cloison médiane indépendante cons- 
tituant le véritable septum. Les modifications que Ton observe 
dans la direction des plaques dentales qui, suivant les groupes, 
peuvent être divergentes, parallèles, ou convergentes, et s'unissent 
parfois en restant visiblement accolées, comme dans les Penta- 
meridœ^ sembleraient prouver à première vue que le mode de 
construction est toujours le même, si certains genrep, Spiriferina 
par exemple, ne nous montraient un septum central isolé et 
bien développé, existant concurremment avec deux plaques den- 
tales bien distinctes. 

La série de sections que nous donnons ici (fig. 3, I à IV) a été 
faite sur un spécimen de Spiriferina rostrata, provenant du 
Lias supérieur d'Albarracin, Espagne ; l'étude des caractères 
internes de cette espèce nous a été facilitée par les nombreux 



«44 



ittMars 



échanUllons que M Ûereims a recueillis dans cette localité, et 
quil a bien \ouId nous abandonner Les coupes montrent non 
seulement la disposition des plaques dentales et du septum, 
mais aassi leur structure 




Kig. 3. — Sections de Spiriitrina roatrata. 



On constate premièrement qae ces cloisons, résultant d'un repli 
interne du manteau, sont constituées par deux couches accolées 
l'une à l'autre et dont l'épaisseur variable indique que la sécrétion 
calcaire a été plus abondante sur certains points; de plus, on 
voit que les plaqnes dentales réunies d'abord à l'extrémité da 
septum (coupe I) i>ar une callosité interne, s'en détachent bientôt 
(coupe II), en gardant seulement la protubérance interne qui ne 
disparaît que graduellement. Le septum devenu libi-e diminue 
alors de hauteur, en même temps que les plaques dentales s'amin- 
cissent et unissent par se rompi'e, montrant alors dans les coupes 
d'une part, leurs extrémités adhérant au fond de la valve ; de 
l'autre, c'est-à-dire de chaque crttë de l'ouverture triangulaire, 
leur point d'origine qui bientôt va supporter les dents. 

Ces caractères si précis chez Spiriferina. — soit, l'existence d'un 
septum et de plaques dentales, — se i-etrouvent également chez 
Cyrtina, mais cette fois modiliés et en quelque sorte cachés par 
suite de la fusion de ces plaques sur la ligne médiane. 

Le prolongement du septum au milieu de la cavité pédonculaire 
de Çyrtina. dont nous avons déjà parlé plus haut et qui a été 
signalé pour la pi-cmiére fois par Bouchard, est nettement figuré 



igot 



FOSSILES DBVON1ENS DE SANTA-LUCIA 






dans les coupes données par MM. Hall et Glarke ; ces auteurs ont 
non seulement montré d'une façon évidente Texistence de ce 
caractère, mais ont encore indiqué qu*à la rencontre du septam et 
des deux plaques dentales, il existe une chambre tubulaire qui, 
ainsi qu*ils l'ont observé chez Çyrtina rostrata, parait être traver- 
sée par le septum médian, venant la diviser, disent-ils, d*une façon 
irrégulière en deux compartiments. Cet appareil serait, d*après 
enx, Thomologue du tube de Syringothyris, 

Les coupes, au nombre de plus de 5oo, que nous avons faites 
sur des crochets ventraux de plusieurs espèces de Cjrrtina pro- 
venant de France, d'Allemagne, de Bohème, d'Angleterre et 
d'Espagne, nous ont montré qu'on pouvait, à l'aide d'échantillons 
dans de meilleures conditions, pousser plus loin l'étude de cet 
appareil interne et arriver à des conclusions plus précises. Les 
faits observés étant bien constants dans toutes les espèces que 
nous avons examinées, nous avons figuré de préférence les coupes 
faites dans un spécimen de Cyrtina hispardca d'Orb. (= C. hete- 
roclyta var. A, de Verneuil) dont la taille, plus considérable que 
celle de tous les autres échantillons qui nous ont passé par les 
mains, nous a permis d'obtenir plos de 4o sections dans le seul 
sommet de la valve ventrale ; cet échantillon a de plus l'avantage 
de provenir d'un gisement où la difTércnciation entre le remplis- 
sage interne et le test est très accusée et en facilite l'étude. 



<?• ' 





Kijf. 4. — Sections de l'exlrémilé apicale du crochet ventral de Cyrtina 
heteroclUa, passant à la hauteur du foramen. 



Lorsqu'on use le crochet ventral suivant une série de plans per- 
pendiculaires à celui de l'aréa, on remarque d'abord la cavité pédon- 
culaire largement ouverte, et pourvue au fond d'une petite crête 
à sommet très aigu. Cette crête bientôt s'élargit, se renfle, et on y 
distingue alors une cavité centrale, à section piriforme, divisée en 
deux parties par une cloison médiane très ténue; cet appareil, que 
nous désignerons sous le nom de tichorhinum à cause de sa forme 



^46 T^-f- iSMLEMT i8 Mars 

et de $a dèpontàoe dctMBBée. est shné sur le proloiigement du 
septom me^antfi£< 4*^^^^*^ ^' n'est d'ailleurs que la oontmuatioii ^ ; 




Fif . î» — > 



de t 1 



commençant à atteindre 



If 




bkiec qpoe tre$ mince* laisse cependant très 

nettement distincte la 
Iij:ne de séparation entre 
les deux lamelles qui le 
constituent, ligne qui se 
ponrsnit ^^alement dans 
la cloison divisant la cavité 
pîriforme. Le septnm est 
Aanqné des denx plaques 
dentales qui sont venues 
s accoler contre lui : par 
suite de cette disposition, 
le septum, dans cette par- 
tie de la valve, ne se 
tn>uvant plus en contact 
avec le manteau, cesse de 
se développer en épais- 
seur* de même que les 
plaques dentales ne peu- 
vent plus s'accroître que du cvNté externe. Le septum médian. 



:l'- 



Ki* 



* — Se<tioB tre* |ÇTOc^i<r du SfN>n« 
^ rliam et 'ia ticborbiniim 



I. Lk d'jubl^ tobohure qni existe dans le tieborbinom étant très petite, 
%«ft rempli.«L«a^ ne s'est pas toigonrs efleetaè «f une façon eomplète à Taide 
dK% UiAli^rt* étran^res qui ont péoëtiè dans la earitê palléale et dans le 
»p</ft/l> (ioifà, et c'est pourquoi eUe est $ou%-ent occupée par un dépôt de 
^-sktïtfjnMltt de ehaox Du reste, il arrive souvent, ainsi qu*on le voit en 
faisant *ir% sections, que la coquille nest remplie quVn partie par des 
matières terreuses : argile, sable, ou boue calcaire : celles-ci n*oecupent 
daD.« ee cas que la partie des valves qui se trouve la plus inférieure par 
rapport â la station, d'ailleurs variable, prise après la mort de Tanimal et 
•-lle^ lai^-t^nt alors au sommet une chambre ^ide dans laquelle l'eau char- 
gée de carbonate de chaux est venue former une masse cristalline. 



\ 



Î90I 



FOSSILES DÉVONIEXS DE SANtA-LUCIA 



247 




Fig. 7. — Section mon Iran t à Tinlé- 
rieur des plaques dentales, les 
traces des dents. 



bien que très mince, conserve cependant son individualité entre 
les deux plaques dentales et, 
en général, est très distinct 
dans les coupes, tout au moins 
dans la partie apicale de la 
valve ventrale; on y distingue 
même les deux fines lamelles 
qui le constituent sur toute sa 
longueur. Par suite de Taccole- 
ment des deux plaques dentales 
sur chacun de ses côtés, le sep- 
tum, ne se trouvant plus en con- 
tact avec le manteau, n'a pu 
accroître son développement 
externe et c'est ce qui explique 
son peu d'épaisseur. Les coupes 
suivantes montrent comment 
tout Fensemble de cet appareil 
continue à recevoir des couches 
calcaires, qui viennent se dépo- 
ser sur les parois de la cloison 
médiane en remontant un peu 
Xe long des plaques dentales ; 
^>n remarque, dans l'épaisseur 
^e celles-ci, une série de zones 
«tf^ncentriques indiquant leur 
xnode d'accroissement et faisant 
j^Pévoir la façon dont elles vont 
^9€ terminer contre le septum. 
Bientôt, en effet, on les voit 
s «mincir de chaque côté du 
^cliorhinum, puis s'interrom- 
en laissant seulement à la 
de ce dernier, quelques 
qui disparaissent rapide- 
ï*^^xxt. Le septum reste alors 
^eixl, montrant toujours à son 
«extrémité la section complète 
du tichorhinum qu'on voit 
encore pendant quelque temps 
«l qui finit elle-même par dcve- 
wr mcomplète par suite de l'interruption qui se produit dans 



;wîi 




Fijç. 8 — Section montrant h* mode 
d*aceroisscment des plaques den- 
tales et la continuité du .septuui 
entre celles-ci. 



a4H 



D.-P. CEHLERT 



i8 Mars 



les parties latérales. Celles-ci disparaissent graduellement, ne 
laissant bientôt plus qu une expansion de forme transverse à 





y 



Fig 9 — 



Sections niontrunl la façon dont les parois du spondylium 
s'interrompent pour laisser le tichorhinuni libre. 



Textrémité du septum et un léger renflement indiquant la base du 
tiehorhinum ; ces caractères s'effacent à leur tour et il ne reste 
plus que la base du septum. 





( '"^Ip 






A 



Fig. lo. — Sections successives du tiehorhinum montrant la façon dont on 

le voit disparaître. 

Dans cette série de coupes, le pseudodeltidium n'apparaît qu'à la 
section représentée fig. 5, les coupes précédentes se trouvant au 
niveau du foramen. Le pseudodeltidium est nettement perfoixS 
et a une structui^e analogue à celle des valves ; il est limité laté- 
ralement par la base des plaques dentales qui ne présentent 
aucune tracfè de perforations. Quant à la suture médiane indi- 
quant la jonction des deux plaques deltidiales, elle a dû s'eflacer 
et nous n'avons pu constater sa présence. 

Si Ton essaie, d'après ces coupes, de reconstituer la disposition 



IQOI FOSSILES DEVOXIENS DE ÔANTA-LITCIA . 249 

générale des cloisons, on yoit tout d*abord que le sommet de la 
valve ventrale est divisé en trois compartiments, dont Tun, plus 
petit, forme la chambre pédonculaire, constituant un spondylium 
analogue comme forme à celui des Pentamères, mais en différant 
par sa structure ; en effet, chez ces derniers la cloison médiane 
est constituée seulement par les deux plaques dentales devenues 
parallèles et accolées, tandis que dans Cyrtina cette cloison a 
comme partie fondamentale un septum initial bien distinct, contre 
lequel viennent s'apposer les plaques dentales, tout cet ensemble 
s' augmentant par des dépôts latéraux successifs. 

Du fond du spondylium s'élève le tichorhinum, faisant une assez 
forte saillie, mais laissant toutefois dans la partie antérieure un 
large espace libre pour le pédoncule ; en se reportant aux coupes, 
on voit que les plaques dentales viennent s'appliquer contre la base 
du tichorhinum qui fait partie intégrante du septum dont il n'est 
que la continuation. 

Quant au rôle de cet appareil, il reste encore hypothétique; 
nous pensons, toutefois, qu il pouvait servir à loger les muscles 
pédonculaires ventraux : ceux-ci cheminant graduellement vers 
l'avant, en môme temps que s'allongeait cette sorte de cornet à 
double compartiment. Cette disposition de muscles, logés dans des 
cavités tubulaires plus ou moins développées, se retrouve d'ailleurs 
dans d'autres genres, et en particulier dans DouviUina (D. Dater- 
trei) parmi les Articulés, et dans Trimerella {T. ^ranrf/s) parmi les 
Inarticulés. L'identification faite par MM. Hall et Chirke, entre la 
chambre tubulaire de Cj'riina et le tube fendu de Syringotkyv'Ui, 
ne nous parait pas suflisamuient établie, car dans le premier cas 
cet appareil est une dépendance du septum, tandis que dans i'aulre 
il est produit par les plaques dentales ; 
de plus, la portion du tube de Syringo- 
thyris, placé à l'arrière de la cloison 
transverse, sa (ente longitudinale, l'ab- 
sence de division interne, lui donnent Fig. u. — Scciion irans- 
un ensemble tout différent (lig. 1 1) ; Taule versnlc du crochet de la 

d'échantillons bien conservés , nous '"''^ ventrale de Syvin- 

,, ,. , ^ ^ . ifof/t r^/« (Davidson). 

n avons pu en étudier la structure, mais ^^ . v 

nous pensons d'après les figures qui ont été données par Winchell, 
Davidson, Hall et Clarke, que la cloison transversale peut être 
comparée aux deux callosités qui, chez Sfjiri/erina, relient les 
placjues dentales entre elles pour former le spondylium (fig. 3): 
ces protubérances, ainsi que le montrent nos coupes, disparaissent 
assez rapidement dans ce dernier genre, mais chez certiiins Spiri- 




aSo ŒHLERT. — =• FOSSILES DÉVOXIENS DE SANTA-LUCIA l8 MaPS 

fères, Spirifer Verneailli par exemple (fig. la), elles ont une plus 
grande importance et se voient sur presque toute la hauteur de 




Fig la. — Section transversale de Spirifer Verneuilli, 

Taréa, sous la forme d'une cloison transversale (fig. la a) qui se 
prolonge en deux crêtes aiguës (fig. lab). 



EXPLICATION DE LA PLANCHE VI 



Fijf. 1. — Spirifer Boulci, n. sp ; jçr. nat. 

Fig. a à i6. — Reticularia Dereimai, n. sp.; gr. nat. 

Fig. 17 à 34. — Cyrtina heteroclita Defrance, var. intermedia Œhleri: 17, 
gr. nat.; 18 à 3^. gross. i i/a. Divers spécimens, pour montrer combien 
cette espèce est variable, en conservant toujours néanmoins les caractères 
qui lui sont propres. 



Séance du f*' Avril mm 

PRESIDENCE DE M. L. GAREZ, PRESIDENT 

M. L. Gentil, Secrétaire, donne lecture du procès- verbal de la 
séance précédente. La rédaction de ce procès-verbal est adoptée. 

Le Président proclame membre de la Société : 

M. Pierre Elspinas, Licencié ès-sciences, présenté par MM. Hau^ 
et Gentil. 

Une nouvelle présentation est annoncée. 

M. Albert Gaudry présente à la Société géologique un tirage 
à part de la note sur les découvertes de Sokolki, adressée derniè- 
rement à TAcadémie des Sciences par M. Amalitzky ; il montre 
en même temps des photographies envoyées par le savant géologue 
russe, et s'exprime ainsi : 

Je crois devoir appeler Fattention des membres de la Société 
géologique sur les fouilles que M. Amalitzky a entreprises dans 
le Permien du bassin de la Dwina supérieure à Sokolki, gouver- 
nement de Vologda, nord-est de la Russie. M. Amalitzky nous 
annonce qu'il a déjà découvert quinze à vingt squelettes de 
Pareiasaurus dont quelques-uns atteignent une longueur de 
4 mètres, quati^e squelettes de reptiles longs de 2 mètres, oflrant 
de la ressemblance avec les Rhopalodontes, des ossements de 
Dicynodontes, beaucoup de Théromorphes nouveaux et probable- 
ment des Dinosauriens . enfin , quelques squelettes de Stégocé- 
phales (Melanerpeton et autres). 

Nous ne pouvions nous attendre à voir un pareil rassemblement 
de grands quadrupèdes dans un terrain qu'on attribue au Pri- 
maire, et nous sommes embarrassés pour dire ce qui marque la 
limite des Êtres primaires et des Êtres secondaires. Je crois être 
l'interprète des sentiments de nos confrères, en envoyant nos 
vœux à l'habile explorateur du Permien de Sokolki, pour la conti- 
nuation dp ses étonnantes fouilles. 

M. E. de Martoime ollre à la Société plusieurs brochures dont 
il est Fauteur : i"* Le levé topo graphique des cirques de Gauri et 
Galcescu (Massif du Paringu) (Extr. Bul. Societâtii Inginerilor 
çî industriaçilor de Mine Bucarest. 1900/4^ ?•■» ^*arte au lo.ooo®). 
— 2° Contribution à V étude de la Période glaciaire dans les Kar- 
pates méridionales (Extr. Bul. de la Soc. géol. de France, 1900). — 



q5q SEANCE DU I*»" AVRIL igOI^ 

3*» Recherches sur la période glaciaire dans les Karpates méridio- 
nales (Extr. Biil. Soc. des Se. de Bucarest, 1900, 60p., 7 6g.,4pl-)- 
— 4" Sur la formation des cirques, communication faite au Congrès 
des Sociétés savantes à la S3rbonne en 1900 (Extr. des Annales de 
Géographie, X, 1901). — 5° La Roumanie (Extr. de la Grande 
Encyclopédie, in-ia, 72 p.). 

M. Emm. de Margerie présente, au nom des auteurs : MM. L. 
Duparc, L. Mrazec et F. Pearce, la carte géologique du 
Massif du Mont Blanc. 

M. Aug. DoIIot : Sur les travaux en cours d exécution du 
Métropolitain, entre la Place de V Étoile et la Place de la Nation, 
par les Boulevards extérieurs» 

Les puits de sondage creusés en 1900 sur les boulevards de la 
Chapelle et de la Villette et cette année boulevard de la Chapelle, 
aux abords du Chemin de fer du Nord, ont montré que dans cette 
zone, l'épaisseur du travertin de Saint-Ouen atteignait 20 mètres. 

Aux deux tiers de la hauteur il existe une récurrence marine, en 
deux couches, qu'on retrouve boulevai'd de Courcelles et boulevard 
de la Chapelle, en concordance d'altitude. 

Le gypse a été Fobjet d'une exploitation intensive entre le Chemin 
de fer du Nord et le Chemin de fer de l'Est, dans le travertin. 

On a pu s'en rendre compte par les puits qui en ont traversé 
toutes les couches, d'une puissance totale d'environ 6 mètres, et 
d'anciennes galeries remblayées. 

Les fouilles de fondation des piles du viaduc, près du Chemin de 
fer du Nord, à l'ouest, ont permis de reconnaître la position exacte 
des marnes a Pholadonvya ludensis, de la quatrième masse du 
gypse et des sables verts. 

La quatrième masse du gypse est formée de deux couches : celle 
supérieure ayant o m. 98 et celle inférieure i m. 14 d'épaisseur 
moyenne, séparées par de petits bancs de marne, gypse, calcaire 
et sable, sur une épaisseur d'environ o m. 87. A l'est, entre le 
Chemin de fer du Nord et la rue de la Chapelle, les puits qui ont 
près de 3o mètres de profondeur, ont été descendus jusqu'à l'eau, 
qui correspond au niveau supérieur des sables de Beauchamp 
caractérisés en cet endroit par une couche calcaire fossilifère. 
L'altitude du sommet des sables de Beauchamp, boulevard de la 
Chapelle, concorde avec celle reconnue par un forage, boulevard 
de Courcelles. 



Séance du lo Avril fHOt 

PRÉSIDENCE DE M. E. HAUG, VICE-PRÉSIDENT 

M. L. Gentil, Secrétaire, donne lecture du procès-verbal de la 
séance précédente. La rédaction de ce procès- verbal est adoptée. 

Le Président proclame membre de la Société : 

M. Emile-Edouard Lonclas, Chef de gare à Ollioules (Var), 
présenté par MM. Peron et Michalet. 

Le Président souhaite la bienvenue à M. Cari Schmidt, Profes- 
seur de géologie à l'Université de Bâle. 

Le Président annonce que le Congrès national des Sociétés 
françaises de géographie tiendra, à Nancy, sa XXII« session, du 
i«r au 5 août 1901. 

Il donne lecture d'une lettre du Ministre de Tlnstiniction publique 
et des Beaux-Arts, l'informant que la Société royale de Londres 
vient d'entreprendre la publication d'un Répertoire international 
de bibliographie scientifique comprenant annuellement 17 volu- 
mes, dont quatre seront consacrés à la Minéralogie, la Géologie, 
la Géographie mathématique et physique, la Paléontologie. Le 
prix de chaque volume séparé variera entre les limites extrêmes 
de 10 et 45 francs. 

M. P. LiOry, présente deux notes : i» Les cirques de montagne 
(Ext. Revue des Alpes Dauphinoises) : *29 Sur les principaux types 
de vallées des Chaînes Subalpines dans l'Isère et les Hautes-Alpes, 
et sur leurs rapports avec la tectonique (Ext. Bull. Soc. Statistique 
de l'Isère). 

Le Président constate avec plaisir que des auteurs de plus en 
plus nombreux s'occupent de cette captivante question des cirques 
et de l'érosion glaciaire, qui, tout récemment, a fait l'objet de si 
beaux travaux de la part de MM. Richter, Penck, \V. M. Davis et 
de notre confrère M. de Martonne. 



DÉCOUVERTE DE CALCAIRE A NUMMULITES, DANS LE PETIT 
SYNCLINAL DE LA GOURRE, PRÈS DE SÉDERON (DROME) 

par M. W. KIIilAN 

Ce gisement, découvert par Tauteur, à 4^ ^î^* ^ Touest de 
Sisteron et non loin du Mont Ventoux, est distant d^environ 
65 kiL de Taflleurement nummulitique de Faucon (Basses-Alpes), 
décrit par M. Haug, le plus occidental qu*on connût jusqu*à présent 
dans les Alpes françaises. Il se compose d'assises verticales 
pincées dans les calcaires du Crétacé inférieur. Le calcaire de la 
Gourre est fortement zoogène et cristallin, à rares grains de 
glauconite, il se délite en dalles et contient à côté d*HuItres et 
de Pecten indéterminables, de très nombreux et très beaux 
Bryozoaires, des Lithothamnium d'une conservation remarquable, 
des débris d'Echinodermes et de nombreux Foraminifères (? Gyp- 
sina^ Textularia, Millioles, etc.) parmi lesquels des NummuUies 
de très petite taille, très souvent détruits par la recristallisation 
qu'a subie la roche. Reconnues d'abord, avec la plus grande netteté, 
dans des préparations (détermination confirmée par M. le Prof. 
Steinmann), ces petites Nummulites ont été retrouvées par M. 
Kilian, au moyen de la loupe, dans des échantillons qu'il vient de 
recueillir à la Gourre, an cours d'une récente exploration de cette 
localité, qu'il vient de visiter à nouveau avec le plus grand soin. 

Une note détaillée fera connaître les résultats de l'examen 
microscopique des nouvelles préparations de ce calcaire qui vont 
être faites et qui permettront peut-être de fixer définitivement 
Fâge du Calcaire à petites Nummulites de la Gourre qui est en 
relations avec des sables, des argiles bariolées et des marnes à 
galets calcaires analogues à ceux du gisement oligocène d'Eyga- 
layes, décrit par M. Paquier et peu éloigné de Séderon. 

On conçoit facilement l'importance qu'aurait pour l'histoire des 
mers éo gènes dans le bassin du Rhône, la détermination exacte de 
ce lambeau marin situé dans une portion des Chaînes subalpines qui 
passait pour être restée en dehors du domaine maritime jusqu'à 
l'époque du Miocène inférieur. En tous cas, la découverte de cal- 
caire à Nummulites, près de Séderon, permet d'ores et déjà d affir- 
mer qu'il convient de reporter le rivage de la mer nummulitique 
bien plus à Vouest qu'on ne l'admettait jusqu à présent. 



OBSERVATIONS STRATIGRAPHIQUES 
DANS LE NORD DU MASSIF DU VERCORS 

par M. P. LORY. 

On connaît la division longitudinale très nette du massif du 
Vercors en deux parties, délimitées par le pied ouest de Tanti- 
clinal de Fourvoirie, c'est-à-dire, sur la plus grande partie de la 
longueur de ce pli, par la ligne d*éti rement qui l'accidente, la 
célèbre Jaille de Voreppe. Seule la partie située à Test est au 
point de vue tectonique le prolongement de la Chartreuse. 

Dans la partie de la bande occidentale comprise sur la feuille 
Grenoble au 8o.ooo°><', la série stratigraphique présente nombre de 
particularités intéressantes, indiquées d'ailleurs depuis longtemps, 
pour la plupart, par A. Gras et Ch. Lory. 

Depuis le Portlandien, étage le plus ancien qui af!leui*e, jusqu'à 
rUrgonien, cette série est continue * . Je rappelle que la limite du 
faciès subrécifal à Polypiers et Chamacées, qui, au sud de Tlsère, 
se dirigeait vers le sud-ouest à Tépoque du Poi*tlandien et du Ber- 
riasien (calcaires de TËchaillon), se déplace au Valanginien moyen: 
jusqu'au sud de Saint-Gervais ces calcaires blancs massifs, oolithi- 
ques par places, forment une intercalation puissante dans les 
couches du Fontanil. 

Après le dépôt des calcaires urgoniens supérieurs (Aptien 
inférieur), les lacunes et les ravinements apparaissent. C'est 
d'abord l'absence du Gargasien, complète dans la partie étudiée, 
puisque les « couches supérieures à Orbitolines » font défaut au 
nord de Romeyère. M. Paquier, qui a discuté avec beaucoup de 
sagacité les interprétations que Ton peut donner de cette lacune -, 
adopte ridée, formulée par Ch. Lory en i852 *, d'un exhaussement 
du Vercors au Gargasien, suivi d'une dénudation ; mais il regarde 
une émersion comme peu probable, et effectivement les courants 
de transgression du Gault peuvent avoir suffi à produire un 
décapage général du fond. L'importance de cette dénudation a 
varié suivant les points : elle « n'a laissé subsister que de [)elits 
lambeaux des marnes à Orbitolites et a rongé d'une manière 

I. J'ai résumé ses caractères les plus saillants dans les NoL géoL sur divers 
pointé des Aipes françaises (en coUab. avec M. Kilian, 19CX)). 
a. Diois et Baronnies, p. ai5, 216, aai. aaa. 
3. Chartreuse, p. 70. 



!i56 p. LORY. — OBSKHVATUINS &TUAT1GRAPHIQUB8 l5 Avpîl 

inégales les couches supérieures des calcaires à Caprotines * ». 
Ces inégalités paraissent indiquer des ébauches de ridenients, 
M. Paquier Ta fait observer (1. c, p. aaîi) pour les lambeaux de 
marnes, qui doivent être les traces de synclinaux. Invei'senient, 
les points oii la niasse calcaire supéneui*e de l'Urgonien est nota- 
blement réduite (ce cas existe, contrairement à ce que pense notre 
confrère), devaient appartenir à des anticlinaux. Il y a de ces 
points près de Feyssole et près de Veurey : dans cette dernière 
localité, le long de la Varaize. moins de dix mètres sépai'ent le 
Gault de lits marneux à Orbitolines appartenant à Fassise 
moyenne de l'Urgonien. 

Le Gault inférieur, le calcaire dit « luniaehelle », débute aux 
Ecouges par une i)laquette à faciès zoogène spécialement net, 
chargée de Spongiaires (Cupulochonia?) et à' Alectryonia du 
groupe de flabellata. Le gi*ès [phosphaté, qui plus à l'est i*epré- 
sente le reste du Gault, fait défaut dans cette bande au nord 
de Romeyère. D'ailleurs on voit l'épaisseur de la luniaehelle 
elle-même varier de 7 à a mètres, et. en quelques points, elle 
manque entre TUrgonien et le Sénonien. 1^ lacune, qui, dans tous 
ces massifs subalpins du nord, existe sous le Campanien, descend 
donc ici plus bas que d'habitude ; elle monte aussi plus haut, 
comme Ch. Lory Tavait mis en évidence - : les premières cou- 
ches sénoniennes ne correspondent qu'au sonnnet des lauzes à 
Bryozoaires ^, ou même plus au sud, appartiennent déjà aux 
calcaires à silex ^. G est la région occidentale qui a dû fournir 
les graviers de Gault répandus aux environs de Gi'enoble jusque 
dans cette seconde assise du Sénonien. Otte partie du massif a 
dû rester surélevée plus longtemps que le i^este à la suite des 
mouvements antésénoniens. 

Les mouvements éogènes y ont été plus sensibles encore : il y 
avait des saillies formées dès TEocène inférieur, alors que les 
crevasses de lapiaz, les puits, les grottes, creusés dans ce territoire 



I. VA\. Lory, p. 7.">. 

!i. Cf. nota m ment Descr. Dauphiné^ p. V)6. 

3. Cf. P. LoHY. li. S. G. F, (3), XXVIII. p. ;8i. La constitution de ces 
premières couches est bien voisine de celle des lauzes supérieures, fif^rée 
par MM Hovelaeque et Kilian (-1^. de Mici^ophotoffraphies), et sVloi- 
jfiie au contraire de celles des calcaires à silex, à petits Foraminifcres et 
spicules. qui les recouvrent. — C'est par suite d'un lapsus, évident d'ail- 
leurs, que dans l'article ri-dessus il est question de la partie « orientale » 
du Vercors. au lieu de « occidentale ». 

4. V. l*A(jUii:ii, oj> <• , p. '-i^J. 



igOI DANS LE NORD DU MASSIF DU VERCORS 267 

émergé, s'emplissaient de sables réfractaires *. Car, entre autres 
raisons, il fallait des pentes notables pour permettre aux ruisseaux 
de transporter les gros galets de calcaires crétacés demi-roulés 
que Ton voit çà et là se mêler aux sables. Mais c'est surtout la 
transgression burdigalienne ^ qui met en évidence le redressement 
des couches : il est en général d'autant plus marqué (Ch. Lory a 
insisté* sur ce fait) que l'on est plus loin des chaînes alpines. Il y a 
par endroits, comme vers la scierie des Ecouges, une véritable 
discordance. Vers Test, il devait y avoir un haut fonds vers 
Planfay (massif de la Chartreuse), où localement le substratum 
est l'Urgonien comme à l'ouest. 

En résumé, antérieurement aux grands plissements on constate 
une différenciation de la bordure occidentale par rapport au reste 
des massifs calcaires, les mouvements orogéniques y étant moins 
insensibles et l'affaissement à certaines époques plus tardif et plus 
lent. Manifestement, durant une grande partie du Secondaire cette 
bande s'est trouvée voisine du bord du géosynclinal alpin. 

Tectonique. — La tectonique des massifs subalpins au voisinage 
de la cluse de Tlsère est presque entièrement bien connue. Voici 
cependant quelques points que je puis signaler : i**. Une faille, du 
système de celles qui ont déterminé l'emplacement de la cluse, 
dédouble la barre valanginienne du Fontanil et devait délimiter, 
avec celle que M. Kilian a figurée sous Aizy 3, un compartiment 
abaissé transversalement. — 2®. Un curieux dédoublement se pro- 
duit dans le synclinal Vonrey-Rencurel, au ravin de la Rivière, 
avec relaiement de lu a faille » de Voreppe par une ligne d'étire- 
ment extérieure. — 3°. Il y a dédoublement temporaire et dépres- 
sion transversale de l'anticlinal de Montaud au-dessus de Saint- 
Gervais : le cours inférieur de la Drevenne a emprunté cette 
dépression. — 4^. A l'est se place, au bord interne des massifs 
calcaires, un chapelet de dômes, ceux du Rocher de FOurs, du 
Moucherotte, du Herluchon, séparés par les rentrants synclinaux, 
plus ou moins étires, du col de l'Arc et de l'Isère *. La retombée 
du dôme du Moucherotte vers Test est très visible, surtout du 
Peuil-de-Glaix à Seyssins. Elle est tranchée orthogonalement, sans 

1. Voir in Kilian, Ann: Univ. Grenoble, l. X, l'exposé de cette formation 
des sables éocènes j>ar ruissellement et décalcilication. 

2. Elle amène d'abord dans l'ouest la formation de calcaires gréseux à 
Hryozoaires, très riches en Pecten prœscabriusculus et P. du gr. de restiiu- 
tensis. 

3. Livret-Guide Congrès lyoo. Exe. Xin% Pi. I. 

4. D'après les observations de Ch. Lory» de M. Kilian et les miennes. 

3 Octobre 1901. -- T. i^. Bull. Soc. Géol. Fr. — 17 



a58 UISCORUANCE DU CAMBHIK.V SUR LE PHÉCAMBKIEN l5 Avril 

en ^tre autrement nfleçtée, par l'extrémitë nord, coudée presque à 
angle droit, de l'iinticlinnl linéaire de Saint-Ange ', ce pli se com- 
porte donc comme un élément tectonique postérieur. C'est un bon 
argument à l'appui de l'idée que j'avais émise déjà ^ »iur la Rtrnctnre 
de cette partie du Bord subalpin et de son voisinage : superposition 
de deux sortes d'éléments tectoniques formés successivement, des 
dûmes ayant précédé, cas d'ailleurs si fréquent, les éléments 
linéaires qui constituent ici un petit faisci^au déversé vers l'inté- 
rieur des Alpes. 



DISCORDANCE DU CAMBHIEN SUR LE PRËCAMBRIICN 
PRÈS DE RENNES 

par M. F. EBRFOBHE 

La pénéplaine précambrienne de Rennes est limitée au sud par 

les hauteurs cambriennes de Pont-Rean. Malgré la longueur et la 

netteté topograp bique de la ligne de contact, on n'avait pu y 

constater encore la discordance signalée ailleurs entre le Cauihrien 

et le Précambrien. Elle existe cependant et j'ai pu l'observer avec 

toute la netteté et la précision désirables. 

A 4 kil. 5 à l'est de Pont-Réan, un peu au nord de la bifui-cation 

des routes de Laillé à Bruz et 

" s d( Laillé à Saint-Erblon, une 

carrière est ouverte à la limite 

des deux l'oriiiations. La coupe 

Il contre montre ce qu'on y 

.-,.,^ observe. 

^-v^ La, Précan>brien est repré- 

senté par des scbistes argileux 
,B . - U.scordnnce du Cambnen bleu-vei-dâtre. jaunâtres par 
sur le Prtcambrien au sud de , , . ■■ , , , , 

Rennes dtcolol'ation, entremêles de très 

»■ u 1 _i ■ <• <- I ■ nombreux itetits bancs de gi-cs 

ai-gileux de couleur bleu-verdâ- 
e. en général assez foncée (=^ Grauwackc de quelques auteurs), 
es petits bancs sont bien calilirés et coupés de nombreuses dia- 

1. Pli si)rnaié pur M. Kilian. C.-R. Ca. g: pour 1896, p. 1118. 
■j. Pth iv/onléH vei-H tielUdonne. <J. II. Ai: Si:, ali dét. rdgb. 



igOl DISCORDANCE DU CAMBRIEX SUR LE PRECAMBRIEN 209 

«rlases perpendiculaires au plan de stratification : par suite de 

4rette disposition ils se débitent naturellement en petits paralléli- 

pipèdes plus ou moins réguliers : on les utilise pour Tempierrement 

-^es rentes. Quelques iilonnets de quartz blanc laiteux s'obsei'^ent 

^-ii et là. 

Ces couches dessinent un pli en S et plongent au sud. 
Dans la partie méridionale de la carrière, elles supportent sur 
j€?*ur tranche les assises cambrienues ayant même plongement 
uiâis une plus grande inclinaison sud. 

-Le Cambrien est formé à sa base de schistes argilo-siliceux vert 
crJ^r, à texture compacte et à schistosité à peu près verticale, 
luisant par conséquent un angle assez prononcé avec le plan de 
5% C. rectification. 

-A. quelques mètres au sud, dans une seconde petite carrière, on 
observe le passage de ces schistes verts aux schistes rouges 
tv^iciues. Ce passage est graduel et présente des intercalations 
al terriati veinent vertes et rouges ; la texture des schistes verts est 
lit ni^me que celle des schistes rouges. II ne saurait y avoir aucun 
dc>imt>e sur leur assimilation au Cambrien. 

Kn étudiant les premiers bancs reposant sur le Précambrien, 

c>ii eonstate qu'il ne s'y trouve pas de poudingue comparable 

li^Ho logiquement à celui de Montfort, Oignies, etc; mais, à une 

cfiiinzaine de centimètres de hauteur dans le schiste se trouvent des 

petits; galets empruntés aux bancs gréso-argileux du Précambrien 

»ou.s-jacent. Ces galets sont très peu roulés ; quelques-uns ont la 

forme de parallélipipèdes à arêtes arrondies. Ces faits confirment 

la discordance observée et montrent qu'au début du Cambrien, les 

l^rès argileux précambriens étaient déjà coupés de diaclases et se 

débitaient en parallélipipèdes comme à l'époque actuelle. 



OBSERVATIONS GÉOLOGIQUES 
A SUMATRA ET A BORNÉO 

par M. Cari SCHMIDT 

I. — Sumatra 

Les traits généraux de la constitution géologique des parties 
sud de l'île de Sumatra sont particulièrement nets sur une coupe 
transversale de Tîle allant du sud-ouest au nord-est, de l'île d'En- 
gano dans la mer des Indes, à Tile de Bangka dans la mer de 
Chine, en passant par Manna au sud de Benkoulen, le volcan 
Dempo, Lahat et Palembang. (Voir la coupe p. 263). Toute cette 
région a été étudiée, d'une manière générale, par R.-D.-M. Ver- 
beck. Cet auteur a publié en 1881 une description topographique 
et géologique de la partie sud de Sumatra avec une carte à l'échelle 
de i/5oo.ooo S et en 1897 une monographie de l'île de Bangka *. 

La côte sud-ouest de Sumatra, ainsi que les lies qui longent 
cette côte, sont formées par des sédiments tertiaires renfermant 
de la houille. Ce Tertiaire, attribué au Miocène et au Pliocène, 
constitue au sud de Benkoulen une série de couches, plongeant 
au sud-ouest et s'élevant à l'opposé à une altitude de 3oo m., pour 
venir buter le long d'une faille contre des couches paléozoïques 
fortement redressées. Cette zone bordière tertiaire de l'île a dans 
cette région une largeur de 3o kilomètres environ. 

La « chaîne centrale » constitue une région large d'environ 
5o kilomètres, où nous trouvons des calcaires siliceux et des 
schistes paléozoïques fortement plissés, du granité et des roches 
volcaniques récentes. Ces dernières couvrent une grande étendue ; 
elles forment toute la partie nord-est de la chaîne centrale et 
supportent le Dempo, volcan en activité, de 3.176 m. de haut. Vers 
le nord-est comme au sud-ouest la chaîne centrale est séparée par 
une faille d'un çorland tertiaire. 

A partir du bord de la chaîne centrale près de Lahat sur une 
longueur de 210 kilomètres, s'étend le bas-pays de Palembang-^ 

I Jaarboek van het Mijnwezen in Nederlandach Oost-lndie. Jaargang X, 
eerste Deel i88i. 
a. Ibid, Jaargang XXI, 189;. 



OBSERVATIONS GEOLOGIQUES A SUMATRA ET A BORNEO q6i 

traversé par le Mousi et ses affluents. D'après la carte de Verbeck, 
tout ce pays est couvert par le « Zeediluvium » ou par le « Riçier, 
alluQium » ; ce n'est que dans le voisinage des montagnes dans le 
sud-ouest que la carte de cet auteur indique quelques affleure- 
ments isolés de Tertiaire et de roches éruptives. Grâce à des puits, 
profonds de 5 à lo mètres, on peut constater presque partout, au- 
dessous d'une couche d'alluçium ou de latérite, la roche en place, 
constituée soit par du Tertiaire, soit par des roches volcaniques. 
La plus grande partie est formée par le Néogène, dont les couches 
forment des plis plus ou moins redressés et arasés. 

Les couches que Ton peut attribuer au Miocène sont des cal- 
caii*es gréseux. On les trouve vers l'ouest en bordure de la chaîne 
centrale, mais j'ai pu les constater aussi, plus à l'est, dans le bas- 
pays, où elles forment, souvent accompagnées de roches éruptives, 
les noyaux des anticlinaux. C'est ainsi que le Miocène se trouve au 
Boukit * Pendopo entre le Mousi et le Lematang, près de Mela- 
moum au sud du Lalang, et près de Bioukou à l'ouest de Palem- 
bang, où l'on a rencontré au-dessous de marnes pliocènes des cal- 
caires, probablement miocènes, métamorphisés au contact avec 
ime roche éruptive. 

La plus grande partie de la région est occupée par des marnes, 
que nous envisageons avec Verbeck comme pliocènes. La puis- 
sance de ces marnes est au moins de 2000 mètres. On trouve 
disséminés çà et là, quelquefois en assez grand nombre, des fossiles 
tels que Conus, Fusus, Tellina, 

Des lignites associés à des grès, qui s'intercalent dans les 
Diarnes, sont assez répandus et forment des bancs ayant jusqu'à 
5 mètres d'épaisseur. Ces lignites occupent localement des niveaux 
bien déterminés. — Les couches du Pliocène et du Miocène sont 
en parfaite concordance, et leur sépai*ation est peu tranchée. 

La direction des plis du Néogène montre un parallélisme remar- 
quable avec la direction de la chaîne centrale. Dans les hautes 
parties de la résidence de Palembang la chaîne centrale forme un 
arc, qui est convexe vers le sud-ouest; au nord-ouest de la même 
résidence la chaîne centrale est dirigée vers l'ouest-nord-ouest. De 
même les jJis du Tertiaire sont dirigés : E.-O. entre l'Ogan et 
le Lematang, S.E.-N.O. et S.S.E.-N.N.O. dans les environs du 
Mousi et du Rawas et enfin E.S.E.-O.N.O. au sud du fleuve Lalang 
(Voir la carte de Verbeck). 

Au milieu des coucIkîs tertiaires du « vorland » on rencontre 

I. Boukil (Boekil) veul dire « colline ». 



a6îi c. scHMiDT i5 Avril 

des massifs de roches volcaniques, qui n ont plus la forme de 
cratères. \'erbeck mentionne de semblables massifs dans le 
Miocène du « Goemai-Gebcrg^ » au sud de Tebing-Tingg^ 
dans le Pliocène entre le Enim et le Lematang à Test de Lahat. 
Sur ce dernier point on voit surgir de la plaine une chaîne de 
montagnes boisées, dont la longueur du nord au sud est à peu près 
de 3o kil. et qui se termine vers le nord par le sommet pointu du 
Boukit Serillo (600 m.), dont l'ascension n'a jamais été faite. La 
roche du Boukit Serillo mentionnée par Verbeck * est une andésite 
grise à hornblende et à augite avec une pâte microlitique. 

La hornblende verte est très décomposée et a donné, comme 
produit de décomposition, surtout de la titanite. La roche, prise 
en entier, contient 0,87 "/o de TiO*, tandis que dans les éléments 
basiques seuls, ilont la densité est supérieure à 3, la teneur en 
TiO* monte à 2,77 "/o. 

A peu de distance du Boukit Serillo, au Boukit Besar, j'ai tix)uvé 
des andésites à augite avec du Péridot, et j'ai vu dans les ravins 
descendant de ces montagnes des blocs d*une roche d'un aspect 
absolument dioritique. 

En outre des massifs éruptifs du Boukit Serillo et du Boukit 
Besar, la région possède un autre petit massif du même genre, 
que nous avons découvert au Boukit Pendopo, au milieu du pays 
tertiaire entre le Mousi et le Lematang, sur la frontière des dépar- 
tements de Mousi Uir et de Tebing-Tinggi, à i3o kilomètres ouest 
de Palembang, La roche éruptive forme en ce point une petite 
cime ari'ondie, boisée, qui s'élève à 100 mètres au-dessus du pays, 
couvert de « Bosch ». J'ai pu suivre le contact entre la masse 
éruptive et le Tertiaire seulement vers le nord et vers l'est. 

Au nord-est du Boukit Pendopo on rencontre les marnes du 
Pliocène, qui plongent à lo'^-ao" vei»s le nord-est et au pied de la 
colline même on voit surgir sur une longueur de 3oo à 5oo mètres 
les gros bancs de calcaires gréseux, miocènes, inclinés de So® à 70^ 
vers le nord-i»st. La partie du massif éruptif lui-même que j'ai pu 
étudier couvre une surface d'un denn-kilomètre carré à peu près, et 
sur cette petite étendue l'on trouve une très grande difl'érentiation 
des roches. Au sommet de lu colline, c'est-à-dire à une distance 
de 400 mètres de la bordui*e du massif, on trouve une roche à grain 
moyen holocristalline, qui a l'aspect d'une diorite (Var. I). Les 
éléments essentiels de la roche sont un labrador basique et le 
diallage, la texture est ophitique : nous avons donc au centre 

I. Luc. vit , \). laG. 







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q64 c. schmidt i5 Avril 

du Boukit Pendopo un gabbro ophitique. A une distance de 
25o mètres environ de ce gabbro vers la périphérie du massif j'ai 
recueilli une roche verte, à texture porphyrique (Var. II). L'élé- 
ment de première consolidation est un labrador, la pâte est 
holocristalline et se compose de bytownite, d'augite et de quartz. 
Je désigne cette roche comme porphyrite augitique à quartz. 

Partout où j'ai pu constater le contact de la roche éruptive avec 
le Miocène, j'ai trouvé des variétés, plus ou moins fraîches, qui 
ont un aspect franchement andésitique (Var. III). On y distingue 
à l'œil nu, dans une pâte violacée, des cristaux de feldspath d'une 
longueui' de 2 millimètres en moyenne. Ce feldspath, de première 
consolidation, est un oligoclase basique; l'autre élément du pre- 
mier stade est une hornblende décomposée. La pâte offre au 
microscope une Quidalité marquée, et se compose d'une matière 
feldspathique confusément cristallisée. La roche est, d'après sa 
composition minéralogique, une porph)^rite à amphibole ou une 
andésite à hornblende. 

Les trois types de roches ont été analysés dans le laboratoire de 
M. Duparc à Genève. Voici les résultats de cet examen : 



SiOï 

A1203 .... 
Fe203 .... 

FeO 

MgO 

CaO 

Na20 

A.-iJ . . . . ■ 

Perte au feu . 



Var. I 


Var. n 


Var. III 


45,1: 


53.ai 


67,35 


16,06 


20,30 


i5,oo 


5,a3 


1,95 


3,76 


4,45 


6,o5 


1,68 


",74 


1,68 


1,65 


10,79 


6,04 


1,83 


1,74 


3,22 


4,63 


1,77 


2,51 


2,12 


2,88 


4/49 


2,83 



ioo,83 99,44 ioo,85 



Le gabbro ophitique (Var. I) montre la composition njoyenne 
desdiabases. la porph y ri te augitique (Var. Il) celle des porphy- 
rites augitiques et des andésites, tandis que la porphyrite à 
amphibole oii Vandésite à hornblende (Var. III) se distingue des 
andésites les plus acides par sa faible teneur en chaux et se rap- 
proche des roches trachytiques. 

On peut présumer que. cette liaison intime de roches diabasiques 
avec des types andésitiques et trachytiques se retrouve en d'autres 
points de l'île de Sumatra, par exemple dans le massif du Boukit 
Serillo et du Boukit Besar. Il en est de môme, d'après Verbeck ', 

I. Loc. cit. p. 118. 



igOI OBSERVATIONS GEOLOGIQUES A SUMATRA ET A BORNÉO 265 

sur le Tersant est de la montagne Amboung-Bras située à loo kilo- 
mètres à l'ouest du Boukit Pendopo. 

Un troisième affleurement, de roche éruptive, au milieu du Ter- 
tiaire, est à signaler à 45 kilomètres a Touest de Palembang entre 
le Mousi et le Banjou-Asin. On y a observé sur une longueur de 
20 kilomètres des sources de naphte, qui ont donné lieu à des son- 
dages pétrolifères. On a rencontré au-dessous de marnes, à 
5o mètres de profondeur, des calcaires grenus, blancs et gris 
(calcaire miocène, métainorphisc au contact avec une roche érup- 
tive), puis vers 100 à 200 mètres une liparite, du type des néifodites. 

Au nord-est du bas-pays de Palembang, qui s'étend sur le 
Tertiaire et des roches éruptives, est située File de Bangka, où 
Ton ne rencontre que des granités et des schistes paléozoïques 
fortement plissés. C'est ainsi que la continuation de la pénin- 
sule de Malacca vers le sud-est est formée par Bangka, Billiton 
et les îles Karimoun au nord de Java. Les eaux peu profondes du 
détroit de Bangka semblent tout d'abord former la limite entre le 
Tertiaire de Sumatra et les régions paléozoïques de Bangka. 
Verbeck * indique l'île Lucipara, située très près de la côte de 
Sumatra, comme constituée par des grès paléozoïques et il sup- 
pose que la limite des roches anciennes vers le sud est voisine 
de la ligne qui va de Lucipara à Kebatou. (Voir Kaarty N° i. 
Verbeck. Bangka en Billiton). 

Mais à Palembang M. G. Fischer m'a fait voir des granités 
absolument identiques aux granités caractéristiques de Bangka. 
M. Fischer a trouvé ces granités dans le pays marécageux situé 
à 63 kilomètres à l'est de Palembang et 77 kilomètres à l'ouest 
de Lucipara. 

D'après cette observation il existerait donc au sud des grès 
paléozoïques de Lucipara et sur l'île même de Sumatra un nouveau 
massif granitique. La limite entre le noyau paléozoïque de Tarchi- 
pel malais et la région du Tertiaire de l'île de Sumatra passerait 
donc par le bas-pays de Palembang et c'est là que nous aurions à 
admettre Texistence d'une grande faille. 

Au cours de mes recherclu^s j'ai eu l'occasion de faire (fuelques 
observations sur la formation de la latente. Pour pouvoir mesu- 
rer le plongement des couches du Tertiaire il fallait presque 
toujours creuser des puits à travers la latérite. C'est ainsi que par 
exemple j'ai pu constater la présence, (m place, des marnes grises 

I. Geol. Beschr. van Bangka en Billiton j p. 53 et 83. 



î2(>G c. scHMiDT i5 Avril 

sableuses du Pliocène en couches minces dès la profondeur de 
4 mètres. Entre 4 nièlres et 3 mètres de profondeur ces marnes ont 
une teinte jaunâtre ou roiigeAtre due à la présence de Foxyde de 
fer ; elles conservent néanmoins leur schistosité. De la profondeur 
de 3 mètres à la surface on rencontre une masse argileuse homo-- 
gène d'un i*ouge ou d'un jaune très vif, c'est la latérite ordinaire du 
pays. J'ai fait faire dans mon laboratoire, par le T>' Hinden, l'ana- 
lyse de ces trois types de roches, et Ton a trouvé : 

I II III 

A hi pi'ofondeui* de ... . 5 m. 3 m. 5 i m. 

SiO^ 68,06 6c),55 73,5o 

Alî03 i4,a8 15,69 i5,68 

Fe203 /J,(Î9 3/46 3,87 

MgO 2,',6 o,58 0,18 

Na-( ) «,26 0,09 

K:iO 0,96 0,78 

Perte au feu io,63 8,(k) 5,75 



«t)i),72 îH)»i« 99»^ 

Je me propose de continuer Télude de ces types en établissant 
le processus de la décomposition des marnes pliocènes, qui semble 
être de toute autre nature que dans les granités, dont la latériti- 
sation a été étudiée par M. Bauer. 

II. — Bornéo. 

Mes observations géologiques sur Bornéo se rapportent exclu- 
sivement aux eûtes nord-ouest du « British North Bornéo ». J'ai 
étudié, en particulier, les terrains de l'Eocène pétrolifère de 
Labuan et des localités voisines du Sultanat de Brunei. 

Th. Posewitz * expose dans son ouvrage sur la géologie de 
Bornéo les traits généraux de la géologie de cette contrée; ces 
notions peuvent être complétées par les publications de J. Motley - 
et de J. E. Tennison- Woods *. 

La région tertiaire forme au nord-ouest de Bornéo une zone 
bordière, le long de la côte, large de 60 à 100 kilomètres. Ce sont 
des schistes argileux, des grès, des conglomérats, qui renferment 
de la houille et sont pétrolifères. On les envisage comme éocènes. 

1 Tli. Posewitz. Bornéo, Berlin, Friedhi*nder, 1889. 

2 J. MoTLKY. Report on the geologicul |>)i(>noinena ofthe island of Labuan. 
Quart. Journ. ffeol.. aoc.j i853, p. 54. 

3. J. E Texmson-Woods. The Bornéo coal iields. Xature, i885. Vol. 3i. 



agOI OBSERVA'nONS GÉOLOGIQUES A SUMATRA ET A BORNÉO qG^ 

Ces dépôts sont affectés de plis aux allures sinueuses mais 
.^yant en général une direction S.O.-N.E. Ce sont presque partout 
^es plis droits, arasés. Le nord de Tlle de Lahuan est traversé par 
n pli déjeté vers le nord-ouest. En beaucoup de points, on constate 
a présence de sources de naphte et de volcans de boue, dont 
'affleurement est aligné le long de la direction des plis et dont la 
situation est sans exception sur les axes de ces plis. 
C'est ainsi que, sur Taxe d*un de ces plis, eut lieu près de la côte 
e la péninsule de Klias, à Test de Labuan, une éruption boueuse, 
ont le résultat fut la formation d'une nouvelle île, le 21 septembre 
:^«fi97. Cette éruption lut précédée de quelques heures par deux 
-violentes secousses de tremblement de terre, dont le point de 
^S^part se trouvait probablement dans Tile de Mindanao (Phi- 
Imppines) et qui causèrent de grands désastres. Ce même ébran- 
lement fut ressenti jusqu'en Europe *. Le mécanisme de la forma- 
"tlofi de cette île nous semble fort simple. Dans Taxe de ce pli droit, 
arasé, s'était amassée au milieu des couches sableuses une masse 
boueuse, mêlée de naphte et de gaz. Les pressions développées 
par* des secousses sismiques ont poussé toute cette masse vers le 
, soulevant le fond de la mer peu profonde. L'île ainsi forniée 
ait aSo mètres de long, i4o mètres de large, et une hauteur de 
ao ¥imètres. Le choc des vagues contre les matières meubles qui la 
constituent a déjà diminué son étendue et la fera disparaître en peu 
d'an.iiées. La formation de cette île est sans doute analogue à celle 
de l'Ile Kumani, qui surgit en mai 1861 dans la mer Caspienne -. 



s gisements de pétrole que j'ai étudiés et que l'on commença 
à. exploiter dans l'archipel malais, il y a à peu près douze années, 
*^i^t tous d'âge tertiaire. On les trouve dans TEocène, dans le 
Miocène et dans le Pliocène ; ils n'ont pas de niveau stratigra- 
phic|tie défini et sont toujours liés à des couches sableuses, inter- 
calées dans des marnes ou des argiles. J'ai pu constater aussi bien 
^ Sumatra et à Java qu'à Bornéo que les gîtes vraiment productifs 
*^'^t toujours, sans exception, localisés dans Taxe d'anticlinaux 
surbaissés, dont les flancs possèdent un pendage maximum de 
^^^ environ. 

*• Voir : G. Agamkmnonk. I terreiiioli neirisola di Labuan (Bornéo) dcl 
" setiembre 1897. Atti li. Acad (ici Lincei, Roma, 1898. Ktndic. Vol VII, 

^ N oip H. Abicii. Ueber eine im easpischen Meere erschienene Insel . 
• ^"noires de V Académie impériale des Sciences de St-Péterboarg, VII sér., 



Séance du H Mai 1901 

PRÉSIDENCE DE M. L. GAREZ. PRÉSIDENT 

M. L. Gentil, Secrétaire, donne lecture du procès- verbal de la 
séance précédente. La rédaction de ce pi'ocès-verbal est adoptée. 

Le Président annonce deux présentations. 

11 fait part du décès de M. Henri Porteret, membre de la 
Société depuis 189G. 

En annonçant la nomination de M. René Zoiller à TAcadémie 
des Sciences, il se lait Tinterprète des membres de la Société 
pour présenter ses félicitations à Téminent paléontologiste. 

M. le D*" Labat olfre à la Société une brochure dont il est 
Tauteur, intitulée : Climat et eaux minérales de V Angleterre 
(Paris, Baillière, 1900). 

M. .T. Berfçeron ofl're à la Société, au nom de M. le D"* Imbeaux, 
un volume (juïl vient de faire paraître et qui est le pi*emier d'une 
l)ublication sur Z/'a/im^^^a/io^ en eau et V assainissement des villes 
à V Exposition universelle de igoo. Il ])orte en sous-titre : Compte- 
rendu des derniers progrès et de Vétat actuel de la science sur ces 
questions, et il le justifie pleinement. En elfet, Texamen de tout ce 
qui se trouvait disséminé dans Texposition, concernant ces deux 
questions, n'occupe ([u'une quinzaine de pages ; par contiv le reste 
du volume, c'est-à-diiv plus de trois cents pages, est consacré 
uniquement à T alimentation des villes en eau. 

Le paragraphe concernant la provenance des eaux est un vrai 
traité sommaire d'hydro-géologie, écrit avec une compétence peu 
commune. M. le D»" Imheaux, en effet, depuis 1897, époque à 
laquelle il fit paraître un ouvrage sur Les eaux potables et leur 
rôle hygiénique dans le département de Meurthe-et-Moselle, qui 
produisit une grande impression dans le monde médical parce 
qu'il apprit aux hygiénistes qu'ils pouvaient trouver des auxiliaiitîs 
dans les géologues, n'a cessé d'étudier la question de la recherche 
des eaux en France comme à l'étranger. Dans le présent volume il 
a résumé ses connaissances comme hygiéniste, comme géologue 
et comuie ingénieur, pour le plus grand profit de ses lecteurs. 

M. J. Bergeroxiy à propos de la communication faite par 
M. C. Schmidt dans la dernière séance à laquelle il n'a pu assister, 
signale le fait qu'en Roumanie les principaux gisements de pétrole 



SÉANCE DU 6 MAI 1901 269 

sont situés également dans des anticlinaux. Son élève et ami 
M. Goldberg a été à même de le constater, en particulier dans le 
district de Campina. 11 lui a paru intéressant d'attirer Tattention 
sur cette similitude des gisements en des régions si éloignées l'une 
de l'autre, la théorie de Forigine du pétrole ne pouvant s'établir 
que par la comparaison des principaux gîtes entre eux. 

M. G. DoUfus présente à la Société géologique un opuscule de 
M. Biitot, actuellement président de la Société belge de géologie, 
d'hydrologie et de paléontologie, dans lequel il a examiné la circu- 
laire ministérielle française récente sur l'instruction des projets 
pour Talimentation en eaux des communes de France. 

n observe que le programme très intéressant qui a été dressé 
pour cette étude est fort voisin de celui qui a été préconisé en Belgi- 
que par M. Van den Broeck dès 1890 et qui donne la première place à 
l'enquête géologique. C'est un grand honneur pour notre science, 
mais c'est aussi une tâche difficile, car la responsabilité des ques- 
tions pratiques qui va incomber aux géologues qui ont accepté ces 
fonctions s'en trouvera considérablement accrue. A moins de faire 
seulement du rapport géologique une simple formalité administra- 
tive de plus, le géologue sera forcé de donner un avis comprenant 
les voies et moyens nécessaires pour prendre possession de l'eau 
signalée, il devra indiquer les côtés défectueux des projets présentés 
et les corrections qu'il jugera indispensables d'y faire apporter. 

Mais ces études seront d'autre paii; pour le géologue un ensei- 
gnement très importîint, il groupera des détails souvent perdus, il 
aura entre les mains des moyens d'action matérielle : sondages, 
tranchées, nivellements, etc., qui lui font trop souvent défaut dans 
ses études théoriques habituelles et dont le manque se fait parti- 
culièrement sentir dans la construction des cartes. 

M. G. Dollfus olfre à la Société, de la part de M. E. "Van den 
Broeck, une brochure qu il vient de publier sous le litige de 
Dossier h)'drologique du régime aquifère en terrain calcaire. 
Rôle de la géologie dans les recherches et études des travaux 
d'eaux alimentaires. 

La circulation des eaux souterraines en terrain calcaire, rocheux 
ou crayeux est très difle rente de ce qu'elle est dans lous les 
autres terrains, et il est impossible d'en donner une théorie qui 
soit vraie dans tous les cas. M. Van den Broeck en développe des 
exemples tirés de l'examen du calcaire carbonifère de Toui*nai en 
couches un peu inclinées, du calcaire dévonien de Rémouchamp 



2^0 SÉANCE nu (> MAI I90I 

très redressé, de divers ealeaires de Han-Rochefort qui sont très 
plissés. Fréquemment le bassin hydrologique ne correspond pas 
au bassin géographique et l'intervention d'une stratigi'aphie de 
détail est nécessaii*e pour déterminer l'origine réelle et la nature 
des sources. L'auteur qui a autrefois déjà si heureusement exposé 
le rôle du géologue au premier plan dans la recherche des eaux 
alimentaii*es, développe aujourd'hui son programme en faisant 
entrer en ligne de compte les méthodes nouvelles pour la recherche 
des parcours souterrains avec Temploi de la fluorescéine, de la 
levure de bière, ou Tanalvse des nitrates. Notre aimable vice- 
président tiendra volontiers des exemplaires de son travail à la 
disposition de ceux de nos confrères qui voudront lui en faire la 
demande, ils trouveront certainement dans ce petit volume, les 
questions de polémique mises de côté, une foule de renseignements 
qu'ils arrivei'ont à dégager utilement. 

A propos de la transmissicm de la note de M. Rutotpar M. G. -F. 
Dollfus, M. G. Bamoxid informe la Société qu'il a échangé plu- 
sieurs lettres avec MM. Van den Broeck, Putzeys, Ingénieur 
des eaux de la Ville de Bi'uxelles, etc. 

Il résulterait de ces correspondances que, en Belgique comme 
en France — , on préfère toujours, pour Talinientation des villes, 
une bonne eau de source aux eaux de rivière ou à celles des nappes 
superlîcielles, filtrées : le filtrage n'est qu'un pis- aller. Mais on le 
pratiquerait, paraît-il. en Belgique, dans d'excellentes conditions, 
et qui répondent aux prescriptions de la plus rigoureuse hygiène. 

M. G. Dollfus jjrésente à la Société une courte noU^ extraite 
du dernier numéro de la Feuille des Jeunes Naturalistes sur 
ï Étage cénomanien en Angleterre ^ d'après la classification nou- 
velle proposée par M. Jukes Browne. Il s'agit toujours de la place 
à donner à la Gaize (Étage vraconien Renevier). La conclusion 
actuelle de M. Jukes Browne» est de la réunir, au sommet d*une 
part av(»c les coucht»s de Warminster à Pecten asper et à la base, 
d'auti^e part avec les couches dc^ Folkestoiie à Ammonites inter- 
ruptus et A, mamillaris (Allin d'Orbigny); il forme ainsi de ces 
trois horizons un nouvel étage auquel il a donné le nom de Selbor- 
nien. Nous avons déjà fait observer avec de nombi^eux géologues 
français que la faune des couches à Am, rostratus (Gaize) avait 
plus de rapports avec le Cénomanien qu'avec l'Albii^n et que cette 
limite était tracée déjà par la paléontologie, mais il y a plus, si on 
laisse de côté cet argument malgré sa valeur, il nous reste des 
raisons stratigraphiques considérables pour rejeter l'édifice com- 



SÉANCE DU 6 MAI 1 901 2'jl 

pliqué que nous propose M. Jukes Browne, car son Selbomien se 
trouverait coupé en deux et au-dessus de son tiers inférieur, par 
une des plus grandes discordances, un des ravinements les plus 
intenses, une transformation géographique des plus vastes que 
nous ait révélé l'étude des terrains secondaires, je veux dire la 
transgression cénomanienne. Certainement la disparition de 
TAlbien et la mutilation du Cénomanien ne trouveront aucun écho. 

M. Léon Janet appelle l'attention de la Société géologique sur 
le rôle que vont être appelés à jouer les collaborateurs du service 
de la carte géologique de France, dans l'instruction des projets 
pour Talimentation des communes en eau potable. 

Une circidaire de M. le Président du Conseil, Ministre de l'Inté- 
rieur, en date du 10 décembre 1900, a invité les Préfets à faire 
débuter cette instruction par un examen géologique. 

Ultérieurement un géologue a été désigné pour chaque dépar- 
tement, sur la proposition de M. le directeur du Service de la carte 
géologique de France. 

On ne peut que se féliciter de voir la géologie intervenir ollicielle- 
ment dans ces questions; nous avons montré, Tannée dernière, dans 
une conférence insérée au Bulletin * combien il était regrettable 
de voir statuer sur des projets d*alimentation en eau potable sans 
étudier les causes de contamination auxquelles les eaux à capter 
pouvaient être exposées. Le résultat sera de montrer rapidement 
les services que peut rendi*e une science, regardée quelquefois 
bien k tort par ceux qui ne la connaissent pas coninie dénuée 
d'applications pratiques. 

M. E, Hauff dépose sur le bureau la '^'2& livraison de la Grande 
Encyclopédie, renfermant un article sur le Silurien, qu'il vient de 
publier. 

M. G. Ramond oft're à la Société, pour sa Bibliothèque, un 
ouvrage, publié par la Commission impériale du Japon à l'Exposi- 
tion universelle de i9<k) : « Les Mines du Japon, rédigé par le 
Bureau des Mines (Ministère de l'Agriculture et du Coumierce). » 

Ce volume renferme, indépendamment de nombreux renseigne- 
ments techniques, île courtes Polices géologiques et ininéralogiques 
sur les principaux gites miniers d(i Tlùapire du Soleil levant, des 
diagrauunes, une carte générale, etc. 

11 est intéressant de constater les progrès si rapides du Japon 
dans la voie de la civilisation. 

1. Voir '\ série, toiiit- XXVllI, page h'i'i, année lyiK). 



SUR UAGE DES SCHISTES DU ROZEL (MANCHE) 

par M. A. BIGOT 

Ces schistes dans lesquels M. Lebesconte * a signalé son 
Montfortia Rhedonensis ne sont pas précambriens. 

En 1890 * j'avais rapporté ces schistes au niveau des schistes 
de Saint-Lô, mais les explorations faites depuis pour la feuille 
« les Pieux » m'ont conduit à modifier cette opinion. 

Le rapport sur les explorations de 1898, inséré dans le Compte- 
rendu des collaborateurs do la Carte géologique ^ est en partie 
consacré à la discussion de cette question et à montrer que : 

I** Les brèches porphyriques très cristallines de Saint-Germain- 
le-Gaillard et Bricquebosq, signalées pour la première fois dans 
cette note, sont surmontées par les arkoses avec galets de roches 
variées qui forment dans la région la base du Cambrien. L'attri- 
bution au Précambrien des schistes qui bordent au sud ces 
arkoses, donnée comme douteuse dans le rapport, a été admise 
définitivement en 1899. 

3° Les arkoses de la base du Cambrien sont recouverts par 
les schistes du Rozel, formant une large bande S.O.-N.E. qui 
s'étend jusqu'à Cherbourg où ces schistes deviennent sériciteux. 

3° Ces schistes plongent au nord-ouest sous le grès armoricain. 

4** La largeur de cette bande n'exprime pas la puissance réelle 
des schistes parce qu'elle est exagérée par des failles et des plis ; 
cette épaisseur ne serait d'ailleurs pas surprenante, puisque cet 
horizon schisteux correspond probablement à deux niveaux, l'infé- 
rieur schisteux, le supérieur gréseux (grès feldspathiques déve- 
loppés au nord du synclinal entre les arkoses et le grès armoricain). 

Les i*elations des schistes cambriens avec les arkoses et le 
grès armoricain sont particulièrement nettes dans la région du 
Rozel, comme le montre la coupe ci-jointe. 

Cet impoilant développement de schistes n'est point spécial 
au bord sud du synclinal de Siouville. Il se montre sur la feuille 
« Cherbouiç » où M. Le Cornu a rapporté au Cambrien les 
schistes de Hardinvast et ïollevast inférieurs au grès armori- 

I. Lkbescontb. Briovcricn et Sihmcn en Bretagne et dans Toucst de la 
France. H. S. G. F., (3), XXVEI, 1900, p. 8i5. 
a. Bigot. Archéen et Cambrien dans le nord du Massif Breton, 1890, p. 116. 
3. B. Serv. Carte Géol., N- 69, avril 1899. 



SUR l'âge des schistes du rozel 



Q73 



cain, et dont les caractères lithologicpies sont identiques à ceux 
des schistes du Rozel. Le faciès schisteux est aussi très déve- 
loppé sur la feuille « Barneville » où les schistes de Garteret, 
avec pistes d'Annélides (Falaise de Dennemont) et bancs de 
calcaires oolithiques (les Douits) ne sont séparés du grès armo- 
ricain du Bosquet que par une assise très réduite de grès feld- 
spathiques. Enfin, au centre du synclinal de la zone Bocaine, 



JéoJtantle 



M^ Hochet 



n«rr«vill« 



Atuc Annlaia 
M ^J 




Xc, Brèches porphyriques précambriennes ; Sp, Conglomérats de base du 
Cambrien ; Sa^ Schistes du Rozel ; 6'', Grès armoricain ; S*, Schistes à 
Calymmènes ; S', Grès de May ; rf*, Schistes et calcaires de Néhou ; y,, 
Granité ; y', Microgranulite ; F, Faille. 

particulièrement aux environs de Saint-Réray, le faciès schisteux 
du Cambrien acquiert une grande puissance, et les dalles du Pont- 
à-la-Mousse présentent comme celles de Garteret des pistes d*Anné- 
lides et des bancs de calcaires oolithiques. 

Nous rappelons qu'Hébert a déjà signalé * des traces organiques 
dans les schistes du Rozel qu'il l'apportait aux schistes de Saint- 
Lô. M. Dollfus a fait également connaître dans les schistes des 
Moitiers d'Allonne (=^ Schistes de Garteret et de Rozel) des sortes 
de nodules qu'il a décrits sous le nom de Palœactis çeluta et 
dans lesquels il a trouvé des articles de Grinoïdes. 

i. B. S. G. F., (3), XIV, 1886, p. :33. 



3 Octobre 1901. — T, 1". 



BuU. Soc. Géol. Fr. — 18 



Séance du t^O Mai t90t 

PRÉSIDENCE DE M. L. GAREZ, PRÉSIDENT 

M. L. Gentil, Secrétaire, donne lecture du procès- verbal de la 
séance précédente. La rédaction de ce procès-verbal est adoptée. 

Sont proclamés membres de la Société : 

MM. Segiienza, Luigi, Assistant de géologie à TUniversité de 
Messine, présenté par MM. Depéret et Garez ; 
Broiiety Ghimiste de la Station agronomique de Laon, 
présenté par MM. A. de Lapparent et Stuer. 

M. L. Oentil offre à la Société un tirage à part d'une note très 
résumée sur la Stratigraphie du bassin de la Tafna (terrain pri- 
maire et secondaii'e) qu'il a présentée à l'Association française 
pour l'avancement des Sciences (Congrès de Paris, 1900). 

M. le Dr A. Labat offre à la Société, une brochure dont il 
est Fauteur, intitulée : Climat et eaux minérales d'Espagne. 

Dans ce travail Tauteur montre les rapports étroits qui existent 
entre le sol de l'Espagne , son climat et ses eaux minérales. 

Après avoir résumé les conditions climatériques et la struc- 
ture géologique de la péninsule il passe en revue les stations 
d*eaux minérales. 

Dans la région volcanique de Calatrava, Hervideros Fuente- 
Santa, eau alcaline gazeuse. La rareté de ce groupe d'eau est 
due à l'absence de volcans éteints analogues à ceux de notre 
Massif Gentral, aussi bien qu'au manque presque absolu des 
roches éruptives tertiaires. 

Orduûa, Gestona, Molinar, etc., possèdent des eaux salées en 
connexion avec les ophites. Quelques-unes de ces eaux sont 
à la fois séléniteuses et sulfiireuses. 

Le plus grand nombre des eaux minérales sont, comme l'avait 
pensé Elle de Beaumont, en relation avec les gîtes métallifères 
si nombreux et si variés. Les sources salées et sulfureuses de 
Ontaneda y Alceda, Puente-Viesgo et Galdas de Besaya dans la 
province de Santander, Archena et Fortuna, près Murcie, sortent 
comme chez nous des terrains triasiques. 

- La présence d'un grand ci sèment tertiaire de sel (chlorure et 
sulfate de sodium, gypse) dans les Gastilles explique Tabondance 
des eaux purgatives : Loeches, Garabana, Rubinat; on les recueille 



SÉANCE DU ao MAI I9OI Q^S 

creusant des puits, ce sont des eaux de lixiviation. Elles ne sont 

comparables aux sources jaillissant de la profondeur ; au point 

Tue de Torigine elles peuvent être comparées aux eaux ferru- 

jneuses engendrées par le lavage des pyrites. 

Xes eaux sulfureuses, le plus souvent froides, sont en grand 

^^mbre. On les trouve sur le versant nord Cantabrique. L'eau 

* ^^Archena est à la fois chlorurée et sulfurée, association rare en 

:K'*:ance, aussi commune en Espagne qu'en Italie. Le versant pyré- 

^n espagnol est bien plus pauvre en eaux sulfureuses que le 

TBTsant français. 

r^iennent en dernier lieu, les eaux qui naissent dans le gra- 
^. Peu minéralisées, elles ont par contre, une température 
'^ée et un débit abondant. 

complexité des éléments des eaux espagnoles a forcé 
^ Labat à rejeter la classification chimique des auteurs, et à 
pter la division en groupes régionaux en rapport avec la 
KiM^titution géologique du sol. 



. G.-F. DoUfuS communique à la Société des échantillons 

11 fossile très intéressant qu'il a reçu de notre confrère M. Welsch, 

1. 'Université de Poitiers, par l'intermédiaire de M"« la Comtesse 

Cointre, qui s'est dévouée à collectionner les coquilles fossiles 

Miocène de la Touraine. Il s'agit de spécimens recueillis dans 

gisement extrêmement limité situé vers la pointe de l'île 

léron (Feuille Tour-de-Chassiron de la carte géologique) et 

t le niveau n'avait pu être précisé, c'est probablement l'espèce 

Mares, Beltremieux, Boissellier ont parlé sous le nom de 

^^dUa Jouanneti, mais c'est une espèce bien différente qui est 

^^ C^4irdUa striatissima Nyst in Cailliaud, espèce abondante dans 

sables tertiaires supérieurs de la Basse-Loire, et caractéristique 

îMiocène supérieur de cette région pour lequel j'ai proposé la 

ion d'un étage Redonien (type à Rennes). Cette espèce n'est 

ue ni dans le Bordelais, ni en Touraine, nous ne la connaissons 

dans le Pliocène, ni dans les mers actuelles. Elle se trouve dans 

série de gisements isolés qui, de l'île d'Oléron, se suivent en 

^^ndée, à Challens et la Chapelle-Hermier (M. Wallerant) ; Palluau 

\M- Dumas); Vieille- Vigne, Montaigu (D' Mignen) ; Aigrefeuille 

Q"4. Vasseur) ; puis dans divers gisements des environs de Nantes, 

^nime la Dixmerie, près Ldroux-Botterau (MM. Bureau, Dumas, 

^^*illiaud, etc.). Puis à S^Clément-de-la- Place, près Angers (Bar- 

^); Sceaux, Thorigné, Coutigné, gisements autrefois explorés 

P*r Defrance ; dans les grès ferrugineux de la Forêt de Gàvre 



\ 



H'jè SEANCE DU 'JO MAI I9OI 

(M. Davy); nous venons de la recueillir àBeaulieu. près Laval 
(M. Œhlert), puis à Apigné, près Rennes (M. Lebesconte); enfin 
elle est abondante à Gourbesville (Manebe) ; elle est ainsi présente 
sur une étendue de plus de quatre cents kilomètres du sud au nord. 
J'ai examiné la faune de tous ces ilôts et de quelques autres moins 
importants qui présentent une grande uniformité et j'ai pu déter- 
miner plus de 35o es2)èces dont un bon nombi*e sont nouvelles. Cette 
faune est bien distincte de celle de la Touraine sur laquelle elle 
repose, elle est distincte du Pliocène par ses tendances franche- 
ment méridionales (genres Cypra*a, Conus, Voluta, FusuSy Pleuro- 
toma^ Cerithium, etc.). Plus récente qu*aucun des gisements du 
Golfe bordelais, elle est plus ancitmne que les dépôts pliocènes 
classiques de Test de l'Angleterre et de la Belgique, c'est un terme 
miocène supérieur marin qui était mal connu jusqu'ici en Europe. 
11 reste dans le Pliocène : le gite du Bosc d*Aubigny (Périers) et 
celui de Redon (Ille-et-Vilaine) respectivement dans le Cotentin et 
la Bretagne. 

M. G. DollfUB sur une question de M. Boistal qui lui 
demande quelle place doit occuper le nouvel étage Redoniei 
relativement au Pontien, répond qu'il lui est très difficile pou 
le moment d'indiquer ce synchronisme ; il s'agit de bassins com- 
plètement étrangers les uns aux autres au point de vue strati 
graphique, et sans fossiles eomnmns. 

Il n'y a pas trace jus<iu'ici dans l'ouest de couches à Congéries, 
cependant leur niveau ne lui parait pas devoir être fort éloign< 
du Redonien, il y a seulement dans les fossiles de la Dixuieri< 
appartenant au Musée de Nantes un fragment de Potanùde 
qu'on peut rapporter au P. Basteroti et qui favorise cette ma — 
nière de voir. 

Sur une question de M. de Lapparent qui demande si ces 
dépots ne sont pas au niveau de TAnversien de Belgique^ 
M. Dollfus répond qu'ici encoi*e nous sommes en présence d 
bassins très difféi*ents, car il estime que le détroit du Pas-de-Calais 
n'était pas encore ouvert et que la faune du Cotentin présen 
un aspect sensiblement plus méridional ; de tous les dépôts 
ges ce sont des sables d'Anvers à Pectunculus pilosus que les? 
dépôts de l'ouest se rappi*ochent le plus. 

Enfin M. Dollfus annonce avoir • reçu une lettre de not; 
confrère M. J. Aimera de Barcelone qui lui demande s'il n' 
pas disposé à mettre la faune des sables tertiaires supérieu 
de l'ouest au niveau du Sahélien d'Algérie, M. Dollfus pens- 










SEANCE DU 20 MAI I9OI 275 

que cette assimilation est probable, mais il se réserve de pré- 
ciser tous ces synchronismes lorsqu'il aura terminé la description 
de toute la belle faune qu*il a en mains. 

M. Bourgeat. — Sur un filon de minerai de zinc dans la 
Combe des Prés (Jura). 

J'ai l'honneur de signaler à la Société géologique un filon de 
minerai de zinc, que j'ai découvert récemment dans la Combe des 
Prés, au nord de Saint-Claude, dans le Jura. 

Si l'on veut bien se reporter à la note que j ai publiée dans le 
Bulletin de 1896 (page 4^ ^^ suivantes) sur les particularités 
stratigi'aphiques et tectoniques de cette Combe, on remarquera, en 
particulier, dans la carte qui Taccompagne, qu'au nord-ouest du 
hameau des Près de Valfin, le Jurassique inférieur se trouve divisé 
en compartiments qui ont glissé horizontalement les uns à côté des 
autres suivant les lignes de décrochement. Ces lignes jalonnent, 
comme on peut le voir sur la même carte, ou des sources ou des 
puits perdus, dont la succession est réglée par le degré de perméa- 
bilité des couches. Jusqu'ici je n'avais remarqué, suivant ces 
lignes, que quelques traces de friction. 

Mais ce printemps, ayant suivi en détail la fracture qui sépare 
les deux compartiments A et B de ma carte, j'y ai constaté une 
traînée d'argile rougeâtre, accompagnée de rognons de pyrite et 
d'oxyde de fer avec des l)locs carriés d'un gris jaunâtre d'une 
grande densité. Frappé de leur ressemblance avec la calamine, 
j'en ai recueilli quelques-uns, que j'ai fait analyser aux laboratoires, 
de notre Faculté libre de Lille par MM. Wavelet et Baquet. 

Tous les deux v ont trouvé du fer, de la chaux, de la silice, de 
l'argile, mais surtout une quantité de zinc qui peut monter jusqu'à 
5o °/o et qui est surtout à l'état de carbonate. 

La traînée d'argile rouge qui contient ce minerai se montre d'une 
façon presque continue, sur une longueur d'une vingtaine de 
mètres et avec une largeur (jui varie de quelques centimètres à 
80 centimètres. Elle s'enfonce presque verticalement dans le sol et 
présente tous les caractères d'un (ilon. A son contact, le calcaire 
bathonien présente des veines de cristallisation manifestes. 

Comme par ailleurs il longe une cassure qui n'a pu se produire 
qu'au momerft de la surrection du Jura, c'est-à-dire, après le 
Miocène, le remplissage de la fente serait postérieur à cette 
époque et la venue du zinc serait de date récente. Je me propose 
d'étudier le fait plus en détail et de voir si les autres lignes de 
décrochement n'auraient pas des filons analogues. 



Séance g^énérale annuelle du 30 Mai f 90f 

PRÉSIDENCE DE M. A. DE LAPPARENT, Président sortant 

M. L. Gentil, Secrétaire, donne lecture du procès-verbal de la 
séance précédente. La rédaction de ce procès-verbal est adoptée. 

M. A. de Liapparent prononce l'allocution suivante : 

« Messieurs et chers collègues, 

« Uannée 1900 a été marquée, pour la Société Géologique de 
France, par deux événements importants, bien faits pour signaler 
à notre attention cette dernière étape du siècle. 

« Le premier est la huitième session du Congrès géologique 
international, tenue à Paris à l'occasion de l'Exposition Univer- 
selle. Les plus éminents de nos collègues ont rivalisé de zèle et 
de dévouement pour assurer le succès de cette réunion qui, au 
lieu de se trouver noyée, comme on aurait pu le craindre, dans la 
splendeur de la grande fête, a revêtu au contraire son éclat 
exceptionnel. 

« C'était vraiment la France géologique qui faisait aux étran- 
gers les honneurs de ses richesses avec une abondante libéralité, 
vivement appréciée de tous nos hôtes. Notre Compagnie a pu s'y 
associer directement, dès l'ouverture du Congrès, par un acte 
spécial d'hospitalité qui a laissé les nieilleui*s souvenirs, et n'a 
pas peu contribué à établir, entre les congressistes, l'esprit de 
franche cordialité qu'on a vu régner parmi eux jusqu'à la fin. 

« L'autre événement est le changement de local qui, de la rue 
des Grands-Augustins, où nous avions fait un séjour de plus 
de trente ans, nous a amenés dans le Palais des Sociétés Savantes. 
C'est la quatrième fois, depuis sa fondation, que notre Société 
change ainsi de demeure, comme s'il était dans la destinée des 
géologues, voyageurs par essence, de ne pas pratiquer avec 
excès le culte des anciennes murailles. 

« Quelques appréciations qu'ait pu rencontrer cette mesure 
prise après mûre délibération par la majorité du Conseil, il est 
un fait que personne ne contestera, c'est le progrès réalisé pour 



ALLOCUTION PRESIDENTIELLE 279 

rinstallation de notre bibliothèque. Ce rare trésor, qui va s' en- 
richissant chaque jour, est enfin logé dans des conditions dignes 
de lui, et propres à en faciliter grandement l'usage, par l'espace 
et la lumière dont il est maintenant doté. 

« Or, s'il est incontestable que notre Société traverse des temps 
difficiles ; s'il est vrai que nos ordres du jour souffrent rare- 
ment de pléthore ; si la salle de nos séances, malgré son exi- 
guité, se montre toujours suffisante pour l'auditoire qui la fré- 
quente ; en revanche la masse de nos livres et de nos cartes 
subit un accroissement rapide et constant. Puisque cet élément 
était le seul en progrès, c'est à sa mise en pleine valeur qu'il 
convenait de tout subordonner. Les hommes de science qui vien- 
nent chaque jour y chercher des lumières ne se plaindront 
sûrement pas du nouvel aiTangement. 

« Quant aux difficultés auxquelles j'ai fait allusion, elles 
sont inhérentes à la nature d'une société, qui évolue comme la 
science qu'elle personnifie, et ne peut espéi^er de vivre éternel- 
lement dans les mêmes errements. De même qu'aujourd'hui la 
plupart des gisements classiques des environs de Paris, ceux que 
nous exploitions avec avidité dans notre jeunesse, ont disparu 
sous des constructions et des boulevards, ainsi l'activité de nos 
collègues a dû se reporter sur des contrées de plus en plus loin- 
taines. D'autre part, le progrès même de la géologie a amené 
l'éclosion de centres scientifiques distincts, dont plusieurs n'ont 
peut-être pas gardé, dans leur développement, la mesure la plus 
propre à concilier les intérêts locaux ou spéciaux avec ceux d'une 
institution centrale qui, par son passé, mérite respect et gratitude. 

« C'est à nous, mes chers collègues, de nous ingénier à main- 
tenir, jmr nos constants efïbrts, la belle et féconde union qui a 
été si longtemps le principal privilège de la Géologie française. 
N'oublions pas que si celle-ci fait encore très bonne figure dans le 
inonde, on le doit en grande partie aux traditions de ce centre 
d'activité commune, que nos fondateurs ont su établir il y a plus 
de soixante-dix ans, non pas en se contentant de copier les mo- 
dèles de ce genre qui jjouvaient exister ailleurs, mais en impri- 
mant à la nouvelle fondation. i)ar Theureuse institution des réu- 
nions extraordinaires, un caractère tout spécial d'intimité et 
d'union. De cette façon, à force de se fréquenter au grand air 
tous les géologues français sont véritablement devenus des cama- 
rades, heureux de travailler ensemble sous le même ciel, et de 
discuter, dans la plus grande cordialité, les questions qui surgis- 
saient au fur et à mesure de leurs études. 



q8o a. de lapparent 3o Mai 

« Ne laissons pas se relâcher Tantique fidélité à nos réunions 
de quinzaine, où, pour trouver de Tintérêt, il n*estpas à la rigueur 
nécessaire d'apporter des communications nouvelles et laborieu- 
sement préparées. Ne suflirait-il pas qu au plaisir de se retrouver 
en famille, vint se joindre celui de causer ensemble des questions 
à Tordre du jour, avec la simplicité et Tabandon qui régnaient, 
dit-on, à l'Académie des sciences, à Tépoquc où le public n'y 
était pas admis? 

« Lidssez-moi prêcher pour rattachement à cette coutume, dont 
j'ai pour ma part si bien goûté les avantages, en vous citant, 
comme le meilleur modèle à suivre, l'admirable exemple de 
notre président du dernier Congrès, M. Albert Gaudry. Membre 
de notre Société depuis cinquante-trois ans, il s'est fait un devoir 
de ne manquer aux séances qu'en cas d'absolue nécessité ; et je 
suis sûr qu'il eût été aujourd'hui à sa place, sans le deuil aussi 
cruel qu'inattendu qui vient d'attrister son foyer. Nous serons 
unanimes à lui adi*esser, en cette occasion, le témoignage d'une 
sympathie d'autant plus profonde que, parmi les géologues, 
il n'en est pas un qui n'ait pu apprécier les mérites excep- 
tionnels, comme l'incomparable bienveillance, de la compagne 
dont l'appui lui est désormais enlevé. 

« Les deuils, hélas ! tiennent nécessairement une grande place 
dans les devoirs que nous impose cette Assemblée annuelle. Du 
i" janvier 1900 au i**"^ janvier 1901, la Société a perdu 16 de ses 
membres. Je voudrais donner à chacun le légitime éloge qui lui 
est dû; mais vous me ])ardonnei*ez si je me contente ici d'une 
brève cnumération. 

« Ce sont : l'abbé Bardin, qui connaissait si bien les faluns de 
l'Armorique, et dont la perte prive l'Université libre d^ Angers 
d'un précieux collaborateur; M. H. Bkcot; le docteur Bezançon, 
dont la respectable et originale figure restera familière à tous 
ceux qui fréijuentent le laboratoire de l'Ecole des Mines, héritier 
des richesses que ce patient et soigneux collectionneur avait 
accumulées durant sa longue carrière; le R. P. Blot; M. Cameré, 
inspecteur-général des ponts et chaussées, l'un de ceux qui, les 
premiers, ont vraiment débrouillé l'intéressante région de Nice ; 
M. Hans Bruno Geinitz, le savant géologue saxon, l'actif cham- 
pion du Dyas, inscrit sur nos listes depuis 1847 ^^ V^^ plus d'une 
fois a marqué, par des témoignages explicites, son affection pour 
notre pays; MM. Grousselle de Blancheface et Jagor ; M. 
HuGUENiN. dont les consciencieuses recherches ont tant servi 



igOI ALLOCUTION PRESIDENTIELLE 281 

à élucider la question des calcaires jurassiques de Crussol ; le 
docteur Paul Mares, un des premiers pionniers de la géologie 
africaine ; M. Marion, de Marseille, dont le nom reste indissolu- 
blement lié à celui de M. de Saporta et à qui nous devons de si 
précieux travaux sur les flores tertiaires et crétacées de la région 
provençale et languedocienne ; M. Alphonse Milne-Edwards, 
réminent directeur du Muséum, si fin connaisseur en Oiseaux 
fossiles, digne continuateur d'un père dont les paléontologistes 
gardent le nom avec reconnaissance ; M. Revklière ; M. Tardy, 
Tinfatigable ramasseur d'échantillons que tant de fois, au cours 
des excursions de la Société, on a vu charger ses épaules de 
poids invraisemblables pour y trouver la matière de communi- 
cations où les idées originales ne manquaient pas ; M. Thiéry, 
si prématurément enlevé quand il donnait de si bonnes espé- 
rances pour l'avenir ; enfin M. de Vassart d'Hozier, l'un de nos 
plus anciens membres. 

« Les morts de 190 1 appartiendront à mon successeur. 
Cependant il en est un que je ne saurais me résigner à ne pas 
saluer dès aujourd'hui de mon hommage : c'est notre doyen d'âge, 
et du même coup le doyen des géologues du monde entier, 
M. l'inspecteur général Parandier. Depuis i833 il était membre 
de notre Société, et la verte vieillesse de ce contemporain de 
Thurmann nous laissait espérer que par lui nous aurions enfin la 
satisfaction de compter un c(»ntenaire parmi les géologues fran- 
çais. La mort vient de le prendre, il y a moins de huit jours, 
dans sa belle solitude d'Arbois, au moment où il achevait sa 
quatre-vingt-dix-septième année, sans qu'il ait connu de défail- 
lance ; en pleine poss(»ssion, non seulement de ses facultés, mais 
de son zèle géologique, dont il donnait encore la preuve, il y a 
moins d'un an, quand il nous adressait pour notre bibliothèque, 
d'anciennes notes nous ramenant aux temps héroïques de la 
géologie jurassienne. Nulle perte ne saurait nous être plus 
sensible que celle de ce dernier représentant du groupe de nos 
fondateurs ; et nul, j'ose le dire, ne hi ressent plus vivement 
que votre président d'aujourd'hui chez qui la bienveillance du 
savant géologue franc-comtois évoque les plus anciens souvenirs 
auxquels il lui soit possible de remonter. 

« J'ajoute qu'à toutes les raisons qui peuvent porter votre 
Société à honorer la mémoire de son doyen se joint depuis hier 
un devoir étroit de reconnaissance ; car nous venons d'être 
informés que le vénéré défunt n'avait pas oul)lié notre compa- 



2282 A. DE LAPPARENT 3o Mai 

gnie dans son testament, et à ce titre de bienfaiteur son nom 
figurera toujours sur nos listes. 

« Mais il nous faut écarter ces douloureux épisodes, pour 
regarder devant nous, en cherchant, dans Tactivité de nos jeunes 
confrères, des motifs d'encouragement pour Tavenir. Ces motifs 
ne nous font heureusement pas défaut, quand nous considérons 
la liste de nos lauréats. Cette année, c*est à M. Paquier que 
revient le prix Fontannes, pour ses belles études sur les 
Baronnies du Diois. Le mérite de Tœuvre apparaîtra plus clai- 
rement encore, si je rappelle que les deux concurrents, dont la 
Commission a dû examiner les titres du même coup, MM. Léon 
Berti'and et Douxami, avaient, Tun et l'autre, produit des tra- 
vaux entièrement dignes du prix. C'est avec le regret de n'en 
pouvoir accorder qu'un seul que la commission s'est prononcée 
pour M. Paquier, heureuse du moins de constater que, par la 
valeur du fonds comme par le fini de la forme, l'ouvrage du 
géologue dauphinois eut à coup sûr entraîné le sufirage du fon- 
dateur môme du prix. 

« Si notre Société ne dispose pas, envers les travailleurs 
dignes d'encouragement, de toutes les ressources dont elle aime- 
rait à se faire la dispensatrice, du moins se présente parfois, 
pour elle, des occasions qu elle est heureuse de saisir pour 
récompenser les services rendus à la science. C'est ainsi que, 
cette année, la libéralité de notre confrère, M. le docteur Labat, 
nous ayant mis en possession d'une série reliée de !i5 volumes 
de notre Bulletin, le Conseil a pensé que le meilleur usage à 
en faire était d'en gratifier un de nos dévoués secrétaires. 

« Tous ceux qui ont passé par ce poste savent combien il exige 
de dévouement et de zèle. A coup sûr, après soixante-douze ans 
d'expérience, sommes-nous certains de renconjtrer toujours ces 
vertus dans le groupe de nos jeunes confrères. Néanmoins les 
circonstances ne sont plus tout à fait les mêmes. Dans les 
temps de florissante activité de notre Société, on pouvait se 
sentir suffisamment payé de ses peines par l'honneur de tra- 
vailler sous les yeux d'un Elie de Beaumont, d'un Constant 
Prévost, d'un Deshayes, d'un Verneuil, d'un Daubrée, comme aussi 
par la satisfaction de sentir son nom attaché à la publication d'un 
Bulletin d'où partait à chaque instant l'annonce de découvertes 
nouvelles. Peut-être aujourd'hui faut-il encore plus d'abnégation 
pour remplir des charges devenues d'ailleurs plus lourdes ; et en 



3901 ALLOCUTION PRESIDENTIELLE a83 

<:ela j^envisage, non seulement les devoirs dn secrétaire, mais 
^ussi ceux de l'archiviste et dn trésorier. 

« n serait donc bon que, de temps en temps, la Société fût 
^n mesure de reconnaître les services rendus, non certes par 
salaire, mais par un témoignage effectif et tangible de sa 
Le don du docteur Labat offrait une occasion d*inau- 
ce système, et on a pensé que le bénéficiaire le mieux 
indiqué serait M. Blayac, dont l'activité a dû s'exei*cer durant 
le période assez dure et qui a réussi à rendre, à nos pubii- 
^^ations, une exactitude toujours difficile à maintenir. Puissions- 
-mïovkSy dans l'avenir, retrouver de semblables occasions ! Puissent- 
^lles même devenir assez fréquentes pour passer à Tétat de 
^x>iistante pratique ! Quand on arrive à Tâge où l'activité scîen- 
ifique est forcée de se ralentir, quel meilleur emploi pourrait-on 
!aire des collections longtemps accumulées du Bulletin, devenues 
irf ois plus encombrantes qu'utiles, sinon de s'arranger de façon à 
es faire passer, comme un précieux instrument de travail, entre 
^«es mains de jeunes géologues dont elles stimuleront le zèle, 
leur montrant que déjà leurs efforts sont appréciés ! 



« Permette^moi, mes chers confrères, de m'arrôter sur ce vœu. 
moyen que je viens d'indiquer fait partie de ceux auxquels 
nous est commandé de réfléchir, afin de ne pas laisser déchoir 
Société que nous aimons. Cherchons à rendre de plus en plus 
lide le faisceau qui nous unit les uns aux autres, et qui a 
cimenté tant de sérieuses amitiés. Aimons à venir ici, 
nous retremper à la fois au contact des anciens qui gardent 
«mos traditions, et des jeunes entre les mains desquels passera un 
jour l'action directrice ; et que chacun de nous se fasse scrupule 
<le nuire par des absences qui ne seraient que des oublis, au 
^l^^fme ou à Tintéi'êt de ces réunions de la famille géologique ». 

Kn terminant son allocution, M. de Lapparent salue la 
pi^sence a ^'assemblée générale, du vénéré M. Victor Raulin, 
devenu, depuis le décès de MM. Parandier et Geinitz, le doyen 
^c notre Société. Il donne ensuite lecture du Rappoit ci-dessous, 

^^ i^met à M. V. Paquier, la médaille du Prix Fontannes, qui lui 

^t décerné. 



RAPPORT 
AU NOxM DE LA SOUS-COMMISSION DU PRIX FONTANNES 

par M. A. de LiAPPARENT 

La majonté de la sous-comniission a été d*avis qu il y avait lie 
de donner le premier rang à M. V. Paquier, en raison de se 
Recherches géologiques sur le Diois et les Baronnies orientales. 

Cette région oflre l'avantage de permettre, en ce qui conceni 
le terrain crétacé inféiieur, une analyse détaillée des zones paléon 
tologiques, gn\ce à Tuniformité du faciès vaseux à Céphalopodes, 
attestant un mode de sédimentation mieux soustrait que partou 
ailleurs aux inlluences locales. De plus, Tobservation du passag 
des couches ammonititeres du Diois aux assises urgoniennes d 
Vercors méridional doit fournir les éléments d'un parallélisme d 
détail entre ces formations d'allure si diverse. 

Toute cette tache, on peut le dire, a été parfaitement rempli 
par M. Paquier. Il ne semble plus maintenant qu'il doive reste 
de doutes, ni sur la succession des zones d'Ammonites du Be 
riasien, du Yalanginien, de THanU^rivien et du Barrémien dans la 
région Delphino-Provenvale, ni sur le partage qu'il y a lieu d 
faire, entre le Barrémien et TAptien, des calcaires zoogènes ux^o- 
niens ainsi que des marnes à Orbitolines. 

Au cours de ses l'echerchcs. M. Paquier a su réunir d'impor- 
tantes observations sur la date d appantion des différents types 
de Chamacés, notamment sur les premiers représentants authen- 
tiques du genre Caprina, que l'autem* fait remonter jusque dans 
l'Aptien inférieur, ainsi que sur ceux du genre Pachytraga, pré- 
curseur des Caprotines. Ces constatations paraissent destinées à 
exercer une heureuse influence sur la solution des problèmes que 
soulèvent les calcaires h Caprines du Texas et du Mexique. 

A ces descriptions stratigraphiques. très précises et présentées 
avec beaucoup de méthode, M. Paquier a joint de très intéres- 
santes cartes schématiques, faisant connaître, depuis le Barrémien 
jusqu'au Canipanien, la distribution géographique des principaux 
faciès dans la région Delphino-Provençale. 

L'ouvrage se termine par une étude tectonique entièrement 
neuve, qui fait ressortir l'allure des aires synclinales, si bien 
représentées dans la topographie par des dépressions elliptiques, 
et accuse Tindépendance des plis du V^erçors i^çlativ^mcnt à ceux 







SÉANCE GÉNÉRALE ANNUELLE DU 3o MAI I9OI 2285 

lia Diois, dont aucun d'ailleurs n*entre en contact avec les acci- 
dents ardesciens delà bordure du Massif central. Tous les éléments 
tectoniques de la contrée peuvent être définis comme formant les 
plus septentrionaux des plis de la Provence repris et chevauchés 
par les plissements alpins, tout en gardant les signes extérieurs 
de leur première origine. 

Tels sont les traits dominants de ce travail qui par la valeur 
des résultats obtenus, comme par Tordre et le soin apportés à leur 
exposé, mérite de passer pour un modèle du genre. 



M. Paquier remercie la Commission du Prix Fontannes et la 
Société en ces termes : 

Messieurs, 

a Lorsque je parcourais les montagnes arides de la Drôme, 
j'étais loin de songer à la si flatteuse récompense dont vous 
venez de couronner mes eflbrts. Les remercîments que je vous 
exprime sont d'autant plus sincères que je considère le Prix 
Fontannes non seulement comme la plus haute consécration de 
mes études antérieures mais encore comme un gage particulière- 
ment précieux pour l'avenir. Je ne puis enfin oublier, en ce 
moment, que le mémoire qui a rallié la majorité de vos suffrages, 
a été élabore dans le Laboratoire de Géologie de l'Université de 
Grenoble, où des savants tels que Ch. Lory et mon maître 
M. Kilian ont toujours maintenu si haut le niveau des études 
géologiques ». 



386 SÉANCE GÉNÉRALE ANNUELLE UU 3o MAI I9OI 

M. V. Paquier fait, au nom de M. Zlatarski, de Sofia, et a 
sien, ane communication Sur Vâge des couches urgVFiiennes 
Bulgarie. 

Dans la vallée du Ix)m, aux environs de Bessarbov et d 
Houstchouck, on trouve sur de g^ndes surfaces un système d 
calcaires blanchâtres compacts à cassure conchoSdale alteman 
avec des calcaires blancs poreux, très tendres, souvent oolithiqui 
et parfois à Orbitolines et à débris de Polypiers et d*Echino— 
dermes. On v rencontre OrbitoUna discoidea A. Gras. O. conoL 
A. Gr., Hemicidaris clunifera Ag., sp., Janira aff. atat^a Rœm.* 
Panopœa neocomiensis Leym., Requienia ammonia Goldf. sp. 

Ces calcaires de la rive di'oite du Danube passent latéralement^ 
au sud à des marnes et des calcaires marneux à Céphalopode^BS- 
barrémiens qui ont fourni : Xautilus neocomiensis d*Orb., Macro^ 
scaphites aff. Yvani Puzos sp., Ueteroceras Astieri d*Orb., Desnio^- 
ceras difficile d'Orb., Z). Charrieri d'Orb., Holcodiscus CaiUaadm^ 
d'Orb., H. aff. Gastaldii d'Orb., Crioceras Emerici Lev., Cr,^ 
Hoheneggeri Uhl. Cette faune est tout à fait barrémienne, et il n' 
a aucun ty])e bedoulien, il en faut donc conclure que les calcairei 
urgoniens de la vallée du lx)m sont d*âge barrémien vraisembla 
blement sùi)érieur à cause de la présence d'Heteroceras. 

Vers le sud de la l'égion occupée par des calcaires blancs o 
trouve une large bande de calcaires g^*isâti*es compacts et plus o 
moins marneux afileurant à Lovetch et à Timovo. On y rencon 
des Rudistes, Matheronia Lovetchensis Zlatarski sp., M. Looei 
chensi^ var. Drinovi Zlatiirski, des OrbitoUna^ O. discoidea A. 
Gras, O. conoidea A. Gr. Ils reposent sur des marnes calcaires 
Heterusier oblongus d'Orb. et appartiennent aussi au Barrémien. 

M. Paquier compare ensuite les faunes de Rudistes urgoniens 
de Bulgarie et de Suisse à celle de France. 

En Bulgarie, les calcaires de la vallée du Lom à Requienia 
ammonia renfernn»nt, outre Toucasia carinata, des Ichthyosarco^ 
lithes, forme qui n'ét^iit pas signalée dans des assises plus anciennes 
que FAlbien supérieur. On y rencontre également un type de 
Requienia nouveau, chez lequel la valve supérieure est surélevée 
dans la région postérieure comme chez Toucasia. 

Les couches de Tirnovo et Lovetch renferment, outre les grandes 
Matheronia du gr. M. Lovetchensis, des Gj^ropleura de grande 
taille, tout à l'ait analogues à celles que fournit le Cénonianien 
supérieur de l'ouest de la France. On y recueille enfin desPflcA^'- 
iraga au moins très voisines de F. paradoxa Pict. sp. 










SÉANCE GÉNÉRALE ANNUELLE DU 3o MAI I9OI 28^ 

Grâce à la complaisance de M. Renevier, Tauteur a pu s*assurer 
que les Requiema à valve supérieure surélevée de Bulgarie sont 
fréquentes dans TUrgonien suisse, mais en France la seule localité 
qui à sa connaissance en fournisse est Châtillon-de-Michaille. De 
même Matheronia Loçetchensis var. Drinovi ne se rencontre en 
France que dans les calcaires urgoniens inférieurs (Barrémien supé- 
rieur) de la Puyaz, près Annecy. 

Sennes et Kerfome. — Observations sur un gisement ter- 
tiaire des bords de la Vilaine aux environs de Rennes. 

Il y a quelques années, au moment de la construction des tram- 
ways départementaux, on a commencé à exploiter par dragages les 
alluvions de la Vilaine, non loin du gisement sablo-argileux d'Api- 
gné. A un certain moment la drague ramena des fragments sablo- 
gréseux à débris de coquilles marines et de nombreuses Ostrea 
qui furent recueillies par plusieurs personnes et notamment par 
M. Bézier, conservateur du Musée d'Histoire Naturelle de Rennes. 

Le propriétaire de la carrière, M. Rosetzki, m'ayant averti que 
les dragages étaient repris dans la direction des couches fossili- 
fères, j*ai été visiter Texploitation avec M. Kerforne. D'après les 
données des dragages, nous avons relevé la succession suivante : 

a) Terre végétale et limon : i mètre environ. 

b) Graviers de la Vilaine essentiellement quartziteux : 4 ^ ^ 
mètres. — Ils descendent plus bas que le lit de la Vilaine. 

c) Suivant les points, la drague ramène tantôt des sables falu- 
niens souvent agglomérés, tantôt des blocs d'argiles noires présen- 
tant de nombreux petits gaietsquartzeux, gréseux ou scliisteux. Les 
sables et les argiles renferment les mêmes fossiles ; cependant leà 
sables sont plus riches en Ostrea, Arca, Pectunculus de grande 
taille. 

La faune est la même que celle du gisement d'Apigné dont 
M. G. Doilfus a entrepris l'étude : Ostrea aff. edalis, O. ind. ; Arca 
Noé, A. barbata. A. sp. : Pectunculus Deshayesi, etc. ; Venus y 
Cardita, Cardium, Chama, etc. ; Fissurella italica, Emarginula^ 
Pleurotoma incrassata. Trochus, Natica, Nassa limata, Ancil- 
laria, Eulima inflexa, Voluta ad'. Lamberti. Rissoa, Cerithium 
(Bittium) reticulatum, Dentalium brevifissum, Vermetus carinatus, 
Balanophyllia italica, Crj'ptangia, etc. 

Nous n'avons pas encore pu établir d'une façon certaine les 
rapports des sables et argiles en question avec leur substratuni, mais 
ces dépôts sont certainement plus récents que les faiuns de Bretagne 
dont les couches supérieures ont fourni, comme l'on sait, des restes 
de Mammifères : Mastodon, Dinotherium, Hipparion, etc. 



!l88 SÉANCE GÉNÉRALE ANNUELLE DU 3o MAI I9OI 

M. 6. DollfUB a eu l'occasion d'examiner au Musée de Rennes, 
avec MM. Sennes et Kerforne, YOstrea citée par ses auteurs et 
d'après ses notes elle doit prendre le nom d'Oslrea edulis Lin. var. 
ungulata "Sy st. i835(Coq. etpolyp. foss. Belgique, p. 3îi5, pi. VIII, 
fig. 8; pi. IX, fig. 8) découverte originairement dans le sable noir 
de Kiel, près Anvers. 

• Cette espèce est inconnue dans les faluns de la Touraine, mais 
elle est abondante dans les gisements de la Loire-Inierieure comme 
la Dixmerie, le Pigeon Blanc, la Gauvinière, le Marché Giraud 
en Vieillevigne, etc., on la trouve également dans le Cotentin à 
Gourbesville, Rauville-la-Place (Lyell), Saint-Georges de Bohon, 
pouvant aider à caractériser le vaste horizon miocène supérieur 
dont j'ai parlé dans la dernière séance. 

J'ajouterai qu'un forage exécuté à Carentan par MM. Lippmann 
et O* a rencontré cette même variété de VOstrea eduUs dans des 
conditions analogues à celle de Rennes, à 24 mètres de profondeur 
sous une série d'argiles grises sableuses, formant un lit de vingt 
centimètres d'épaisseur, au contact des marnes rouges du Trias, 
profondément ravinées en ce point. 



ÉTAT ACTUEL EN BELGIQUE 
DE L'ÉTUDE DES CORRÉLATIONS GRISOUTO SISMIQUES 

par M. E. VAN DEN BROECK. 

Cette communication a surtout pour but d'apporter à la Société 
la primeur des dernières observations relatives à l'état actuel, en 
Belgique, de l'étude de la Géophysique et de la Météorologie endo- 
gène, spécialement appliquées à la recherche des corrélations 
grisouto-sismiques. Il serait à désirer que ces études prennent une 
plus grande extension en France où, il y a déjà quinze ans, une 
première tentative a fourni de précieux éléments d'appréciation. 

Etant donné lampleur du programme des études de la Géophy- 
sique, science cependant née il y a à peine un quart de siècle; 
vu aussi la multiplicité des points de vue à traiter dans l'exposé 
des corrélations, étroitement liées, qu'elle évoque et qui intéressent 
à la fois le géologue, le physicien, le météorologue et bien d'autres 
encore, tels que le mineur, il ne peut être question d'entrer ici 



BTUDE DES CORRELATIONS GRISOUTO-SlSMIQUES 289 

dans les développements d*un exposé général, même synthétique. 
Les curieuses révélations fournies par Tétude des résultats obtenus 
par les pendules horizontaux et autres, destinés à la recherche des 
déviations de la verticale, comme de ceux obtenus par les instru- 
ments microsismiques et magnétiques pourront fournir la matière 
d*une conmiunication ultérieure. Aujourd'hui, nous nous canton- 
nerons dans le domaine des corrélations paraissant exister entre 
certains phénomènes sismiques et les dégagements grisouteux. 
Cette étude a été entreprise par la Société belge de géologie, qui, 
en 1898, a fondé la Section permanente d'étude du grisou, consti- 
tuée en vue de la recherche des lois éventuelles de prévision des 
périodes d'activité grisouteuse et de danger minier. 

Les premiers travaux sur les corrélations grisouto-sismiques, 
ont été publiés en 1874 par M. M. S. de Rossi, en Italie. Depuis 
lors, de nombreux travaux sur ce sujet ont été publiés par MM, 
Davison, Millne et Walton Brown, en Angleterre ; de Ghancourtois, 
Lallemand, Chesneau, F. Laur, Canu et Fortin, en France ; Milne 
au Japon; Zenger, en Hongrie; Forel, en Suisse *. 

En Belgique enfin, la récente mise en discussion, en 1898, par 
MM. L. Gérard, E. Harzé, E. Lagrange et Van den Broeck, de la 
question des corrélations grisouto-sismiques avait été précédée, 
depuis 1887, d'appels et d'exposés dus à M. A. Lancaster et à divei's 
autres auteurs et publicistes qui ont ainsi mis en lumière, depuis 
longtemps en Belgique, le vif intérêt qui s'attache à ces recherches 
de corrélations endogènes, que d'aucuns persistent toutefois à ne 
considérer que comme de simples « coïncidences ». 

Au point de vue expérimental et de la vérification scientifique, 
trois pays ont tenté des essais pratiques dans cette direction : 
l'Angleterre, la France et le Japon. Ce sont respectivement : 
rinsulfisance et la non appropriation des appareils, la décroissance 
locale de l'activité grisouteuse et une catastrophe ayant détruit les 
installations qui ont, à Marsden (Durhani), à Hérin (Anzin) et à 
Takoshima, empêché la continuation normale des expériences. 

Celles-ci, malgré des conditions défavorables, ont fourni, à Mars- 
den comme à Hérin, des données irrécusables montrant non seule- 
ment la réalité de certaines corrélations, mais encore la possibilité 

I. CTesl l'Académie des Sciences de Paris qui, en 1887, a publié le texte de 
la « loi de Forel » disant qu'il/au t redoubler de précautions contre le grisou 
les jours qui suivent un tremblement de terre dont l'aire sismique s'est 
étendue jusqu'au territoire de la mine à protéger, 

3 Octobre 1901 . — T. I'•^ Bull. Soc Gcol. Fr. — 19 



Ù^ E. VAX DKN BROECK. — ETAT ACTUEL EN BELGIQUE 3o Mai 

de trouver dans ravertisseiiieat préalable microsismique nn véri 
table précurseur de l'activité grisou tcuse. Dans le cas très net de a 
genre, qu il a signalé en 1898 (d'après M. Chesneau), dans sa confé 
renée faite devant la Société géologique du Nord, à Béthnne 
et qui est relatif à des phénomènes constatés en décembre 1886 
simultanément à llérin, à Marsden et en Belgique, M. Van dei 
Broeck a rappelé, qu'en contraste avec l'avertissement microsis 
mique fourni dans les deux postes français et anglais, la dépres 
sion baroiuétrique considérable qui a accompagné ces phénomènei 
endogènes, les a suivis et non précédés. Le maximum microsismi 
que s*est montré, à Hérin, neuf heures avant le maximum grisou 
teux, qui a été .sui'pi à douze heures d'intervalle par le niaximun 
de la dépression barométrique -. 

Cette question des rapports existant entre les dégagements di 
grisou et les dépressions barométriques, qui précèdent parfois, 
en effet, certaines des manifestations de grisou ^ a donné lieu, ei 
divers pays, à de vifs débats. Ceux-ci cependant eussent pu étn 
évités si Ion n'avait pas voulu généraliser des observationi 
s'appliquant à des cas très différents dans leur essence. Il est facik 
d'apprécier la différence profonde qui existe entre les conditiom 
où se trouve le grisou a faible pression, et de débit relativemenl 
restreint, emmagasiné dans les déblais, remblais, vieux travaux 
chantiers abandonnés, etc., et le grisou occlus, peut-être à Tétai 
liquide ou solide, ou, en tout cas, en tension considérable, danf 
les pores du charbon, où le manomètre, appliqué aux trous d( 
sonde, soi-disant purgeurs, le montre exister avec des écarts parfois 
considérables de pression pour de très minimes distances. 

C'est la détente brusque, le changement d'état de ce grisou (qui 
sous cette forme, échappe aux vanations de la pression atmosphé 
rique), qui est le grand fléau du mineur et tel est surtout le phéna 
mène dont il s'agit de rechercher les causes, sans doute multiples 

I . E. Van dbn Broeck. La Météorologie endogène et le Grisoa. Caiiseii< 
faite le 3 juillet i8()S à roccasioii de la session extraordinaire, à Béthnne, d< 
la Société géologique du Nord. Ann. Soc, GéoL du Nord, t, 27, p. i5o-i74- 

a. E. Van dbn Brobgk. Les prévisions g^isouteuses. Recherches prélimi 
naires faites à l'occasion des « avertissements » de M. F. Laur. Analyse dei 
faits et observations complémentaires relatives à l'exposé des données four 
nies par les éléments magnétiques. lUill. Soc. belge de Géol., t. XH, i8g8 
Méiii. p. i!i-'44. 

3. E. Van i»kx Broeck. Les manifestations grisouteuses et leur prévisioi 
dans ses rapports avec la Météorologie endogène et avec la Météorologie 
atniosphci*i({uc. Hapports lus an V* ('onf^rès intern» d'iiydrol. médicale^ d 
Cliiiiaiologie et de Géologie de Liège^ en i8g8. 



igOI DE L ETUDE DES CORRELATIONS GRlSOUTO-SISMIQUES 29I 

Grâce aux perl'ectionnements incessants apportés, dans les 
régions minières de la plupart des pays, aux facteurs matériels 
de Téclairage, de Faérage, du tir des mines, de l'organisation des 
travaux préparatoires et de la conduite des travaux d'exploita- 
tion, le grisou à faible pression, le seul qui puisse se montrer 
influencé dans ses phases d'activité par les dépressions atmosphé- 
riques, n'est plus aujourd'hui pour le mineur un ennemi bien 
dangereux. Mais il n'en est nullement de môme pour le grisou 
renfermé à haute pression dans la roche, où on l'y trouve parfois 
dénoncé par le manomètre comme existant à qo, 3o et 4o atmos- 
phères et plus encore! L'ennemi en un mot, c'est le grisou des 
dégagements instantanés : ce fléau de certaines régions minières 
belges en particulier et qui se présente aussi, sous des formes 
parfois un peu diflérentes dans d'autres pays, comme les sudden 
outburst en Angleterre, les phénomènes de l'espèce observés en 
Allemagne et ailleurs ; fléau dont enfin certains charbonnages du 
bassin de la Loire, comme à Saint-Ëtienne, commencent à leur 
tour à être incommodés. 

C'est l'étude corrélative de divers phénomènes microsismiques 
et plus spécialement de certaines ondes ou vagues terrestres 
d'origine interne — décelées par les merveilleux instruments dont 
dispose actuellement la Géophysique, tels par exemple que le 
pendule horizontal triple — qui, plus encore que la répercussion 
directe des secousses sismiques proprement dites, paraît devoir 
constituer l'objectif des chercheurs en tant que auscuUo-précurseur 
de r exaltation grisouteuse. Les études et recherches de la Géophy- 
sique se trouvent ainsi intimement rattachées à celles des corré- 
lations grisouto-sismiques. 

Déjà grâce à la généreuse intervention de M. E. Solvay, M. Eug. 
Lagrange, professeur de physique à l'École militaire belge, a pu 
se trouver matériellement à même de réaliser le projet, conçu par 
lui, d'un observatoire souterrain de Géophysique, édifié à Uccle- 
lez-Bruxelles, organisé et outillé suivant ses plans. 

Il est à remarquer que récemment la Commission internationale 
de géophysique dont fait partie pour la France M. Kilian, de 
Grenoble, a décidé la création d'un réseau européen de postes de 
même nature et employant les mêmes instruments. 

De son côté, la Société belge de Géologie, à l'aide des ressources 
spéciales dont elle dispose à cet efiet, par suite de multiples libé- 
ralités, s'occupe en ce moment, d'organiser le poste souterrain 
grisoutO'sismique qu'elle avait, dès 1898, décidé d'établir dans les 



^9^ E. VAN DEN BROECK. — ETAT ACTUEL EN BELGIQUE 3o Mai 

profondeurs du charbonnage grisouteux de TAgrappe, près Mons. 
La récente catastrophe du Grand-Buisson, à Wasmes (Hainaut) a 
de nouveau attiré Tattention du public belge sur les utiles travaux 
de la Société. De nouvelles libéralités, dues à M. Beemaert, 
Ministre d'Ëtat et Président de la Section permanente d'études 
du grisou, ainsi qu'à d'autres donateurs, ont encore augmenté les 
ressources dont dispose la Société. 

Les généreux philanthropes qui, avec M. E. Solvay, constituent 
le Comité de patronage de la Section du Grisou, viennent de 
rendre à la science un nouveau service dont M. Van dcn Broeck 
est heureux de les remercier ici publiquement. 

M. le sénateur G. Montefiore-Levi, vient de mettre une somme 
de deux mille francs à la disposition du Comité du grisou, 
pour la réalisation d'un des principaux desiderata de la Société : 
l'organisation d'un poste externe géophysique et de comparaison, 
qui sera situé sur le bord méridional de la grande faille du midi, 
soit au bois de Colfontaino et à proximité du poste souterrain 
(à 819 m.) actuellement en organisation à l'Agrappe et situé au 
nord de la dite faille. Pour Tédification de ce poste à profondeur 
minière, l'Administration de la Société anonyme des Charbonnages * 
belges, son cminent directeur M. I. Isaac et son personnel tech- 
nique (M. l'ingénieur Abrassart en tête) se sont mis à l'entière , 
disposition de la Société belge de Géologie. De son côté, un autre 
donateur M. A. Urban, administrateur-directeur de la Société 
anonyme de Carrières de Quenast, outre l'octroi d'un don per- 
sonnel fort important, s'est engagé à faire édifîer, organiser et 
outiller complètement un poste géophysique de comparaison, 
qui présentera cet intérêt spécial, exceptionnel même, d'être 
établi sur un massif cristallin éruptif, qui le mettra ainsi en 
relation directe avec les parties internes profondes de l'ossature 
du globe et avec leurs manifestations endogènes propres. Enfin, 
M. A'I. Greiner, le directeur général de la Société Cockerill, aidé 
par quelques amis, exploitants de houillères du bassin de Liège, 
se met à la disposition du Comité pour organiser de même, aux 
frais de ce groupe régional, un poste souterrain grisouto-sismique, 
identique à celui de l'Agrappe, et qui sera installé daiis une mine 
grisouteuse du bassin liégeois, en même temps, peut-être, qu'un 
poste compléQientaire et externe de comparaison. 

Ce magnifique et généreux élan, dans lequel Yinitiatiçe priçée 
s'est largement vue aider par certains des pouvoirs provinciaux 
belges et qui permet actuellement à la Société belge de Géologie 
de réaliser le projet que lui avait soumis, il y a trois ans, M. Van 



igoi DB l'étude des corrélations GRisoi to-sîsmiques 393 

den Broeck, constitue un réconfortant exemple dont la Belgique 
a le droit d'être fière et dont les résultats dépasseront peut-être un 
jour en intérêt humanitaire et économique tout ce que l'optimisme 
des initiateurs peut prévoir aujourd'hui. Quant à ceux qui doute- 
raient encore de l'opportunité de s'engager résolument dans ces 
voies nouvelles — mais dont la France peut s'honorer d'avoir, 
dès 1886, éclairé expérimentalement les premières étapes — on 
peut se contenter de leur répondre par ces paroles d'un collègue 
sceptique, éminent et haut fonctionnaire des Mines belges actuelle- 
ment en retraite et qui, tout en ne partageant pas les espérances 
des initiateurs de la Société belge de Géologie, a répété à l'occasion 
de nos. recherches et de nos espoirs, cette noble pensée d'un illustre 
savant français, déclarant que celui qui, en dehors des sciences 
mathématiques, prononce le mot impossible, commet une impru- 
dence. 

En terminant sa communication M. Van den Broeck émet 
Fespoir que cette organisation en voie d'exécution en Belgique, 
d'un réseau d'observatoires géophysiques et grisouto-sismiques, 
destinés à l'étude des phénomènes endogènes affectant certaines 
parties du vaste bassin houiller franco-belge, aura sa réper- 
cussion et son extension, si désirable, dans les parties françaises 
du bassin. Il l'espère d'autant plus que c'est dans l'une des fosses 
du charbonnage d' Anzin qu'a été fournie naguère la démonstration 
de l'existence réelle de certaines corrélations grisouto-sisniiques et 
de la possibilité des prévisions espérées. Celles-ci se fussent mon- 
trées plus constantes et plus frappantes encore si l'on avait possédé 
alors les appareils spéciaux dont dispose la Science d'aujourd'hui 
et si, d'autre part, les dégagements grisouteux de la fosse d'Hérin, 
où se firent ces premières expériences, ne s'étaient pas graduelle- 
ment amoindris, au point de venir finalement se classer dans la 
catégorie de ceux, à très faible pression et de minime débit, 
qui échappent pour ainsi dire complètement à l'influence des actions 
endogènes et sismiques. 



Séance du 3 Juin 1901 

PRÉSIDENCE DE M. L. GAREZ, PRÉSIDENT 

M. L. Gentil, Secrétaire, donne lecture du procès-verbal de* la 
séance précédente. La rédaction de ce procès-verbal est adoptée- 

IjC Président annonce une présentation. 

Le Président fait part à la Société de la i^eprise des cours 
fessés par M. Zujovié, à la Faculté des Sciences de Belgrade. 

M. Haug annonce à la Société la mort du célèbre paléontologisl 
suédois, G. lindstrom, dont les magnifiques travaux sur les faune 
siluriennes de 1*1 le de Gothland sont connus de tous. 

M. Emm. de Margerie présente au nom de M. leJ)>' Francisco P. 
Moreno un exemplaire des Documents publiés par le Gouver- 
nement Argentin sur la question des limites de la République 
açec le Chili (4 vol. in-folio). 

Cet ouvrage, où il n'est question qu'incidemment de Géologie 
proprement dite, renferme un grand nombre de renseignements 
nouveaux sur l'orographie de la partie australe de la Chaîne des 
Andes, et en particulier de superbes panoramas en similigravure. 
Parmi les faits d'intérêt généi*al que ces planches mettent en évi- 
dence, on doit citer surtout une série de cas typiques de captures 
de cours d'eau, nés dans les plaines de Patagonie et actuellement 
tributaires du Pacifique, d'où résulte une fréquente discordance 
entre la ligne des points culminants et la ligne de partage, reportée 
à Test des Cordillèivs. 

M. de Margerie dépose en môme temps sur le bureau le numéro 
du i5 mai des Annales de Géographie, dans lequel M. L. Gallois 
a résumé ces publications en i*eproduisant les photographies les 
plus caractéristiques. 

M. 6. DoUfus offre une brochure qu'il vient de publier inti- 
tulée : Note géologique sur les eaux de Rouen, lettre à M. Gamier, 
expert. Dans ce travail, il a examiné l'origine des grosses sources 
de la vallée du Kobec qui ont été aménagées pour l'alimentation de 
la ville de Rouen, il y a une trentaine d'années, et qui sont actuelle- 
ment le sujet d'un procès. 



SÉANCE nu 3 JUIN 1901 295* 

Après avoir décrit la série des terrains des environs de Rouen, 
leur épaisseur, leur perméabilité, leur inclinaison, il a expliqué que 
la basse vallée du Robec coule en contre-pente de Tinclinaison 
géologique des couches. La région anticlinale formée par Targile 
kiméridgienne est située à Saint-Sever sous la plaine basse de la 
rive gauche de la Seine, en face de Rouen; de ce faubourg, toutes 
les couches plongent suivant une inclinaison semi-circulaire vers le 
nord-est. La ville même est bâtie sur TAptien et le Cénomanien 
qui plongent dans la même direction. Les falaises au-dessus de la 
ville sont dans la craie turonienne, épaisse de 80 mètres, et la 
craie sénonienne apparaît seulement en arrière des crêtes pour 
s'incliner au nord sous le plateau, en augmentant progressivement 
d épaisseur. Ce régime de pente au nord prend fin à Fontaine-sous- 
Préaux dans la vallée de Dametal, et à Monville dans la vallée de 
Dé ville ; au-delà de ces points les couches remontent lentement au 
nord et atteignent le pays de Bray, après quelques faibles ondu- 
lations. 

Or, les fortes sources de Fontaine-sous-Préaux, correspondent à 
ligne synclinale basse située entre les deux relèvements de 
uches, et en même temps à Taflleurement bas, au fond de la 
^v^^i^Uée, du Turonien moyen, des couches de craie marneuse à Tere- 
if^^^iiulina gracilis, les moins perméables de toute 1» masse. Il faut 
^ter, d* autre part, que le bassin du Robec, en amont des sources, 
:. absolument sec, que sa surface géographique est tout à fait 
suffisante pour pouvoir fournir le volume d'eau débité (720 litres 
w seconde), de telle sorte qu'il est nécessaire de rechercher une 
i^ine souterraine assez éloignée pour les eaux de Rouen, en 
ord avec leur volume et la régularité remarquable de leur débit, 
i-nteur n'hésite pas à supposer qu'elles arrivent du pays de Bray, 
* environs de Sommery. Il n'y a d'ailleurs ni bétoires, ni avens, 
point d'engouffrement naturel des eaux sur les plateaux dans le 
sinage. Les sources utilisées proviennent dîun cours d'eau sou- 
^^"^■*ain, transversal, que la vallée a mis à découvert en s'appro- 
fo^^^igggjj^^ elles n'appartiennent pas à son bassin hydrographique 
^«^t:^rel. 

^^. Léon Janet se demande si la couche à Terebratulina gra- 
^*^^ joue un rôle hydrologique aussi important que l'indique 
"^ * 6. Dollfus. Il ne présente cette observation que sous toutes 
^^^rves, puisqu'il n'a jamais visité la vallée du Robec, mais il 
^^^l à faire remarquer que dans les régions relativement voisines 
^^ l'Avre, de l'Eure et de l'Iton, qu'il a étudiées en détail, la couche 



'agô SEANCE DU 3 JUIN 1901 

à Terebratulina gracilis présente un certain nombre de diaclases, 
qui la rendent perméable en grand, comme les autres assises de la 
craie. On voit, dans ces conditions, les eaux souterraines passer 
avec facilité du Sénonien dans le Turonien et le Cénomanien, et 
yice-versA. Il est peut-être permis de supposer que la vallée supé- 
rieure du Robec reste sèche tant que son thalweg se trouve an- 
dessus du niveau piézométrique de la nappe souterraine de la 
région, et présente une série de sources dès que ce thalweg se 
trouve au-dessous du niveau piézométrique. 

M. 6. DoUfus ne peut accepter Texplication proposée par 
M. Jatiet et qui suppose, en principe, une uniformité dans la com- 
position de la craie qui n* existe pas en réalité, ne faisant pas 
entrer, non plus, en ligne de compte l'importante question de 
Tinclinaison des couches. 

11 est impossible de baser uniquement Thydraulique de la région 
crétacée sur le plan d'eau des puits, il existe des cours d*eaux sou- 
terrains qui en sont indépendants, etc. Les principes posés par 
M. Janet ne permettent pas d'expliquer pourquoi le niveau piézo- 
métrique de la vallée arrive en afHeurement à Fontaine-sous-Préaux 
plutôt qu'en quelqu'autre point. 



M. Liebesconte. — Sur la position des schistes du Rozel 
(Manche), 

Je suis complètement d'accord avec M. Bigot pour placer ces 
schistes (lie-de-vin à la base, verdâtres au sommet) dans le Cam- 
brien. Les Montfortia Rhedonensis, que j'ai décrits, ne viennent 
pas de ces couches, mais des schistes inférieurs (bande de Saint- 
Gcrmain-le-Gaillard) situés sous les brèches porphyriques, aussi 
ai-je eu bien soin d'indiquer dans ma note sur le Brioçérien que 
ces fossiles provenaient des schistes légèrement micacés qui sont 
sous les arkoses et les brèches porphyriques au sud-est de la pointe 
Rozel. Ces schistes sont rangés avec raison par M. Bigot dans le 
Précambrien, 



ÉTUDE COMPARÉE DES SYSTÈMES DE TERRASSES 

DES VALLÉES DE LMSSER 
DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHONE 

PREUVES QUE LEUR FORMATION EST DUE 
A DES OSCILLATIONS EUSTATIQUES DU NIVEAU DE BASE 

par M. de LAMOTHE. 



Dans la note que j'ai publiée en 1899 sur les anciennes plages 
et terrasses du bassin de Tisser *, j'ai cherché à préciser les pha- 
ses successives par lesquelles avait du passer ce bassin, depuis 
la fin du Pliocène marin, pour arriver à son état actuel ; j'ai, en 
outre, établi, que les conclusions tirées de Tétude de Tisser pou- 
vaient s'étendre à une partie au moins de la côte algérienne. La 
présente note a pour objet de montrer que des phénomènes com- 
parables, et même identiques, semblent s'être produits pendant 
le même laps de temps, dans des bassins très éloignés, tributaires 
de la Méditerranée septentrionale ou de la mer du Nord. 

Mais avant d'aborder cet essai de paléogéographie, il me parait 
utile, et même nécessaire de résumer très brièvement les faits 
constatés dans Tisser, en insistant sur quelques points dont Tin- 
térôt ou l'importance n'ont peut-être pas été suffisamment mis en 
relief dans ma note de 1899, et en profitant de cette occasion pour 
rectifier quelques fautes d'impression et légères inexactitudes de 
détail qui s'y sont glissées. 

Chapitre P'. — Résumé des faits observés dans Tisser 

1° L'embouchure de Tisser a conservé des traces très nettes 
d'une série continue de phénomènes alternatifs d'érosion et de 
remblai, dont les plus anciens datent de la fin du Pliocène mann, 
tandis que les plus récents appartiennent à Tépoque actuelle 2. 

I. .de Lamothb. Note sur les anciennes plages et terrasses du bassin de 
lisser et de quelques autres bassins de la côte algérienne. B. S. G. F., (3), 
XXVn, p. â57 et seq. 

3. Consulter les feuilles de Ménerville et de Palestro de la carte géologique 
de l'Algérie à i/5o.ooo, et la planche Ul qui est jointe à nia note précitée. 



298 DE LAMOTHE. «- SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

Le nombre de ces périodes alternatives d'érosion et de remblai 
encore obserçables, a été de six ; elles sont marquées par six 
niveaux de cailloutis, formant pour la plupart des terrasses 
étagées, bien distinctes les unes des autres (fig. i). 



Sidi feredj 

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i5S 






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^"^^.li, 


on». 1 Ak. 


p, ^ 



Î9»er 



Fig. I. — Coupe schématique de la vallée de lisser près de l'embouchure. 

y. Liparites et granités : X. Labradorites et andésites ; p,, Marnes bleues du 
Pliocène inférieur ; i, Cailloutis et plage de aoo-ao5 m. (i*' niveau) ; a, Id. 
de i3o-i5o m. (a* niveau) ; 3, Id. de la haute terrasse (3* niveau) ; 4t Id. de 
la moyenne terrasse (4* niveau) ; 5 et 6, Id. des basses terrasses (5* et 
6' niveaux) ; g^ Galets roulés à 43o m. d'altitude. — La largeur de la zone 
occupée par les alluvions entre les deux massifs éruptifs est d'environ 
i3 kilomètres. 

Les altitudes relatives de ces divers niveaux au voisinage de 
l'embouchure *, sont exprimées par les nombres ci-après : 

!•' niveau aoo à ao5 m. * 

2* — i3o à i5o 

3- - 93 à 95 

4* — 55 à 57 

5- — 28 à 3o 

6' — i5 à i6m. » 

Il y a lieu de remarquer qu'entre les 3* et 4' niveaux il s'est 
produit un léger déplacement négatif horizontal du niveau de base 
qui a eu pour effet de diminuer l'altitude relative des terrasses 
plus anciennes ; si l'on en tient compte, l'altitude relative du 
3* niveau devient 98-100 m. 

Les terrasses sont surtout développées au voisinage de l'embou- 
chure où les principales (3*, 4* et 5* niveaux) peuvent se suivre 
pendant plusieurs kilomètres ; elles se morcellent en approchant 

i.'Dans tout ce mémoire, l'expression altitude relative signifie altitude 
au-dessus des eaux d*étiage du cours d'eau actuel. 

a. L altitude de ce niveau qui est en dehors de la vallée actuelle de Tisser 
est prise par rapport au niveau de la mer. 

3. Ces limites sont probablement un peu faibles; elles sont basées sur la 
détemUoation 4'an sçul lambeau, celui de Blad Guitoun. 




319^1 DE L*ISSBR, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 299 

die la région montagneuse et semblent disparaître un peu en amont 
de Palestro ; en même temps leurs altitudes relatives augmentent 
sensiblement. Ces altitudes augmenteront encore dans Tavenir, 
:ar Tisser, qui ne possède pas dans la région de Palestro son 
profil d'équilibre et dont les pentes sont relativement fortes (4 à 
i millim. par mètre dans les goiges), continue à creuser son lit. 

Q^ L'épaisseur primitioe des nappes alluviales ne peut pour la 
ilupart d'entre elles être déterminée avec précision, soit en raison 
les dénuda tions qu'elles ont subies (i^*" et a' niveaux), soit parce 
[nielles se réduisent presque toutes à une mince bordure, et que 
'ien n'indique la largeur originelle de la nappe et surtout la posi- 
ion du thalweg correspondant. Cependant, en ce qui concerne le 
t* niveau, la comparaison des cotes des bases et des sommets de 
^us les lambeaux que j*y ai rapportés, me conduit à penser que 
^4épaisseur a dû atteindre au moins 4o m. 

Pour le 3* niveau, dont il existe une section transversale presque 
^:>mplète *, l'épaisseur réelle a dû être très voisine de 35 m. 

Bafin, pour les 4* et 5* niveaux, les épaisseurs mesurées près du 
^éC^fà axial -, c'est-à-dire du bord le plus rapproché de Taxe de la 
^^Ulée, sont respectivement de 4o à 45 m. pour le 4* niveau, de 
à 3o m. pour le 5^. Mais ces nombres sont des minima et il est 
probable que les épaisseurs maxima ont été supériem^es de 
;uelques mètres au moins. 

Vers l'amont, à Palestro, les épaisseurs observées paraissent 
inûnuer d'une façon notable. 

3** En l'absence de fossiles caractéristiques, j'ai été conduit 
•^ï* des considérations tirées surtout de l'état de conservation des 
^**i^sses et de leur groupement, à clsisser proçùtoirement les deux 
^i^miers niveaux dans le Pliocène supéneur, et les quatre autres 
^^*^s le Pleistocène ^. La terrasse du 3* niveau dont l'altitude au- 
*^S8us du thalweg est voisine de 93 m., serait par suite une haute 
'^^''^sse ; celle de 55 à 57 m. (4'' niveau) pourrait être appelée 
^^yenne terrasse, et celles de qS à 3o m. et de i5 à 16 m. (5^ et 
^ niveaux) représenteraient les basses terrasses. 

*• ^e Lamothk. Op. cit.f fig. 5, p. 274. 

^* C'est le bord que les géologues suisses appellent externe y tandis qu'ils 
appliquent le quallÛcatif interne au bord qui longe les pentes de la vallée. 
^^^ ^dénominations peu rationnelles me paraissent devoir être recelées, car 
eue» ne peuvent qu'engendrer des confusions. 
^> de Lamqthb. Op, cit, 1899, p. a88. 



3oO DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

Les cailloatis plus anciens que la haute terrasse correspon- 
draient aux graviers de plateau ou Deckenschotter de la vallée du 
Rhin. 

4** Les i^, 2^ et 3^ nappes sont nettement indépendantes ; elles 
se sont accumulées dans des lits diflére/its comme direction, 
altitude et profondeur (iig. i). 

Les cailloutis du 3' niveau (haute terrasse) sont également 
indépendants de ceux du 4*" puisqu*ils occupent un chenal distinct. 
On a ici la preuve matérielle que non seulement le creusement 
de la vallée qui a précédé le i*emblayage n a pas amené celle-ci 
à la profondeui* du thalweg actuel, mais que son fond est même 
i*esté à près de G3 m. au dessus de ce thalweg *. Ce fond 
donc plus élevé de quelques mètres que la surface supérieure de 1 
moyenne terrasse de 55 m., s*il ne s'était pas produit dans Tinte 
valle un léger déplacement horizontal du niveau de base qui a e 
pour conséquence le relèvement du thalweg actuel. 

Les 4^*^ 5^ et 6^ niveaux forment un groupe bien tranché ; ili 
sont emboîtés partiellement. 

L'ignorance dans laquelle nous sommes de leur épaisseur exacte 
ne permet pas de fixer d'une fa<;on précise l'altitude de le 
bases ; il est probable que la base de la moyenne terrasse 8*élevai 
à une dizaine de mètres au i>lus au-dessus du thalweg actuel e 
que celle des deux autres en éUiit très voisine, peut-être mém' 
a-t-elle été plus basse. 

5" Les haute et moyenne terrasses (3* et 4* niveaux) son 
couvertes d'un limon fin, jaunâtre, très ai^leux, renferman 
de nombreuses concrétions calcaires. L'épaisseur de ce limon 
probablement dépassé 20 m. pour chacune d'elles. Je n*y ai pa 
observé de traces certaines de stratification : il est. vrai que 1 
plupart des coupes sont très mauvaises. Sauf de rares exception^^ 
le limon semble faire défaut sur les autres niveaux, ou n'y é 
représenté que par une couche mince. Un limon égalemen 
jaunâtre, pi*ésentant parfois des traces de stratification horizon 
taie couvre le fond de la vallée de Tisser depuis T 
jusqu'en amont de Blad Guitoun : Tisser y a creusé son lit s 
8 à 10 m. de profondeur. 11 diffère du limon des terrasses pa 
Yabsence des concrétions, 

Qf" Les principaux niveaux de cailloutis se lient à leur extrémité 
aval à des plages^ en général remarquablement conservées ; les 

I . Voir dans ma note de 1899 la ii^. 5, p. 374. 









DB LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 3oi 

se terminent à des cotes qui concordent avec celles de plages 
on de débris de plages situés dans le voisinage. Les altitudes 
la mer correspondant à ces plages sont très approximative- 
ïxit données par le tableau ci-dessous : 

i*' niveau aoo à ao5m. 

a' — i35 à 145 

3' — 98 à 100 

4' — 55 

5- — 3o 

6* — i5 à 17 

[1 n'est pas impossible qu il y ait eu des plages et des niveaux 
c^ailloutis plus élevés ; car j'ai trouvé à des altitudes de 35o et 
43o m. (fig. i). des traces de plages qui me paraissent 
cex-^aines *. Peut^tre ces anciennes plages marquent-elles d'an- 
cîex^s niveaux de la mer du Pliocène inférieur, dont l'altitude, 
coKCàme je Fai montré, a dû être beaucoup plus grande que celle 
iXA<a.ir«{uée par les marnes bleues et les mollasses ^. 

plage de iS-ij m. se retrouve très nette sur un certain nom- 

de points de la côte algénenne. Au contraire, le niveau de 

is correspondant n'apparaît qu'exceptionnellement dans 

laisser et dans les autres vallées. Cela tient à ce que le lit actuel 

de Ici plupart des rivières, occupe le même emplacement que celui 

^^■TPcspondant aux niveaux de i5 et de 3o m. On conçoit que, 

ces conditions, l'érosion qui a suivi la formation de la nappe 

X 5 m. en ait le plus souvent supprimé les traces dans toutes 

les dallées étroites parcourues par des cours d'eau puissants ou 

^ 3.11ures torrentielles. 

régularité même avec laquelle les dilïérents niveaux de 

îs se reproduisent sur un certain nombre de points de la côte 

^inenne semble indiquer, indépendamment des conséquences 

*P*e je développerai plus loin, que la Méditerranée est, depuis le 

I^liocène supérieur tout au moins, privée de marées. Nous verrons 

^^ efiet dans le chapitre II que la concordance des altitudes des 

anciennes plages sur de grandes étendues est incompatible avec 

1 existence des marées. 

T* Ainsi que je l'ai montré ^ le lien qui existe enti*e les plages et 
'^« ^€ippes alluçiales dont les terrasses représentent les débris, 
^^ formation des unes et des auti^s, ne peuvent s'expliquer que 

^' <ie Lamothb. Op. cil. y p. a68 et 397. 

*• 1d , p. 390. 

^' 1^'> P* 390 et seq. 



3oâ DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juio 

par des oscillations verticales du niveau de base, c'est-à-dire de 
la ligne de rivage. Il est absolument impossible de l'attribuer à 
une cause agissant vers Tamont comme on a tenté de le faire pour 
les terrasses de la vallée du Rhin. D'une manière générale, il 
semble que l'abaissement de cette ligne de rivage (mouvement 
négatif àe M. Suess) ait été prédominant à partir du Pliocène 
supérieur ; mais ce mouvement négatif n*a pas été continu ; il a 
été périodiquement interrompu par des mouvements positifs 
d'amplitude plus faible. 

Chaque mouvement négatif a déterminé une phase d'érosion et 
d'approfondissement de la vallée ; chaque mouvement positif a 
été au contraire la cause d'une phase de remplissage. L'épaisseur 
du remblai à l'embouchure marque à peu près lamplitude du 
mouvement positif. 



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Fig. 2. — Diagramme des oscillations verticales du niveau de base à l'embou- 
chure de risser, pendant le Pliocène supérieur et le Pleislocènc. — Echelle 
des hauteurs : i millim. pour 5 mètres. 

On peut représenter par le diagramme de la figure â, la succes- 
sion de ces oscillations verticales du niveau de base à l'embou- 
chure de Tissera Les parties en pointillé sont hypothétiques; 



1. Ce diagramme doit être substitué à celui que j'avais donné à la page 
agi de ma note sur Tisser; il est plus complet et quelques inexactitudes de 
détail ont été rectiiiées. 



igOI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 3o3 

rien n'indique dans Tisser ce qui s*est passé antérieurement au 
i«r niveau ; mais il semble, comme je l'ai dit plus haut, que la 
ligne de rivage ait été beaucoup plus élevée et qu'il y ait eu un 
mouvement négatif considérable après le Pliocène marin. D'autre 
part l'absence de sondages et de données précises sur les épais- 
seurs des nappes des i®', q^ et 6« niveaux, ne permet pas de fixer 
exactement l'amplitude des oscillations correspondantes. Toute- 
fois, il est probable, en raison de la lai'geur de la vallée que le 
substratum en aval de Blad Guitoun et jusqu^à l'embouchure, doit 
se trouver à une certaine profondeur au-dessous du thalweg actuel. 
Il n'est pas inutile de rappeler, à ce propos, que dans la Mitidja, 
des sondages nombreux ont établi que la vallée avait été creusée 
à près de aoo m. au-dessous du niveau de la mer, puis remblayée. 
L'état actuel parait correspondre à une période de stabilité 
relative de la ligne de rivage marquant, soit la fin d'un mouve- 
ment négatif, soit, beaucoup plus pix>bablement, celle d'un mou- 
vement positif. En tous cas, il n'y a dans Tisser, aucune trace de 
déplacement historique ou récent de la ligne de rivage, abstraction 
faite des légers changements dus à des causes locales : courants, 
vents, apports du fleuve, etc. 

.S° Indépendamment des çariations verticales, le niveau de base 
a subi dans Tisser des déplacements horizontaux de très faible 
étendue, et qui n'ont pas modifié sensiblement les lignes de rivage : 
celles-ci sont restées voisines et à peu près parallèles. On peut en 
conclure que la dépression méditerranéenne présentait déjà à la 
fm du Pliocène marin, le long de la côte algérienne, des pentes 
rapides et une profondeur notablement supérieure à Tamplitude 
des variations du niveau de base, et que la configuration générale 
de la côte na pas subi de changements sensibles depuis cette 
époque. 

^ 9<» Le parallélisme des nappes alluviales des 3*, 4** et 5* niveaux 
et leur faible accroissement d'altitude jusqu'à Blad Guitoun 
prouvent que déjà à Tépoque du 3* niveau, le fleuve avait à peu près 
réalisé un profil d'équilibre à pentes très faibles entre Tembou- 
chure et le débouché des gorges. Les oscillations ultérieures du 
niveau de base ont eu seulement pour effet d'abaisser ou de relever 
le lit de quantités sensiblement égales à leur amplitude. 

lo'' Je terminerai ce résumé en appelant Tattention sur la longue 
durée qu'a dû exiger la succession des phénomènes constatés 
dans Tisser depuis la fin du Pliocène marin. Il ne parait pas 



3o4 DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEBS 

douteux que les mouvements positifs ont dû s*accomplir avec un 
très grande lenteur. Un mouvement rapide aurait reporté 
quement la ligne de rivage dans l'intérieur des terres, et le com 
blement du golfe ainsi foi*mé aurait donné naissance à des couch 
inclinées comme celles des deltas. Or, nulle part dans Tisser 
même au voisinage immédiat des anciennes plages, il n'existe d 
traces de cette inclinaison : les alluvions des différents nivea 
y sont rigoureusement parallèles au thalvireg. 

En ce qui concerne la vitesse des mouvements négatifs, je n 
vois aucun argument décisif à invoquer dans un sens ou dan 
l'autre. On remarquera cependant que l'intervalle entre un mon 
vement négatif et le mouvement positif suivant, a dû être chaqu' 
fois suffisamment long pour permettre au fleuve de reconqné 
son profil d'équilibre, au moins dans la partie inférieure de se: 
cours. 





Chapitre IL — Examen des difficultés que présente 
comparaison des résultats obtenus dans V 
avec les observations similaires faites dans d'au 
régions. 

Les résultats que je viens d'exposer ne sont pas spéciaux a 
bassin de Tisser. Ainsi que je l'ai indiqué *, les lignes de riv 
2)araissent avoir subi, sur une partie notable de la côte algérienne 
une mOme série d'oscillations verticales, synchroniques, et d* 
plitudes correspondantes à celles de Tisser, qui ont égalem 
déterminé dans les vallées des phases alternatives d'érosion et 
remblai. 

La manifestation sur des étendues aussi considérables et pe: 
dant une aussi longue période de phénomènes d'un rythme au 
régulier, est diflicilement conciliable avec Thypothcse de mouv 
ments propres de la lithosphère, et on est par suite logiquemen.'t 
conduit à attribuer ces oscillations des lignes de rivage à des mou- 
vements alternativement positifs et négatifs de la surface de la 
Méditerranée et des mei*s en communication avec elle pendant la 
même période de temps -. 

Mais, si cette conception est exacte, si ces mouvements eusta- 

• 

I. de Lamotiie Op. cit., iScyg, p. 297 et seq. 

3. Observation déjà faite dans ma note sur Tisser, p. 3oo. — Cette conclu- 
sion ne vise, bien entendu, que les mouvements qui ont eu lieu pendant le 
Pliocène supérieur et le Pleistoccne, et je n*ai nullement la pensée de l'étendre 
aux périodes antérieures. 







igOI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 3o5 

tiques ont eu réellement lieu, on doit évidemment en retrouver 
« les traces dans d*autres régions du globe, partout où des mouve- 
ments propres de la lithosphère, ou des causes locales, ne les ont 
pas effacées ou déâgurées par la superposition de leurs effets. 

On saisit immédiatement l'intérêt que présenteraient au point de 

'Vue géologique la recherche et Fétude comparée de ces traces sur 

fin g^nd nombre de points du globe. Si, en effet, on pouvait 

établir que les lignes de rivage ont subi ailleurs que sur la côte 

^ilgérienne des oscillations identiques à celles observées sur cette 

^::6te, et que les vallées correspondantes ont été le théâtre de phé- 

^3omènes alternatifs d'érosion et de remblai comparables à ceux 

^Tonstatés dans Tisser, on aurait le droit de conclure : i*' que des 

oscillations enstatiques se succédant dans le même ordre et avec 

même rythme que sur la côte algérienne, ont affecté la surface 

mers pendant le Pliocène supérieur et le Pleistocène ; a** que 

portions de la lithosphère où Ton retrouve des systèmes de 

^«errasses régulières semblables à celui de Tisser, sont restées 

^"^laiiçement fixes pendant le môme laps de temps; S"" enfin, que 

la. formation de ces terrasses est due exclusivement aux oscillations 

^u niveau de base et ne peut être attribuée, conmie on a tenté de 

1^ faire, à des causes accidentelles ou locales, sans relation avec les 

variations de ce niveau. Il est inutile d'insister sur Timportance 

<I^*aiiraient ces conclusions au point de vue de Thistoire géologique 

^ partir du Pliocène supérieur. 

Malheureusement le problème, sous sa forme générale, n'est 

pas susceptible, actuellement du moins, d'une solution. On ne 

P^ut demander à un même géologue de le résoudre à l'aide de 

'^^cherches personnelles, et, d'autre part, les matériaux nécessaires 

ÏK>up un travail de cabinet sont le plus souvent ou trop rudimen- 

^îres, ou trop peu précis, ou même trop sujets à caution pour 

pouvoir être utilisés dans une étude dont les résultats dépendent 

Cïitièrement de la précision des données. 

I<e8 causes de cette insuffisance des documents concernant les 
^i^ennes plages et terrasses, sont assez importantes pour mériter 
w^ï^pide examen; leur exposé servira d ailleurs à expliquer et à 
l^tifier la méthode suivie dans ce mémoire. 

1* Impossibilité d'utiliser actuellement les matériaux fournis 
pûT tétude des anciennes lignes de rivage, 

L'étude comparée des anciennes lignes de rivage ne peut con- 
duire à des résultats pratiques que si Ton par\dent tout d'abord 

5 Octobre 1901. — T. I*^ Bull. Soc. Géol. Fp. — 20 



3o6 DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLBBS 3 JuilL 

à déterminer dans chaque région, et pour chacune des lignes de 
rivage observées, le niveau moyen de la mer qui lui correspond* 
Or, il suffît d'examiner les phénomènes actuels pour se rendre 
compte des obstacles qui s'opposent, dans la plupart des cas, à 
cette détermination. 

Les traces de Faction de la mer (cordons littoraux, plateformes 
littorales) ne correspondent qu'exceptionnellement au niveau de 
la mer qui les a produites. Dans les mers sans marées, les écarts 
entre les formations littorales et le niveau de la mer sont en 
général très faibles : j'ai cependant constaté, en Algérie, que 
Tamplitude totale de ces écarts pouvait accidentellement atteindre 
4 à 5 m. ^ 

D en est tout autrement dans les océans à marées. Plusieurs 
plages peuvent correspondre à un même niveau moyen de la mer, 
et les écarts entre la plateforme des basses mers d'une part, celle 
des hautes mers et le cordon littoral des tempêtes d'autre part, 
variables sur chaque point avec l'amplitude des marées, dépassent 
fréquemment lo mètres ; en outre, ces variations peuvent sur des 
points très rapprochés d'une même côte, passer d'une quantité 
voisine de zéro au maximum ^. 

D'un autre côté, l'amplitude des marées est elle-même liée à la 
configuration des côtes, à la répartition des terres et des mers, à 
la profondeur de ces dernières, et toutes ces particularités doivent 
nécessairement varier avec chaque modification de la ligne de 
rivage et par conséquent, avec les mouvements positifs ou négatifs. 

Enfin, si les mouvements eustatiques ont été lents, comme 
certains indices permettent de le supposer, il a pu se former» 
surtout pendant les périodes négatives, des plateformes littorales 
auxquelles ne correspondent dans les vallées aucune terrasse. La 
série des plages pourra par suite présenter localement un nombre 
de termes plus grand que celle des terrasses. 

Ainsi, même dans les cas où les traces des anciens rivages 
seraient intactes, où la dénudation, le ruissellement sur les pentes, 
la présence d'anciennes dunes, n'auraient pas altéré leurs altitudes 
originelles, la comparaison des observations faites dans des 
régions éloignées sera le plus souvent à peu près impossible, tant 
que l'on ne parviendra pas à éliminer la part d'influence des 
marées dans les altitudes observées, élimination qui jusqu'à 
présent; n'a, je crois, jamais été tentée. 

f . de Lamothb. Op. cit. 1899, p. 999. 

a. A l'entrée de la baie de Pimdy, l'amplitude des marées est seulement 
de a m. 70; elle atteint x6 nr. an fond de la baie. 



igoi DB L*ISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE So^ 

Il convient d'ajouter que les altitudes ont été rarement déter- 
minées par des procédés rigoureux, sauf dans les pays qui possè- 
dent des cartes à grande échelle (i/aS.ooo au moins) et que, par 
suite, les nombres obtenus n offrent pas, en général, la précision 
nécessaire. 

On ne peut guère espérer, dans l'avenir, combler entièrement ces 
lacunes. Dans beaucoup de régions, le nombre des observations 
sera toujours nécessairement très restreint. Les causes de des- 
truction des anciennes plages ont été, en effet, très nombreuses, et 
leur disparition est un fait beaucoup plus général que leur conser- 
vation. Sur les côtes escarpées, quelques rares galets sont souvent 
les seuls témoins de l'action de la mer (Sidi Féredj et pentes de 
Bouzaréah à l'ouest d'Alger). Sur les côtes plates ou peu inclinées, 
c'est à une distance plus ou moins grande dans l'intérieur qu'il 
faudrait rechercher les traces des plages les plus anciennes ; mais, 
si l'on réfléchit que la dénudation du bassin hydrographique a dû, 
depuis l'époque de la plage de aoo m. par exemple, atteindre une 
valeur équivalente sur une partie de sa surface, on concevra sans 
peine que la probabilité de retrouver ces traces soit extrêmement 
faible. L'action de l'homme sur les côtes occupées par les peuples 
primitifs ^ la végétation dans les pays équatoriaux, la présence 
de glaciers, ont aussi, à des degrés divers, contribué à la dispa- 
rition des anciennes lignes de rivage. 

On comprendra donc qu en présence de toutes les difficultés 
que je viens d'exposer, j'aie été amené à renoncer dans ce premier 
essai d'étude comparée, à faire porter les comparaisons sur les 
anciennes lignes de rivage, et à me borner à Futilisation des 
matériaux concernant les terrasses fluviales. On ne peut, pour le 
moment, que souhaiter avec M. Geikie ^ que Tétude de ces ancien- 
nes lignes de rivage soit l'objet, dans l'avenir, de recherches 
méthodiques et précises : la multiplicité et la précision des 
résultats permettront seuls de faire la part des influences per- 
turbatrices et d'obtenir des données comparables 'K 

I . Observation de Robert, citée par Suess. La Face de la terre, édit. fran- 
çaise, n, p. ai. 

a. A. Geikib. De la coopération internationale dans les investigations 
géologiques. Mémoire présenté au Congrès géologique international de 1900, 
p. 6. 

3. Pour montrer Tintérèt de ces recherches, je citerai le relevé suivant des 
anciennes plages de la baie Murray (Commission géologique du Canada. 
Rapport de progrès jusqu'en i863, p. 979). On y a observé quatre plages à 3o, 



ioS DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 X'***^! 

a«» Difficultés de Vétude comparée des anciennes terra^-^et 
fluviales. 

Malgré l'abondance des matériaux, cette étude soulève ene^>x^ 
un certain nombre de difiicultés qui limitent fatalement le nom.l3x*e 
des documents utilisables : elles pi^o viennent surtout du manc][ue 
de précision de la plu[)ai*t des observations. En général, la dé'fc^i^ 
mination des altitudes laisse à désirer. Quelques auteurs se »oi3t 
bornés à donner des altitudes absolues : ce renseignement est ^stTks 
valeur, et il est impossible d'en tirer parti, si des cartes topogT-«|. 
phiques à grande é(;helle ou la connaissance du profil longitudinaj 
du cours d'eau ne permettent pas d'en déduire les altitudes rela- 
tives. D'autres se cont(.<!ntent d'encadrer les niveaux entre djets 
limites trop vagues ]>our qu'on puisse les comparer. 

Dans les pays comme la France, où les cartes à grande échelle 
font défaut, une détermination rigoureuse n'est possible que dans 
des cas très rares, et par suite un grand nombre d'obseivations 
demeurent inutilisables. 

ïi'op souvent les altitudes ont été prises à la surface supérieur* 
des terrasses, sans faire abstraction des limons, des cônes de 
déjection latéraux, des dépôts glaciaires qui en ont relevé l^ 
niveau, ou sans tenir compte» des ravinements qui ont dépriii*^ 
cette surface. Des erreure de 8 à lo m. et plus, peuvent être 1* 
conséquence de ces oublis. 

La connaissance préalable du prolil longitudinal du cours d'e»-'"* 
est nécessaii'e pour comparer des terrasses situées sur des poin'*^ 
éloignés d'une même vallée, car je montrerai dans les pai'agraph^^ 
consacrés aux vallées du Rhône et de la Moselle, l'influence con^^' 
dérable que peut exeiver l'état de ce pi'ofil sur leurs altitud^^ 
relatives. Or, je ne crois pas qu'aucun géologue s*en soit jusqa 
présent pi'éoccupé. 

Nous vendons également (chapitre V) que les comparaisons n 
peuvent utilement porter que sur des portions de vallée à pentes trè^ 
faibles où le profil d'équilibre non seulement est à peu près atteint 
actuellement, mais était déjà réalisé à l'époque de la formation 
des plus anciennes terrasses. L(»s altitudes relatives des terrasses 
et leurs inteivalh's croissent en ellet tivs rapidement avec les 
pentes des cours d'eau, et les compai*aisons qui porteraient sur des 

iiM), iSa, 326 pieds. Ces nombres convertis en mètres (pied anglais — > o m. 3oS) 
deviennent respectivement : 9 m. — 3o m. 5 — 55 m. 5 — 99 m- 43. 11 est 
ditiicile de ne pas être frappé des analogies de cette série avec celle de Tisser, 
les trois derniers termes concordant d'une façon absolue dans les deux séries. 




DB l'iSSER, de la MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 809 

is OÙ révolution du profil a été très difTéi^ente, ne pourraient 
ir à aucun résultat pratique. 

in, on l'emarquera qu'il était indispensable, surtout dans une 
ive qui est, je crois, la première de ce genre, de ne choisir 
le sujets de comparaison que des régions assez rapprochées 
permettre d'étudier sur place et de résoudre au besoin de 
9s difficultés d'interprétation que peuvent incidemment faire 
; les travaux dont elles ont été l'objet. 

ir ces différentes raisons, Tétude comparative des terrasses 
les que j'ai entreprise dans ce mémoii'e s'est trouvée limitée 
ihors de l'Isser, aux vallées de la Moselle, du Rhin et du 
e. Dans la Moselle, j'ai utilisé pour la région en amont de 
les recherches que j'y poursuis depuis une vingtaine 
ées, recherches qui ont été notablement facilitées par les 
i de précision à i/qo.ooo du service du Génie. Grâce aux 
nx de M. Grèbe dans les environs de Trêves, j*ai pu essayer 
•nner une idée générale de la série complète des formations 
iales de cette vallée. Dans la vallée du Rhin pour des raisons 
'indiquerai au chapitre III, je me suis borné à bien préciser 
îc des terrasses des environs de B&le, telle qu'elle résulte 
ravaux de du Pasquier et de M. Gutzwiller. Dans la vallée 
hône, le seul système de terrasses bien caractérisé et bien 
!rvé est, jusqu'à présent, celui que M. Depéret a signalé dans 
avirons de Valence, et dont la cai*te géologique détaillée 
e le tracé. En utilisant les différents nivellements exécutés 
cette région et les cotes de la cai*te qui sont en général très 
^ *, j'ai pu déterminer avec une très grande précision les 
ides de la plupart des niveaux, et il m'a paru possible, par 
, d'utiliser les données relatives aux teiTasses de Valence au 
B titre que celles fournies par les autres vallées. 
!n que mes recherches aient été limitées aux quatre vallées 
tées, et même à des portions restreintes de plusieui^s d'entre 
les résultats obtenus concordent d'une façon si remarquable, 
l'extension aux vallées du Rhin, du Rhône et de la Moselle 
onclusions tirées de l'étude de Tisser apparaîtra, je l'espère, 
ne suffisamment justifiée. 

^ie obser>'alion ne s'applique, bien entendu, qu'à la feuille de Valence. 



3lO DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 



Chapitre III. — Etude des terrasses de la Mo» 

du Rhin et du Rhône 

I. — Vallée de la Moselle 

Dans le mémoire que j'ai publié en 1897 sur les terra 
transport du bassin de la haute Moselle *, j*ai signalé Tes 
en aval de Noir-Gueux de plusieurs terrasses et niveaux c 
loutis. Grâce à une exploration récente de la plus grandi 
de la vallée en amont de Toul, je puis en donner aujourd 
aperçu un peu plus complet et plus précis. 

Toutefois, comme en Tabsence de cartes à grcpide édi 
était matériellement impossible de déterminer et de soi^ 
niveaux sur toute cette étendue, je me suis borné à étud 
points où ces niveaux étaient le mieux conservés et où lec 
de précision permettaient une détermination rigonreu 
altitudes -. 

Je terminerai cette étude de la haute Moselle par un ] 
très succinct des résultats auxquels sont arrivés les géc 
allemands dans la basse Moselle, de façon à donner une i 
révolution de l'ensemble de la vallée à partir du Pi 
supérieur. 

A. — La Moselle en amont de Mets ^ 

i^" Absence de terrasses dans l'intérieur du massif v 

• 
Dans Viniériear de VUe montagneuse des Vosges ^, le 
de la Moselle ne présente aucunes traces de terrasses. Les ] 
jusqu'au voisinage des points culminants du plateau vosgiei 
fréquemment recouvertes de galets roulés dont la présence ] 

I. de Lamotub. Note sur les terrains de transport du bassin de l 
Moselle, 1897. B.S G. F.. (3), XXV, pages 378 et seq. 
a. Presque toutes les altitudes indiquées ont été prises sur les 1 

i/ao.ooo. 

3. Consulter les feuilles 69 (Nancy), 70 (Lunévilie), 85 (Epinal) de I 
géologique détaillée à 1/80.000, ainsi que la carte à 1/900.000 jointe ft 1 
précitée. 

4. J'emprunte cette expression à E. de Beaumont; elle exprimt 
favon saisissante la saillie actuelle du massif vosgien par rapp4 
régions circonvoisines. — Dufrbnoy et E. de Bbaumont. Explic 
Carte géologique de France. I. Les Vosges. 



<90X DB L*ISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 3ll 

cpie le creusement des vallées du bassin, sur une étendue verticale 
d^e ^oo m. au moins, a été un phénomène progressif. Mais ces 
caîlloutis ne forment qu'exceptionnellement des dépôts d'une 
puissance appréciable (crête de la rive gauche de la Moselle entre 
CliAteau-Lambert et le Mont-de-Fourches, la Demoiselle, Bois 
de la Feigne au N. O. de Longuet, etc.), et il ne me parait pas 
possible, pour le moment du moins, de tirer aucune conclusion 
de la comparaison de leurs altitudes relatives. On remarquera, 
du T^ste, que les plus anciens de ces dépôts se sont formés à une 
^o<]ae où les cours d*eau de la région montagneuse n*avaient 
certainement pas encore acquis leur profil d'équilibre, ou plus 
exa.otement réalisé la continuité de leurs pentes ; leurs lits 
devaient être encore interrompus par des rapides et des chutes *. 
Dans ces conditions, ainsi que je le montrerai dans le chapitre Y, 
le» nappes qu'ils ont formées ne peuvent avoir aucun lien avec 
les nappes régulières de la zone extra-montagneuse, et leur étude 
ne présente dès lors qu'un intérêt secondaire, au point de vue 
<iui nous occupe. On ne doit pas perdre de vue, en outre, qu'il est 
^ peu près impossible d'expliquer les particularités des dépôts de 
^ï^nsport de l'île vosgienne sans admettre l'intervention de mou- 
vements positifs ou négatifs, affectant le massif vosgien sans agir 
*m* les régions circonvoisines ^. Cette interventioji, qui a néces- 
*^îi*ement modifié les positions relatives des dépôts, rend très 
^flRciles les recherches qui les concernent. 

U existe, il est vrai, en amont de Remiremont, dans le fond 

inênae de la vallée principale et de ses aflluents, des accumulations 

*e sables et de galets roulés qui occupent des étendues souvent 

^ï^sidérables le long du cours d'eau et présentent quelque analo- 

P« avec les terrasses régulières (sablons de Bussang, de Remen- 

^Uers, de Rupt, du Vacceux, de Travexin, de Sainte-Anne, près 

**^miremont, des Goujoux, etc.). Mais on reconnaît bien vite en 

'^ étudiant qu'aucune confusion n'est possible. Ces dépôts ne 

*^Mïient pas une bordure continue, conservant, par rapport au 

thalweg, une altitude constante ou variant d'une façon régulière ; 

^ssont au contraire disposés en gradins successifs, superposés 

^omme des marches d'escaliers ; la comparaison de lenvs altitudes 

absolues et leur stratification inclinée le plus souvent à aS* ou So», 

^ baissent aucun doute sur leur origine lacustre : comme je l'ai 

'• C'est la conséquence nécessaire de la disposition du grès vosgien en 
P^din» d'altitude croissante de la périphérie de l'Ile vers l'intérieur. 
*• de Lamotub. Op, cit., 1897, p. 435 et seq. 



3ia DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES YALLéBS 3 Juill 

démontré ^ il est impossible de concevoir leur formation sans 
faire intervenir une nappe d*eau dont le niveau se serait abaissé 
par saccades depuis la cote 6ao jusqu*à la cote 4o6. 

En açal de Remiremont, ou plus exactement à partir du con- 
fluent de la Moselle et de la Moselotte, on voit brusquement 
apparaître sur les deux rives de la Moselle de larges terrasses 
alluviales à surface très souvent plane, dont Taltitude au-dessus 
du thalweg ne dépasse pas a5 à 3o m., et que, malgré d'assez 
nombreuses lacunes, on peut suivre vers Taval bien au-delà de la 
frontière. Si Ton ne pénétrait pas dans les détails, on serait tenté 
d*y voir une foimation homogène et de considérer leur ensemble 
comme représentant une basse terrasse. Il est facile de montrer 
que cette interprétation ne serait pas fondée. 

Ainsi que je l'ai fait déjà remarquer ^ cet ensemble est en 
réalité formé de deux zones séparées par l'accident topographique 
de Noir-Gueux, et bien {distinctes par tous leurs caractères 
(fig. 3) 3 : 

la Madeleine BarrHt^e de Noir Gueux Cottpuent Pont 



ai.s' PontdEloyes Station l ol ogive Z(^%A& 

/J^-^^ 565 rnv. „ 3^, 55r ' 

>f^.j..^nw-^ I . ; B (' \Sai4tJuBroe \ 



365 B' • 




-.-_,- VV*^.'.'V.-"'«T 



horizontale de 3(ioni Iïït 

Fig. 3. — Coupe schématique des alluvions de la Moselle entre Remiremont 
et le Saut du Broc. — Echelle approximative des longueurs : i millim. 
pour i46 mètres. 

;, Affleurement de gneiss granulitique ; <iv, Grès vosgien ; A, Terrasses 
lacustres à stratification inclinée ; B, Basse terrasse à stratification hori- 
zontale ; B', Gradin inférieur de la basse terrasse. 

a. — En amont de Noir-Gueux, la surface de tous les lambeaux 
est contenue dans un même plan dont Thorizontalité est presque 
absolue sur près de 7 kil. (407 m. aS La Madeleine, 4o6 m. 8 
plateau de Longuet) *. L'altitude des terrasses au-dessus du thalweg 
va par suite en croissant d'une façon notable de Famont vei*s 
Faval (a5 m. 5 à la Madeleine, 33 m. vis-à-vis Longuet). 

1. de Lamotiie. Op. cit., 1897, p. 398 et scq. Voir aussi la planche XVII. 

2. de Lamothb. Op, cit., 1897, p. 400, 4o3. La carte jointe à cette note a 
nettement séparé ces deux zones. 

3. Cette figure est destinée à remplacer celle de la page 399 du mémoire 
de 1897 qui par suite d*une erreur de gravure avait été mal disposée. 

4. Cotes fournies par les plans à i/ao.ooo. 



I9OI DE L'iSSER, de la MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 3l3 

Bn açal d*Elqyes, au contraire, la surface supérieure de tous les 
lambeaux est contenue dans deux plans inclinés parallèles au 
thalweg, c'est-à-dire dont les altitudes relatives ne varient pas 
sensiblement jusqu'à Metz et même jusqu'à Trêves. 

b. — En amont de Noir-Gueux, la stratification est partout incli- 
née à 37* ou So'', sauf dans les coupures faites par les eaux, où elle 
est horizontale. Les couches inclinées sont recouvertes d*une nappe 
horizontale de galets qui forme la surface supérieure de la terrasse. 
Toutes les coupes fraîches que j*ai vues depuis vingt-deux ans 
démontrent d'une façon très nette cette structure et je ne puis 
m*expliquer qu'elle ait pu être niée ^ (La Madeleine, Saint-Etienne, 
le Châtelet, usine Béchamp , tranchées exécutées pour l'établissement 
du canal de la Moselle entre Saint-Nabord et Noir-Gueux en i883). 

En açal d'Elqyes la stratification est toujours parallèle au 
thalweg, c'est-à-dire sensiblement horizontale ; elle est marquée 
par Tintercalation de lentilles de sable et de graviers, et par 
lliorizontalité habituelle des grands axes des galets. (Gravières 
d*Arches, d'Archettes, de la Yiei^e, d'Epinal, de Châtel, de Thaon, 
de Charmes. . . , etc.). 

C. — En amont de Noir- Gueux, il y a absence complète de blocs 
dans les alluvions en couches inclinées qui sont formées exclusi- 
'vement de petits matériaux et où le sable joue un rôle considé- 
x^le, souvent prépondérant. Les blocs ne se rencontrent que dans 
les coupures faites par les eaux (talus de Saint-Ëtienne près du 
pont de Remiremont) et à la surface des dépôts surtout au voisi- 
na^ des pentes. 

A partir de Noir^Gueux, le sable devient beaucoup moins abon- 
lant et jusqu'à une distance assez grande des Vosges, ne joue plus 
a*iin rôle subordonné par rapport aux galets. Des blocs d'origine 
^xiéralement rapprochée se montrent surtout au voisinage de 
c^îr-Gueux ; leur volume habituellement faible (i/â m. c.) peut 
"fc-^^dre exceptionnellement 5 m. c. (bloc de granulite au sud-est 
ï la gare d'Eloyes). Ces blocs ne semblent pas avoir dépassé 
c»^piéville : ceux que Hogard y a signalés étaient de petite 
ension et provenaient du massif granulitique d*Epinal. A 
on, pi'ès de la gare, les plus gros ont 3o à 35 cent, de diamètre, 
blocs sont toujours arrondis et même roulés, quand ils sont 
ine lointaine ; les seuls blocs anguleux sont ceux qui ont 
Tobjet d'une exploitation ou qui piH)viennent des pentes voi- 

^ • li. S. G. F. Réunion extraordinaire à Remiremont. Note de M. Bleicber, 
<?V XXV, p. 9a4. 



3l4 DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

sines. Ceux qui ont leurs arêtes faiblement émoussées sont 
toujours d*origlne très rapprochée. 

d. — Les dépôts en amont de Noir-Gueux sont caractérisés par 
V extrême rareté des granités à amphibole caractéristiques des 
Ballons d* Alsace et de Servance ^ ; mais ces roches n*y font pas 
défaut, comme on Ta prétendu à tort (B, S. G, F. (3), XXV, p. 
9q5) ; j'en ai trouvé dans presque toutes les sablières. 

Ces mêmes roches ne se rencontrent avec quelque fréquence 
que dans les coupures de la Moselle (placage à structure torren- 
tielle contre les pentes de la terrasse de Saint-Etienne, coupure de 
Noir-Gueux, etc.), et dans le lit de la rivière. 

En Gif al de Noir-Gueux les granités feuille morte qui ne se 
montrent qu*exceptionnellement dans le barrage, sauf sur la rive 
gauche, apparaissent en grand nombre dans la terrasse basse à 
partir de la gare d'Eloyes. 

On voit qu'il est impossible de considérer les dépôts situés en 
aval de Noir-Gueux comme le prolongement de ceux situés dans 
la cuvette de Remiremont. Ce sont des dépôts formés dans des 
conditions absolument différentes, à tous les points de vue : 
les premiers scmt nettement fluviatiles, les seconds franchement 
lacustres. La basse terrasse ne commence par suite qu*en aval 
de Noir-Gueux ou plus exactement, près d*Eloyes, où se termine 
Faccident topographique de Noir-Gueux et où la Moselle franchit 
la grande faille qui limite vers Touest Tlle vosgienne. On peut 
dire par conséquent que la basse terrasse n'existe actuellement 
qvUen dehors du m,assif s^osgien, 

o!" Basses terrasses ^. 

La basse teri*asse, dont je viens d'indiquer les caractères géné- 
raux, borde la vallée de la Moselle en aval d'Eloyes jusqu'à Toul, 
et même bien au-delà vers l'aval, puisqu'on en retrouve des traces 
à Metz, à Trêves, etc. Elle est parfois continue sur de grandes 
étendues ; sa largeur transversale peut atteindre 500 m. (Pouxeux) 
et exceptionnellement i4oo m. (au sud de Chavelot). 

I . La variété qui constitue les sommets de ces Ballons est connue dans les 
arts sous le nom de granité feuille morte, terme dont je me servirai à Ta venir 
pour abréger. Voir ma note de 1897, p. 4i6. 

9. Il est à peu près impossible de suivre ces terrasses sur la feuille d*Epinal 
où la plupart des lambeaux en aval d'Epinal n*ont pas étéûgurés; elles sont 
an contraire très bien représentées sur la carte de de Billy, à la même échelle, 
publiée il y a 5o ans. 




igOI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU BHIN ET DU KHÔNE 3l5 

Elle est essentiellement formée de sable et de galets roulés 
en parfait état de conservation ; la stratification est horizontale. 
Lelimonn*y joue qu'un rôle accessoire, il fait le plus souvent 
défaut et son épaisseur, quand il existe, est toujours très faible 
(o m. 5o à I m.) sauf au voisinage des pentes. (Charmes, rive 
droite). 

L'épaisseur totale des alluvions de la basse terrasse est très 
variable, par suite des dénudations qu'elle a subies. Entre Eloyes 
et Pouxeux, entre Epinal et Chavelot, entre Girmont et Vaxon- 
court, elle atteint au moins ao m. ; à Thaon, elle a dû s'élever très 
probablement à 3o m. Elle est en général beaucoup plus faible, et 
parfois même, les cailloutis ne forment qu'une couche de quelques 
décimètres sur la plateforme rocheuse qui correspond en partie à 
l'ancien fond de la vallée. 

La basse terrasse se compose en réalité de deux niveaux bien 
distincts, quoique emboîtés, l'un de qo m., l'autre de 3o m. 

En aval d 'Epinal, le niveau le plus bas est de beaucoup le plus 
développé et le seul qui soit à peu près intact; c'est lui qui forme 
presque entièrement les larges terrasses que suit la voie ferrée 
entre Epinal et Thaon (terrasses de la gare d'Epinal, de Golbey, 
de Thaon S de Girmont à Yaxoncourt ^ de Charmes à Chamagne, 
du Bois de la Ville en aval de Toul, etc.). Plusieurs de ces 
terrasses n'of&ent aucune pente transversale appréciable malgré 
leur grande largeur. D'après les levers de précision, Taltitude de 
ce niveau est comprise entre 19 et ai m. ; elle est le plus souvent 
égale à ao m. 

Au voisinage des pentes et surtout dans les rentrants de la 
vallée, on observe à la surface de la terrasse de ao m., sur un grand 
nombre de points, des cailloutis de même nature qui s'élèvent à 5- 
10 m. au-dessus de cette surface. Ce sont les débris d'une nappe 
plus ancienne qui s'élevait à 3o m. au-dessus de la Moselle: la 
nappe de ao m. s'est, en partie, formée à ses dépens et y est 
emboîtée. 

Parmi les points où les observations sont les plus faciles je 
citerai les suivants : 

Au sud de la route de Mirecourt, près de Golbey, une grande 
gravière en exploitation s'élève exactement à 345 m., dominant la 
terrasse de la gare de 8 m. et la rivière de 27 à 28 m.. Une partie 
de la large terrasse qui s'étend de Golbey à Chavelot est encore à 
a6-a8 m. A l'ouest de la gare de Thaon la coupe est particulière- 

I. Teintée comme Muschelkalk sur la carte d*Epinal. 




3lG DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLIËR8 3 Juin 

ment nette comme le montre la figure 4 : il y a mie petite plate- 
forme de cailloutis granitiques à 33i m. (3o m. au-dessus de la 
Moselle) et une autre qui supporte la gare à 3ai m. (19 à ao m. au- 
dessus de la Moselle). Entre Nomexy et Vincey, le mamelon 309 

Bois de Thaon 

i2llL_ , Gare de Thaon 

hortAontide lie Soom. 

Fig. 4- — Coupe des terrasses de la rive gauche de la Moselle à Thaon. — 
Echelle approximative des longueurs : i millim. pour 3a mètres. 

L, Limon argileux recouvrant les cailloutis de la moyenne terrasse ; M, Gra- 
din supérieur de la basse terrasse ; B, Gradin inférieur ; Uy Muscheikalk. 

de la carte d'état-major est formé de cailloutis stratifiés qui mar- 
quent à peu près l'ancien niveau de la nappe alluviale, à ^7 m. 
au-dessus de la Moselle. Le niveau de 3o m. est certainement 
j*epi*ésenté dans la forêt de Charmes ; mais il m'a été impossible, 
faute de cartes à grande échelle, de l'y suivre. On l'observe à 
Méré ville, entre ce village et Pont-Saint- Vincent. 

Au nord-est de Toul, la partie supérieure des cailloutis de 
Bois-la- Ville, en partie masquée par du limon, forme à !28-3o m. 
au-dessus de la Moselle une plateforme bien distincte de celle de 
QO m. qui en borde le pied, et le petit plateau alluvial qui supporte 
la batterie de Gondreville, sur la rive droite, est également à 3o m. 

Enfin, à Metz S le vaste plateau du Sablon entre la Seille et la 
Moselle est à 3o m. au-dessus de la rivière ; l'épaisseur des allu- 
vions est de la à i5m. 

En auiont d'Epinal, on retrouve jusqu'à Ai'ches des débns plus 
ou moins étendus des nappes que je viens de décrire. Celui de la 
Vierge (i5oo m. en amont) est le plus important, il forme une 
bordure dont la laideur peut atteindre 4o à 5o m. et que l'on peut 
suivre presque sans interruption sur la rive droite sur a k. 5 
jusqu'en face de Dinozé. En approchant des pentes les cailloutis 
disparaissent et sont recouverts par une couche épaisse de sable 
à galets de quartz blanc provenant par ruissellement du grès 
vosgien des pentes voisines. Si l'on tient compte de cette particu- 

I . Jacquot. Deacript, géoL de la Moselle, p. 3io et seq. — Schumacher. 
Mittheilungen der geoLog.Landesanaialt von Elsass-Lothringen, p. XXXII et 
8^., tome IV. 





/ 



igOI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 3l'J 

larité, on peut admettre que Taltitude relative de la terrasse de 
la Vierge est de [3o m. au plus. 

Un petit lambeau de la même nappe se montre au sud de la gare 
de Dinozé, à Taltitude de aj-So m. A Arches (fig. 8) Téglise est 
bâtie sur une vaste plateforme de 260 m. de largeur, sans pente 
transversale, qui s'étend d'une façon continue sur près de 800 m. 
depuis Arches jusqu au débouché de la vallée de la Niche. Son 
altitude est de 16 m. 5. Vis-à-vis, sur Tautre rive de la Niche, on 
trouve superposés deux lambeaux d'alluvions, Tun à 16-17 m., 
Tautre à 3o m. 

La grande plateforme de grès vosgien qui domine la rive droite 
du vallon de Géroménil, en amont et en aval du village, est en açal 
bordée par un placage de cailloutis granitiques avec sable blanc 
très bien lavé qui forme un replat très net à 396 m., dominant par 
suite le thalweg de q6 ni. Comme on ne peut pas suivre ces 
cailloutis jusqu'à Arches et que d'autre part la rapidité des pentes 
de la vallée est très grande (0.0078) il est diilicile de dire à quel 
niveau de la basse terrasse ils correspondent. En face d'Aixîhes, la 
terrasse sur laquelle est bâti le village d'Archettes est en partie 
formée par un cône de déjection dont la tète est dans le ravin de 
Mossoux : il n'y a donc pas lieu d'en tenir compte ; mais au nord 
de l'église, il existe encore un petit lambeau correspondant exacte- 
ment à celui d*Arches. 

Plus à l'est, la vaste plateforme qui s'étend entre la Niche, le 
Saut du Broc et Pouxeux, est à 365 m. 6, par conséquent à 17 m. 
au-dessus de la Moselle. 

Enfin, toutes les terrasses qui bordent les deux rives depuis 
Pouxeux jusqu à la halte d'Eloyes sont uniformément à 19-ao m. 
au-dessus de la Moselle (fig. 3). 

Bien que cette altitude soit exactement la même que celle des 
terrasses du niveau inférieur en aval d'Epinal, il est impossible 
de considérer les terrasses situées entre Eloyes et Pouxeux comme 
appartenant à ce niveau. Il sutlit pour s'en rendre compte de 
jeter les yeux sur le profil longitudinal de la Moselle donné par 
la figure 5. Ce profil montre qu en aval de Thaon, la Moselle 
possède à peu près son profil d'équilibre et a réalisé la con- 
tinuité des pentes, tandis qu'en amont, jusqu'à Reniiremont, 
son lit présente un double bombement formé par la granulite 
de C en D, par le grès vosgien de 1) en E, puis par des alluvions 
de profondeur inconnue jusqu'à Remiremont. C'est à un de ces 
bombements qu'est dû le Saut du Broc, cataracte en nûniatui'e 
de 7 à 8 m. 




3l8 DB LAMOTHE. — STSTÂMES DE TERRASSES DBS VALLÉBS 3 JuId 



Si la période actuelle a une durée suffisamment loo^e, la 
Moselle entra par régulariser son lit entre Tbaon et Remiremont 
et suivra k peu près le profil marqué en pointillé. Lorsque ce tra- 
vail sera terminé, les altitudes relatives de toutes les terrasses 
de cette région se trouveront augmentées de quantités variables 
suivant leur position par rapport aux bombements. Il faut donc, 
si l'on veut les comparer à celles de la région en aval de Thaon, 
qui, pendant le même temps, n'auront éprouvé que des variations 
3'altitude très faibles, leur faire subir au préalable une correction 
additivc plus ou moins grande. 




Pig. 5. — ProQl longitudinal de la vallée de la Moselle entre Prouard et le 
Tbillol (Ebux moyenne*). — Echelle : lon^eurs t millim. pour 9 kiloin.; 
hauteurs t millim. ponr lo mïtres. 

Entre Pouxeux et Eloyes cette correction peut, avec une grande 
probabilité, être évaluée au minimum à lo-ia m., le Saut du Broc 
représentant k lui seul près de 8 m. ; l'altitude anale des terrasses 
de cette zone atteindrait donc ag-Sr m. A Arches, la correction 
serait de 3 à 4 m. ; enfin à la Viei^e elle s'élèverait à 4 ou 5 m. 

Ainsi, lorsque la régularisation du lit sera terminée, les basses 
terrasses entre Ëpinal et Eloyes comprendront deux niveaux : 
l'un de 3o-33 m. au moins (exceptionnellement 34 à 35 m. à la 
Vielle), l'autre de aom., qui seront le prolongement des deux 
niveaux de ao et de 3o m. signalés en aval d'Epinal. 

On verra dans le chapitre V que le léger éctirt d'altitude que 
présente la terrasse de la \'ierge est ia conséquence des lois qui 
régissent In formation des nappes alluviales. 

Age de la basse terrasse. 

L'dge de la basse terrasse, considérée dans son ensemble, est 
nettement âxé par les nombreux fossiles qu'on y a trouvés, notam- 



I9OI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, Di: RHIN ET DU RHÔNE 5l9 

ment à Toul *, à Metz -, et près de Schweich en aval de Trêves ^. 
Us proviennent snrtont d'Elephas primigenius et de Rhinocéros 
tichorinua. A Metz, on les a recueillis dans la terrasse de 3o m. 
A Toul, ceux des fortifications proviennent plutôt du niveau 
inférieur de la basse terrasse ; ceux du vallon de Flngressin 
sontpeut^tre plus anciens et pourraient appartenir à un débris de 
la moyenne terrasse dont il sera question plus loin. 

On peut, je crois, considérer comme immédiatement antérieurs 
au remblai qui constitue la basse terrasse, et comme contempo- 
rains de la fin du creusement qui a précédé ce remblai, les lignites 
étudiés par M. Fliche à la base des cailloutis de Jarville ^. Aucune 
coupe cotée n^ayant, à ma connaissance du moins, été publiée, il 
ne m*est pas possible de dire actuellement si ces lignites sont à la 
base du niveau de 3o m. ou à la base de celui de ao m. On y a 
trouvé Lorix Europœa, Picea excelsa, Pinus Montana, Alnus 
oiridis, Alnua incana, Betula alba (forme pubescens). M. Fliche 
a cru pouvoir conclure de cette association que la région était 
couverte par une forêt à caractère boréal très accentué. 

Liaison entre la basse terrasse et les dépôts lacustres de la 
région de Remiremont. 

Nous avons vu que la zone des basses terrasses fluviales se 
terminait à Famont près d'Ëloyes, et que celle des terrasses 
lacustres s'arrêtait à l'aval près de Noir-Gueux (fig. 3). Entre ces 
deux zones se place une forme topographique des plus remarqua- 
bles, le barrage de Noir-Gueux, signalée depuis longtemps par 
fiogard, et dont j'ai rappelé en 1897 -' les caractères principaux 
^t prouvé l'origine alluviale et latérale (fig. 6 et 7). 

Je me bornerai donc ici à appeler l'attention sur les particula- 
a?ités topographiques du barrage, notanmient sur celles qui définis- 
sent ses rapports avec les dépôts qu'il sépare. 

Vu d'amont, le barrage de Noir-Gueux a l'aspect d'une digue 
^gantesque de 5o m. de hauteur et de 1600 m. de longueur, jetée 
d'une rive à l'autre de la Moselle, dans l'axe du vallon de la 

I HussoN. Origine de l'espèce humaine dans les environs de Toul, 1867. 
Héunion de huit brochures publiées de 1864 à 1867. Carte g'éol. <létaillée 
x/80.000 Nancy. Lég^ende. 

a. Jagquot. Descrip. géoL du département de la Moselle, 

3. ErlaÏLterungen zur geol. specialkarten von Preussen. Blatt Sweich. 

4. Fliche. Sur les lignites quaternaires des environs de Jarville. C. IL Ac. 
Se. 10 mai 1875. — Id. Note sur la ilore des lignites du nord-est de la France. 
3. S. G. F., (3), XXV, p. 959 et seq. 

5. de Lamothb. Op. ait, 1897, p. t^i6 et seq. 



3aO DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DBS VALLEES 3 



Sache, et à travers laquelle les eaux s échappent par une étroite 
coupure, large de 4o m. à peine à la base, de 3oo m. au sommet 
Ce caractère de digue ou de barrage transversal est d^autant 
plus saisissant que la vallée en amont, sur 7 à 800 mètres, semble 
avoir été déblayée presque complètement jusqu*au niveau de la 
Moselle, des alluvions qui rencombraient, de sorte qu'entre le 
pied de la digue et Textrémité de la terrasse de Longuet, il existe 
une vaste dépression qui a tous les caractères d'un cirque d'érosion. 



Boute 
d'Epùial 
S% , Chf'defèr 



Penttsét. 








hmùxontale de^-jom. 



Fig. 6. — Coupe transversale du barrage de Noir-Gueux. — Echelle approxi- 
mative des longueurs : i millim. pour 16 mètres. 



Barrage, de Noir Gueuœ 



Y, Gneiss et granulites. 



Pont en anvont 
d'E loues 
B C 




G être, de 
Poujeeujc 



386 
36S 




15 



harùumtale de 3&oai. 



Fig. 7. — Schéma montrant Télévation du barrage de Noir-Gueux sur la rive 
gauche de la Moselle et son raccordement avec la basse terrasse. — 
Echelle approximative des longueurs i millim. pour 56 mètres. 

AB, Cône de déjection avec ses terrasses d'érosion ; CC, Basse terrasse 
de 19 à ao mètres; c, Affleurement de gneiss granulitique à la base du barrage. 



En aval, Taspect est tout ditTéi^ent : le barrage de Noir-Gueux 
forme simplement une digue irrégulière dominant de 10 à 
i5 m. au plus la nappe alluviale remarquablement plane qui 
s'étend au nord jusqu'à la gare d'Eloyes où commence la terrasse 
basse. Cette nappe alluviale dont la pente générale est 4 ou 5 fois 
plus forte que celle de la Moselle actuelle (0,008 à 0,011 au lieu de 
o^ooq) présente plusieurs ressauts successifs, correspondant à 
des terrasses d'érosion, qui tous con veinent vers la coupure de 
Noir<}ueux. Il en résulte que l'altitude du barrage qui, à Noir- 
Gueux atteint 5o m. au-dessus de la rivière, tombe à so m. un peu 
en aval de la gare d'Eloyes. 

Il est impossible de ne pas être frappé de la concordance appa- 



I9OI DE l'iSSBR, de la MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 3sU 

rente qui se manifeste entre ces particalarités topographiques et 
celles qui caractérisent les amphithéâtres morainiques. Nous 
retrouvons à Noir-Gueux la digue formée par la moraine firontale, 
le cône de déjection ou de transition qui la raccorde à la basse 
terrasse, la dépression centrale avec ses dépôts lacustres : il est 
même intéressant de constater que les caractères extérieurs de 
Taccident de Noir^ueux sont beaucoup plus nets que ceux de 
beaucoup d'amphithéâtres 'morainiques, surtout en ce qui concerne 
les fonjnations lacustres. Celles-ci, en amont de Noir^Gueux, se 
sont élevées à la cote 407, c*estÀ-dire à 34 m. au-dessus du fond 
de la coupure actuelle ; on a donc ici la preuve que pendant leur 
dépôt, la coupure était complètement fermée, jusqu'à une altitude 
très peu inférieure à celle du sommet de la digue. 

En réalité, les analogies s'arrêtent aux particularités superfi- 
cielles et, malgré les affirmations des géologues qui n'ont étudié 
Noir-Gueux qu'à ce point de vue, je ne puis que maintenir les 
conclusions de ma note de 1897 ?^* ^^ reste, n ont pas été réfutées. 
Gomme je l'ai exposé, l'origine alluviale et latérale du barrage de 
NoiivGueux est nettement établie par les faits ci-après : 

lo La structure de la partie supérieure du barrage est nettement 
t;orrentielle : elle n'est pas morainique. Les éléments sont roulés, 
généralement petits, associés à du sable fin bien lacé ; les blocs 
sont relativement rares, leur volume est en général très faible 
(1/2 m. c), presque tous portent des traces de l'action des eaux. 
Par un contraste saisissant, les pentes des deux rives de la Moselle 
«I l'est et à l'ouest de Noir-Gueux, sont couvertes de blocs erra- 
tiques parfois énormes (5o m. c), souvent anguleux, qui s'élèvent 
jusque sur les points culminants, à 400 m. au-dessus de la vallée. 
2^ La base sud du barrage semble formée de sable fin, lavé, en 
Cîouches stratifiées horizontalement (sablière au pied sud de la 
digue ouverte en 1877), et par places, de couches de sable et de 
gravier plongeant vers Tamont sous des angles de 3o à 35". 

30 La plupart des éléments sont originaires du massif de 
Fossaixl. Les types caractéHstiques des Ballons (granité feuille 
anorte, schistes du Carbonifère) y sont très rares, sauf au voisinage 
fie la rive gauche, tandis qu'ils abondent, comme je l'ai dit plus 
liant, dans les parties inférieures du cône de transition et dans la 
basse terrasse avec laquelle il se raccorde *. 

I . Dans une note parue il y a quelques jours dans le tome XII du Bulletin 
des Services de la carte, M. Delebecque objecte que, d'après la carie, les 
torrents de la Suche et des Charbonniers paraissent de trop minime impor- 
tance, pour avoir pu produire une accumulation de matériaux aussi consi- 

h Oetobre 1901. — T. Ie^ Bull. Soc. Géol. Fr. — ai 



322 DE LAMOTUE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES YALLKBS 3 JuL 




Ces faits, et surtout la différence de composition existant eni 
le barrage et les dépôts qui Tencadrent à Tamont et à l'aval, so: 
évidemment inconciliables avec Tidée d'une origine glaciaire, 
est impossible, en effet, dans cette hypothèse, de comprendre eom 
ment un glacier aurait pu simultanément édifier une moraine te: 
minale où les roches caractéristiques de la haute Moselle fon 
défaut, et donner naissance néanmoins à des basses terrasses oxm' 
ces mêmes roches abondent. Pendant son recul, le même gladec: 
aurait dû accumuler en amont du barrage des dépôts lacustres- 
privés de ces mêmes éléments. 

On doit par conséquent considérer le barrage de NoirOue 
comme un exemple typique d*une forme topographique 



jusqu'à présent comme caractéristique de Tintervention de? 
glaciers, et due cependant à des causes tout à fait différentes. 



it 
ra 



3'' Terrasse de 5o a 6o mètres 



Au-dessus des basses terrasses, on observe sur un grand nombr» 
de points des lambeaux plus ou moins étendus d'une terrasse plu 
élevée dont Taltitude est comprise entre 5o et 60 m. 




Bois du CJuanot 



Flniemt ruinj r 

^'J«"l Moselle ^gg- ». / 




^iî Forêt de 





543 ^t^^^-^~i 



M_.^- 



V 



ir 



tir 



hvriAoniale de loom. 

Pig. 8. — Coupe transversale de la vallée de la Moselle près d*Arebei. 
Echelle approximative des longueurs : i millim. pour 66 mètres. 

(m. Grès bigarré: dv, Grès vosgien ; M, Moyenne terrasse; B, Basse 
rasse ; 6, Blocs erratiques. — Les ailuvions sont indiquées par de | 
cercles. Le plateau d'Archettes et le Bois du Chanot sont au deuxième pUn.« 

C'est dans le bassin d*Arches que ce niveau est le plus remarqua- 
blement développé. Tout le bord sud du plateau de Tannières 
(fig. 8) entre le confluent de la Vologne et le vallon de Mossoux, 

dérable que celle du barrage. Je regrette que M. Delebecque n'ait pas 
eu le loisir de remonter ces deux torrents ; il aurait constaté qu'ils ont en 
projection chacun près de a.800 m. de développement, avec 437 m. de diffé- 
rence de niveau, et sont alimentés par d'immenses bassins de réception. 
Je reviendrai du reste sur cette question dans une note spéciale. 





igOI DB LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RAL\ ET DU RHÔNE 31)3 

est formé par une terrasse alluviale dont la largeur peut 
atteindre 700 m., et dont Tépaisseur s'élève à près de 40 m. ^ 
Ualtitnde atteint 4o5 m. à hauteur du Saut du Broc, soit 5o m. 
au-dessus de la Moselle. 

Vis-à-vis, le plateau d'Arches est également bordé par une 
terrasse de cailloutis assez étroite, mais dont les débris s'étendent 
encore par places sur le grès vosgien du plateau jusqu'à l'altitude 
de 3g6 m. (53 m. au-dessus de la Moselle). 
Tout le plateau au N.-O d'Archettes est recouvert par une 
JDasse énorme de cailloutis dont l'épaisseur dépasse certainement 
^o m. et atteint très probablement 35 à 40 m. au-dessus des escar- 
pements du grès vosgien. Le plateau a été très raviné, mais les 
/>olnts culminants qui s'élèvent à 398 m. permettent de fixer 
I*£a Xtitude minimum de la nappe alluviale à 58 m. au-dessus de 
Moselle. 
I^^fin dans le ravin au sud de Pouxeux, une petite terrasse allu- 
B^les*élève à 4o5m., soit 5o m. au-dessus de la Moselle*. 

n voit que si Ton tient compte pour ces divers lambeaux de 

r position par rapport au Saut du Broc, leurs altitudes relatives 

t comprises entre 56 et 6a m. 

s alluvions qui constituent ces terrasses sont formées de 

Houtis stratifiés horizontalement -. Les galets granitiques y 

ndent, et parmi eux j'ai noté, surtout sur le plateau d'Ar- 

ttes, des granités feuille morte assez nombreux, en moins 

. quantité toutefois que dans la basse terrasse ; les galets 

es sont en général en bon état ; seuls les g^nites feuille 

recueillis à la surface des champs, sont souvent très altérés. 

slques blocs de gneiss ou de granulite, dont les plus gros peu- 

t cuber 3/4 m. c, sont encore visibles à la surface, notamment 

s de la forêt de Tannières. 



hauteur d'Epinal, les collines de la rive gauche sont couvertes 

^^'^^KMc nappe épaisse de cailloutis surmontés de limons qui souvent 

^^^ xnasquent complètement les affleurements. Ces limons qui 

*^^*^stituent la « terre des bois » sont formés d'une argile jaune 

^ - Ce lambeau n*est pas indiqué sur la carte géologique, non plus que les 

^•illontis du plateau d'Archettes. Voir la carte jointe à ma note de 1897. Je 

'^'^î remarquera cette occasion que M. Bleicher {B. S, G. F., (3), XXV, 

y 9tafi) m*a prêté à tort l'opinion que les cailloutis de Tannières étaient 

*<*lgine lacustre. Déjà, en 1897, j'en faisais une terrasse fluviale. 

^- Gravière ouverte en 1881 sur le talus sud du plateau de Tannières, 

P*^re au sud de Pouxeux» 



3a4 DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 



d*ocre parfois jaspée de blanc * : leur épaisseur peut atteindre et 
même dépasser lo m. 

Les cailloutis comprennent des galets roulés de toutes les roches 
du bassin en amont : ce sont principalement des quartzites du 
grès vosg^en auxquelles s'associent des galets de roches cristalli- 
nes (gneiss, granulites, granitites. porphyres divers). Les quartzites 
se montrent presque seuls à la surface et les roches cristallines 
n'apparaissent que dans la profondeur, très souvent altérées. Cest 
cette particularité qui a trompé Hogard ; n'ayant pas eu Toccasion 
de voir des coupes profondes, il a été amené à considérer ces 
alluvions comme exclusivement formées de quartzites du grès 
vosgien, et à imaginer pour expliquer ce phénomène, le moulag 
en glace de toute la région -. 

L'altitude de la masse de cailloutis peut être déterminée facil 
ment dans le bois de la Louvroy (champ de manœuvre à Touesi 
d'Epinal) ; elle s'élève sur ce point à 857 m., dominant par consé — 
quent la Moselle de 59 k 60 m. au plus. Sur le plateau de Bois — 
l'Abbé, un peu au nord, les sondages exécutés lors de la construc- 
tion du fort ont traversé, avant d*atteindi*e les sables cailloute 
une épaisseur moyenne de 5 m. d'argile (o,5o de terre végétale, ^ 
!2 m. 3o d'argile jaunâtre, i m. 5o d'argile rougeàtre avec quelques^ 
galets, I m. argile jaune avec galets) ; les cailloutis y sont paiK 
suite à l'altitude de 875 m. environ, soit 60 m. au-dessus 
niveau de la Moselle, nombre qui concorde avec le précédent. 

Li^s mêmes cailloutis recouverts de limon forment les platea 
qui séparent la Moselle de l'Avière, et même une partie de 
qui bordent lu rive gauche de cet aflluent ; ils s'étendent ^^lemenr 
sur la rive droite de la Moselle et sont très développés prèsdeCha- 
tel et en aval. L'altitude de la na}>pe, abstraction faite des limons 
(^st comprise entre 5o et Go m. S mais plutôt voisine de 60 m 

A Charmes, les cailloutis couvrent la plus grande partie de la 
forêt et s'élèvent également à une soixantaine de mèti*es. Malheu- 








I. IIouARD. Sj-st. des Vosges, ift'37, p. 190. — Lbvaixois. Aperçu de 
constit. gêol, du départ, de la Meui*the, i86a. 

a. HooARi). (loup d*œil sur le terrain erratique des Vosges, i85i; 
ehes sur les formations erratiques, i858. 

Voir à ce sujet ma note de 1897, p. Sga et seq. 

3. Ces dépôts n'ont été bien représentes que sur la carte géologique de 
de Billy, à i/8o.(Xn). Sur la feuille d'Kpinal de la carte géologique détaillée, 
on les a désignés sous le signe P ; mais on a omis les cailloutis et 
des bois de la Louvroy et on a marque a* les cailloutis des Hauts Caill< 
qui appartiennent au niveau de ôo à 60 m. et auraient dû par suite être mar- 




«111AC 



p 



I9OI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 3a5 

reusement, ainsi que je Tai déjà dit, Tabsence de cartes à grande 
échelle, et en outre la présence de limons, rendent impossible le 
tracé des niveaux * . 

A r Ermitage à i5 kil. en aval de Charmes, les mêmes cailloutis 

comprenant des quartzites et des débris graniticpies forment une 

raste terrasse élevée de 54 m. - au-dessus de la Moselle. 

Enfin, au sud-ouest de Toul, le vaste plateau jurassique de Bois- 

Je-Comte (Point aSj) est recouvert de sables et de galets dont 

2 'épaisseur dépasse probablement une dizaine de mètres et qui 

minent de 54 m. la Moselle. Bien que les quartzites du grès 

sgien y soient prépondérants, on y trouve de nombreux galets 

.sinitiques bien conservés, dont le grand axe peut atteindre 

jn. 10 ; une mince couche de limon recouvre par places les 

LUoutis 3. 



n résumé, on trouve entre Jarménil et Toul des traces très 
"•lies d'une nappe alluviale formant le plus souvent terrasse et 
mit Taltitude au-dessus du thalweg, voisine de 55 m. à Toul, 
pc».:a7alt près d*Epinal se rapprocher de 60. Sa composition est 
^x^^^s sensiblement difl*érente de celle de la basse terrasse par suite 
la prédominaDce des quartzites ; les granités feuille morte qui 
"tour d'Archettes sont déjà un peu moins fréquents que dans la 
^se terrasse, semblent faire défaut en aval d*Epinal; du moins 
n'en ai pas encore trouvé. Cette absence peut, il est vrai, 
ï:^pliquer par la plus grande altérabilité de cette roche, et on peut 
poser qu on en ti^ouverait des débris si Ton disposait de coupes 
fondes. En outre, il est impossible de concevoir la présence 
galets de cette nature dans les graviers de Tlngressin, près 
«rouves (N.-O. de Toul), si l'on n'admet pas qu'ils provien- 
t de la nap2)e de Bois-le-Comte. On est donc autorisé à con- 
que la nappe de 5o-6o m. a été formée par une ancienne 
selle plus élevée de 5o-6o que la Moselle actuelle et prenant 
^^^ïïxme elle sa source dans les Ballons d'Alsace et de Ser\'ance. 

< - Le signe a' a été sur la feuille de Lunéville aflfecté à torl à Tensemble 
^^* <lépôts de la forêt de Charmes. 

^ Cote approximative ; ce dépôt n'est pas marqué sur la feuille de 
^^iié\illc. 

^ - Les limons de Chaudeney qui occupent sur la rive droite de lu Moselle 

^ïi face du plateau de Bois-le-Comte une situation analogue, ont, d'après 

otaconnier, la composition ci-après : silice 644, alumine 207, peroxyde de 

Vf So, chaux 9, magnésie i, acide phosphorique i, a, perte uu feu 9a (DescripL 

t^L et agron. des terrains de Meurthe et Moselle, p. 897 et 398). 



3a6 DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES YALLésS 3 Juin 

Aucun reste de Vertébrés n*a été jusqu à présenta ma connais- 
sance du moins, trouvé dans la terrasse de 5o-6o m. A l'époque 
de la construction du canal de TEst, vei*s 1876, les fouilles exécutées 
au col de Bois-FAbbé (3 kil. N.-O. d*Kpinal) ont coupé une petite 
tourbière où Ton a recueilli un ceilain nombre de débris végétaux 
plus ou moins transformés en lignite, et quelques traces d*Insectes. 
M. Fliche qui les a déterminés * a, d'après des renseignements 
fournis par le service des travaux, mais sans donner aucune coupe, 
admis que cette tourbière était située à la base des cailloutis qui 
affleurent dans le col. En outre, partant de cette idée qu*il n'y a eu 
qu'un seul creusement suivi d'un comblement, il a logiquement 
conclu que les deux dépôts de Jar ville et de Bois-l'Abbé, situés à 
la base des cailloutis, étaient synchroniques, contemporains de la 
fin du creusement de la vallée, et antérieurs à son remplissage 
par les alluvions. 

Mais cette déduction se trouve tout d'abord en opposition 
les preuves que j'ai données de l'indépendance des basses terrasse 
et de la terrasse de 55 m. , et la suite de ce travail montrera que^^^ 
cette indépendance n'est pas particulière aux terrasses précitéesF=s 
et appartient aux six niveaux de cailloutis de la vallée de l 
Moselle, chacun d'eux correspondant à une phase de rembl 
séparée de la précédente par une phase d'érosion. 

D'autre part la superposition des cailloutis de Bois-l'Abbé 
la tourbe n'est nullement certaine. La coupe des teiTains 
par le canal, que le service des Ponts-et-Chaussées a bien vouliK^^ 
me communiquer, ne montre sur le tracé, qu'une seule tourbiè 
qui doit par suite être la même que celle qui a fourni les débri 
fossiles. Cettii tourbière dont l'altitude est de 36i m., se trouv 
à 40 m. au-dessus de la Moselle, à 7 ou 8 m. au-dessous du col. 
Elle repose sur des ai^iles jaunes identiques à celles qui couv^en^ 
le plati^au de Bois-rAl)bé et en continuité avec elles ; elle doi' 
donc leur être postérieurtN et par conséquent être également pos 
térieui'c à la formation de la nappe de 55 m. 

La coupe n'indique pas qu'elle ait été recouverte par des cai 
loutis ; ce recouvrement, en admettant qu'il ait eu lieu, s'explique- 
rait tout natui^llenient par le ruissellement, phénomène fréquen 
toutes les fois que des terrains meubles couvrent les pentes -. 

I. Fliche. Sur les limites (luaternaires de Bois-PAbbé, près d'EpinaC 
C. H. Ac. Sc.f 3 déc. 188H. — Id. Note sur la flore des lignites..., du nord 
est de la France. B. S. G. F., (3), XXV, p. 959. 

'2. Je citerai comme un exemple typique le recouvrement des cailloutl 
du niveau de '3o m. par les argiles du Lias au col du Mauvais Lieu en 








igOI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE S^J 

Enfin la position de la tourbière à l'origine même du vallon du 
col, prouve qu'elle est postérieure au profil actuel de la vallée : 
elle n'eut certainement pas, dans le cas contraire, résisté aux 
dénudations qui ont précédé et suivi la formation de la basse 
terrasse. 

Pour ces divers motifs, je considère la tourbière de Bois-l'Abbé 
comme appartenant au Néo-pleistocène, c'est-à-dire comme pos- 
térieure à toutes les terrasses ; elle serait par suite séparée de 
celle de Jarville (si toutefois celle-ci occupe réellement la place 
qui lui a été assignée) par tout l'intervalle de temps qui a néces- 
sité : i"^ la formation de la nappe de comblement dont la basse ter- 
rasse est un débris, a*" le creusement de cette nappe. 

Cette conclusion n'infirme d* ailleurs en rien les considérations 
climatolog^ques que M. Fliche a basées sur l'examen de la fiore de 
Bois-l'Abbé et que je n ai pas à discuter ici, mais elle montre que 
ces considérations ne s'appliquent pas à la terrasse de 55 m. qui 
est beaucoup plus ancienne. 

4"* Niveaux de cailloutis plus élevés que les précédents 

Niçeau de loo mètres. 

Au-dessus des trois niveaux précités, il n'existe plus que des 
amas irréguliers de galets ne présentant nulle part les caractères 
de terrasses. Il est néanmoins fort remarquable que les princi- 
paux d'entre eux se rencontrent exclusivement à des altitudes 
voisines de loo m. 

Les deux plus remarquables en aval d'Epinal sont ceux de 
Flavigny et de TErmitage. Au sud de Flavigny (8 kil. sud-est de 
Pont-Saint- Vincent) *, les hauteurs qui bordent la rive gauche de 
la Moselle sont couvertes de galets roulés, principalement de 
quartzites du grès vosgien, auxquels s'associent d'assez nombreux 
galets roulés de roches cristallines bien conservées (granités, 
gneiss... etc.); les granités feuille morte font défaut. Le limon 
forme la majeure partie du monticule situé ti l'ouest de la grande 
route et l'altitude réelle du point le plus élevé atteint par les 
cailloutis est très approximativement de loo m. 

Nancy et Flavigny (Godron. Da passage des eaux et des alluvions anciennes 
de la Moselle dans les bassins de la Moselle et de la Meuse, 1877). 

I . Feuille de Nancy, carte géologique détaillée. Lambeau marqué P. 

La cote 354 a été placée par erreur sur la route; elle s'applique au sommet 
du plateau P, comme j'ai pu m'en assurer sur les plans à 1/30.000. 

La Moselle sous le grand pont de Flavigny est à 226 m. 



3aS DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLERS 3 JnÛ 

Au-dessus de la terrasse de 54 ni. de l'Ermitage dont j*a 
parlé plus haut, on trouve une deuxième nappe de eaillouti 
qui forme le plateau entre la ferme et Saint-Remimont, plateau 
dont l'altitude est de 347 ^* * * L'altitude de la nappe est par suit 
de loo à io3 m. au-dessus de la Moselle. Indépendamment de 
quartzites qui prédominent on y rencontre d'assez nombreo: 
galets roulés de micro-granulite et de gi*anite, non altérés. J 
n'y ai pas vu de granités feuille morte. 

On doit considérer comme appartenant au même niveau le 
argiles avec galets quai*tzeux qui couronnent les hauteurs d 
la rive droite de la Moselle au-dessus de Châtel, entre ce village 
Moriville et Zincourt et s'élèvent jusqu'à l'altitude de io3 m 
au-dessus de la rivière -. 

On peut également y rattacher les cailloutis exclusivemen 
quartzeux qui couronnent le plateau entre Lay-Saint-Remy e 
Pagny-sui^Meuse 3. Les galets, qui ont souvent o m. lo degran< 
axe, parfois le doulile. s'étendent au sud sur la pente nord du boi 
de Pagny et disparaissent brusquement à peu près à la cote 3oo 
Plus haut on ne trouve plus que de petits galets très disséminé 
et qui correspondent sans doute à des nappes plus anciennes. L 
creusement effectué par la Moselle depuis le transport des eail 
loutis de Pagny peut par suite être évalué à une centaine di 
mètres *. 

En amont d'Epinal et jusqu'à Eloyes on ne trouve plus actuelle 
ment près de la Moselle aucun dépôt que l'on puisse considère: 
comme ayant appartenu à la nappe de loo m. Mais en 1877 01 
voyait encore près du soumiet du fort d'Arches, sur la pente est 
une petite terrasse de 3 à 4 ni. d'épaisseur formée de couche 
alternantes horizontales de sables fins, de graviers et de galet 
remarquablement roulés ; quelques blocs de i/a m. c. à i/3 m. c 
arrondis ou même roulés de granulite, de gneiss granulitique ei 
de granitite à amphibole, étiiient dispersés à la surface, ou mém< 
encliâssés dans les alluvions ; des blocs plus volumineux encon 

1. Dépôl marqué P sur la feuille de Lunéville de la carte géologiqni 
détaillée. 

2. Hoci.uiD. Recherches sur les formations erratiques, p. 65 et seq. 

3. I^a cote du plateau au nord de la grande route, diaprés le plan â i/!m>.ooo 
est (le !i88 m. et non de 299, comme Tindique la carte d'Etat-Major. 

4. La suite de cette note démontrera que les pentes de la Moselle n*on 
pas sensiblement varié pendant tout le Pleistocène, au moins en ava 
d'Epinal. 



DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 3^9 

^^ S^s vosgien détachés des pentes encaissantes leur étaient 
a^dsociés. J'y ai noté plusieurs granités feuille morte roulés dont 
de o m. ao de grand axe. Ce dépôt a été entièrement exploité ; 
ciltitade que j'ai eu heureusement Tidée de déterminer à cette 
^ixxjue était de 446 m., soit 90 m. au-dessus de la Moselle K 

Cin peut aussi avec une grande probabilité considérer comme 
^Pt>^rtenant à un ancien niveau de 100 m. la nappe de cailloutis 
«'^ ^euil de Dounoux (S.-O. d*Ëpinal). Le plateau presque hori- 
*^'^'t:^ qui forme col entre le Coney, affluent de la Saône, et la 
^<^s«Ue, est couvert d'une couche de cailloutis remarquablement 
*^'*«-'tifiés, dont l'épaisseur sur quelques points doit atteindre au 
"^oins i3 à 14 m. Les galets, généralement petits (exceptionnelle- 
^■^^n^t ao à 3o c.) proviennent des Vosges ; les granités abondent 
*^ Sont en bon état de conservation ; je n'y ai jamais rencontré de 
P*^ïxites feuille morte. L'altitude du seuil étant de 4^^^ ™- et la 
Moselle à Arches, situé à 8 kil., étant à la cote 34^,75, on voit que 
*© opeusement qui s'est effectué depuis le dépôt des cailloutis de 
I^oixiioux peut être évalué avec une très grande approximation 
^ tine centaine de mètres - ; par suite, il est logique de les rap- 
P^>i^er au même niveau que les précédents. L'absence des granités 
^^^îlle morte semble indiquer que ces cailloutis sont le produit 
^ ^^ne rivière vosgienne autre que la Moselle et qu'il est impos- 
**l>le de préciser actuellement. 

J'ajouterai que le seuil de Dounoux ofifre un remarquable exem- 
P*^ de l'effet produit par la décapitation d'un cours d'eau. Le 
^--oney privé des eaux vosgiennes, a créé en aval du seuil un lit 
l^^ofond et étroit, dont les pentes se relèvent rapidement vers le col. 

En résumé, entre Toul et les Vosges, il y a des traces très nettes 
^ ^Mie nappe de 100 m. environ ; cette nappe n'a pas jusqu'à pré- 



fourni de galets provenant des ballons d'Alsace et de Ser- 
"^^nce, sauf près du fort d'Arches. 

^ii^eaux supérieurs à 100 mètres. 

Au-dessus du niveau de 100 m. on ne rencontre plus que des 

ST^lets isolés, dispersés à la surface du sol, ou encastrés dans des 

«assures du substratum remplies de limons ai^ileux provenant de 

^ dissolution des calcaires ; leur grand axe dépasse rarement 

^iia. ao. 

^ . Le saut du Broc se trouvant un peu en aval, raltitude de ce dépôt est 
^ *^alité de 100 m., si Ton effectue la correction indiquée plus haut, 
^* La pente de la Moselle est de 0,002. 



33o DE LAMOTHB. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES YALUbSB 3 Jl 

D*après le capitaine du génie Bois qui a dirigé d*importe 
travaux de captation d'eau dans la forêt de Haye, des galets 
quartzite et de grès couvrent les légers bombements de tous 
points culminants, mais semblent concentrés au voisinage < 
vallées delà Meurthe et de la Moselle ^ A a,4<>o Q^- ^^ nord 
Ckaligney (près Pont-Saint-Vincent), ils atteignent la cote 417 * 
est un des points culminants de la forêt, et se trouvent par suit 
aoo m. au-dessus de la Moselle, cotée ai^, à Pont-Saint- Vincent 
ils y remplissent des poches du Bathonien ; leur volume vi 
depuis la grosseur d*un œuf de pigeon jusqu'à celle du poii 
quelques-uns dépassent ces dimensions : le plus gros était un g 
siliceux de o,a8 de g^nd axe. 

Les mêmes galets se retrouvent dans les carrières à Touest 
Nancy à 160-170 m. au-dessus de la Meurthe ; ils abondent p 
de la ferme Sainte-Catherine ^. Husson en a signalé dans le bois 
Romont, près Toul, à la côte 876 * ; enfin Buvignier les a obser 
dans la Meuse, il y a 5o ans, jusqu'à aoo m. au-dessus du thalw 
En dehors des galets de quartz, de quartzite et de grès silici 
qui sont de beaucoup les ])lus nombreux, on a trouvé quelqi 
rares galets granitiques et même des sables granitiques (Meu 
forêt de Haye) ^. 

Ces traînées de galets ne se rattachent à aucun niveau, et e' 
seulement par analogie, et en se basant sur les observatii 
faites dans la basse Moselle, que Ton peut, ainsi qu on le ve 
plus loin, déterminer leur véritable signification. 

B. — La Moselle en aval de Hetx 

Bien que je n'aie pas eu Toccasion de parcourir la vallée d< 
Moselle en aval de Metz, il m*a paru utile et même nécessaire 
dire quelques mots des études faites par les géologues allemai 
dans la basse Moselle et d*en comparer les résultats à cf 
obtenus dans la haute vallée. 

Ces études qui ne portent, à ma connaissance du moins, que i 
la partie comprise entre Metz et Schweicli (en aval de Trêves), su 
de valeur très inégale. Les plus anciennes datent d*une époque 

I. Je dois ces renseignements à Tobligcance de M. le capitaine Bois. 
3. L'autre point culminant de la forêt est au Camp Romain, à 4^ 
d*altitude, près de Ludres. 

3. Blbicher. Guide du géologue en Lorraine, p. 197. — BulL Soc, bi 
géolog., Xlll. 1899, p. 9a, 93, i(x5. Voir aussi ma note de 1897, page 394. 

4. HrssoN. Origine de Vespèce humaine dans les environs de Tout,, x) 
— La côte 3^6 est à 180 m. au-dessus de la Moselle prolongée vers Pag 

5. BuYiGNiiiR. StatisL géolog. de la Meuse, i85a. — Blbichbr, op. cit. 



igol DR l'iSSER, de la MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 33l 

les questions concernant les terrasses n'avaient pas encore éveillé 
l'attention ; le plus souvent, les observations de cette époque sont 
trop peu précises pour qu'il soit possible d'en tirer parti. Tel est le 
cas dés feuilles et notices de la Geologische specialkarte Qon 
PreuBsen und der Thùringischen staaten ij 26.000 — 1880 *, 
de la Geolog, ùbersichtskarte des Westlichen Deutsch-Lothringen 
1 180,000 — 1886 et môme de la feuille et notice de Sierck de 
la carte géologique d'Alsace-Lorraine à l'échelle de i/aS.ooo éditée 
en 1889. 

Les seuls travaux réellement utilisables sont ceux que Grèbe a 
publiés à partir de i885 et notamment les notices et cartes de 
Trêves, Welschbillig, Schweich et Pfalzel 2. 

L'auteur y a signalé l'existence de six niveaux de terrasses ou 
de cailloutis qui sont les suivants : 

6* niveau i5 à 20 m. 

5' — 3o m. environ. 

4* — 40 à 5o m. 

3* — 100 m. 

a' — i3o à i5o m. 

I" — aoo m. environ. 

D'après les cartes, des limons argileux semblent particulière- 
ment développés sur les 12% 3* et 4* niveaux ^, 

Il est impossible de ne pas être frappé de Textraordinaire con- 
cordance qui existe entre cette série et celle de la haute Moselle, 
da moins entre i5 et 100 m. Nous retrouvons dans cet intervalle 
le même nombre de niveaux à des altitudes presque identiques. 
Il n'y a discordance que pour le 4* niveau dont les limites dans la 
basse Moselle sont comprises entre ^o et 5o m., tandis qu'elles 
varient entre 5o et 60 ni. dans la haute Moselle. Mais il suflit de 
faire le relevé sur les cartes précitées de tous les lambeaux 
rapportés par l'auteur à ce niveau pour constater que, dans la 
réalité, leurs altitudes sont pour la plupart comprises entre 45 et 
56 m. On ne doit pas perdre de vue, d'ailleurs, que ces lambeaux 

1. Feuilies de Perl, Beuren, et Wincheringen. 

2. Erlaûterungen zur geolog. Specialkarte von Preussen. . . . 1/2,5.000. 
Blâtt. Trier, Weischbillig, Schweich und Pfalzel 1892. — La fenille Schôn- 

berg publiée en 1898 ne renferme qu'un tout petit lambeau du cours de la 
Moselle et n'apporte aucune donnée nouvelle. 

3. Je crois devoir faire quelques réserves sur la valeur des niveaux de 3o 
et de 200 m. qui ne me paraissent pas concorder tout à fait avec les indica- 
tions fournies par l'examen des tracés, et qui, en tous cas, ne sont repré- 
sentés que par un trop petit nombre de lambeaux pour que leur existence 
puisse être considérée comme certaine dans les limites des feuilles publiées. 



332 DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Joio 

sont situés dans une vallée très étroite, qu'ils ont été ponrla plu- 
part très dénudés et qu*en outre ils sont couverts de limons : la 
détermination précise de la limite supérieure des cailloutis est 
donc le plus souvent très difficile, sinon impossible. 

En ce qui concerne l'absence dans la haute Moselle des i^^^ et a^ 
niveaux (aoo m. et i3o-i5o m.) nous verrons dans le chapitre V que 
l'extension vers l'amont des nappes alluviales régulières formées 
sous l'influence des variations du niveau de base, dépend de l'exten- 
sion dans cette direction du profil d'équilibre. Si, à l'époque où les 
nappes correspondant aux deux premiers niveaux se formaient 
à Trêves, le profil d'équilibre ne remontait pas en amont de cette 
ville, les alluvions que la Moselle déposait au même moment 
dans la région de Toul ne pouvaient avoir aucun lien avec elles ; 
les débris de ces alluvions que nous rencontrons à Toul jusqu'à 
aoo m. au-dessus du thalweg, représenteraient simplement, dans 
ce cas, le travail de régularisation du cours de la rivière. 

Mais il me paraît très vraisemblable qu'il n'en a pas été tout 
à fait ainsi, et que déjà à l'époque du niveau de aoo m. la Moselle 
devait avoir à peu près conquis son profil d'équilibre jusqu'au pied 
des Vosges, c'est-à-dire jusqu'au voisinage d'Eloyes. 

En effet, on remarquera tout d'abord que le parallélisme des 
terrasses des divers niveaux enti*e 20 m. et 100 m. jusqu'en amont 
d'Epinal, prouve qu'à l'époque du niveau de loo m., la zone 
du profil d'équilibre s'étendait au moins jusqu'à Arches, et que 
les pentes de ce profil y étaient déjà réduites au minimum compa- 
tible avec les conditions topographiques et hydrographiques, 
puisqu'elles n'ont subi que des changements peu considérables 
depuis cette époque sur une étendue de plus de 5oo kil. à partir 
du niveau de base. Cette précocité de l'évolution de la Moselle ne 
surprendra pas, si l'on réfiéchit qu'elle est simplement la consé- 
quence de la très faible inclinaison du bassin, à partir des Vosges : 
la pente générale, en effet, atteint à peine 0,0008, et est par suite infé- 
rieure de plus de moitié à la pente actuelle de la rivière à Charmes. 

Mais, s'il en était déjà ainsi à l'époque du niveau de 100 m., il 
est bien difficile de ne pas admettre que le profil d'équilibre était 
également réalisé antérieurement quoique peut-être avec des pentes 
un peu plus fortes. Le contraire serait d'autant plus surprenant que, 
pour conquérir son profil d'équilibre jusqu'à Trêves, à l'époque des 
deux niveaux les plus anciens, la Moselle a dû creuser son lit dans 
les roches très dures du Dévonien, tandis qu'au même moment, en 
amont de Sierck, elle n'avait qu'à affouiller et à dénuder les 
couches en général peu consistantes du Trias et du Lias. 



DB LAISSER, DE LA MOSELLE» DU RHIN ET DU RHÔNE 333 

X^'^li.ypothèse de Textensioii des deux plus anciens niveaux jus- 

^'^^«itxx environs d^Epinal, et peut-être même plus en amont jus- 

ï^^^^.11 pied des Vosges, se présente donc comme très vraisemblable, 

^^ on peut en conclure que les cailloutis de Toul et du plateau de 

**-^ye représentent les débris de ces deux anciennes nappes. Leur 

*^^tiruction plus ou moins complète dans la haute Moselle, leur 

^^^^^servation dans la basse, seraient en connexion avec la nature 

terrains traversés par la rivière et ses affluents. 



— En résumé, on trouve dans la Moselle, en dehors 
Tosges, six niveaux de cailloutis qui sont les suivants : 

i" niveau 200 m. environ (basse Moselle). 

a* — i3o à i5o m. id. 

3* — 100 m. (haute et basse Moselle). 

4* — 4^ à ^ n^* (basse Moselle), 5o à 60 m. (haute Moselle). 

5* — 3o m. (haute et basse Moselle). 

6' ~ i5-ao m. (basse Moselle), au m. (haute Moselle). 

altitude relative du 4^ niveau dans la haute Moselle, parait 
un peu plus forte que dans la basse Moselle, 
s 4*> 5* ®t ^ niveaux sont plus ou moins emboîtés ; les cail- 
s des a», 3« et 4* sont fréquemment recouverts par des limons 
eux (lehm) ; il n'y a pas de vrai lœss *. 
E^ans l'intérieur du massif vosgien, il n'y a pas de traces nettes 
terrasses régulières, et il est actuellement impossible de ratta- 
les lambeaux de cailloutis qu'on y observe aux niveaux 
-vosgiens. 

Je montrerai dans le chapitre IV que la comparaison de ces 

mées avec celles fournies par Tétude des autres bassins, con- 

^^it à admettre, à partir du niveau le plus élevé, une série de 

les d'érosion, séparées par des périodes de remblai, le plus 

m remblai datant du Pliocène supérieur. 

début, la haute Moselle et ses aflluents ont coulé, en dehors 

Yosges, et à fortiori dans V intérieur du massif, à un niveau 

^^ îioo m. au moins plus élevé qu'aujourd'hui. En même temps, 

*^s cours d'eau ont subi de grands déplacements horizontaux, 

^^mme le prouve ce fait que la haute Moselle actuelle n'est bordée 

***^ Une partie de son cours que par des hauteurs à peine supérieu- 

^^® ^ loo m. couvertes de cailloutis de ce niveau. 

C'est pendant cette première période que se sont produits les 
^uangements de cours les plus importants, les uns dans l'intérieur 

^- Lbpsitjs. Geolog. von Deutschland, I, p. aaS. 



334 ^^ LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Joill 

des Vosges (passage de la Moselle par la dépression d'Bcromagny, 
puis par Bellefontaine) S les autres en dehors de Tlle vosgienne. 

Je ne dirai rien des premiers dont Tâge reste très problémati- 
que pour les raisons indiquées plus haut. Parmi les derniers, je 
citerai le passage des eaux vosgiennes par Dounoux à l'époque 
probablement du niveau de loo m., et à la même époque leur 
passage par le col de Foug. L'écoulement vers la Meuse a même 
dû commencer beaucoup plus tôt, peut-être déjà à Tépoque du 
niveau de 200 m. ; en tous cas, il a cessé avant la formation de 
la nappe de 5o-6o m. dont les matériaux ont été incontestable- 
ment charriés par la Moselle. 

On conçoit que pendant ces divagations du cours d*eau, de 
vastes ablations horizontales aient eu lieu dans Vintérieur du 
bassin, facilitées par la faible résistance des roches du plateau 
lorrain. Ce sont ces érosions qui ont fait disparaître sur le plateau 
de Haye les assises jurassiques depuis le Bajocien jusqu'au Rau- 
racien, et y ont apporté les galets vosgiens que Ton y rencontre '. 
Leur transport s'explique naturellement par l'approfondissement 
progressif du lit, et il n'est nullement nécessaire de recourir 
à l'hypothèse d'un plan incliné partant du sommet des Vosges. 

Cest probablement à l'époque du niveau de 3o m. que s'est 
formé, à la suite de mouvements orogéniques et dans des condi- 
tions encore très obscures, le grand lac qui a occupé la vallée de 
la haute Moselle, en amont d'Eloyes ^. Cette période lacustre a 
du être relativement courte puisque déjà à l'époque de la nappe 
de ao m. la Moselle avait coupé le comblement du bassin entre 
Remiremont et Noir-Gueux, et que ses alluvions traversant la digue 
contribuaient à l'édification de cette nappe. 

Comme dernière conclusion j'ajouterai que les faits observés 
conduisent à abandonner définitivement le diluvium à galets 
quartzeux de Hogard ^. Les éléments granitiques paraissent avoir 
existé dans toute la série des terrasses de la Moselle et lorsqu'ils 
font localement défaut, on est en droit d'attribuer leur absence 
soit à l'altération des granités, soit à l'insuffisance des coupes. 

i. de Lamothb. Op. cit., 1897, p. 437 et planche. 

3. Voir à ce sujet Blbigiibr. Guide du géologue en Lorraine y p. 87 et seq. 
— Bull, de la Soc, belge de géologie, XIII, 1899, p. i8a et seq. 

3. de Lamothb. Op. oit , 1897, p. 398-412 et carte. 

4. de Lamothb. Op. cit., 1897, p. 39a-398 et 417. 



igot DE LAISSER, DE LX MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 335 

II. — Vallée du Rhin près de Bâie 

Dans la vallée du Rhin, les seuls travaux utilisables actuellement y 
en raison de leur précision, sont, à ma connaissance du moins, 
ceux que les géologues suisses ont consacrés aux régions en amont 
de Bâle. Toutefois, il y a lieu de remarquer qu'en amont de Rhein- 
felden le Rhin n'a pas réalisé ou retrouvé son profil d'équilibre et 
qu^en outre la présence des glaciers et des limons rend, en général, 
très difficile la détermination rigoureuse des niveaux. D'autre 
part, en aval de Bàle, la plupart des terrasses plongent d'une façon 
anormale vers la plaine d'Alsace, et ne tardent pas à disparaître, 
ce qui semble indiquer que la plaine du Rhin a éprouvé des mouve- 
ments propres et a été le théâtre de phénomènes qui ont inter- 
rompu la continuité des terrasses et modifié leurs relations. 

Dans ces conditions on est amené à limiter les recherches aux 
environs immédiats de Bâle, où heureusement les terrasses et 
niveaux de cailloutis sont remarquablement développés et for- 
ment une série qui parait complète. 

Du Pasquier * , dans les mémoires où il a étudié les formations 
fluvio-glaciaires du nord de la Suisse, n'avait signalé que trois 
niveaux qu'il considérait comme étant en connexion chacun avec 
une glaciation : une basse terrasse de 28 m. à Bâle, de 35 m. vers 
Turgi, en relation avec les moraines de la dernière extension 
(moraines internes) ; une haute terrasse de 90-100 m. en relation 
avec les moraines du maximum d'extension (moraines externes) ; 
enfin, un niveau à éléments fréquemment altérés (lœcherige 
nagelfluh, Deckenschotter) de 180-aoo m., représentant les pro- 
duits d'une glaciation plus ancienne. 

M. Gutzwiller - qui s'est plus particulièrement occupé des envi- 
rons de Bâle, y a reconnu cinq niveaux qu'il a étudiés et définis 
dans un travail remarquable par sa clarté et sa précision et qui 
devrait servir de modèle aux géologues trop nombreux qui n'étu- 
dient les terrains de transport qu'au point de vue des formes 
extérieures et sans tenir aucun compte de leur composition. 

Je vais exposer rapidement les conclusions auxquelles conduit 
l'examen des travaux de ces deux géologues, et je chercherai à 
déterminer d'une façon plus précise encore, s'il est possible, le 

I. du Pasquier. Die JluviogLacialen abUig'erungen der Nord Scluveiz^ ^^91. 
— 1d. Les alluvions glaciaires de la Suisse {Archives des se. phys. et nat. 
de Genève, 1891). 

a. Gutzwiller. Die diluvialàiidungen der Urngebung von Basel, 1896 — 
Consulter aussi : du Pasquier, Pengk et BrCckmbr. Le système glaciaire des 
Alpes f 1894. 



336 DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 JuL 

nombre et les altitudes relatives des différents niveaux de cailloui 
des environs de Bftle. 

A. — Basse terrasse, 

A Bàle, d*après le tableau de du Pasquier S la basse terrasi 
de la rive gauche est ù a8 m. au-dessus du Rhin ; mais, en réalit» 
ce nombre doit être porté à 3i m., le niveau moyen du Rhinéta 
de a49 ^^ ^^^ ^^ ^^^ ^^* '• Cette altitude relative semble se maint 







nir à peu près constante jusqu'à Koblenz, c'est-à-dire que pcnda~ 
6!2 kil., la terrasse reste sensiblement parallèle au Rhin (3i m. 
Sâckingen, 3o m. à Koblenz). 

M. Gutzwiller a, il est vrai, indiqué pour la terrasse de B^k^ -Je 
un nombre plus fort, 36 m. au lieu de 3i m. La différence pi 
vient de ce qu'il n'a pas cherché à éliminer l'influence des côn^ 
de déjection de la Birse et de la Birsig, dont du Pasquier a te^crr^BQ 
compte ^, Le nombre donné par du Pasquier, rectifié comme il 

vient d'être dit, doit donc être préféré à celui de M. Gutzwillc t» 

du moins pour une étude comparative. 

En amont de Bs\le, la basse terrasse est formée, par places, 
deux gradins ; il y a un niveau bien cai'actérisé de i5 à ao m — 
Rheinfelden et à Schweizerhalle au nord-est de Muttenz ^. 

En aval de B;\lc, les divers gradins de la basse terrasse s'ab^»-^^ 
sent rapidement et disparaissent successivement; il n'y enu & 
plus de traces à Breisach. 

B. — Haute terrasse. 

D'après M. Gutzwiller ^ les collines au sud et au sud-ouest 
BiMe sont couvertes de puissantes nappes de cailloutis qui form 
au-dessus de la basse terrasse quatre gradins distincts. Les d< 
plus élevés devant être considérés comme du Deckenschotter^ 
ne nroccuperai dans ce paragraphe que des deux autres. 

a. Gradin supérieur. — Le plus élevé de ces deux gradins c^ ^^^ 
respond à la haute terrasse de du Pasquier. Il n'existe pas ^^ 
aval de Bàle ; mais près de cette ville on l'observe au Bruderb^^^^ 
et au Rfitihard où il s'élève à 35o m. (99-101 m. au-dessus du RhS ^^^^' 
En amont l'extension de ce gradin a été déterminée par du PasqiB^ 
qui Ta signalé en particulier à Pratteln (98 m.), à Gibenach, en. 
Wallbach et Môhlin, entre Koblenz et Rietheim (93 m.), à Zweidl^*^* 
dans le Klettgau et dans le Rafz ^. 

I. du Pasquier. Die fluvioglac, p. 12. 

2. (fUTZWILLEH. Op. cit.. p. 58. 

3. du Pasquikr. Op. cit., p. 14. 

4. Observation personnelle. 

5. GrxzwiLLER. Op. ci t. y p. 558 et seq., p. 675. 

6. du Pasquier. Die Jhiviogl., p. 35-45-46. Les ail. glac., p. 58. 




DE l'iSSER, de la MOSELLE, DU RHIN ET DU RUÔNE 33^ 

■adin inférieur. — Le gradin iRférieur se montre sur la 
iche du Rhin près de B&le au pied de la pente nord du 
lolz, à Gundeldingen et à St. Margarethen ; on te sait 
Ulschwyl ; un peu au nord il s*abaisHe rapidement et 
t sous la basse terrasse en aval de Sierenz <. 
i rive droite, on le i-etrouve à Wyhlen - et à Ôtlingen ; il 
lire défaut plus au nord. 

lont de Bdle, on n'a pas encore signalé son existence, à ma 
Mnce du moins; je ne serais pas surprisqu'une i^tude de détail 
upes favorables permissent un jour d'en retrouver les traces. 
fort remarquable que l'altitude relative des dilTérents 
IX de ce gradin soit sensiblement la même, bien qu'ils 
iparés par la lai^e vallée du Rbin et par des distances qui, . 
ve droite, s'élèvent à 9 kil. En elTet l'altitude absolue est 
a. à Wyhlen, de 3o4 à AUschwyl, de 3oo m à Ôtlingen. A 
jarethen, les cailloutis de ce niveau ne m'ont pas paru 
r 3og m-, nombre qui est même probablement un peu fort. 
(ulte que, si l'on prend les altitudes par rapport au Kliin, 
'e qu'elles sont toutes comprises entre 56 et 60 m. •*. 
Ltzwiller considère ce gradin et le précédent comme appar- 
308 deux à la haute terrasse, bien qu'actuellement le pied 
in de 100 m. soit séparé de la surlace supérieure du gradin 
. par des affleurements tertiaires. 
ckenachotter. 

ecbenschotter des environs de BAle appartient, d'après 
:willer, & deux niveaux : 

ns récent (jûngcrer Deckenschotter) comprend les cail- 
î Rbeinfelden, Mônchenstein, Wenzweiler, Sclionenbuch '. 
bs les données de l'auteur et celles de du Pasquicr, on 
nettre que l'altitude relative de la partie supérieure de ces 
IX est comprise entre i3o et iTio m. ". 

:wiu.KR. Op. ri(., p. .»S. 
:wiuxfi. Op. cit., p. .)l>»^i. 

I vis-à-via Wyhlen a54, à Uâle af^, à AUschwyl, en le supposiint 
dana cette direction : a',7 m., ris à vîb d'Otlingcn sj-î m.; ullitudes 
corrvBpondojites : ^7, 60, .17, 54> 

deux gradins les plus élevés dont il a été fait mention précéduni- 
■opos de la haute terrasse appartiennent h ce niveau. 
'.wiLUiR, Op. i-d , \i. ftM; ft ."ml, -- du Pasquif.ii, diejliii'io/flne , p ;}. 
afelden les cailloutis du Biiotie s'élèvent à !ii)H m.; un sud de Kânzeli 
Be^). j'ai constate lu prêsi'iice de trè» nombreux petits galets 
t de ce niveau jum|U'ù lu ente {07 (entre les votes '(ii3 et .'iiN); au- 
n'y a plus que ilu lehni. L'altitude relative des euilloutis <le Etliein- 
rail par suite comprise enti'e l'ih et i4t, le Khiii étant il :i6!). 
Jieiistein les cailloutis s'élèvent à environ 4no d'après M. GulzwiUer; 

libre ipot. — T. I". Bull. Soc. Géol, Fr. — aa 



338 DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

Le plus ancien (oberelsâssischer Deckensehotter) comprendrait 
les cailloutis les plus élevés du Sundgau, notamment ceux d'Ober- 
hagenthal (ait. 5so m. soit a^o la. au-dessus du Rhin prolongé). 

M. Gutzwiller considère ces derniers comme contemporains 
des cailloutis de Test de la Suisse et comme un produit fluvio- 
glaciaire de glaciers qui occupaient Touest de la Suisse et s'avan- 
çaient jusqu'au voisinage de Bâle. Les cailloutis de Rheinfelden 
sont le produit d'une glaciation plus récente, antérieure toutefois 
à celle de la haute terrasse. 

Si j'ai bien compris les idées de M. Gutzwiller, il semble que la 
succession des phénomènes qui se sont accomplis dans la vallée 
du Rhin près de Bâle, à partir de la formation du plus ancien 
Deckensehotter ait été, dans ses grandes lignes, la suivante : 

Pendant une première glaciation, les glaciers de l'ouest de la 

Suisse ont accumulé les cailloutis les plus élevés du Sundgau ; 

le Rhin s'écoulait alors vers le bassin de la Saône et, comme nous 

. le verrons plus loin, son altitude devait être de aoo-si3o m. environ 

plus élevée qu'aujourd'hui ^ 

La retraite des glaciers a déterminé un creusement général qui 
a dû atteindre une centaine de mètres ; en môme temps, un 
affaissement de la région entre la Forét-Noire et les Vosges obli- 
geait le Rhin à abandonner la direction du sud-ouest et à se 
diriger vers le nord. 

Une nouvelle glaciation a amené la formation du 2« niveau du 
Deckensehotter ; elle a été suivie de la retraite des glaces et d'un 
creusement qui a amené les vallées à une profondeur très voisine 
de celle qu'elles ont actuellement. 

Puis ont eu lieu successivement la grande glaciation de la haute 
terrasse (3> glaciation) qui a déterminé un remblai de loo m., la 
retraite des glaces et le creusement des vallées jusqu'au niveau 
actuel, une nouvelle invasion des glaciers (4® glaciation) avec rem- 
blai de 3o m. (basse terrasse), enfin leur retraite définitive. 

On voit que, contrairement à ce qui s'est passé dans Tisser, il 
y aurait eu après les cailloutis de i3o-i5o m. creusement presque 

Je les ai suivis dans les vignes près de Grut jusqu'à 393. L'altitude relative 
est donc de 139-146 m. par rapport au Rhin coté 2154. 

I. Je crois devoir faire ici quelques réserves sur cette théorie en ce qui 
concerne la vallée du Doubs. J'ai pu récemment constater l'identité des caillou- 
tis des forêts de Chaux et d'Arne, y compris ceuic d'Azans, avec ceux du Sund- 
gau : j'ai notamment retrouvé sur ces divers points les silex à Radiolaires et 
les quartzites gris verdàtres caractéristiques des dépôts du Sundgau; l'origine 
rhénane de ces cailloutis n^est donc pas douteuse. Mais je crois leur âge beau- 
coup plus récent et les circonstances de leur formation un peu différentes. 
Je traiterai cette question dans une note spéciale. 



igOI DE LAISSER, DB LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE ^Aq 

total de la vallée, remblai de loo m., déblai, formatioii du remblai 
de 3o m. et enfin établissement dn régime actuel ; la basse terrasse 
se trouverait par suite presque complètement emboîtée dans la 
haute» totalement même d'après du Pasquier, tandis que dans 
risser elle n*est emboîtée que dans la moyenne terrasse. 

Je démontrerai dans le chapitre lY qu'il est impossible d'admet- 
tre dans son intégrité cette succession de phénomènes, et que 
notamment le creusement après le niveau de i3o-i5o m. n'est pas 
descendu au-dessous de 60 m., quil y a une moyenne terrasse 
indépendante de la haute et enfin que la basse terrasse n'est 
emboîtée que dans la moyenne. 

En résumé, les terrasses et niveaux de cailloutis des enoirons 
immédiats de Bâle forment une série très nette qui est la suivante : 

Traces d^une terrasse de i5 à 20 m. (emboîtée dans celle de 3i m.). 
Terrasse de 3i m. (basse terrasse). 

Terrasse de 56 à 60 m. (gradin inférienr de la haute terrasse de 
« M. Gntzwiller). 

Terrasse de 99 à loi m. (hante terrasse). 
Terrasse et cailloutis de i3o à i5o m. 

Enfin, au-dessus de ce dernier niveau, on trouve dans le Sundgau 
des débris d'anciennes alluvions dont l'altitude actuelle au-dessus 
du Rhin s'élève à environ 270 m. Mais cette altitude est certai- 
nement supérieure au creusement réellement effectué depuis 
cette époque. Pour s'en rendre compte, il suflit de remarquer que 
leurs divers lambeaux semblent avoir fait partie d'une nappe ou 
plutôt d'un cône de déjection qui s'abaisse rapidement vers le nord 
et le N.-O. (490 m. à Betllach, 460 à Volkensberg) *. La compa- 
raison des pentes Irchel-Oberhagenthal d'une part, Rheinsberg- 
Mônchenstein-Schônenbuch d'autre part, conduirait à une con- 
clusion analogue. On peut donc, je crois, considérer comme assez 
probable que le niveau du Rhin contemporain de la formation de 
ces cailloutis ne devait pas s'élever à beaucoup plus de aoo-a3o m. 
au-dessus du niveau actuel. 

III. — Vallée da Rhône près de Valence 

M. Depéret qui a fait pour le Service de la carte géologique 
détaillée (feuille de Valence) une étude minutieuse et approfondie 
des anciennes terrasses du Rhône et de l'Isère ^ les a classées 
ainsi qu'il suit, en commençant par les plus récentes : 

I. GuTzwiLLBR. Op. cit., p. Ô78 ct 58o. 

a. Voir aussi Bnllelin des services de la carte, tome VIU, p. ii5 et tome VI, 
p. 8a. 



34o DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Jliin 

6. Basse terrasse, dite de Valence. i5 àaom. 
5 . Moyenne terrasse, dite de Romans. 4o à 

5o m. au dessus de Tlsère et du Rhône. 
Fleistocàxb. . s 4. Hante terrasse, dite du Séminaire de 

Valence, de ao à 3o m. plus élevée que 

les précédentes. 

3. Niveau de caiUoutis de 90 m. 
Pliocknb. . . ( a. Id. i3o à i5o m. 

I. Id. 2)00 et au-delà. 

L'examen sur le terrain de ces divers niveaux, m'a conduit à 
apporter à cette série quelques modifications de détail que je 
vais indiquer bi*ièvement. 

i*" La basse terrasse de Valence est à ai m. au-dessus du Rhône K 
Ce relief ne varie pas sensiblement entre Valence et Tain ; car 
le plateau de St-Georges présente à peu près la même altitude 
relative. La pente de la basse terrasse est donc, dans cette région, 
très voisine de celle du Rhône qui est de 0,00067. 

La terrasse de Romans est à 168 m. d'altitude absolue, soit 
Sa m. au-dessus de l'Isère - ; sa surface se relève rapidement vers 
le nord par suite de la présence d une série de cônes de déjection 
formés par les torrents de la rive droite. Si Ton suit la terrasse sur 
la rive gauche, où les torrents n'ont joué qu'un rôle négligeable 
on voit son altitude relative diminuer progressivement ; elle n'çst 
plus que de s5 m. à Pont de l'Isère ^, ce qui con*espond à une 
pente de o,oo!2i. Un peu au sud du château d'Armoillet, la ter- 
rasse cesse brusquement à la cote i3o environ ; toute sa partie 
aval a été emportée par la dénudation ; il est évident qu'en raison 
de sa pente, elle devait à peu de distance atteindre le niveau 
de la terrasse de Valence. On remarquera, en outre, qu'à hauteur 
d'Armoillet, la terrasse est dominée vers l'est par un plateau qui 
fait partie de la nappe d'Alixan dont je parlerai dans un moment : 
la terrasse de Romans occupe donc ici la même position que celle 
de Valence par rapport à la terrasse du Séminaire. Sur la rive 
droite la terrasse de Romans se termine brusquement au-dessus 
du Rhône par une falaise de i5 m. que l'on peut suivre depuis 
Tain jusqu'à Pont de l'Isère. 

I. Repère de la statue de Championnet laS m. 378. Rhône à l'étiage 109 m. 63. 
Repère de la cathédrale, i3(>,83. — Repère de la gare, la^t'O- — Repère du 
polygone, ia6,i7. On ne doit pas perdre de vue qu'une partie du tertre de la 
vieille \ille doit sa surélévation d'ailleurs très faible à faction de Thonime. 

a. C'est la cote du plateau à l'est de la gare. Repère de la gare 167 m. 5o. 
L'Isère est à i36 m. sous le pont de Romans. 

3. Cote du confluent de lîsère : io6,5. Pente entre le confluent et Romans, 
o,oui3. * 



igOT DE l/lSSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 3^1 

Ces faits et Texamen du terrain ne laissent aucun doute sur 
Fidentité de formation et d*ftge des deux terrasses de Valence et 
de Romans : elles représentent toutes deux les débris d'une nappe 
dluviale qui a remblayé au même moment le fond de l'Isère et du 
Rhône. Lorsque la période de creusement est arrivée, le Rhône dont 
le profil d*équilibre était à peu près atteint s'est abaissé de quan- 
tités égales entre Tain et Valence, tandis que l'Isère s'est encaissée 
le quantités croissantes de l'aval vers Tamont. La formation de la 
falaise de Tain-Pont de l'Isère est un phénomène normal « qui se 
produit toutes les fois que le cours d'eau principal vient creuser, 
en se déplaçant, les cônes de déjection de ses affluents (fig. 17). 

a* Au-dessus de la terrasse de Valence (fig. 9) on trouve la ter- 
rasse du Séminaire dont le bord est à 4^-4^ ni- au-dessus du 

'f^ FUttean 

Semumire p,^^^^ d'jilLran ''''^""'^ijornans 

#,, r .^# '*J^ »*«* 

^^^ jùteim Ut de llsère ^^o^* dfFomMnà ^ 




du loum. 

Pis?' 9» — Coupe entre Valence et Romans. 
Echelle approximative des longueurs : i millim. pour 173 mètres. 

, Terrasse de Valence ; B, Terrasse du Séminaire ; C, Terrasse des 
Bayanins : D, Terrasse de Romans : m, Mollasse marine. 

:^Ane *. C'est l'extrémité d'un ancien lit de l'Isère qui forme la 
cûne d'Alixan en remontant vers le nord avec ime pente de 
3030. Il se termine au-dessus de l'Isère, près de Romans, par 
i^^ falaise qui, aux Bayanins, domine cette rivière de 53 m. La 
terrasse des Bayanins est l'équivalent dans l'Isère de la tentasse 
i^ Séminaire. 

3— Sur le massif moUassique qui s'étend entre Chateauneuf 

ire et Saint-Marcel, on trouve deux autres nappes : la i"^*, 

de la carte) remarquablement conservée, forme le vaste pla- 

de Foullouse, à 194 d'altitude, soit 88 m. au-dessus du Rhône ; 

îi« (pib)^ très morcelée, atteint au Télégraphe la cote 347' ^o^t 

^ m. au-dessus du Rhône. 

^•* Enfin, j'ai constaté l'existence à Glun et au pied du plateau qui 
^t«nd entre les Aiguilles et les Robins (rive gauche de l'Isère) 
* 'iiic terrasse basse de 7 à 8 m. 

1. Repère du Séminaire sur la route de Chabeuil, 146 m. 717. La nappe de 
tiïlloQiis s*élève à a m. plus haut. 



34^ DE LAMOTHK. — SYSTÈMES DE TERRASSEE DES VALLÉES 3 Juin 

En résumé les environs immédiats de Valence offrent nne suc- 
cession de terrasses d*une remarquable netteté, comparables à ce 
point de vue à la série de Bàle ou à celle de Tisser, et dont les 
altitudes par suite de circonstances particulières peuvent être 
déterminées avec une rigoureuse exactitude. La série de ces ter- 
rasses est donnée par le tableau ci-dessous : j'ai placé en regard 
celle de la carte, pour montrer que le désaccord ne porte en réalité 
que sur l'individualité des terrasses de Romans et de Valence. 



SÉRIE DONNÉS 

par la Carte géol. détaillée 

pour rensemble 

de la feaiUe de Valence 



Basse terrasse ou terrasse 
de Valence i5-a5 m. 

Moyenne terrasse ou ter- 
rasse de Romans^ de 
40 à 5o m. au-dessus du 
Rhône et de Tlsère. 



Haute terrasse ou ter- 
rasse du Séminaire de 
ao ou 3o m. plus élevée 
que les précédentes. 



Niveau de cailloutis de 
90 m. 



Niveau de cailloutis de 
i3o-i5o. 

Niveau de cailloutis de 
aoo m. et au-delà. 



SÉRIB RÉSULTANT 

des considérations 

qui précèdent dans les 

environs immédiats 

de Valence 



Terrasse de 7 à 8m. àGlun, 
au pied des Robins. 



Basse terrasse de Valence 
de 91 m. . au-dessus du 
Rhône , ayant pour 
équivalent dans T Isère 
la terrasse de Romans 
(3a m. au-dessus de 
l'Isère à Romans). 

Terrasse du Séminaire de 
Valence (45-46 m. au 
dessus du Rhône), ayant 
pour équivalent à Ro- 
mans, la terrasse des> 
Bayanins (53 m. au-des- 
sus de risère). 

Cailloutis du plateau de 
FouUouse à 88 m. 



l( 



Niveau de cailloutis de 
i38 m. 



Obskrvations 



Les deux terrasses 
basses sont em- 
boîtées. 



On verra dans le 
Chap. IV que 
cette terrasse est 
en réalité une 
moyenne ter- 
rasse. 

Ce niveau corres- 
pond comme on 
le verra à la 
h** terrasse du 
Rhin et de Tisser. 



Ce niveau n'est 
pas représenté 
dans les envi- 
rons immédiats 
de Valence. 




igoi 



DE l'iSSER, de la MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 



343 



Chapitre IY . — Comparaison des résultats et conclusions 

En relevant par vallée et en disposant dans des colonnes paral- 
lèles toutes les terrasses signalées dans les chapitres I et III, 
on obtient le tableau suivant : 





vallAb 


VAIXiK 


09 


VAIXÉB 




N- 


DB 


DB LA 


s - 


DU RUdNB 




des 


L*ISSBR 


MOSBLLB 


Ni 


< 


A VALBNGB 


OBSERYATIONS 


NIVBAUX 


Plages 


Terrasses 


En 

amont 

de Met2 


Pr«s 

de 

Trêves 


Q 


Série 
observée 


Série 
corrigée 
de 10 m. 




niveau 


aoo-9o5 


20O-905 


Traces de 
caillou tis 
jusqu'à 
200 m. 
au dessus 
du thal- 
weg 
actuel. 


2)00 m. 

eoTiroa' 


aao-aSo 

4 


aoo 

et 
au-delà 

• 


aoo 

et 
au-delà 


* En tenant 
compte du dépla- 
cemenljborixon- 
tal du niveau de 
la base (chap. 1). 

'Altitude très 
douteuse, voir 
chapitre III. 


a- 
niveau 

3- 
niveau 


135-145 
98-100 


i3o-i5o 

98-100 


Débris 
d'une 


l3o-l5o 
100 


i3o-i5o 
100 


i38 
88 


i48 

98 


* Limites rec- 
tifiées conformé- 
ment aux indica- 
tions du chapitre 
III; celles de Grè- 
be étaient de 40- 
50. 


4- 
niveau 






nappe de 
100 m. 










* Limites in- 
certaines, plutôt 
un peu faibles. 


55 


00-07 


54-60 


45-56 
3 


56-6o 


45-46 


55-56 




5- 
niveau 


3o 


a8-3o 


3o 


3o 

1 


3i 


21 


3i 




6- 
niveau 


i5-i7 


15-16 


QO 


l5-20 


l5-20 


7-8 


17-18 





L'examen de ce tableau donne lieu à diverses observations 
et conduit à des conclusions que je vais développer. 

i« Le premier fait qui se dégage de Texamen d'ensemble de ce 
tableau, c'est l'existence dans chacune des quatre vallées considé- 
rées, de six niveaux de cailloutis^ compris à très peu près entre les 
mêmes limites d'altitude par rapport au fond des vallées actuelles. 

On remarque en outre qu'il y a partout deux niveaux au-dessus 
de 100 m. et quatre entre o et loo m. 



344 ^^ LAMOTI1K. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 ivil 

Ces analogies sont d*autant plus frappantes que trois des valléet^ '^ 
appartiennent à des bassins indépendants, tributaires soit d( 
r Océan, soit de la Méditerranée, et que Tune d'elles est séparée < 
des autres par la large dépression méditerranéenne. 

a"* Si nous procédons à Texamen de détail, nous voyons que 
dans les trois bassins de Tisser, de la Moselle et du Rhin, il y a 
une concordance presque parfaite des altitudes des cinq niveaux 
les plus récents, surtout si Ton prend comme série type celle des 
plages de Tisser ou celle des terrasses dans laquelle on a effectué 
pour le 3* niveau la correction de 5 m. correspondant au dépla- 
cement horizontal du niveau de base. La concordance est particu- 
lièrement frappante pour les niveaux de loo, 3o et i5-ao m. 

Pour le niveau de 5o-Go m. les altitudes minima de tons les 
lambeaux bien conservés sont comprises en général entre 54 et 
59 m. Elles tendent peut-être dans la haute Moselle à dépasser 
légèrement 60 mètres, ce qui est conforme aux lois que j'exposerai 
dans le chapitre V ; dans la basse Moselle les nombres trouvés 
sont un peu plus faibles : fait qui s*explique naturellement par 
cette circonstance que les cailloutis observés se trouvent sur les 
flancs d'une vallée étroite et profonde où ils ont été très dénudés, 
tandis que dans la haute Moselle, ils couronnent des plateaux 
élevés, où ils ont été protégés contre les dénndations par le 
substratum rocheux (Archettes, Tannières, etc.). 

Le !i« niveau (i3o-i5o m.) est le seul dont Texistence pourrait 
faire naître quelques doutes en raison de Técart de ao m. qui existe 
entre les limites qui le déOnissent. Mais on ne doit pas perdre de 
vue que ce niveau par suite de son ancienneté n'est représenté 
que par des lambeaux très dénudés. Il n'en est donc que plus 
remarquable que malgré cette cause d'erreur, les différents géolo- 
gues qui ont étudié les vallées précitées soient arrivés à renfermer 
tous ces lambeaux dans des limites identiques, et en définitive 
assez resserrées, aussi bien danç Tisser que dans le Rhône, la 
Moselle ou le Rhin. D'après les données recueillies dans Tisser 
l'altitude réelle de ce niveau a dû être très voisine de i4o-i45 m. 

En ce qui concerne le i*'" niveau, les écarts constatés doivent 
nécessairement être encore plus grands que pour le a** niveau, 
soit en raison de sa dénudation plus avancée, soit parce que le 
ppolil d'équilibre n'était pas encore réalisé ou Tétait avec des 
pentes notablement plus fortes qu'aujourd'hui. On remarquera 
néanmoins que dans presque toutes les vallées ce niveau semble 
voisin de 200 m. 



igOI DE l'iSAKR, de la MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 



345 



La seule anomalie sérieuse est celle que présente la série du 
Rhône, et elle peut paraître d* autant plus grave qu*elle porte sur 
tous les niveaux. Mais il est facile de montrer qu*elle est seulement 
apparente. 

£n comparant, en effet, les cinq niveaux les plus récents du 
Rhône avec ceux de la série de Tisser, on voit que Técart des 
nombres qui les définissent est constant et uniformément égal à 
10 m. environ. 

Si donc Ton augmente de 10 m. chacun de ces nombres on 
obtient la série suivante : 17-18 m., 3i m., 55-56 m., 98 m., 148 m., 
qui concorde d'une façon aussi parfaite qu*on peut le souhaiter 
avec celle de Tisser. 

Cet écart constant entre les deux séries est la conséquence de 
Tétat actuel du profil longitudinal du Rhône à Valence, comme le 
montre la figure 10, établie à Taide des documents que le service 
des Ponts et Chaussées a bien voulu me communiquer. 




maS"* Sa.; u^'iS.^'tLg 



Pig. 10. — Profil longitudinal du Rhône entre la mer et Lyon (Etiage). — 
Echelle : des hauteurs i millim. pour 8 mètres ; des longueurs i millim. 
pour 2 kilomètres. 



On voit sur cette figure que le lit du fleuve, malgré la faiblesse 
de ses pentes, présente encore entre Pont-Saint-Esprit et Lyon 
un bombement sensible dont Teflet doit être nécessairement 4® 
diminuer toutes les altitudes relatives des anciennes terrasses. A 
Valence, la valeur de cette diminution peut avec une très grande 
probabilité être évaluée à une dizaine de mètres. 

Si le Rhône régularisait son lit et établissait la continuité des 
pentes entre la mer et le confluent de l'Ain, ce bombement dispa- 
raîtrait, le lit suivrait à peu près le tracé marqué en pointillé et 



346 DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLBBS 3 Juîll 

lès altitudes relatives de toutes les terrasses des environs immé- 
diats de Valence se trouveraient augmentées de lo m. 

Cet état actuel du lit provient-il de ce que }e Rhône n'a pas 
encore atteint son profil d'équilibre, ou bien est-il dû à ce que ce 
profil, après avoir été atteint, a été ultérieurement modifié par les 
cônes de déjection des rivières torrentielles, telles que la Drôme 
et r Isère ? La deuxième hypothèse me parait de beaucoup la plus 
vraisemblable, mais je ne puis actuellement trancher cette ques- 
tion faute de documents. 

En résumé, en effectuant dans la série du Rhône une même 
confection, justifiée par Tétat du profil du fleuve, on la rend 
entièrement comparable aux trois autres, et Ton peut dès lors 
considérer la série des terrasses des quati*e vallées étudiées 
comme rigoureusement concordante. 

3° La répartition des limons offre également des analogies 
remarquables. Dans le Rhin et Tisser, des limons d'un caractère 
particulier, nettement différents des limons actuels, enveloppent 
la zone comorise entre les niveaux de loo et de 3o m. : ils font 
défaut sur ce dernier ; dans la Moselle des limons argileux cou- 
vrent le niveau de 5o-6o m. (haute Moselle) et accidentellement 
celui de loo m. ; ils semblent faire défaut ou être très réduits sur 
le niveau de 3o m. Dans le Rhône, près de Valence, on constate 
également l'absence des limons sur la basse terrasse, et leur 
présence sur le niveau de 90 m. (plateau au sud de Valence). 

4^ On ne peut évidemment attribuer au hasard des coïnci- 
dences aussi remarquables, qui portent à la fois sur le nombre 
des niveaux et sur les altitudes relatives de la plupart d'entre 
eux. Il n*est pas davantage possible d'admettre que les observa- 
tions des divers auteurs ont été plus ou moins influencées par 
celles de leurs devanciers. A l'époque où j'ai rédigé ma note sur 
risser, je n'avais pas encore eu l'occasion d'étudier les travaux 
de Grèbe, ni ceux de du Pasquier, et les divergences réelles ou 
apparentes qui existent entre les résultats obtenus par Grèbe. 
d}i Pasquier et M. Depéret prouvent la complète indépendance 
des recherches de ces géologues. 

On est donc nécessairement amené à conclure quune seule 
et même cause, agissant simultanément et de la même façon 
dans les bassins précités a déterminé la formation des nappes 
alluviales et des terrasses. Cette cause n'a certainement jpas agi 
à raiiionl de la zone occupée par les terrasses, comme du Pas- 



I9OI DB LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 347 

qnier a tenté de le prouver pour la vallée du Rhin. L'absence 
de toute trace d'anciens glaciers dans la vallée de Tisser, leur 
présence très douteuse dans le bassin de la Moselle, en tous cas 
limitée au voisinage des crêtes et aux parties hautes des vallées ^ 
constitueraient déjà des objections sérieuses. Mais, même en 
admettant la réalité de ces anciens glaciers, leur intervention 
dans la formation des terrasses soulèverait de nombreuses difli- 
cnltés. J*examinerai dans le chapitre V celles qui se rapportent 
au mécanisme même de cette intervention, tel que l'ont exposé 
du Pasquier, Penck et Brùckner 2, et je me bornerai ici à faire 
remarquer qu'il est impossible dans cette hypothèse, de concevoir 
comment des glaciers issus de massifs aussi diflerents à tous 
les points de vue (altitude, superficie, nature des roches, etc.) 
que les massifs du Djurdjura, du Dira, des Vosges et des Alpes 
occidentales, auraient pu cependant déterminer dans les vallées 
correspondantes le même nombre d*altcmatives d'érosion et de 
remblai, se traduisant finalement par la formation de terrasses 
étagées situées aux mêmes altitudes relatives, les unes au voisi- 
nage immédiat de l'embouchure, les autres au pied même des 
massifs à plusieurs centaines de kilomètres de cette embouchure ^. 

Ainsi, on ne peut douter que la cause qui a produit les nap- 
pes alluviales et les terrasses a dû nécessairement ag^r à Taval 
de celles-ci, et il est dès lors impossible d'en imaginer une autre 
que Toscillation verticale du niveau de base. Je rappellerai, en 
effet, brièvement, que, dans mon mémoire sur Tisser, j'ai démontré 
que Thypothèse de déplacements exclusivement horizontaux 
était inacceptable en raison de la configuration même de la côte 
et des relations qui existent à Tembouchure de Tisser entre les 
plages et les terrasses •. D'autre part, Thypothèse de mouvements 
verticaux exclusivement négatifs, est inconciliable avec le fait 

1. de Lamothe. Op. cit., 1897, p. 4'i^ et ^33. 

2. Pbnck, du Pasquier et BrCckner. Le Système glaciaire des Alpes, 1^. 

3. Je crois devoir rappeler que dans une note récente (B, S, G. F., (3), 
XXVni, p. ioq4) où il a réfuté très nettement Tar^j^nient du surcreuse- 
ment, invoqué en faveur de la théorie de Térosion glaciaire, M. Kilian a 
appelé Tattention sur Tintérèt qu'il y aurait à rechercher dans quelle nie- 
snre les déplacements du niveau de base ont pu se répercuter dans les val- 
lées alpines, et combiner leurs elTets avec ceux résultant des oscillations 
des glaciers. Pour M. Kilian, il est impossible d'attribuer aux glaciers les 
creaseraents successifs de certaines vallées, et l'intervention d'une cause 
agissant de Taval vers Tamont, lui parait, dans certains cas, s'accorder beau- 
coup mieux avec les faits observés. 

4. de Lamothb. Op, cit ^ 1899, p. 284 et 090. 



348 DK LAMOTHE. — SYSTEMES DK TERRASSES DES VALLÉES 3 Juîn 

que les nappes alluviales présentent à Tembonchure même des 
épaisseurs considérables, car il est impossible de concevoir, 
sans faire intervenir des mouvements positifs, comment le fleuve 
aurait pu d'abord creuser son lit très au-dessous du niveau de la 
mer, et ensuite le remblayer. 

5» On doit par conséquent considérer, sinon comme rigoureu- 
sement démontré, du moins comme extrêmement probable, qne 
la formation des terrasses dans les trois bassins du Rbin, du 
Rhône et de Tisser, est exclusivement due à une succession 
d'oscillations verticales qui ont aflecté simultanément et de la 
même façon les niveaux de base de ces trois bassins. 

Ces oscillations alternativement positives et négatives ont 
déterminé dans chacun des bassins pi^écités des phénomènes 
alternatifs de remblayage et d'érosion, le remblayage corres- 
pondant aux mouvements positifs, l'érosion aux mouvements 
négatifs. 

Si Ton prend comme base les données résultant de Fétude de 
risser, puisque les phénomènes ont été identiques dans tous les 
bassins, on voit que la plus ancienne phase de remblai dont on 
puisse encore observer des traces distinctes correspond à une 
époque où les cours d*eau coulaient à aoo m. au moins au-dessus 
des thalwegs actuels ^ 

D'après l'épaisseur des cailloutis de ce niveau dans la vallée 
du Rhin *, on peut, je crois, admettre proçisoirement que ce rem- 
blai avait été précédé d'un creusement qui avait approfondi les 
vallées jusqu'à une altitude de i5o m. environ par rapport au 
thalweg actuel. 

A partir du remblai de !20o m. jusqu'à l'époque actuelle, le 
creusement des vallées s*est opéré par étapes successives, au 
nombre de six, séparées par des périodes de remblayage. Chaque 
phase d*érosion a amené le thalw^eg à un niveau plus bas que 
celui qu'il avait atteint à la fin de la période d*érosion précédente, 
chaque phase de i^emblai Ta relevé d'une quantité plus faible que 
celle dont il s'était abaissé. 

Ces alternatives d'érosion et de remblayage se sont succédé 

I II n*est nullement impossible qu'il y ait eu des nappes de cailloutis plus 
anciennes, contemporaines de la lin du Pliocène marin ou dti commencement 
du Pliocène supérieur : les galets de Sidi-Féredj et des pentes de Douzaréah 
signalés dans ma note sur Tisser représentent peut-être les débris des plages 
correspondantes. 

2. 5o m. euA-iron à rirchel. — Voir Gutzwillrr. Op. cit. p. 6x3, 



igOI DB LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 349 

comme Findique le diagramme de la fîg. s, diagramme qui a été 
établi pour Tisser, mais qui, pour les raisons exposées, s'appli- 
que entièrement aux autres bassins *. 

Ualtitude du thalweg à la fin de chaque remblayage est donnée 
par les maxima, celle de la fin de chaque période d'érosion est 
donnée par les minima. Les maxima sont pour la plupart exac- 
tement connus ; quelques-uns des minima sont incertains, par 
suite de Tignorance dans laquelle nous sommes de l'épaisseur 
réelle des nappes alluviales correspondantes : le seul minimum 
dont la position soit bien déterminée est celui qui a précédé la 
formation de la haute terrasse ; il est dans Tisser, à environ 63 m. 
au-dessus du thalweg actuel, en tenant compte du déplacement 
horizontal du niveau de base. La i)ortion du tracé correspondant 
aux phénomènes qui se sont accomplis après le niveau de i5-2om. 
a été laissée en pointillé : il est en ellet très difiicile de décider 
si Tétat actuel qui parait caractérisé partout par la stabilité 
absolue du niveau de base correspond à un minimum ou à un 
maximum; en d'autres termes, si nous sommes à la fin d'une 
phase d'érosion ou d'une phase de remblai. Comme je Tai déjà 
dit, cette dernière hypothèse me parait la plus vraisemblable. 

Les mouvements positifs semblent avoir été extrêmement lents, 
ainsi que je Tai démontré pour Tisser -. En ce qui concerne les 
mouvements négatifs, Tisser ne fournit aucune indication précise ; 
mais on peut, je crois, conclure de Vintégrité transversale com- 
plète des nappes alluviales du seuil de Dounoux et d'Alixan, que 
le mouvement négatif qui a suivi leur formation n'a pas été 
instantané, ni même très rapide. S'il en avait été autrement, la 
Moselle et le Rhin auraient eu le temps de se creuser un chenal 
plus ou moins profond dans la direction qu'ils suivaient au 
moment où le mouvement s'est produit. 

L'ensemble de ces faits indique en outre que le temps qui s'est 
écoulé entre la formation des eailloutis de 200 m. et l'époque 
actuelle a dû être extrêmement considérable. 

Enfin, il semble que dans les trois bassins, il n'y a pas eu de 
déplacement horizontal du niveau de base pendant les mouvements 
positifs, en d'autres termes, que les embouchures à la fin de ces 
mouvements, se sont retrouvées à peu près sur la même verticale, 
du moins pour les niveaux compris entre o et 100 m., et peut-être 
aussi pour celui de i3o-i5o ni. Nous verrons en elfet dans le 

I. Voir aussi le tableau synoptique placé à la lin de ce chapitre, 
a. Voir Chapitre I. 



35o DE LAMOTHB. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALL^SS 3 Juill 

chapitre Y que des déplacements horizontaux un peu considé- 
rables auraient nécessairement modifié les intervalles des terrasses 
successives. 

60 La concordance des variations du niveau de base entre des 
bassins dont les embouchures sont aussi éloignées et indépen- 
dantes, ne peut s'expliquer dans Thypothèse de mouvements pro- 
pres de la lithosphère. Je Tai déjà fait ressortir dans mon mémoire 
sur risser, en ce qui concerne la côte algérienne ^ et Timpossi- 
bilité est encore plus évidente dans le cas présent. Il est déjà bien 
difficile, en effet, d'imaginer qu une zone de l'écorce terrestre 
aussi hétérogène que celle qui comprend les bassins du Rhin, du 
Rhône et de Tisser, zone dont les différents compartiments ont, à 
des époques variées, joué d'une façon indépendante, ait pu pen- 
dant le Pliocène supérieur et le Pleistocène, sur une étendue qui 
embrasse i5^ de latitude, éprouver des mouvements synchroniques, 
d'amplitudes rigoureusement concordantes. Cette supposition 
paraîtra encore plus inadmissible, si Ton réfléchit que cette zone 
est séparée en deux parties par la fosse méditerranéenne. 

On est ainsi amené à attribuer exclusivement les variations du 
niveau de base à des oscillations de la masse océanique, c'est-à- 
dire à ces mouvements généraux que M. Suess a qualifiés (Teusta- 
tiques, et, comme conséquence, à admettre que la plus grande 
partie de la surface occupée par les bassins du Rhin, du Rhône, 
de risser et une notable portion du littoral ont fait partie pendant 
le Pliocène supérieur et le Pleistocène d'une zone relativement fixe 
de la lithosphère. Je dis la plus grande partie, parce qu'en réalité 
la conclusion n'exclue nullement la possibilité de mouvements 
locaux, tels que ceux qui ont peut-être déterminé la formation par 
effondrement des grands lacs alpins, l'affaissement relativement 
lent de la plaine du Rhin en aval de Bâle et de celle de la Bresse ^, 
ou celui de portions plus ou moins étendues le long de certaines 
lignes de rivage. 

7^ Du moment où les variations du niveau de base sont dues à 
des mouvements eustatiques, il semble évident que l'on doit sur 
d'autres parties du globe, retrouver des traces d'anciennes plages 
et de systèmes do terrasses, dont les altitudes relatives et les 
intervalles concordent avec ceux observés dans Tisser, sous les 
réserves toutefois qui seront indiquées dans le chapitre V. 

I. de Lamothk. Op. vit , p. 3(X). 

a. Voir Delafont et Dupbret. Les terrains tertiaires de la Bresse. 



I9OI DE L*ISSERi DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU^RHÔNE SSl 

Je sois fermement convaincu que le jour où, grâce à la multi- 
plicité des observations, Ton parviendra à éliminer des données 
concernant les anciennes plages, les écarts attribuables aux ma- 
rées, et où des cartes à grande échelle et des procédés de mesure 
rigoureux permettront de déterminer avec précision les altitudes 
relatives des plages et des terrasses, on constatera sur un grand 
nombre de points Texistence de systèmes de plages et de terrasses 
identiques à ceux de Tisser. A ce point de vue, la succession des 
anciennes plages de la baie Murray que j*ai citée dans le chapitre 
II est un indice qui mérite de ne pas être négligé. Mais il impoii;e 
aussi de ne pas perdre de vue que la stabilité d'une zone plus ou 
moins étendue de la lithosphère pendant le Pliocène supérieur et 
le Pleistocène n'implique pas nécessairement celle des zones 
voisines, et qu'un grand nombre de faits semblent même indiquer 
que certaines régions de cette lithosphère ont subi pendant les 
mêmes périodes des mouvements propres dont les effets se sont 
superposés à ceux des mouvements eustatiques, et ont dû modifier 
dans ces régions les intervalles et même le nombre des terrasses 
et des plages. 

Si, comme je Tespère, les conclusions de ce mémoire sont con- 
firmées dans l'avenir, on disposera pour les recherches que je 
viens d'indiquer, d'une série type de plages et de terrasses établies 
SOT des données rigoureuses, à laquelle on pourra rapporter toutes 
les observations, et qui permettra par comparaison, de déterminer 
les compartiments de la lithosphère qui sont restés relativement 
fixes pendant les périodes précitées et ceux qui ont éprouvé des 
mouvements propres. Dans le prochain chapitre, j'indiquerai 
quelques règles pratiques qui pourront servir de guide pour ces 
études comparatives. 

La série type de Tisser pourra, en outre, être utilisée comme une 
sorte de table ou d'échelle chronologique^ du moins pour les 
régions qui ont été aifectées de la même façon par les mouvements 
eustatiques ; elle permettra d'assigner des dates comparables à 
tous les événements importants que Ton pourra rattacher à des 
terrasses ou à des plages déterminées. 

J'ai essayé, dans le tableau qui termine ce chapitre, de le faire 
pour quelques-uns des phénomènes de capture dont la vallée de la 
Moselle a été le théâtre, phénomènes dont j'avais déjà parlé dans 
ma note de 1897 ; j'espère être en mesure bientôt de le tenter pour 
des phénomènes analogues plus compliqués^ qui se sont produits 
dans d'autres bassins. 



35j de lamothe. — systèmes de terrasses des vallées 3 Joia 

8^ Age des terrasses et des plages. Leur désignation, — 
Les graviers des basses terrasses du Rhône et de la Moselle, 
et la plage de iS-i^ m. en Algérie, sont, en dehors des limons et 
du loess, les seules alluvions qui jusqu'à présent aient fourni des 
débris de Vertébrés. La faune est caractérisée dans le Rhin et la 
Moselle par Elephas primigenius et Rhinocéros tichorinus, en 
Algérie, par EL Yolensis ^ 

L^absence de tout débris de Vertébrés dans les moyenne et haute 
terrasses et dans le Deckenschotter ne permet pas de déterminer 
leur âge d'une façon précige. 

En se basant sur des analogies de position, d'ailleurs très discu- 
tables, du Pasquier a admis, avec réserve il est vrai, que la haute 
terrasse était caractérisée par EL antiquus et le Deckenschotter 
par EL meridionalis ; il a par suite classé ce dernier dépôt dans 
le Pliocène supérieur, et la haute terrasse dans le Pleistocène -. 

M. Gutzwiller a rangé au contraire tous les niveaux decailloutis 
dans le Pleistocène, en admettant toutefois que les plus élevés du 
Sundgau pouvaient correspondre à la partie la plus récente du 
Pliocène supérieur. 

Dans risser, ainsi que je l'ai rappelé dans le premier chapitre 
de ce mémoire, j'ai été amené, en m'appuya nt sur des considéra- 
tions d*un ordre tout à fait différent, à classer dans le Pliocène 
supérieur les deux plus anciens niveaux (qoo-qoS et i3o-i5o m.) 
et dans le Pleistocène les quatre terrasses de loo m., SS-Sj m., 
3o m. et i5-i7 m. 

Cette classification concordant avec celle de du Pasquier pour le 
Rhin, je crois que Ton peut sans inconvénient et à titre proçi- 
soire la conserver, en l'étendant aux vallées de la Moselle et du 
Rhône. 

J admettrai donc que dans toutes les vallées étudiées dans ce 
mémoire, les deux niveaux plus anciens que celui de loo m. font 
partie du Pliocène supérieur, tandis que les quatre autres font 
partie du Pleistocène. Le niveau de loom. pourrait par suite être 
dii^i^elQ hante terrasse, celui de 5o-6o m. moyenne terrasse'^ les 
deux niveaux de 3o et i5-ao m. constitueraient les basses terrasses. 

Je ne cacherai pas toutefois que ces qualificatifs offrent le grand 
inconvénient d'être susceptibles de varier. Si, par exemple, les 
idées de M. Gutzwiller étaient confirmées par la paléontologie, 
le niveau de loo m. cesserait d'être le plus élevé du Pleistocène» 

I. de Lamothe. Note de 1899, p. 087. 

a. du Pasquieh. Diejluviogl,, p. 67 et 99 et seq. — /.«« ail. glaciaires, p. 66. 



IgÛI DB L*IS8BR, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RhAnE SSà 

et ron ne voit pas dès lors comment on pourrait loi maintenir la 
qualification de haute terrasse. 

Il serait donc plus logique de renoncer à ces qualifications et 
de désigner les niveaux d'après leur altitude relative. C'est la 
solution que j*ai adoptée dans le tableau synoptique ci-après. 

g^ Les conséquences auxquelles nous sommes arrivés conduisent 
à rejeter déflnitivement les deux, théories qui ont tenté jusqu'à 
présent d'expliquer la formation des terrasses, et que je vais 
rappeler sommairement. 

La plus ancienne, qui a été soutenue par Hitchcok, Rûtimeyer, 
Mûhlberg, etc., envisageait les terrasses comme le produit de 
l'érosion par les eaux d'uoe puissante nappe de comblement 
préexistante ; elles étaient la résultante de deux actions simulta- 
nées : d'une part l'oscillation périodique du thalweg de part et 
d'autre de Taxe idéal de la vallée, conséquence nécessaire des lois 
de l'hydraulique, d^autre pai*t, l'abaissement vertical de ce même 
thalweg par suite de l'é^^osion. Cette théorie a été, en ce qui con- 
cerne le Rhin, réfutée avec une grande netteté par du Pasquiér ^ et 
tout ce qui précède montre qu'elle est également inconciliable avec 
les faits observés dans Tisser, le Rhône et la Moselle ^. 

En même temps qu'il réfutait les idées de Mûhlberg, du Pasquiér 
attribuait la formation des terrasses et des nappes aUuviales de la 
vallée du Rhin aux oscillations des glaciers. Je reviendrai dans le 
prochain chapitre sur le mécanisme de cette théorie, et j'en mon- 
trerai les difficultés et les contradictions. Je me bornerai donc ici 
à rappeler ce que j'ai dit plus haut, c'est que la concordance des 
systèmes de terrasses dans des bassins aussi différents à tous les 
points de vue que ceux étudiés dans cette note, exclut la possibilité 
d'une origine commune en rapport avec des phénomènes qui se 
seraient produits à l'amont de ces terrasses. 

On doit également admettre comme conséquence de ce qui 
précède, que contrairement aux idées de du Pasquiér, il existe dans 

f . du Pasquiér. Die fliwioglacialen, p. 3S et seq. 

a. Je crois devoir faire remarquer toutefois que si In théorie précitée ne 
permet pas d*expliquer la formation des terrasses régulières, elle s^applique 
très bien à la formation pendant la période d'érosion, de ces plateformes 
inclinées rocheuses, disposées par étages dans certaines vallées (Moselle, 
Doubs, etc.) où elles supportent souvent des cailloutis. 11 n'est pas douteux, 
en outre, qu'un certain nombre de petites terrasses accidentelles, comme 
on en rencontre dans toutes les vallées, ne doivent leur existence aux causes 
signalées par Miihlberg et ses prédécesseurs, c'est-à-dire à l'érosion d'un 
remblai préexistant. 

6 Octobre 1901. — T. 1*^. Bull. Soc. Géol. Fr. — 23 



354 ^B LAMOTâB. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

le Rhin, à Bâle même, de même que dans l'Isser, le Rhône et la 
Moselle, une moyenne teirasse bien distincte de la hante, dans 
laquelle elle n'est pas emboîtée. Cette moyenne terrasse serait 
représentée par les lambeaux que M. Gutzwiller a désignés sous 
le nom de gradin inférieur de la haute terrasse '. En outre, il n*y 
a pas eu creusement de la totalité de la vallée avant la formation 
de la nappe de loo m. ; ce creusement a dû s*arréter à une soixan- 
taine de mètres au-dessus du thalweg actuel. 

Théorie do du Pasquier Théorie déduite de I étude de lisser 



Kig. II. — Schéma indiquant comparatiyement les analogies et les différences 
de la théorie de du Pasquier et de celle déduite de l'étude de lisser. 

J'ai cherché dans la figure ii à représenter d*une façon schéma- 
tique la formation des vallées dans les idées de du Pasquier et 
dans la théorie que je viens d'exposer. On pourra saisir ainsi plus 
facilement les rapports et les diflTérences des deux théories. 

lo"" Le tableau synoptique ci-après permet d'embrasser d'un 
seul coup d'œil les résultats énoncés dans les chapitres précédents ; 
j'ai en outre indiqué dans la dernière colonne les glaciations corres- 
pondant aux terrasses, telles que les admet M. Gutzwiller. 

Ainsi qu'on le verra dans le chapitre V, la théorie de du Pas- 
quier, comme la mienne d'ailleurs, conduit à admettre autant dé 
glaciations que de terrasses régulières. H devrait donc, logique- 
ment, exister une glaciation correspondant à la moyenne terrasse, 
et une autre à la terrasse de iS-qo m., l'individualité de ces deux 
terrasses n'étant pas, je crois, contestable. Le fait que l'on n'a pas 
signalé jusqu'à présent les débris de leurs moraines n'est pas une 
preuve décisive contre cette conclusion, car les recherches n'ont 
guère été dirigées dans cet ordre d'idées. Il suffirait d'ailleurs, en 
ce qui concerne la glaciation de la moyenne terrasse, que la durée 
du maximum ait été courte et que la position des moraines termi- 

I. Voir à ce sujet : Gutzwiller. Op. cit., p. 671 et seq. 



igOI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 355 

nales ait été peu différente de celle des moraines de la glaciation 
suivante pour qu'il y ait fort peu de chances d'en retrouTcr les 
traces. En ce qui concerne la glaciation de la terrasse de i5-!2om. 
on remarquera que ses limites extrêmes étant en amont des 
moraines internes, se sont trouvées le plus souvent en amont de 
la zone du profil d'équilibre, où se forment les terrasses régulières. 
Ses rapports de position et d'âge avec les terrasses doivent donc 
être très incertains et difficiles à établir dans la plupart des cas. 

Les considérations développées dans le chapitre V élucideront 
les points douteux et serviront également de réponse aux diverses 
objections que soulève la théorie exposée dans ce mémoire. 

Je n'ai pas cru devoir faire mention du loess ; sa formation 
n'est pas nécessairement liée à celle des terrasses, et d'autre part, 
les circonstances qui l'ont accompagnée sont encore trop obscures 
pour qu'il soit possible d'essayer de les interpréter dans la théorie 
des oscillations du niveau de base. 



Chapitre Y. — Considérations théoriques 
sur la formation des terrasses et sur leurs relations 

avec les glaciers 

L'étude comparative des anciennes terrasses a porté presque 
exclusivement sur des portions de vallées où les pentes actuelles 
des cours d'eau sont très faibles, où non seulement le profil 
d'équilibre peut être considéré comme à peu près atteint, mais 
encore où tout semble indiquer que ce profil était déjà réalisé à 
ime époque très ancienne. C'est grâce à cette circonstance, due 
en partie au hasard, que les comparaisons ont été faciles, les con- 
cordances d'une netteté saisissante, et les conclusions précises. Il 
est certain, en effet, que si j'avais eu à comparer des données 
obtenues dans des régions où l'évolution a été très différente sui- 
vant les vallées, et où les pentes des cours d*eau ont subi pendant 
cette évolution des variations analogues à celles observées dans 
l'Isère, il m'eut été très probablement impossible d'en tirer parti 
et de saisir les relations existantes entre les systèmes de terrasses. 

Il m'a donc paru que, sans entreprendre une étude complète des 
lois qui régissent la formation des terrasses, étude qui exigerait 
un temps et des matériaux dont je ne dispose pas actuellement, il 
pourrait être utile, pour les recherches ultérieures, de mettre en 
évidence le mécanisme probable de cette formation et surtout de 
faire" ressortir rinffuence que les circonstances accessoires (dépla- 



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358 DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLSES 3 Juin 

céments horizontaux du niveaade base, état du profil d'équilibre... 
etc.), peuvent exercer sur la distribution des terrasses, sur leurs 
intervalles et sur leurs altitudes par rapport aux thalwegs actuels. 
Je me placerai exclusiçement, pour cette étude, dans l'hypothèse 
que les oscillations verticales du niveau de base ont eu lieu dans 
l'ordre et avec les amplitudes constatées dans Tisser, à partir d*un 
niveau voisin d^ aoo m. 

Je compléterai cet exposé en montrant qu'en dehors de toute 
autre considération, les objections que soulève dans la théorie 
glaciaire l'explication des formes topographiques si remarquables 
que Ton observe aux points de contact des nappes alluviales et des 
moraines de la dernière extension, suffiraient pour faire écarter 
cette théorie. 

1. — Mécanisme de la formation des teppasses 

A. — Les oscillations du niveau de base sont exclusivement 

verticales 

Envisageons d'abord ce premier cas qui est évidemment excep- 
tionnel ; il peut cependant se réaliser dans les mouvements néga- 
tifs lorsque le cours d'eau débouche dans une mer dont la profon- 
deur croît très rapidement, et dans les mouvements positifs, 
lorsque l'amplitude de ceux-ci est assez faible ou leur lenteur assez 
grande pour permettre le comblement de la zone immergée, ainsi 
que nous l'avons vu dans l'Isser. 

Considérons un grand fleuve prenant sa source dans un massif 
élevé, à ime altitude très supérieure à celle de la zone de aoo m. 
dans laquelle se sont produites les oscillations. 

D'après les exemples que nous avons sous les yeux, le profil 
longitudinal comprend deux parties : l'une inférieure AB (fig. la) 
où le profil d'équilibre est à peu près atteint et où la continuité 
des pentes est plus ou moins parfaite ; l'autre supérieure BG où 
les pentes sont discontinues, et où le lit présente une succession 
de ressauts et de rapides séparés par des sections à pente relati- 
vement douce et même à contrepente (dépressions lacustres) *. 

Si le niveau de base reste invariable, le cours d'eau efiectuera 
dans la zone BC le comblement des dépressions, coupera les bar- 

I. Consulter à ce sujet de la Nofi et de Marobrir : Les formes du terrain, 
p. 5a et seq. et p. 76. — de Lapparbnt. Leçons de géog.-phys., a* édit., 4" ^* 
8' leçons. 



igOl HE LAISSER, DB LA MOdBLLX, ÛU RHIN ET DU RHÔNE 



559 



rages rocheux et en définitive, remblaiera partout où une pente 
faible succède à une pente plus forte, creusera partout où une 
pente forte succède à une pente plus douce. Ces opérations oppo- 
sées aboutiront finalement à la régularisation du profil, d*abord 
dans les biefs successifs^ puis dans Tensemble de la zone BC, et 
cette régularisation aura pour effet de prolonger peu à peu vers 
l'amont la zone AB. En même temps la courbure de celle-ci achè- 
vera de se régulariser et s'aplatira de plus en plus : les profils 
successif du lit seront représentés par les tracés Afr, Afr\ etc. 



Zonm du profil d'étfuUihre 
et dm* tmrtxLasea régvdière^ 



Zone de^ 
terrasses irrcgulière<t 

Lac 




l'J V . _ Xiu eau de bas e, prim itif* 



jTj----- -a' 



Fig. xa. — Schéma de la formation des terrasses régalières et irrégulières 
dans l'hypothèse^des oscillations du niveau de base. 



i*" Cas d'un mouvement positif, — Supposons maintenant qu'un 
mouvement positif de faible amplitude amène le niveau de base 
en A' ; rien ne sera changé à ce qui se passait dans la zone BG ; le 
fleuve continuera à y creuser son lit ou à le remblayer, comme 
précédemment. 

Dans la zone AB, au contraire, il y aura remblai de toute la 
partie inférieure AA'B. Le nouveau profil sera, en principe, plus 
aplati que le précédent, et par suite, l'épaisseur du remblai égale, 
à Tembouchure, à Tamplitude du mouvement positif, ira en dimi- 
nuant vers Tamont d'autant plus rapidement que les variations de 
pente du lit primitif AB seront plus fortes. L'extension du remblai 
vers l'amont sera donc nécessairement limitée. 

Du reste, abstraction faite de toute considération d'épaisseur, il 
est évident qu'il doit en être ainsi. En eifet, même dans un cours 
d'eau dont le profil d'équilibre est complètement atteint, il doit y 
avoir un point en amont duquel aucun dépôt n'est possible, 
puisque dans la partie supérieure le profil tend à se rapprocher 
de la verticale. 

La répercussion des mouvements positifs doit pour ces deux 
raisons cesser de se faire sentir à une certaine distance de l'embou- 
chure . Aucune donnée toutefois ne permet de préciser cette 
distance. 



36o DE IJLMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DBS VALLÉES 3 Juin 

Dans les vaUées étudiées dans ce mémoire, les pentes des nappes 
alluviales dont la formation est due à des mouvements positifs» 
sont toujours très faibles : la plus forte (o,oosi5) est celle de la 
terrasse du Séminaire ; Du Pasquier cite pour des caillontis de 
vallées latérales situées très en amont de Bâle et qui paraissent se 
raccorder à des terrasses régulières, des pentes de o,oia *. En 
considérant ce qui se passe dans les torrents des Hautes-Alpes, je 
serais assez disposé à admettre que, théoriquement y des nappes 
régulières de remblai dues à une variation positive du niveau de 
base peuvent s*étendre à partir de Fembouchure jusqu'aux régions 
où apparaissent les cônes de déjection des grands torrents et se 
raccorder à ceux qui ont atteint leur pente-limite, telle que Surell 
Ta définie *. Dans cette manière de voir les nappes alluviales en 
connexion avec les mouvements du niveau de base pourraient 
finalement atteindre des pentes de près de 6 à 7 «/o. J'ignore tou- 
tefois s*il y a des exemples d*une pareille continuité. 

Dans les cours d'eau qui n'ont pas atteint leur profil d'équilibre, 
il est évident que la répercussion des mouvements positifs ne 
devra pas, en général, se faire sentir au-delà des premiers obsta- 
cles qui interrompent la continuité des pentes à moins que ceux-ci 
n'aient un relief inférieur à l'épaisseur finale du remblai. 

a" Cas d'un mouvement négatif. 

Si le niveau de base s'abaisse de A' en A", l'embouchure 
s'abaissera d'autant et le fleuve créera à pailir de ce point un 
nouveau profil d'équilibre qui rétrogradera progressivement vers 
l'amont. Le remblai A'AB, précédemment formé, constituera une 
terrasse longitudinale dont l'altitude relative sera, à l'embouchure, 
égale à l'amplitude du mouvement négatif. 

Au début, cette altitude ii*a en diminuant vers l'amont, mais si 
la période d'érosion a une durée suffisamment longue^ elle tendra 
à devenir égale à ce qu'elle est à l'embouchure, puis progressive- 
ment croissante de l'aval vers l'amont, à mesure que le profil 
d'équilibre s'aplatira davantage et tendra à se confondre avec 
les tracés A"a, A"a'. 

Pendant ce temps, dans la zone BC, la marche des phénomènes 
ne sera en rien modifiée. Les érosions et les remblais continueront 
sans être ni accélérés^ ni retardés. Sur certains points par consé- 
quent, le fleuve créera également des terrasses longitudinales ; 

I. du Pasquier. Die flus^ioglac, p. 96. 

a. SuHEi.L. Etude sur les torrents des Hautes- Alpes, i84i> p* 18 et aa. 



igOI DE L*I9SER, BE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 36l 

mais celles-ci n'auront aucun rapport avec celles de la zone AB ; 
elles seront discontinues, limitées à des bassins distincts, leurs 
altitudes au-dessus du thalweg seront quelconques et indépen- 
dantes de leur âge, les plus basses n'étant pas nécessairement les 
plus récentes; leurs épaisseurs seront extrêmement variables; il 
sera, en général, impossible de les rattacher aux terrasses de la 
zone d'équilibre. Si Ton conserve à ces dernières la qualification 
de régulières ou normales qpie du Pasquier leur a donnée *, en 
partant d'un ordre d'idées tout-à-fait différent, il convient de qua- 
lifier les premières d' irrégulières ou anormales. 

Dans les Alpes, les terrasses irrégulières sont très fréquentes : 
je citerai dans le Dauphiné celles de Lanslebourg, des hautes 
vallées du Drac et de la Durance, etc. 

Ainsi, en dehors de toute intervention des glaciers, la théorie 
nous montre que dans un grand bassin fluvial les oscillations du 
niveau de base et le processus normal de l'érosion suffisent pour 
déterminer la formation de terrasses régulières, continues, dans la 
zone inférieure où le profil d'équilibre est plus ou moins réalisé, 
et, au contraire de terrasses localisées et irrégulières dans la zone 
supérieure où ce profil n*existe pas. 

Influence des irrégularités du profil longitudinal, — Dans ce 
qui précède, j'ai supposé que le fleuve avait à peu près com- 
plètement réalisé son profil d'équilibre dans la partie inféneure 
de son cours, avant le commencement du mouvement positif. Si l'on 
en juge par les irrégularités du lit de la Moselle (fîg. 5), du Rhône 
autour de Valence (fîg. lo), du Rhin en amont de Bàle et en aval de 
Mayence, il semble que cette condition soit actuellement rarement 
réalisée, même dans les grands cours d'eau, et il est par conséquent 
très probable qu'elle ne Ta pas été dans le passé -. 

Ces irrégularités n'exerceront aucune influence sur l'extension 
des remblais, à la condition toutefois que leur relief soit plus 
faible que l'amplitude des mouvements positifs; elles seront finale- 
ment noyées dans la nappe alluviale dont elles pourront, dans 
certains cas, diminuer l'épaisseur. 

Mais, comme elles doivent leur origine à des causes variées 

1. du Pasqujbr. Les Allavions glaciaires^ p. 5i. 

2. Il importe toutefois de noter que ces irrégularités ne se sont pas néces- 
sairement reproduites sur les mêmes points aux différentes époques de 
Thistoire de la vallée. Si l'anomalie de Valence doit être attribuée, comme 
je le pense, aux apports latéraux de l'Isère, elle a dû être beaucoup moins 
marquée dans le passé, puisque les anciens lits ont été, en g^énéral, beaucoup 
plus larges que le lit actuel. 



363 DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DBS VALLÉES 3 Juin 

(inégale résistance des roches à Térosion, apports latéraux, acci- 
dents tectoniques, etc...) dont une partie peut continuer à agir 
pendant la formation du remblai, le profil final de la nappe 
alluviale pourra présenter également des iiTégularités plus 
ou moins considérables qui modifieront nécessairement, sur les 
points où elles existent, les altitudes absolues et relatives de la 
nappe et, par conséquent, des terrasses. En général, ces irrégu- 
larités seront difiicilement observables sur les anciennes nappes 
en raison des modifications que leur surface a subies ultérieure- 
ment (dénudation, ruissellement, etc.). 

Si un mouvement négatif succède au mouvement positif, Téro- 
sion fera réapparaître les irrégularités antérieures du profil, et il 
pourra arriver que le cours d'eau fixé par un obstacle résistant se 
maintienne plus ou moins longtemps à un niveau plus élevé que 
la base des remblais, en formant sur ce point des rapides on des 
chutes. C'est à une circonstance de ce genre que du Pasquier a 
attribué la formation des Laufen de la vallée du Rhin, et il est 
possible que ceUe du Saut du Broc soit due à une cause analogue *. 

Il importe, dans ce cas, de ne pas perdre de vue, que les altitudes 
relatives des terrasses étant luesurées par rapport au thalweg 
final, l'irrégularité du profil longitudinal de ce thalweg aura pour 
effet de réduire localement ces altitudes d'une façon souvent très 
notable, comme nous l'avons vu pour les terrasses du Rhône et 
pour celles de la haute Moselle. 

30 Cas d*une succession d'oscillations verticales. 

Jusqu'ici, j'ai examiné à peu près exclusivement les phénomènes 
que détermineraient dans les vallées actuelles, l'intervention de 
mouvements positifs ou négatifs du niveau de base. Il n'y a aucun 
motif pour ne pas admettre que des phénomènes identiques se sont 
accomplis dans ces vallées pendant le Pliocène supérieur et le 
Pleistocène sous l'influence des oscillations eustatiques dont j*ai 
démontré l'existence. D'après ce que nous savons de l'évolution 
du profil des grands cours d'eau, l'étendue de la zone du profil 
d'équilibre a dû, en général, être d'autant plus restreinte et les 
pentes de ce profil ont dû être d'autant plus fortes, que l'on consi- 
dère des lits plus anciens. D'autre part, le fait de l'extension jus- 
qu'au pied des Vosges de toutes les terrasses pleistocènes, la 
coexistence à Râle et à Valence de tous les niveaux à partir de 
celui de i3o-i5o m., prouvent que dans ces vallées, l'intervalle 
entre chaque mouvement négatif et le mouvement positif suivant 

I. du PASQUiB^t Pie fluviogl..., p. 3. 



DE l'iSSER, de LA'mOSELLE, DIX RHIN ET DU RHÔNE 363 

a été suffisamment long poar permettre aux cours d'eau de recréer 
chaque fois leur profil d'équilibre sur des étendues à peu près 
équivalentes, avec des pentes au plus égales à celles du lit précé- 
dent, et qui, en général, ont été plus faibles. 

Ceci posé, si Ton imagine une succession d'oscillations eustati- 
ques, analogues à celles observées dans Tisser, et abaissant cha- 
que fois davantage le niveau de base d'un cours d'eau, depuis 
l'altitude de qoo m. envii*on, jusqu'au niveau actuel, on peut prévoir 
qu'elles détermineront dans la vallée, les phénomènes ci-après : 

a. — Le creusement de la vallée ne sera pas continu ; il s'opérera 
par une succession de phases d'érosion séparées par des phases 
de remblai ; ces phases donneront naissance dans la partie infé- 
rieure du cours d'eau, à un sys- 
tème de terrasses régulières ^^^,---''" 
d'altitude décroissante à partir Ti^uuû^l 
des plus anciennes, et disposées 
comme le montre la fig. i3. 



0. — L étendue de ces terras- 
ses sera d'autant plus restreinte ^^K- "3- "" Schéma de la formation 
vers l'amont qu'elles seront plus ^''^^ «y*^*^'"*^ ^^ terrasses, 
anciennes. La zone où on les Les traits pleins marquent retendue 
1 ««^111 et les positions successives de la 

observe empiétera donc de plus i*' ♦«««„„„^„ ,a«„i;a««« 

^ • ^ zone des terrasses régulières. 

en plus sur celle des terrasses 

irrégulières, et il arrivera par suite que des terrasses de ces deux 
catégories seront superposées dans un même profil, les terrasses 
irrégulières étant en général les plus élevées. 

c. — Le résultat immédiat de chaque mouvement négatif sera de 
faire perdre au cours d'eau le profil d'équilibre dans les parties 
où il était déjà réalisé, et, par conséquent, de le rajeunir. Mais, 
comme nous l'avons vu, les grands cours d'eau ont presque tou- 
jours eu le temps de recréer ce profil par érosion régressive sur 
une étendue au moins aussi grande et souvent plus considérable. . 
Le nouveau profil sera en général plus aplati que le précédent. 

d, — Comme conséquence, et abstraction faite des petites irrégu- 
larités du lit dont j'ai parlé plus haut, les altitudes relatives d*une 
même terrasse iront en croissant de l'aval vers l'amont, et cet 
accroissement sera d'autant plus rapide que la terrasse sera plus 
ancienne et que les pentes du cours d'eau actuel difiéreront 
davantage de celles du lit correspondant à la terrasse ; il en sera de 
même des intervalles de deux terrasses consécutives. 



364 ^^ LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

Cet accroissement des intervalles aura pour effet de diminuer 
ou môme de supprimer l'emboîtement des terrasses. 

e, — On conçoit, comme cas particulier, que si, à une époque 
quelconque de son évolution, un grand cours d'eau, grâce à des 
circonstances topographiques spéciales, est parvenu à réaliser un 
profil d'équilibre avec le minimum de pente compatible avec les 
conditions hydrographiques, sur une grande étendue de son cours, 
les lits successifs devront à partir de ce moment être sensiblement 
pai*allèles les uns aux autres, c'est-à-dire que leurs altitudes rela- 
tives et leurs intervalles ne varieront plus d'une façon appréciable 
dans cette étendue. 

Ces circonstances topographiques semblent s'être rencontrées 
dans les bassins du Rhin, de la Moselle et du Rhône dès les plus 
anciens niveaux, et ce fait est la conséquence de la très faible 
altitude de ces trois cours d'eau à leur sortie des grands massifs 
où ils prennent leur source, relativement à la distance qui les 
sépare de l'embouchure. J'ai déjà, plus haut, cité l'exemple de la 
Moselle ; je me bornerai à ajouter qu'à Bàle, les alluvions du 
niveau de i3o-i5o m. atteignent au plus l'altitude de 4oo iii., bien 
qu'elles soient à 600 kil. de l'embouchure; ce qui correspond, en 
tenant compte de Taltitude du niveau de base, à une pente d'envi- 
l'on 0,0004. On ne doit pas s'étonner qu'avec des pentes initiales 
aussi faibles, les profils successifs du fleuve aient pu, au moins à 
partir du niveau précité, demeurer sensiblement parallèles, et 
que les altitudes relatives des terrasses à Bàle soient les mêmes 
que celles des terrasses formées à l'embouchure de Tisser. 

f. — La loi d'accroissement des altitudes relatives et des intei- 
valles se vérifle déjà assez bien, à Palestro ' dans l'Isser, quoique 
cette localité soit seulement à 4o kil. de la mer. Ce résultat est dû 
à la brièveté du parcours de Tisser (i5o kil. environ) et à la 
rapide augmentation des pentes qui en est la conséquence ^. 

Dans la vallée du Rhin, au contraire, Taccroissement n'est pas 

encore appréciable à Bâle ; il ne devient sensible qu'en amont où, 

d'après du Pasquier, les pentes moyennes des terrasses de la 

région entre Bàle et le Rafz * sont les suivantes : 

Decken se botter de la vallée principale. . . o,oo5 

Haute terrasse o,ooi5 

Basse terrasse 0,0014 

Rhin actuel 0,0011 

1. de Lamothr. Op., 1S99, p. 282. 

a. Actuellement la pente entre la merctBlad Guitoun est de 0,0019. Elle est de 
o,uo23 entre Blad Guitoun et les gorges de Palestre, et de 0,0047 dans les gorges. 
3. duPASQUiBR. Diejlusfiogl.y p. 16, 17, 47» 96. 



igOI DE l'iSSER, de la MOSBLLE, du RHIN ET DU RHÔNE 365 

Je crois toutefois devoir faire remarquer que, bien que ces 
résultats concordeot avec la théorie, on peut élever quelques doutes 
sur leur exactitude, Fauteur n'ayant pas tenu suffisamment 
compte de ce fait que le Rhin n'a pas encore reU'ouvé son profil 
d'équilibre en amont de Rheinfelden. 

Dans les grands affluents, la vérification de la loi ressort avec 
beaucoup plus de netteté. Cela provient de ce fait bien connu que 
les pentes des affluents sont en général beaucoup plus rapides que 
celles du cours d'eau dont ils sont tributaires. L'Isère en offre un 
exemple remarquable. Nous avons vu que les pentes des trois lits 
successifs de l'Isère, reconnus entre Romans et Valence étaient les 
suivantes : o,ooi3(lit actuel), o,ooai (lit de la basse terrasse de 
Romans), o,ooa5 (lit de la moyenne terrasse). 11 en résulte que la 
moyenne teiTasse qui domine le Rhône à Valence de 4^ m., 
domine l'Isère de 53 m. à Romans et d'environ loo m. à Saint- 
Marcellin, où MM. Depéret et Kilian l'ont retrouvée *. 

Pour la basse tentasse, je n'ai pas d'autres données que celles 
que j'ai recueillies entre Valence et Romans. Son altitude, qui 
devait être voisine de ^i m. au confluent atteint déjà 3ii m. à 
Romans. 

On voit par ces deux exemples combien il est indispensable de 
tenir compte des pentes des cours d'eau dans l'étude comparative 
des terrasses d'une même vallée, et à fortiori des terrasses situées 
dans des bassins indépendants. 

g. — Si le cours d'eau n'a qu'un très faible débit et surtout si sa 
source et son embouchure sont très rapprochées, les phénomènes 
seront sensiblement différents. Considérons un cours d'eau- prin- 
cipal dont le lit est AB (fig. i4) 

et deux affluents, l'un CA Cours d'eau 

j» s ' c principal 

dun parcours très restreint ^;;^^- a_1_b 

prenant sa source dans un ^/''^'""^-^^ ^X / \^^ — '^^' 

massif très peu élevé, l'autre ^ ® 

BD très étendu et s alimen- ^'^^' i4. — Schéma montrant les diffc- 

tant à un massif d'une grande f^'^^^f ^^^ Présente la marche de 
,^.. j - ,-, ^- lerosion suivant 1 importance des 

altitude. La hgure montre, bassins hydrographiques. 

sans qu'il soit nécessaire dln- 

sister, que lorsque le niveau du cours d'eau principal se sera 
abaissé en A'B', l'affluent CA aura pris le tracé C'A', beaucoup 
plus rapide que le précédent, tandis que le tracé du cours d'eau 

I. Bulletin des Serçices de la carte, Vni, p. ii5. 



1 



366 DE LAMOTHE. — SYSTEMES DR TERRASSES DES VALLEES 3 JuilT 

B*D* sera en général plus aplati que BD, du moins au voisinage 
du cbnflucnt. L'altitude relative de la nappe de cailloutis corres- 
pondant au lit AG ira donc en diminuant de A vers G, tandis que 
celle de la nappe BD ira en augmentant de B vers Tamont. 

Les mouvements négatifs du niveau de base auront donc ici pour 
effet, non seulement de rajeunir périodiquement le réseau hydro- 
graphique, mais encore, dans certains cas, tels que celui de 
Taflluent CA , d'éloigner de plus en plus le cours d'eau de la 
Qieillesse et même de la maturité. 

Les faits de ce genre sont très nombreux, on les observe notam- 
ment dans les cours d'eau décapités. Je citerai comme exemple 
typique la disposition si remarquable du bassin du Goney, par 
rapport aux alluvions du seuil de Dounoux. 

Il est facile de montrer l'intérêt de ces observations au point de 
vue de la recherche et de l'étude des anciennes terrasses. De petits 
affluents ou même de grands cours d'eau provenant de régions peu 
élevées, pour lesquelles une variation du niveau de base de aoo m. 
est relatiçement considérable, poun*ont à un âge avancé rouler des 
galets, alors qu'aux époques antérieures ils ne roulaient que du 
sable (Loire et Allier ?). La tendance inverse est au contraire 
très marquée dans les cours d'eau issus des grands massifs monta- 
gneux (Isère à Grenoble). 

En outre, il pourra arriver que des dépôts caractérisés par une 
faune ancienne se montrent à une très faible altitude au-dessus de 
cours d'eau originaires de massifs peu élevés, tandis que des 
dépôts de même âge se rencontreront à des altitudes considérables 
dans des vallées de régions montagneuses. 

B. — Le niveau de base ne subit que des déplacements 

horizontaux 

Examinons maintenant le cas où les déplacements du niveau de 
base sont exclusivement horizontaux, circonstance qui peut se 
produire à la suite de la formation de deltas, d'effondrements le 
long de la ligne de rivage, d'érosions marines, etc. Je qualifierai 
ces déplacements de positifs ou de négatifs suivant qu'ils ont pour 
effet de reporter le niveau dç base dans l'intérieur des terres ou au 
contraire de T éloigner vers la mer. 

Supposons (fig. i5) * un cours d'eau débouchant dans la mer en 

I. Dans les fig. i.> cl i6, j*ai, pour la commodité du dessin, tracé les cours 
d'eau en ligne droile au lieu de les raccorder tangentiellement au niveau de 
base. 



iHa a^KMéa du» œ mémoire. 



VAU-ÉE Dt U MOSELLE 


VALLÉE 
<lu 
HllLN 

pr«t de Bllo 


VALLÉE 

RHONE 

pr*i.deV.len.a» 


VALLÉE 
de l'ISËRE 

leffinnuenl 
du RhAde 




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1 


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CAbb de Innsilion 
du S««dg.u » 
temiunl len 
iM.ÎÎOm. (Ob*. 
reli -.ÎMiKben 


huUI<d.Vd.;ii« 

pu-M.fcpëm. 


• 


Gikdiiioii du 






\ SBHdg.™!^'' 






■!e^ OI«der«. 


.îKKl:. 


• 


N.pp. d< 130- 
IMm. (Jnnmpcr 


Nippi du T^M- 
neuf d'I lire. 




130.100 m. 






TrmiK* de 130- 
ISO m. 1 Hbtin- 
(cLden, Monchrn- 


Unbnu de U 

lLl3«ni.<Ulliii. 
nu T*l#([r.pbe. 




Rrci.1 
d» GlBdem, 


IST 


p^' '''"'§«,î'.*.«'^i[' 

nndans la SiAnr par 


..T. 


Nappa du pMeaii 
Fonllmi... 


- 


liladalion du Di 
>eiu de 10» m 

deileniimi. Mo- 


il-zz:. 


lntWiiit.Et>bliii>Pin<'Dt 
du chmaldela «i,s-ll«. 


lUl m, mu'rdiV 


"';§!?' 




H«<d 


• îr^-;: 




N-.pptd,ll.*-Mm 








de 




W^j: 


«"""du'wnii: 
(!iM6m.|. 


Terra.» de> 




N.JJ. 




— '- 


Saiol-OïOTff,. 


.!E 


iilacielion du ni- 
fMU de ilO m. 


SOd. 




TerT..»de:«n.. 


Tfrrsïw de Si iii. 
(3t m.). 


de filmons. 


rie> G]«",t.r>. 


"■r 




\L.(.p«d.l6-!0m. 


t Gliiii. 


l'Diil de Trier». 




bT»w.rie 




dM™'., 


(17-18 n..). 


HDbiii9(7 j.9oi.). 




• 



























368 DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

On conçoit combien pourront être considérables, et variables 
en même temps, les effets de ces perturbations sur les altitudes 
relatives, les épaisseurs et les intervalles des nappes alluviales, et 
par suite les difficultés qui pourront en résulter dans une étude 
comparée des systèmes de terrasses de bassins indépendants. 

Dans bien des cas heureusement, ces influences perturi^a- 
trices semblent avoir été très faibles, ou s'être compensées, et il 
est facile d'en saisir la raison. Beaucoup de cours d'eau à leur 
embouchure sont encore entourés de hauteurs qui atteignent loo 
à 300 m. , et qui sont prolongées au-dessous du niveau de la mer par 
des pentes assez rapides. Comme d'autre part le phénomène des 
terrasses est compris dans une zone dont l'altitude ne dépasse pas 
sensiblement !200 m., il en résulte que pour tous ces cours d'eau, les 
mouvements négatifs n'ont pas dû détei*miner en général de dépla- 
cements horizontaux très considérables du niveau de base, surtout 
pendant le Pleistocène. En ce qui concerne les mouvements posi- 
tifs, on remarquera que leur faible amplitude et la lenteur avec 
laquelle ils paraissent s'être accomplis, ont dû presque toiqoni's 
permettre le remblayage total de la zone immergée. C'est en partie 
pour ces diverses raisons, et indépendamment de la faiblesse des 
pentes, que les séries de terrasses du Rhin, du Rhône et de 
l'Isser doivent d'être restées entièrement comparables. 

Les résultats eussent été très dillérents si les recherches avaient 
porté sur des vallées situées dans des massifs de faible altitude, où 
un abaissement vertical du niveau de base de aoo m., entraînerait 
de grands déplacements horizontaux. Si l'on considère, pour fixer 
les idées, une région dont la topographie serait analogue à celle du 
bassin de la Loire entre son embouchure et Nevers, il serait facile, 
à l'aide d'un graphique comme celui de la figure i6, de montrer 
que les terrasses les plus basses s'étendront seules plus ou moins 
loin vers l'amont, tandis que les autres disparaîtront de l'amont 
vers l'aval à des distances d'autant plus grandes du rivage actuel 
qu'elles seront plus anciennes ; elles sembleront converger vers 
l'aval ; il y aura, suivant les cas^ condensation dans un espace 
vertical restreint de plusieurs nappes alluviales, suppression de 
certaines d'entre elles, et même recouvrement de nappes anciennes 
par de plus récentes. Je ne crois pas devoir insister sur ces phéno- 
mènes, mais il était nécessaire d'appeler sur eux l'attention. 

Pour étudier les effets des mouvements positifs, j'ai admis que 
ces mouvements avaient eu une amplitude très faible, comparable 
à celle des mouvements de même sens observés dans l'Isser. 11 est 



igOI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RfitN ET DtJ RhAnE ^69 

facile de comprendre les raisons de cette restriction. Un mouve- 
ment positif d'amplitude un peu considérable (4 à 5oo m. par 
exemple), amènerait dans tous les bassins étudiés, le niveau de 
base, à une altitude où le profil d'équilibre n'est pas encore atteint. 
Aucun remblai ne pourrait se former en amont et le creusement 
du lit continuerait comme précédemment. 

Des phénomènes analogies se produiraient, du reste, même dans 
une vallée où le profil d'équilibre est complètement réalisé entre 
la source et l'embouchure, si le niveau de base s'élevait jusqu'au 
point où les pentes deviennent trop rapides pour permettre le 
dépôt des sédiments. Là encore la puissance érosive des eaux 
continuerait seule à exercer son action dans les mêmes conditions 
qu'avant le déplacement du niveau. 

Ces considérations permettent de comprendre comment les 
auteups du mémoire sur a Les terrains tertiaires de la Bresse:», 
ont pu être amenés à adineltre que les mouvements positifs, de 
même que les mouvements négatifs déterminaient l'approfondis- 
sement des vallées. La conclusion qu'ils ont tirée de la figure 
schématique de la page 177 de leur travail est géométriquement 
exacte ; mais ils ont attribué au déplacement du niveau de base 
une action à laquelle il est resté étranger et qui s'exerçait anté- 
rieurement à ce déplacement. 

D. — Nécessité d'éliminer de la série des terrasses régulières 
certaines formes dont l'origine est complètement différente 

Dans l'étude et la recherche des terrasses régulières il est 
indispensable d'éliminer certaines formes accidentelles qui pré- 
sentent de très grandes analogies avec elles, mais dont lorigine 
est en connexion avec des causes locales en partie indépendantes 
des variations du niveau de base. 

Le plus souvent ces formes résultent de l'érosion par le cours 
d'eau principal des cônes de déjection au moyen desquels les 
affluents se raccordent avec lui quand leurs pentes sont beaucoup 
plus rapides. Il est facile de se rendre compte de leur mode de 
formation. 

Considérons (fig. 17) une section AB du cours d'eau principal 
passant par un afHuent BDM, dont les pentes sont beaucoup plus 
rapides, et le volume d'eau assez considérable pour lui donner 
une grande capacité de transport. Le raccordement des deux nap- 

I. Dblafont et Dbpérbt. IjCS terrains tertiaires de la Bresse, p. 177 et seq. 
6 Octobre 1901. — T. K'. Bull. Soc. Géol. Fr. — a4 



370 ^*^ LAafOTHE. — ST9rÈ3IES UK TERBAâSES DBS VAXUKKS 3 Jum 

p^ff allaviaies âe fera par on cône BDC, qui refoulai vers la live 
opposée A le cours iFeau principal (Isère à Valence, Dmc à 
Grenoble, etc..) Ce retbolement sera d* autant plus grand que le 
cours d*eau principal sera moins encaissé^ et aura des pentes plus 

iaibles. Si ce dernier^ pour une 
tmtrx .r^au ./(/ï"^*'^ cause quelconque 9 se déplace 

^"""TT'*-* ultérieurement ^ers sa rive 



A 



^ N^ '^ _,— ^ droite, il creusera le cône de 

^ " raffinent jusqu'en C, et détermi- 

Pig. 17. — Mode de formation nera la formation d'un talus 

des fausses terrasses. j»a«^^;^— ru^ .»♦ -^«« ^.u»..»^^^»^*»^ 

a érosion i>C«, et par conséquent 
d'une terrasse. L'étendue transversale de cette terrasse, son déve- 
loppement longitudinal et sa iiauteur pourront varier dans des 
limites très considérables, qui dépendront de la largeur de la 
vallée principale, de l'extension du cône dans cette vallée, de la 
pente de ralHuent et eutin de Timportance du déplacement latéral 
du cours d*eau principaL Lorsque la pente du cOne sera peu sensible 
(ctoe du Drac à Grenoble) la pseudo- terrasse d'érosion aura toutes 
les apparences d'une vraie terrasse dont il pourra être très difficile 
de la distinguer. 

Ce phénomène est très fréquent dans les Alpes, et je Tai observé 
dans beaucoup d'autres régions (terrasse de Sainte-Ëgrève à 
Grenoble, terrasse entre Tain et Pont de Flsère citée au cha- 
pitre m, etc.). 

Si à la suite d'un mouvement négatif le cours d'eau principal 
s'abaisse en IH, il formera une nouvelle terrasse EH, bien 
distincte de CD, et qui seule fera partie de la série des ter- 
rasses régulières. Un fait de ce genre se produirait à Grenoble, si 
risère creusait son lit de 3o m. par exemple en se jetant en 
même temps sur sa rive gauche vers EchiroUes : il se formerait 
deqx terrasses. Tune de 3o m. dans la vallée principale ; l'autre 
de 5o à 60 m. d'altitude au-dessus de llsère à la traversée du 
cône de déjection du Drac : la première seule appartiendrait à la 
série des terrasses r^;ulières. 

On remarquera que le creusement du cône ayant pour effet 
d'abaisser le niveau de base de l'affluent, celui-ci devra également 
creuser son lit en y créant de petites terrasses d'érosion, confor- 
mément à la théorie de Mùhlberg. Telle est l'origine de celles que 
Ton observe au Saut des Chèvres près de Pont de l'Isère. 

11 est évident que toutes ces terrasses accidentelles ne doivent 
pas coiupter dans la série normale des terrasses d'une vallée, et 



igOI OB I. ISSER, DE LA MOSELLE, DU HHIN ET DU RHÔNE 3^1 

doivent même en être éliminées avec le pliLs ^and soin. Je pro- 
pose de les distinguer sous le nom de/ausses terrasses. 

A cette catégorie on peut rattacher les anciens deltas si fréquents 
dans tous les pays de montagnes. La plupart de ceux que j'ai 
étudiés forment de véritables terrasses qui peuvent occasionner de 
graves erreurs d'interprétation lorsqu'aucune coupe ne permet 
d'étudier leur structure interne. Je citerai parmi les plus remar~ 
<{uables : le delta de Saint-Laurent-du-Pont (Isère), celui de Pontar- 
lier, tous les deltas torrentiels de la haute Moselle, dont quelques- 
uns ont parfois l'aspect de vastes terrasses longitudinales (Dussang, 
sablons dn Thillot, sablons de Remenvillers, terrasses entre Rémi- 
z>emont et Noir-Gueux, Cresson, etc...). 

K. — Loi relative ii l'épaissear des terrasses régnlières 

Du moment où la formation des terrasses régulières est due à 
l'intervention de mouvements positifs, il est évident que leur 
épaisseur, du moins à l'embouchure, doit dépendre avant tout de 
-t.' amplitude de ces mouvements, et qu'elle doit être indépendante 
de la puissance d'érosion et de transport du cours d'eau et de 
l'importance du massif où il prend sa source. Les épaisseurs 
snesurées à l'embouchure des ditférents cours d'eau doivent donc 
^?tre égales, si les mouvements positifs qui ont donné naissance 
^%ux nappes correspondantes ont eux-mêmes été égaux, et si aucune 
«saose pertnrbatrice (déplacement horizontal du niveau de base par 
^sxemple), n'a altéré cette égalité. 

Malheureusement je ne connais aucun document qui permette 
«3e vérifler l'exactitude de cette déduction théorique aux embou- 
«^hores du Rhin et du Rhône. 

Vers l'amont, les épaisseurs doivent diminuer progressivement ; 
^c&«tle diminution doit naturellement être plus rapide dans les 
. -^^kJBneDts. On ne doit pas perdre de vue que ces épaii^seurs peuvent 
A«>cslement présenter des variations très coruiidérabtes dues soit 
'^■iJTix irrégolaiités dn profil longitudinal, soit surtout k la présence 
«::• e cônes de déjection d'origine latérale. 

Si l'on remarque qu'il existe une concordance presque parfaite, 
^^ u moins à partir de la haute terrasse, entre les altitudes relatives 
<:S-«s difl'érentus nuppes de ciiilloutis des environs de Bàle et de la 
%'aiAUte Moselle, d'une part, et celles di- l'Isser à son embouchure, 
«31 'autre pwL, et que par conséquent (■(:■?■ nappes ont dû être sensi- 
%>lenieDt parallèles entre elles et aux tlialwegs actuels, on pourra 



i'ja DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

admettre avec quelque vraisemblance que l'épaisseur de ces nap- 
pes a dû rester à peu près constante entre Tembouchure et le 
point où on les observe aujourd*hui. On peut donc sans commettre 
de grossières erreurs comparer entre elles les épaisseurs des 
terrasses des environs de Bâle, de la haute Moselle, de Tisser 
et même du Rliône. 

Le tableau ci-dessous est le relevé des épaisseurs que j*ai pu 
déterminer par moi-même, ou extraire des travaux cités dans ce 
mémoire ; j'y ai joint quelques observations relatives aux ter- 
rasses de la Durance faites par M. Kilian ^ 











i 1 






RUÔNB 




HAUTB- 






NIVBAUX 


18SBR 


BT 
I8ÈRB 


DURANCE 


MOSBLLB 


RHIN 


OBSBRVATIOXS 


20O" 


? 


9 


1 

> ao à 40" 




5o- à 
rirchel * 


* Nombre douteux. 

* Nombre probable- 


i3(>-i5o* 


40- » 


• 






So'ausud 
deRhein- 
felden * 


ment un peu faible. 

* Nombre certaine- 
ment trop faible. 

* GimwtixBR. Die 


Haute ter- 
rasse de 


35- 
environ 


9 

• 


3oà4o- 




i6"auBru- 
derholtz 

tfk ^ tf% 


diluvial., p. 613. 

* du Pasqoikii. Me 
<ft7uv<a/.. p. 74. Don- 


90 à 100" 










3o* ? au 
Rùtihard» 


né comme maximum. 
* Gtrrzwiixn . Op. 


Moyenne 


40 à 45- 


3o- 


» 


35à4o- 


Quelques 


eit,, p 5Q2. 


terrasse 




a 




^ f 


mètres 


^ GCTZWILUN. /<f.. 


de 5o à 
60- 




Romans 

s 




Archettes 


au plus 


p. 522. Ce nombre 
correspond donc à un 












maxunum. 


Basse ter- 


aSàSo- 


21- 


Be- 


.3o- 


3a-àBàle 




rasse de 




au 


au 


a 


près de 




3o- 




moins à 

Valence 

3 


moins 


Thaon 

• 


Taxe de la 
vallée ^ 




Basse ter- 


» 






ao- 






rasse de 








au 






I5-ÎI0" 








moins 







La plupart des nombres de ce tableau sont des minima. On ne 
doit pas perdre de vue, en ellet, que les débris des anciennes 
terrasses représentent le plus souvent le bord même de la nappe 
dont ils ont lait partie, et que pendant l'érosion de cette nappe, le 
cours d'eau attaquant nécessairement de préférence les parties les 

1. Kilian. Réunion extraordinaire dans les Basses-Alpes. B. S. G, F., (3), 
XXm, p. 801, 80Ô, 806, 814, 810. 



igOI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 3'j3 

plus afTouillables, a dû déblayer le lit sur les points où les allu- 
mions présentaient le maximum d'épaisseur. La partie la plus 
ëpaisse des anciennes nappes n'a été conservée que dans les rares 
circonstances où le creusement s'est eftectué dans une direction 
très difl'érente de celle suivie par le cours d'eau pendant le remblai 
^niveau de loo m. de l'Isser) ^ 

Sous cette réserve, et malgré le petit nombre des données, il est 
impossible de ne pas être frappé des analogies qui existent entre 
les épaisseurs des terrasses d'un même niveau appartenant à des 
Jbassins qui diffèrent cependant par tous leurs caractères (surface, 
"volume et vitesse des eaux, nature des matériaux, présence ou 
^^sence de glaciers . . . ). Le fait est surtout frappant pour la basse 
"ft^errasse. 

X^. — Observations concernant la recherche et l'étude comparée 

des terrasses 

Les considérations qui précèdent ne résolvent pas toutes les 
^questions que peut soulever la formation des terrasses régulières 
^ans l'hypothèse où je me suis placé ; quelques-unes exigeraient 
^es développements incompatibles avec les limites imposées à 
muette note ; d'autres ne sont pas actuellement susceptibles d'une 
solution. Parmi ces questions, je citerai celle qui est relative à la 
perturbation exercée sur la fori{iation des terrasses par l'interpo- 
sition d'un lac ou d'une zone d'affaissement. Les anomalies que 
^présentent les terrasses dans la Bresse, dans la plaine du Rhin 
ntre Bâle et Bingen, dans celle de Munich, sont probablement liées 
des phénomènes de cet ordre. J'y reviendrai peut-être un jour. 
Quoi qu'il en soit, et malgré leurs lacunes, ces considérations 
ourront servir de guide dans les recherches ultérieures, et c'est 
oor ce motif que je crois utile d'en résumer brièvement les consé- 
uences les plus intéressantes à ce point de vue. 

i*> La première chose à faire avant d'entreprendre l'étude des 
errasses d'une vallée, est de déterminer très exactement le profil 
ongitudinal du cours d'eau, surtout dans la partie où le profil 
'équilibre est réalisé ou à peu près. 

La connaissance de ce profil facilitera l'élimination des terrasses 
xrégulières : elle évitera de rechercher des terrasses régulières 
ans des régions où elles n'ont pas pu exister. 
L'examen du terrain, la considération des épaisseurs permet- 
'ILront souvent de distinguer les fausses terrasses. 

I. Voir ma note sur Tisser, p. 274» ^S' ^ ^t planctie III. 



3^4 1>B LAMOTHK. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

a"" Dans Tétude de détail, on devra tout d*abord faire abstrac- 
tion des limons, à moins qu'ils ne soient le produit du régime 
normal et permanent du cours d'eau. On déterminera ensuite le 
niveau le plus élevé atteint par les cailloutis, en ne perdant pas de 
vue que près des pentes et au débouché des ravins latéraux, ce 
niveau peut être considérablement relevé par les apports de 
toute nature. 

L'emboîtement de certaines terrasses rendra très difficile la 
distinction des niveaux, surtout quand la dénudation a effacé les 
formes caractéristiques. Il peut dans ce dernier cas occasionner 
des mélanges et des superpositions anormales de faunes, dont il 
est indispensable de tenir compte. 

Les cailloutis les plus anciens sont toujoui*s ravinés et dénudés, 
et comme ils ont eu une épaisseur considérable, les lambeaux d'une 
même nappe se montrent souvent à des altitudes très différentes. 
L'altitude primitive ne pourra dans ce cas être retrouvée que par 
la comparaison des altitudes d'un grand nombre de lambeaux. On 
pourra parfois reconnaître les niveaux en se plaçant à une certaine 
distance en face et en se guidant sur les formes générales du ter- 
rain, comme Ta indiqué du Pasquier ; j'ai apprécié dans la Moselle 
et dans l'Isser la justesse de cette observation. La connaissance 
des variations que présente la composition des nappes alluviales 
dans le sens vertical, sera dans bien des cas d'un grand secours 
(Rhin, Doubs). • 

La détermination des altitudes relatives devra être faite aussi 
exactement que possible, une erreur de quelques mètres pouvant 
fausser les résultats, en raison de la faiblesse des intervalles qui 
séparent les terrasses. Il serait imprudent de compter sur le 
baix)mètre, à moins de répéter 8 à lo fois les mêmes opérations 
dans des circonstances différentes de température et de pression, 
ainsi que je l'ai fait dans les Vosges de 1857 à i885, avant de 
pouvoir utiliser les levers de précision. On ne devra pas perdre 
de vue que les altitudes relatives croissent de l'aval vers l'amont 
et d'autant plus rapidement que les terrasses sont plus anciennes 
et les pentes du thalweg plus rapides. Cette notion devra toujours 
être présente à Tesprit quand on cherchera à suivre les terrasses. 
L'examen de la nature et de l'état de conservation des cailloutis 
pourra faciliter cette dernière opération. Les géologues suisses 
nous ont donné dans cet ordre d'idées un exemple qu'il serait 
désirable de voir imiter en France où Ton affecte trop souvent de 
laisser systématiquement de côté tout ce qui concerne latiistribu- 
tion des roches dans les terrasses et les dépôts erratiques. Je 



IQOI DE l'iSSER, de LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 3^5 

ferai toutefois remarquer, à cette occasion, que les faits obser- 
vés dans la Moselle prouvent que les données déduites de Faite- 
ration plus ou moins grande des galets n^ont qu'une valeur 
très relative, et ne doivent être interprétées qu'avec prudence. 

S"" Ce travail local terminé, si Ton veut procéder à la compa- 
raison des terrasses observées avec celles d'un autre bassin, on 
devra tout d'abord, s*il y a eu des déplacements horizontaux du 
niveau de base, rapporter toutes les altitudes relatives à une même 
position de ce niveau, opération délicate pour laquelle la connais- 
sance des anciennes plages pourra fournir d'utiles indications. 

Les comparaisons ne devront porter que sur des régions où les 
pentes des thalwegs actuels sont comparables, et où Ton peut 
admettre que révolution du profil longitudinal a été sensiblement 
la même. Il serait illogique, en effet, de comparer à priori les 
terrasses de vallées à pentes faibles avec celles de vallées à pentes 
relativement fortes. En principe, il sera préférable de limiter les 
comparaisons à des régions où les pentes actuelles sont également 
faibles. 

Dans tous les cas , on devra attacher plus d'importance au 
nombi*e des niveaux de cailloutis existant dans ime zone d'altitude 
donnée et à leurs intervalles, qu'à la concordance rigoureuse des 
altitudes relatives. 

II. — Objections que soulève la théorie 
de ropig^lne g^laclaipe des terrasses et de la formation 

du complexe g^laciaire 

Dans les conclusions du chapitre IV, je me suis contenté de faire 
remarquer que la concordance des systèmes de terrasses dans les 
quatre bassins étudiés, excluait la possibilité de leur formation 
par l'action d'une cause commune agissant à l'amont, ce qui 
conduisait à écarter Thypothèse de Tintervention des glaciers. 

11 me reste à montrer que cette hypothèse telle qu'elle a été 
présentée par ses auteurs, soulève des objections nombreuses qui, 
en dehors de tonte autre considération, sulliraicnt pour en justifier 
le rejet. 

Dans cette hypothèse, dont je rappelle sommairement les 
données essentielles, la formation des terrasses est liée exclusive- 
ment à la présence des glaciers et aux grandes oscillations de leur 
extrémité aval K A chaque glaciation, quelle qu'en soit la cause, 

I. Consulter les ouvrages déjà cités de du Pasquier et le Système glaciaire 
des Alpes, de Penck, du Pasquier et Briïckiier. 



3^6 DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEBS 3 Juili 

les glaciers s^avancent dans les vallées préexistantes, précédés 
d'un comblement fluvial, formé de V excédent des matériaux 
fournis aux rivières par le véhicule glaciaire ^ A chaque phase 
d'arrêt correspond un complexe glaciaire et fluvio-glaciaire de 
moraines et d'alluvions formant un tout contemporain de genèse 
indissoluble ^. 

Ce complexe quand il est intact, comme c'est souvent le cas 
pour les moraines internes, comprend un amphithéâtre moraini- 
que avec sa dépression centrale, et un cône de déjection partant 
des moraines (cône de transition), à un niveau beaucoup plus 
élevé que le fond de la dépression centrale et servant de nappe 
d^ raccordement avec les vastes plaines ou terrasses régulières 
qui s'étendent au loin vers Ta val. 

Pendant la phase de retraite des glaciei*s en amont des moraines 
terminales, le matériel charrié s'est déposé dans la dépression 
centrale, c'est-à-dire en contrebas des terrasses extérieures, et les 
cours d'eau ainsi déchargés ont commencé au sein des moraines 
et des terrasses extérieures, leur travail d'érosion. Ce phénomène 
s'est renouvelé autant de fois qu'il y a eu de glaciations. L'idée 
d'une variation de la ligne de rivage doit être écartée : elle n'est 
justifiée par aucun fait; elle est même en opposition avec les 
faits ^. 

La théorie de l'origine glaciaire des terrasses est, on le voit, 
tout l'opposé de celle à laquelle nous a conduit l'étude comparée 
de ces mêmes terrasses dans divers bassins. Tandis que dans la 
première, la cause de la formation des terrasses doit être cherchée 
vers la tête des vallées, et est liée à la présence des glaciers, dans 
la seconde la cause a agi exclusivement à l'extrémité aval des 
vallées et ne peut être que Toscillation du niveau de base. 

Je vais exposer aussi brièvement que possible les observations 
que suggère l'examen de cette doctrine. 

i^ observation. — Dans la théorie glaciaire, le remblai des 
vallées est la conséquence de la progression des glaciers, le creu- 
sement du remblai et même du substratum est lié à leur recul. Or, 
les faits actuellement observables sont en contradiction avec le 
principe même de cette double connexion. 

Dans les hautes régions alpines, on peut constater à chaque pas 
que les apports des plus modestes torrents sont presque toujours 

1. duPASQUiER. Les ail. glaciaires ^ p. 56. 

2. Système glaciaire, p. 12. 

3. du pASi^L'u II. Ule /lui'ioglacialen . . . , p. 09 et seq. — Les ail. glac.^ p. 07. 

i 



\ 



igOI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 3^^ 

au moins aussi considérables, sinon plus, que les moraines des 
plus grands glaciers, malgré l'extrême disproportion des bassins 
d'alimentation, et je ne crois pas qu'il existe dans les Alpes beau- 
coup de moraines dont la puissance pnisse être comparée aux 
cônes de déjection des grands torrents des Alpes françaises, tels 
que ceux de Boscodon, de Rioubourdoux, de Baudon, des Vachères, 
de Manival *, etc. Il est donc difficile, quand on réfléchit aux cir- 
constances dans lesquelles se produisent les allbuillements des 
bassins de réception des torrents, de ne pas admettre que si ceux- 
ci étaient remplis de glace, l'alimentation des cônes de déjection 
serait sinon supprimée, du moins extrêmement réduite. 

D'autre part, la majeure partie des matériaux transportés par 
les glaciers, est empruntée aux éboulis qui s'accumulent sur les 
pentes encaissantes, sous l'influence des agents atmosphériques ; 
la présence d'une couverture de glace en limitant la formation de 
ces éboulis doit nécessairement réduire en même temps l'impor- 
tance des moraines qu'ils alimentent. 

n résulte de ces deux données que les glaciers et leurs névés 
doivent être considérés plutôt comme des agents protecteurs du 
sol qu'ils recouvrent que comme des agents d'érosion, et que le 
résultat immédiat de leur extension doit être de diminuer la quan- 
tité totale des débris susceptibles d'être charriés. L'alimentation en 
matériaux de tontes grosseurs, des rivières issues de ces glaciers 
(à l'exception peut-être de la boue glaciaire), doit donc aller en 
diminuant pendant la progression des glaces et en augmentant 
pendant leur retraite, et il est dès lors absolument illogique de 
faire dépendre la formation du remblai de cette progression et 
son creusement, de cette retraite. 

Pour échapper à cette contradiction, les auteurs de la théorie 
glaciaire ont, fort habilement, imaginé de faire intervenir la 
dépression centrale, et supposé qu'au début de la retraite, les 
matériaux se déposant dans cette dépression ne pouvaient plus 
atteindre le cône de transition et le niveau supérieur des terrasses. 
Les eaux débarrassées des matériaux qu'elles charriaient devaient 
donc nécessairement creuser la barrière formée par la moraine 
terminale et la nappe alluviale. 

Il me suffira, je crois, de faire remarquer qu'en raison de la 
très faible capacité de la dépression centrale, son comblement n'a 
pas pu exiger un temps bien considérable, et que cette opération 
aussitôt terminée, les eaux surchargées de nouveau de maté- 

I. Les déjections du Boscodon (Ha aies- Alpes) sV-lèvent à 73 n». ao, et lu 
largeur du lit est de 3,33o m. (Surell). 



378 DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

riaux, ont dû cesser «le creuser et ont recommencé à aUavionner 
comme auparavant. Il n est, en outre, nullement évident que le 
creusement du barrage morainique ait pu atteindre pendant ce 
comblement une profondeur notable, puisque les eaux le franchis- 
saient sans vitesse. 

Ainsi, non seulement le creusement des nappes alluviales 
n'apparaît pas comme la conséquence nécessaire de la retraite des 
glaciers, mais Ton serait plutôt conduit à considérer cette retraite 
comme une nouvelle cause de remblai. 

Enfin, il convient de noter que dans la théorie glaciaire, les 
nappes alluviales correspondant aux glaciations successives, et 
par suite les terrasses qui en dérivent, devraient toutes converger 
vers l'embouchure, puisque le niveau de base est supposé inva- 
riable. Or cette convergence ne se manifeste certainement pas 
dans le Rhône, car il existe à Tembouchure, ou à peu de distance 
en amont, plusieurs niveaux de cailioutis dont le plus élevé d'après 
la carte géologique, est encore à i45 m. au-dessus du Rhône, sur 
le parallèle d'Avignon. 

2'"' observation, — Le mode de formation de la dépression 
centrale soulève également de sérieuses objections. Il n'existe 
aucun fait qui autorise, par analogie, à supposer que les anciens 
glaciers ont été capables d'édifier à leur extrémité terminale, des 
barrages continus élevés de 5o à 60 m. au-dessus de leur fond ; 
les moraines terminales des glaciers actuels sont, en effet, toujours 
largement éventrées vis-à-vis du débouché du torrent sous-glaciaire. 
Or, dans les anciens glaciers, le volume des eaux de fusion a dû 
être bien plus considérable que dans les glaciers actuels, comme 
le prouvent les faits observés au Groenland, et comme l'admet 
d'ailleurs du Pasquier. D'autre part, la masse de matériaux char- 
riés a été d*autant plus faible que le glacier approchait davantage 
de son maximum ; enfin, l'accumulation de ces matériaux sur le 
front du glacier, non seulement n'est pas instantanée, mais est au 
contraire très lente, tandis que l'écoulement des eaux de fusion 
est continu. Pour ces diverses raisons, il est bien difficile d'admet- 
tre que les torrents issus des anciens glaciers n'aient pas été 
capables de maintenir la liberté de leur chenal et d'empêcher la 
formation d'un Barrage transversal continu. 

Du Pasquier qui a sans doute entrevu l'objection, a cherché à 
expliquer l'édification du barrage et en même temps celle du cône 
de transition, en supposant que l'eau de fusion s'échappait de la 
base du glacier sous la forme d'une multitude de petits filets et 



IgQI DB LAISSER, JDE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 3^9 

non en une masse anique. Il est possible qa*un phénomène de 
ce genre puisse se produire sur un plateau, mais il ne se produira 
certainement pas dans une vallée plus ou moins encaissée, comme 
celle de TAar, de la Reuss, de l'Isère ou du Rhône. Les lois du 
mouvement des glaciers sont celles de l'eau, et, par suite, le profil 
du lit sous-glaciaire, sauf dans le cas où le glacier coule sur un cône 
de déjection, doit nécessairement être concave. Les eaux de fusion 
se rassembleront donc dans la partie la plus basse du profil 
transversal et formeront un coui'S d'eau unique. L'hypothèse de 
du Pasquier semble n'être qu'une réédition de la théorie du 
rouleau compresseur de Hogard, au moyen de laquelle ce géolo- 
gue, assimilant la marche des glaciers à celle d'un cylindre, expli- 
quait le nivellement longitudinal et transversal des nappes allu- 
viales ; elle est comme cette dernière en conti*adiction complète 
avec les lois expérimentales du mouvement des glaciers, et doit 
par suite être rejetée. 

5"»« obserçation, — Du Pasquier parait avoir attaché une 
grande importance à l'existence d'un faciès endogène et d'un 
faciès exogène du phénomène des terrasses par rapport aux 
moraines ^ Je me bornerai à faire remarquer que la disparition 
des terrasses régulières en amont des moraines s'explique d'une 
façon beaucoup plus simple dans la théorie que j'ai développée. 

En effet : a, — Comme je l'ai montré plus haut, les terrasses régu- 
lières sont spéciales à la zone où le profil d'équilibre a été atteint ; 
elles ne la franchissent que rarement vers l'amont où l'on ne rencon- 
tre que des terrasses localisées et irrégulières ; b, — Les glaciers ne 
paraissent pas en général s'être beaucoup avancés sur la zone où 
le profil d'équilibre était atteint, sauf peut-être à l'époque de leur 
maximum d'extension ; par conséquent la plus grande partie de 
ces terrasses régulières doit normalement se montrer à l'aval des 
moraines de la glaciation correspondante ; c, — Pendant leur recul, 
les glaciers ont dû raviner et détruire la majeure partie des 
terrasses régulières sur lesquelles ils avaient coulé et après leur 
départ définitif, la dénudation dont les effets sont d'autant plus 
grands que Ton se rapproche davantage des régions montagneuses, 
a achevé leur œuvre. 

4"^'' observation. — Ainsi que l'a fait remarquer M. de Lappa- 
rent -, le phénomène des terrasses ne peut être une conséquence 
exclusive du régime glaciaire, puisque nous retrouvons des sys- 

I. du Pasquier. AU. glaciaires, p. 02. 

a. (le Lappahk.nt. Traité de géologie, 4* édit., p. i(>33. 



38o DE tAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEK6 3 Juin 

tèmes de terrasses dans des vallées comme celle de la Somme, où 
il n y a jamais en de glaciers. Les faits observés dans Tisser sont 
encore plus concluants, puisqu'à Tembouchure, les terrasses et les 
plages sont en connexion intime. Il y aurait donc eu, dans 
des bassins très voisins, des systèmes de terrasses formés les 
uns par l'intervention exclusive des glaciers, les autres sons 
Tempire de conditions absolument différentes : ce qui est bien 
improbable. 

S*"^ observation. — La concordance des épaisseurs est une 
objection non moins grave. Les données que j'ai citées plus haut 
montrent, en effet, que Tépaisseur de terrasses de même altitude 
relative et que Ton peut considérer comme synchroniques est 
indépendante de l'importance des massifs. Dans la théorie glaciaire 
cette épaisseur devrait au contraire être proportionnelle à cette 
importance. 

6^^ observation, — Il ne paraîtra peut-être pas hors de propos, 
de rappeler ici que la région en amont et en aval du barrage de 
Noir-Gueux qui représente au point de vue topographique un 
appareil glaciaire complet, a été cependant exclusivement façonnée 
par les eaux, sans aucune intervention de la glace. 

On voit, en résumé, que non seulement la théorie de lorigine 
glaciaire des nappes alluviales et des terrasses est contredite par 
les faits exposés dans ce mémoire, mais que le mécanisme même 
de leur formation soulève de sérieuses objections. Elle doit donc 
être complètement rejetée. 

Faut-il en conclure qu'il n'existe aucun lien, même indirect, 
entre la maix;he des glaciers et la formation des nappes alluviales 
et des terrasses ? Je ne le pense pas, et je crois même que d'après 
les rapports d'âge et de position qui semblent exister entre les 
glaciations et certaines terrasses, on est dans une certaine me- 
sure autorisé à admettre Texistence de ce lien comme probable. 

Sa nature me paraît pouvoir être déduite des considérations 
ci-après : Les mouvements positifs en étendant le domaine mari- 
time, les mouvements négatifs en le restreignant, doivent néces- 
sairement amener des modifications dans le climat, modifications 
très faibles sans doute, mais dont l'effet sur les glaciers peut 
devenir considérable si la durée du phénomène est suffisamment 
prolongée. L'influence des mouvements négatifs est encore accrue 
par Taffaissement dt* la nappe de glace consécutif du creusement 
de la vallée : il sufBt pour se rendre compte de la valeur de cette 
influence de remarquer qu'après la formation de la nappe de 



tgOI DE L*I5SER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE - 38l 

i3o-iSo m.^ il y a eu antériearement à la haate terrasse un creu- 
sement de 90 m. dans la zone du profil d'équilibre. J'ajouterai que 
quelques géologues ont reconnu implicitement la connexion entre 
les oscillations du niveau de base et les mouvements des glaciers 
en faisant coïncider une partie de leurs périodes intcrglaciaires 
avec des émersions K 

On peut donc admettre comme vraisemblable que les mouvements 
positifs ont en principe provoqué la progression des glaciers et que 
les mouvements négatifs ont au contraire déterminé leur retraite, 
et conclure par conséquent que, comme dans la théorie glaciaire, 
la progression des glaciers a coïncidé avec la formation des nappes 
alluviales et leur retraite avec le creusement de ces nappes. Mais, 
tandis que dans la théorie glaciaire, c'est la marche du glacier qui 
provoque suivant son sens le remblai ou le creusement, dans 
l'hypothèse où je me suis placé, c*est Toscillation du niveau de 
base qui règle le sens de cette marche, en provoquant en même 
temps le remblai ou l'érosion. Il n*y a donc pas de lien direct de 
cause à eitet, entre la formation des nappes alluviales et des 
terrasses et les mouvements des glaciers, mais seulement un lien 
indirect, dû à ce que ces divers phénomènes sont sous la dépen- 
dance d'une même cause^ l'oscillation du niveau de base. 

En partant de ces données et en appliquant aux glaciers les lois 
qui régissent l'évolution des cours d'eau, je me suis assuré qu'il 
était facile de donner une explication rationnelle et simple des 
particularités observées au contact des glaciers de la dernière 
extension et de la terrasse basse, et notamment de la formation 
du complexe glaciaire. Mais cette explication m'entralnei'ait en 
dehors du cadre et des limites imposées à cette note et il me parait 
préférable de rajourner pour le moment. 

Quoi qu'il en soit, on peut, semble-t-il, concevoir ainsi qu'il suit 
la marche des phénomènes glaciaires dans les Alpes occidentales. 
La surrection des grands massifs montagneux à la fin du Pliocène 
marin et les conditions climatériques résultant de la position 
élevée du niveau de base, expliquent l'apparition et l'invasion des 
glaciers alpins. Si le niveau de base était resté invariable, ces 
glaciers auraient progressé d'une façon plus ou moins continue 
jusqu'à im maximum correspondant à l'état d'équilibre entre les 
causes favorables à l'extension et les causes opposées, et ils s'y 
seraient maintenus. Mais les oscillations du niveau de base ont, 
à deux reprises, interrompu la continuité de cette progression et 

I. Voir J. Geikie. The gréai ice âge, 3* edit., p. O07 et seq. 



38â DE LAMOTUE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Jllin 

déterminé de grandes oscillations dans la masse glacée (glacia- 
tions des niveaux de âoo-Q3o m. et de i3o-i5o m.). 

Le grand mouvement négatif qui a suivi le nuiximum d'extension 
(glaciation de la haute terrasse), a définitivement rompu Téqui- 
libre entre les causes d*extension et les causes opposées, au profit 
de ces dernières, et la retraite générale des glaciers a commencé, 
interrompue seulement par des poussées en avant dues aux mou- 
vements positifs qui ont amené la formation des nappes de la 
moyenne et de la basse tentasse. 

Résumé final 

Ce long mémoire peut se résumer en quelques lignes. L* étude 
comparée des systèmes de terrasses de Tisser, de la Moselle, du 
Rhin à Bâle et du Rhône à Valence, démontre que ces systèmes, 
abstraction faite du niveau le plus élevé, sont presq[ue identiques 
et superposables. On retrouve partout, dans une zone de soo m. 
d*altitude environ au-dessus des thalwegs, six niveaux de cailloutis, 
séparés par les mêmes intervalles dans les différentes vallées, et 
si Ton tient compte de Tétat actuel du profil d*équilibre, on 
constate que les altitudes relatives sont partout les mêmes. 

Ces faits ne peuvent s'expliquer qu'en admettant que les nappes 
alluviales et les terrasses se sont formées sous l'influence d'oscil- 
lations eustatiqueSy à^ résultante négative, qui ont affecté de la 
môme façon les niveaux de base et ont déterminé dans les vallées 
étudiées des alternatives d'érosion et de remblai, qui ont peu à 
peu amené celles-ci à leur état actuel. Les mouvements positifs ont 
été très lents ; les mouvements négatifs paraissent n'avoir été ni 
instantanés, ni même très rapides. 

Réciproquement, en admettant la réalité de ces oscillations, il 
est facile d'expliquer et de prévoir la plupart des particularités 
que présentent la formation et la distribution de terrasses. 

On est ainsi conduit à rejeter la théorie qui fait dépendre la 
formation des nappes alluviales et des terrasses des oscillations 
des glaciers. 

Enfin, les alternatives de creusement et de remblai qui ont 
déterminé la formation des vallées, ne peuvent se concevoir 
qu'en admettant qu'une période de temps d'une dui'ée extrême- 
ment considérable nous sépare de l'époque où ont apparu les cail- 
loutis du niveau le plus élevé. 



1901 DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 383 



SOMMAIRE 

lîTIBODUCTION 297 

Ghapitrb I. — Résumé des faits observés dans Visser 297 

Chapitrb n. — Bxamen des difficultés que soulève la comparaison des 

résultats obtenus dans Visser avec les observations 

similaires faites dans d*autres régions 3o4 

I* Impossibilité d'utiliser actuellement les maté- 
riaux fournis par l'étude des anciennes plages. . 3o5 
a' Difficultés de l'étude comparée des anciennes 

terrasses fluviales 3o8 

ITRB lU. — Etude des terrasses de la Moselle, du Rhin et du Rhône, 3io 

I. — Vallée de la Moselle 3io 

II. — Vallée du Hhin près de Bàlc 335 

III. — Vallée du Hhône près de Valence 339 

iTRB IV. — Comparaison des résultats et conclusions. .... 343 
rrRB V . — Considérations théoriques sur la formation des ter- 
rasses et leurs relations avec les glaciers 355 

I — MrCANISMB DB la formation DBS TBKRASSBS. . 358 

A. — Les oscillations du niveau de base sont exclusi- 
vement verticales 358 

B. — Le niveau de base ne subit que des déplacements 
horizontaux 366 

C. — Le niveau de base se déplace à la fois verticale- 
ment et horizontalement 367 

D. — Nécessité d'éliminer de la série des terrasses 
régulières certaines formes dont l'origine est 
toute différente 369 

£. — Loi relative à l'épaisseur des terrasses régulières. 371 
F. — Observations concernant la recherche et l'étude 

comparée des terrasses 373 

II. — Objbgtions qub soulbvb la tukorib de 

l'ORIOINB GLAGIAIRB des TBRRASSBS BT DR LA FOR- 
MATION DU COMPLEXE OLAGIAIRB 375 

FINAL 38a 




la suite de cette communication, M. E. Haug présente les 
rvatioas suivantes : Les résultats théoriques de l'importante 
Lnonication du colonel de Lamothe sont la conclusion logique 
«au travail sur les terrasses de Tisser qui a paru il y a deux 
^^ans notre Bulletin. Un grand nombre de lecteurs de ce travail 
^ certainement conclu dans le même sens et M. Kilian en 
'^^'^-iculier a appliqué aux vallées alpines la théorie des creuse- 
^^ts successifs à la suite de changements successifs dans le niveau 



384 SÉANCE DU 3 JUIN I9OI 

de base. * En ce qui me concerne, j ai également envisagé la possi- 
bilité de cette interprétation des terrasses ^, mais les faits que Ton 
observe dans les vallées de plusieui*s cours d'eau alpins m'ont 
convaincu du danger qu il y aurait à la généraliser. Si Ton suit les 
terrasses en aval, on constate que leurs différences d*altitnde 
s'atténuent graduellement, en même temps qu'elles se rapprochent 
du thalweg actuel. Finalement les nappes de galets correspondant 
à chacune d'elles se trouvent au-dessous des actuelles et elles sont 
superposées en succession normale, au lieu d'être « emboîtées » 
comme précédemment. Sur les côtes septentrionales de la Médi- 
terranée on cherche en vain des « plages soulevées » qui se raccor- 
deraient avec les terrasses du Rhône et de la Dnrance. La 
meilleure interprétation des terrasses des vallées me paraît tou- 
joui*s être celle qui admet des alternances périodiques d'alluvion- 
nement et de creusement dues à des variations météorologiques, 
qui elles-mêmes ont déterminé une succession de périodes gla- 
ciaires et interglaciaires. Dans tous les cas les observations si 
précises du colonel de Lamothe fourniront une base précieuse à 
toutes les discussions ultérieures du problème des terrasses et il 
serait à souhaiter que des travaux analogues fussent entrepris 
dans toutes les grandes vallées de l'Europe occidentale. 

M. G. Dollf U8 croit qu'on peut faire des objections importantes 
à la théorie de M. de Lamothe. 11 ne peut séparer les périodes de 
creusement des périodes de dépôt, ce sont deux aspects du même 
phénomène. Il a fallu pour les uns, comme pour les auti*es, un 
volume d'eau considérable, équivalent. Pour les terrasses quater- 
naires de la vallée de la Seine, il ne lui a pas été possible de relever 
de niveaux constants; les graviers s'élèvent généralement jusqu'à 
une trentaine de mètres au-dessus du ileuve, plus haut et brusque- 
ment il n'existe plus de trace de creusement violent. Les fleuves 
torrentiels pleistocènes arrachaient en certains points de leurs 
berges des débris qu'ils allaient déposer en aval, et en des points où 
la rapidité de leur cours était momentanément ou localement moins 
grande; ces débris étaient vingt fois repris et redéposés avant 
d'atteindre le niveau de repos de base. Il n'y a aucune apparence 
de mouvements périodiques. 

I. W. KiLiAN. Observations à la suite d*une note de M. Fr. Arnaud. BulL 
Soc. dauphin, d'ethnol. et d'anthropoL, t. VI, n' a, p. 191, 1898. — 1d. Note 
sur le « surcreusement » des vallées alpines. B. S. G. F., (3), XXVIIl, p. 1004- 
ioo5, 1900. 

a. Art. Ql'atkhnaihk, (Irande Encyclopédie, t. XXVIl, p. 1109. 



NOUVEAUX DOCUMENTS RELATIFS 

A LA 

GÉOLOGIE DES ALPES FRANÇAISES 

par MM. W. KILIAN et P. TERMIER. 



A. — Sur qaelqaes roches nouvelles ou peu connues des Alpes françaises. 

B. — Matériaux pour l'étude des gabbros et de leur cortège de schistes 

cristallins dans le Queyras et le firiançonnais . 

C — Contributions à la connaissance des « schistes lustrés » du firian- 
çonnais et du Queyras. 

D. — Sur quelques schistes cristallins de la zone du Piémont. 

Plus de dix années d*explorations dans les Alpes françaises, 
durant lesquelles un grand nombre de courses communes et Thabi- 
tude (|ue nous avons prise de nous soumettre mutuellement les 
résultats de nos rechercbes nous ont facilité la solution de maints 
problèmes délicats, nous i>erinettent aujourd'hui de livrer à la 
publicité, en notre nom commun, quelques documents qui ne ren- 
trent que difficilement dans les mémoires que chacun de nous se 
propose de consacrer à des réj^^ions déterminées de la chaîne. Les 
détails stratigraphiques que Ton va lire sont généralement dus aux 
observations de M. AV. Kilian; tout ce qui concerne les descriptions 
pétrographiques et les conclusions qui dérivent de Texamen litho- 
logique doit être attribué à M. P. ïermier. 

A. — Sur quelques roches nouvelles ou peu connues 

des Alpes françaises 

I. — Andésite de Guillestre 

Le long du torrent du Guil, en amont de Guillestre et en aval de 
la Maison du Roi, se montrent de grandes masses d'une roche 
éruptive dont Texistence a longtemps passé inaperçue. Ces aflleu- 
rements attirent cepiMulant l'attention du géologue par la teinte 
foncée qu'ils donnent aux parois rocheuses qui encaissent le coui^s 
d'eau en cet endroit. Cette gorge sombre et profonde est dominée 
de très haut par la route du Queyras. 

19 Octobre 1901. — T. i^r. Bull. Soc. Géol. Fr. — a5 



386 W. KILIAN ET P. TERMIBR 3 Juin 

Signalée pour la première fois par Ch. Lory, en i883, dans une 
« Note sur deux faits nouveaux de la Géologie du Briançonnais )», 
insérée dans le Bulletin de la Société géologique de France ( [3], 
XII, p. 117), où le célèbre, géologue alpin lui consacre quelques 
lignes, la roche de Guillestre a été sominairement décrite à ce 
moment, mais sans faire Tobjet d'une diagnose détaillée; Lory se 
borne à constater qu'elle est inférieure aux quartzites triasiques et 
qu elle constitue le noyau d'un pli anticlinal. Il la qualifie de 
« porphyre massif » et la rapproche du porphyre de la Windgaelle 
dans les Alpes suisses, tout en remarquant qu'elle « parait pré- 
senter des caractères pétrographiques un peu différents » ; il la 
rapporte, comme cette dernière, à l'époque permienne. En 1891, 
l'un de nous * mentionna de nouveau cette roche, — dont des 
échantillons avaient été communiqués à M. Michel-Lévy qui y avait 
reconnu une porpkyrite, — en ajoutant qu'elle ne traverse pas les 
quartzites du Trias inférieur et qu'on la retrouve en galets et en 
fragments dans la plupart des conglomérats permiens de la région 
(L'Argentière, etc). 

Depuis lors, les environs de Guillestre ont fait l'objet * d'explo- 
rations détaillées qui ont mis en évidence la structure compliquée 
de cette région. Un profil parallèle au Guil, publié par l'un de nous 
dans le Bulletin du Service de la Carte géologique de France *, 
montre la place qu'occupe la roche éruptive de Guillestre dans la 
série des assises : elle forme la partie axiale d'une voûte anticlinale 
qui ne permet pas de reconnaître son substratum, mais qui laisse 
voir, immédiatement au-dessus, les quartzites du Trias inférieur, 
suimontés eux-mêmes par toute la série sédimentaire au-dessus de 
laquelle réapparaissent une seconde fois, par l'effet d'un pli couché, 
à flanc inverse étiré, les calcaires du Trias de la montagne de 
Saphie, également reployés en voûte. 

La roche occupe donc le niveau du Permien ; quoique la gorge 
du Guil ne montre pas les couches sur lesquelles elle repose, elle 
présente les allures d'une masse interstratifiée. L'épaisseur de la 
masse éruptive est de plus de 2200 mètres. Quant aux galets qui se 
rencontrent à la base du Permien, un examen microg^aphique 
auquel les a soumis M. Termier, a montré qu'il s'agissait surtout 
de rhyolithes. Ajoutons q[ue les environs de Guillestre appartiens 



1. W. KiLiAN. Notes sur Thistoire et la structure géologique des chaînes 
alpines de In Maurienne, etc. B, S. G. F., (3), XIX, p. 671, 1891. 

2. W. KiLiAN. Nouvelles observations géologiques dans les Alpes delphino- 
provençales. B. S. C. G. F., n* 76, 1900. 



igOl GÉOLOGIE DES ALPES FRAJ^ÇAlSKS 36j 

nent à la portion occidentale de la zone da Briaûçonnais, dont 
toutes les assises ont le faciès caractéristiqae. 

La roche de Goillestre se présente, à Vœil /lu, sous deux aspects 
différents : tantôt elle est compacte, d*un vert foncé avec quelques 
cristaux de feldspath plus clairs ; tantôt, et c*est le cas le plus 
fréquent, elle est d'un rouge violacé et montre, dans une pâte 
lie-de-yin, des cristaux, blanchâtres ou verdâtres, de feldspath, 
qui mesurent jusqu'à 3 et 4 millimètres de longueur. Les variétés 
lie-de-vin sont les mieux conservées. Quant aux échantillons veris, 
ils sont très altérés, souvent schisteux et presque méconnaissables. 

Au microscope^ les échantillons lie-de-vin montrent les éléments 
suivants : 

De grands cristaux de feldspath, formant environ le tiers de 
la masse totale de la roche, bien idiomorphes, mâclés, criblés de 
petites inclusions de kaolin, de chlorite, et présentant les carac- 
tères d*une oligoclase-albite ; 

Des prismes courts et trapus d'apatite roage poljrchrolque ; 

De nombreuses sections d*un minéral magnésien (probablement 
hornblende) entièrement épigénisé par inagnétite, chlorite, calcite, 
sphène, et peut-être aussi talc ou mica blanc ; 

De nombreux grains de magnétite ; 

Enfin une pâte holocristalline très chai*gée d'oligiste en fibrilles 
ténues et formée, pour le surplus, d*un feutrage feldspathique dont 
l'analyse optique n est pas possible. 

La composition chimique est la suivante (analyse d^un échan- 
tillon lie-de-vin, par M. Pisani) : 

SiO» 58,5o 

Al»0» 19,80 

Fe*0» 3,oi 

FeO iM 

MgO 4,15 

CaO 3,i5 

K«0 i,oo * 

Na'0 6^ 

H«0 a,io 

CO« 0,40 

Total loo^a 

En comparant cette analyse aux résultats de Tétude microgra- 
phique, on voit que la composition minéralogique actuelle de la 
roche de Guillestre est ti^ès sensiblement la suivante : 



388 W. KILIAN ET P. TERMIER 3 Juin 

65 V* ^*i^ feldspath oligoclase-albite à la An, 

3 */• oligiste et magnétite, 

I '/. calcite, 

I 7. sphène, 

o,5*/. apatite, 

6 7* orthose, 
i5 7. chlorite, 

a 7* quartz libre, 

6,5 7. kaolin. 



Total. ... 100 

La restauration de la roche est facile. On peut admettre qu*elle 
a perdu, par métasomatose, environ lo % d'anorthite, le vide 
laissé par le dépôt de cette anorthite étant actuellement comblé 
par le kaolin, une partie de la chlorite et une partie de la calcite. 

La roche originelle contenait ainsi environ ^5 % de sa masse 
d'un feldspath triclinique (moyen) à q5 An, c'estrà-dire d'un oligo- 
clase. C'était donc une andésite relativement alcaline, renfermant 
d'ailleurs un peu d'orthose, et voisine, par conséquent, des tra- 
chy andésites. 

Ce nom d'andésite (rigoureusement synonyme de celui de por- 
phyrite dont on s*est servi pour désigner la même roche) impUque 
ridée que la roche de Guillestre est une roche d'épanchement. C'est, 
en effet, l'hypothèse qui semble la plus plausible, d'après les 
caractères généraux et la structure. 

Mais il peut se faire que ce gisement de Guillestre soit réelle- 
ment laccolithique ; et dans ce cas le nom de microdiorite convien- 
drait mieux que celui d'andésite. Cette microdiorite serait inter- 
médiaire entre les microsyénites de Puy-SaintAndré et les roches 
basiques du Chardonnet et de Prelles; mais elle s'en écarterait 
par beaucoup de caractères. Il convient d'indiquer ce rapproche- 
ment sans y insister davantage, et on peut considérer jusqu'à 
nouvel ordre la roche de Guillestre comme distincte des roches 
intrusives du HouUler briançonnais. 

L'apatite rouge de l'andésite de Guillestre a fait l'objet d'une 
note spéciale de l'un de nous ^ Cette apatite rappelle, par la 
plupart de ses propriétés les apatites cérifères de Norwège, signa- 
lées par M. Brôgger. 

I . P. Tkrmibr. BulL Soc. franc, de Minéralogie y t. XXIII, p. 48- 



I9OI GÉOLOGIE DES ALPES FRANÇAISES 3Sq 



2. — Nouveaux gisements de migrodiorite 

Il convient de signaler la découverte de nouveaux affleurements 
de migrodiorite au col du Raisin et près du col de BufTère, dans 
le bassin de la Guisanne, ainsi qu'au nord-est de Réotier, sur la 
rive droite de la Durance. 

Ce dernier gisement, le plus méridional de tous ceux qui ont été 
découi^erts jusqu'à présent, est situé sur la limite occidentale de la 
zone du Briançonnais, dans une bande anticlinale houillère appar- 
tenant à un faisceau de plis qui va s'enfoncer sous le Flysch au 
Plan-de-Phazy après avoir fait apparaître un noyau de granité 
(type Pelvoux). Située plus à lest et absolument distincte du gise- 
ment de roches vertes de Réotier dont nous avons parlé dans des 
notes précédentes *, la microdiorite que nous signalons ici affleure 
non loin de la crête de la montagne qui longe la rive droite de la 
Durance, à peu près en face de la gare de Montdauphin et au 
nord-est du pont du chemin de fer. Elle est interstratifiée dans les 
grès houillers. L'identité de cette roche avec celles qui abondent 
dans le Rouiller des environs de Briançon ^, mérite d'être souli- 
gnée, car elle est ici très voisine d'un pointement de granité du 
type Pelvoux, dont on ne peut tectoniquement la séparer. 

Voici les diagnoses de ces roches : 

Roche érupiiife çerte, entre Réotier et Champcella {préparation 
iV« 5 y 4) ^- — Microdiorite (indubitablement), dont les grands felds- 
paths sont kaolinisés et dont la hornblende est entièrement trans- 
formée en chlorite. La pâte est formée de petits cristaux feldspa- 
thiques et d'assez nombreux grains de quartz. 

Roche érupiiçe du col du^ Raisin (préparations N°' i-ri). — 
Microdiorite, type relativement basique, analogue, sinon identi- 
que, à celui de Chardonnet. Affleure en massifs interstratifiés de 
5 à 30 m. d'épaisseur; on y a exploité de la galène. 

I. KiLiAN et Tbrmier. Sup quelques roches éruptives des Alpes françaises. 
B. S. G, F., (3), XXIII, p. 395. — Id. Note sur deux types pétrographiques, 
etc. Id., (3), XXVI, p. 357. 

. a. Tbrmier et Kilian. Contributions à l'étude des microdiorites du Brian- 
çonnais. B. S G. F., (3), XXVI, p. 348. — Trrmikr. Sur le ratUchement à 
une souche commune des roches intrusives du Houiller briançonnais. Ibid., 
(4), I, p i5;. 1901. 

3. Les numéros mentionnés entre parenthèses se rapportent aux prépara- 
tions et aux échantillons conservés dans les collections de la Faculté des 
Sciences de Grenoble. 



390 W. KILT AN ET P. TERMIER 3 Joill 

Roche éruptiQe du fond du cirque du Raisin {préparations N^ i5 
et 16). — Microdiorite du même type, mais ici la roche est très 
altérée. 

Microdiorite du col du Raisin (préparations iV*** 223'22/f). — 
Même type. 

Microdiorite, entre Rochenoire et le col de Ruffère {prépara- 
tions iV** 2p-v?j). — Même type que celui du Ghardonnet, sans 
aucune particularité intéressante. 

Roche interstratijiée dans le Houiller au nord-ouest du col de 
Ruffère {préparations iV**" 254 ^^ 255), — Microdiorite du type 
du Ghardonnet. 

3. — MiCROaRANITE DE SeRRE-BaRBIN 

Gette roche est à peu près identique au microgranite des Gar- 
déoUes, près Briançon, décrit en 1899 par Tun de nous ^ 

Dans cette localité de Serre-Barbin, située sur la rive gauche de 
la Guisanne, en aval des Guibertes, on observe, près d'une galerie 
de mines creusée pour la recherche du mispickel, quatre filons- 
couches de microgranite, épais de i à 5 mètres et inclinés vers le 
sud-est. Ges filons alternent régulièrement avec les bancs du terrain 
houiller. L*aspect de la roche est assez variable : on distingue des 
variétés euritiques et des variétés fibreuses, étirées par le dynamo- 
métamorphisme, qui ont taspect de schistes quartziteux. La 
couleur est d'un gris clair. 

M. Termier a étudié plusieurs préparations» du microg^ranite de 
Serre-Barbin ; voici le résultat de son examen : 

Microgranite de Serre-Rarbin {préparations iV*» ly à 23). — 
Grands cristaux de quartz, de mica noir entièrement chloritisé, de 
feldspath presque entièrement kaolinisé. Quelques sections felds- 
pathiques montrent encore les caractères d'un plagioclase très 
voisin de ialbite, mais qui n'est probablement pas le plagioclase 
originel. Pâte excessivement fine, faite de quartz et d'orthose. 

Quelques échantillons sont froissés et laminés avec large déve- 
loppement de mica blanc secondaire (à Fœil nu, aspect schistoïde 
et satiné). 

I. Termier. Microgranites de la valiée de la Guisanne. B, S. G, F., (3), 
XXVn, 1». 399, 1899 



I9OI GÉOLOGIE DES ALPES FRANÇAISES 3qI 

4. — Brèches et gneiss du glaciaire de la Matheysine 

n existe non loin de la Mure (Isère), sur une langue de terre qui 
^pare le lac de Latlrey du lac de Petit-Chat, une série de gros 
M>locs erratiques d'aspect bréchoîde et de provenance exacte incon- 
ue, qu'il a semblé intéressant de soumettre à un examen appro- 
bndi. D'après la disposition générale des dépôts glaciaires dans 
a région des lacs * , le glacier qui a pu amener ces blocs au point 
ù on les trouve actuellement devait venir du nord (chaîne de 
elledonne) et non, comme on le croyait, du sud (massif du Pel- 
^onx). 
Voici la diagnose de cette roche donnée par M. Termier : 
Brèches dans le Glaciaire, entre Laffrey et Petit-Chat (prépara- 
ion N^ 61 y). — Débris et blocs d'une aplite d'un blanc rosé, très 
Icaline (albite et orthose), et peu quartzeuse, d'un type analogtae 
celui du Pelvoux. Le ciment est de la sidérose ou de la calcite 
nglobant dans sa cristallisation d'innombrables débris plus petits 
t comme une poussière de la même roche et aussi de roches 
^hloriteuses. 

Ces brèches sont des remplissages de fentes, failles et filons ; on 
eut les observer en beaucoup de points du Pelvoux et des Grandes 
ousses. 

Sur le même plateau et da^s la même traînée glaciaire, on 
^^uve, près du lac Mort, des fragments de gneiss ; M. Termier en 
fait Fexamen inicrographique, qui l'a conduit au résultat sui- 
vant : 

Gneiss blanc. Glaciaire du lac Mort, laminé (préparation 
o 023). — « Ce type m'est inconnu, et je ne pense pas qu il 
rovienne du massif du Pelvoux. » 



B. — Matériaux pour l'étude des gabbros et de leur cortège 
e schistes cristallins dans le Queyras et dans le Briançonnais 

L'étude approfondie que Tun de nous a faite d'une partie du 

^^ueyras, en vue de l'établissement des feuilles « Aiguilles » 2 et 

^* l^rche » de la Carte géologique détaillée de la France lui a 

IVmmi l'occasion de porter son attention sur les « roches vertes » 

I. Voir à ce sujet : W. Ktlian. Bull. Serv. Carte géol. de Fr., N* 75(1900). 
a. W. Kilian. Feuille Aigruilles, in C. R. des Collaborateurs. Bull. Serv. 
^-arte géol. de France, N* 63, tome X, 1898, p. 786 (avec flgures). 



39» 



W. KILIAN ET P. TERMIER 



3 Juin 



qui forment une série de massifs aux enriroDS d'Àbriès et qui 
appartiennent toutes an groupe des gabbros. 

Il lui a été possible d'observer ainsi une série de faits curieux 
qui peuvent se résumer comme suit : 

a) Les gabbros, qui constituent ici des masses énormes (Pelvas, 
Pnnta Gastaldi, Viso, etc.) traversées de Hlonnets d'albite et d'épi- 
dote, sont intimement liés aux serpentines dont il est souvent 
impossible de les séparer sur la carte. Aux gabbros et à leurs 
variétés sont associés en outre des variolites, des diabases, des 
ophites et des schistes serpentineux, 

b) Plusieurs des massifs de roches éruptives du Queyras ont 
une structure nettement anticUnale que le laminage de la roche 
éruptive rend très visible ; ce fait est particulièrement net dans la 
crête qui court de la brèche Bouchet au col de Malaure, et qui pré- 
sente plusieurs plis isoclinaux de roches vertes au milieu des 
schistes lastrés (Gg. a). 

Cette disposition a été figurée par l'un de nous en 1898. 

c) La plupart de ces massifs, et notamment ceux dont la dispo- 

sition anticlinale est visi- 
ble, sont séparés des schis- 
tes lastrés environnants 
par une assise plus ou 
moins épaisse (3 à ao mè- 
tres) de marbres tabulai- 
res , parfois phylliteux 
( Pelvas , Brie - Bouchet , 
Médille, Taillante, col 
Agnel, Valante) qui est, 
ainsi que l'avait déjà re- 
marqué Cb. Lory entre le 
col Vieux et la Cbalp (ou 
l'Ëchalp ) , fréquemment 
coupée d'intercalations 
répétées et de Slonnets 
de roches vertes ' (fig. i). 

Les gabbros, souvent totalement ou partiellement transformés 
en serpentine, forment donc une série de pointenients anticlinaux, 
entourés de marbres phylliteux, au milieu de^ schistes lustrés. On 
remarque dans ces massifs les types suivants : 



I. A la Taillante (près du tac Poréant) on observe pini 
de calcaires marbres et de'gsbbros laminés. 







— Coupe relevée aa sud de l'Echalp 
(Qaeyras). 
, Gabbros ; a. Serpentine ; Itc, Marbres 
cristalUna avec intrusions de gabbros ; 
A, Ebuulis ; u. Carrière de marbre. 



i alternances 



GEOLOGIE DR» AU>ES FBANÇAISES 



393 




394 ^' KiLTAN ET P. TERMiER 3 Juin 

i) Euphotide à diallage généralement plus ou moins ouralitisé 
ou épigénîsé (trémolite, bastite, glaucophane), avec chlorite, épi- 
do te, albite secondaire et quartz (Villanova) ; 

a) Des roches schisteuses à zoîsite, sphène, actinote, chlorite, 
trémolitc, glaucophane, séricite, épidote, parfois pyritifères (Bric- 
Bouchet), résultant de la transformation des gabbros ; 

3) Micaschiste à épidote, zoîsite, sphène, chlorite, séricite, 
orthose et quartz, provenant probablement de la recristallisation 
d*une roche éruptive. 

Les gabbros du Pelvas sont riches en filonnets de minéraux 
intéressants (anorthite, épidote, prehnite, zoîsite). 

Au col Péas, M. Zûrcher a récolté de la serpentine compacte vert 
pftle, translucide sur les bords, dont l'aspect rappelle la jadéite. 

De ces observations, ainsi que de celles cpii ont été faites au 
Mont-Genèvre (W. Kilian, in C.-R. Ac. Se, 5 juillet 1897), on 
peut conclure : 

a) Que les roches basiques du Queyras et du Briançonnais sont 
interstratifiées dans la partie inférieure des schistes lustrés et 
ont été injectées dans certains bancs calcaires (marbres phylliteux) 
qui accompagnent ces schistes ; 

b) Que ces roches étaient déjà consolidées lorsqu'ont eu lieu les 
mouvements alpins qui ont plissé les nappes éruptives (ou les 
laccolithes), au même titre que les couches sédimentaires. 

Ces faits sont très favorables à T opinion des géologues qui con- 
sidèrent comme provenant d'une venue mésozoîque les roches 
vertes du massif du Mont-Genèvre. du Viso et du Queyras ; mais 
ils pourraient toutefois se concilier sans grandes difficultés avec 
l'hypothèse de M. Steinmann, qui a émis l'idée que les éruptions 
semblables dos Grisons dataient de l'époque éocëne ^ 

Ce que l'on peut aflirmer néanmoins avec certitude, c'est que ces 
roches ne sont ni antérieures au Trias moyen, ni postérieures à 
VEocène supérieur, ce qu'atteste du reste nettement le fait que les 
micaschistes qui en dérivent par laminage (voir plus bas) se rencon- 
trent en galets y à tétat remanié, dans les brèches du Flysch (Oli- 
gocène), en plusieurs points du Briançonnais ; elles sont à fortiori 
sûrement antérieures au principal plissement alpin. 

Il est à remarquer que nulle part, dans les Alpes françaises, on 
ne connaît de filons qui puissent être considérés comme les chemi- 
nées d'émission de ces roches vertes. 

I. Strinmann. Geologische Beobachtungen in den Alpen. Ber. d. Naturf. 
Geaellsch. su Freihuvg i. B. vol. X, N» 2, 1897. 



I9OI oiOLOOIE DES ALPES FRANÇAISES SqS 

Dans la portion du Briançonnais connue sons le nom de 
« massif du Mont-Genèvre )» il existe également des affleurements 
assez étendus de gabbros connus depuis long^mps et de réputa- 
tion classique. Quoique nous n'ayons rien d'important à ajouter à 
ce qui a été publié récemment sur les conditions de gisements et 
sur les relations des divers types éruptifs du Mont-Genèvre * — 
dont une monographie détaillée of&irait sans doute beaucoup 
d'intérêt, — on trouvera plus bas la description micrographique 
(faite par M. Termier) d'accidents intéressants de l'euphotide de 
ce massif, d'après des échantillons prélevés par l'un de nous 
(M. Kilian) sur des blocs erratiques, à i kilomètre environ à l'ouest 
de l'Hospice du MontrGenèvre. 

Voici les résultats de l'examen micrographique (fait par M. 
Termier) de quelques-uns des types dont il vient d'être question. 

a. — Gabbros massifs 

I. Roche du mont Pelças - (préparation N<> 28a), — Gabbro 
décomposé (euphotide) (fig. 3). 

A Vœil nu : roche à grands cristaux de diallage à reflets 
métalliques, se détachant sur un fond feldspathique vert clair. 

Le microscope ne montre plus que quelques cristaux de diallage 
en voie d'ouralitisation (trémolite) et d'hydratation (bastite). La 
plus grande partie de la roche (jadis feldspathique), est devenue 
un fouillis de lamelles de chlorite et d'aiguilles de zoïsite. On 

1. CoLB et Grboory. The variolitie Rocks of Mont-(^vcnèvre. Quart. Journ, 
Geol. SoCf mai 1890, t. XXI, p. 395. (La bibliographie antérieure du Mont- 
Genèvre se trouve très coniplètement indiquée dans cet ouvrage). — W. 
Kilian. Sur un gisement de syénite dans le massif du Mo'nt-Genèvre. C R, 
Ae Se, 5 juillet 1897; (J. H. des Collaborateurs du Sers?, de la Carte fçéol. 
de France pour igoo. — P. Tkhmikr. Livret-Guide du Congrès géologique 
international, 1900. Excursion XQIV 

2. Le mont Pelvas (Paravas des Italiens) ou Bric-crUrine est entièrement 
constitué, dans ses parties hautes, par une eu[)hotide à grands cristaux 
de f*?ldspat)is blancs et belles lamelles de bronzite. Cette roche passe, par 
places, à une serpentine foncée et à des schistes serpentineux avec amiante 
soyeuse. En d'autres points, on voit l'euphotide transformée en une roche 
schisteuse d*un vert clair. De nombreux ûlonnets d'anorthite, d'épidotc et 
de zoïsite avec prehnite traversent la roche. Sur le flanc méridional, le gabbro 
est nettement séparé de la masse des schistes lustrés par une bande de 
marbres phylliteux; une bande identique apparaît au nord de Pelvas, sous 
les éboulis. Le laccolithe éruptif du Pelvas de structure très analogue à 
celui du Yiso se continue sur territoire italien. 



396 



W. KIL1AN ET P. TERMIER 



3 Juin 



N. 



s. 



èi^Peidas 



aperçoit entre ces aiguilles un fond d*albite secondaire. Çà et lÀ, 
un peu de quartz secondaire. 

La variété de zoïsite décrite en 1890 par M. Termier ^, sous 

le nom de zoïsite sans disper- 

^/^ "^x^ sion, est particulièrement fré- 

/ ^\ quente dans les schistes prove- 

l \ nant de la métasomatose des 

gabbros. On sait que cette zoï- 
site doit être appelée zoïsite ^, 
et qu'elle dillère de la zoïsite 
classique {zoïsite a) par la posi- 
tion du plan des axes optiques 
et par le sens de la dispei^sion. 
n convient, du reste, d'ajouter 
que des filonnets, traversant les 
i^oches vertes du Pelvas, con- 
tiennent de la prehnite incolore, 
de la zoïsite - et de Yépidote en 
grosses baguettes, et de Valbite 
à 12 7o An. en beaux et nom- 
breux cristaux. 




Fig. 3. — Coupe du mont Pelvas 
(versant nord). 

0, Gabbro et roches voisines (Prasi- 
nites, etc.) ; Itc, Marbres tabu- 
laires ; It, Schistes lustrés. 



Q. Euphotide des blocs erratiques de Château-Queyras (pré- 
paration iV° 260), — Roche d'un vert foncé à grands cristaux 
bronzés et quelques cristaux feldspath iques blancs ; çà et là, des 
mouches de pyrite. 

Au microscope y on reconnaît un gabbro décomposé : agrégat de 
grands cristaux de diallage partiellement épigénisés par du glauco- 
phane. Interstices remplis par un ag^*égat pœcilitique de chlorite 
et d'épidote. Ces interstices correspondent vraisemblablement aux 
anciens feldspaths. 

Les blocs qui ont fourni cette roche viennent très probablement 
du col de Péas. 

3. Euphotide altérée des blocs erratiques des environs de Guil- 
lestre (sortie du Que^ras) (préparations iV°* 556 et st54)- — Cette 
roche contient des enclaves assez volumineuses de glaucophanite 
formant des taches noires bien visibles sur les blocs erratiques 
(La Viste, près Guillestre). 

I . Etude sur la constitution géolog. du massif de la Yanoise. Bnll, de la 
Carte géolog de la France, N' ao, t . II, p. 398. 

a. Ces minéraux ont été étudiés par M. Termier (Bull, de la Soc. fran^ 
çaise de Minéralogie, t. XXI et XXIII). 



I9OI GÉOLOGIE DES ALPSS FRANÇAISES 3q'J 

La roche elle-même est un agrégat grenu de diallage ouralitisé, 
saussurite, hornblende brune et pyrite, avec veines et nids irrégu- 
liers de serpentine. Épidote et produits fibreux de transformation. 
La serpentine a donné naissance à de nombreux cristaux de horn- 
blende verte et à des aiguilles, parfois très longues, le plus souvent 
courtes et enchevêtrées, de trémolite. 

4. Roche recueillie à Saint -Véran (Queyras) (préparation 
iV* 5g3). — Euphotide décomposée : veinules de calcite entourant 
des noyaux de serpentine fibreuse ou colloïde. 

Désignée dans le pays et exploitée comme marbre sous le nom 
d'Ophicalce. 

5. Parties noirâtres, adélo gènes, formant des sortes d' enclaves 
au milieu de V euphotide du Mont-Genèvre (préparations iV^** 10, 
ij et ao). — Échantillons prélevés par M. Kilian sur un bloc 
erratique de gabbro à gi*ands cristaux, à i kil. de l'Hospice, sur 
la route de Briançon. 

GabbroporphyritCy c'estrk'dire forme hypo-abyssique du gabbro. 
Roche formée d'une pâte microlitique feldspathique arborisée 
englobant de grands cristaux corrodés de plagioclase. La pâte est 
holocristalline. Les fins microlithes df^ feldspath (andésine) sont dis- 
posés en rosettes, sphérolitcs, dendrites, etc. Entre eux, s'obser- 
vent des grains de zoïsite, plus rarement d'épidote, et d'autres de 
chlorite et de serpentine provenant les uns et les autres de la 
décomposition d'un pyroxène. Le plagioclase de première consoli- 
dation est en partie saussuritisé, c'est-à-dire épigénisé par la zoïsite 
et r épidote : ce qui reste de matière feldspathique est du labrador 
relativement acide. Nombreux nids et nombreuses veinules d'épi- 
dote et de zoïsite. La plaque N° qo montre de nombreux indices de 
laminage. Dans la même plaque, on voit une région où la pâte se 
serpentinise : elle est aloi*s envahie par une matière fibreuse dis- 
posée en houppes, et qui est probablement du chrysotile. 

G. Même proi^enance (préparation iV" ig), — Type ophitique de 
la gabbroporphyrite. On dirait un diabase. Lamelles très aplaties 
de feldspath andésine (en voie de saussuritisation) cimentées par 
de vastes plages de diallage aux trois quarts serpentinise. Nom- 
breux nids d'épidote et de zoïsite. 

7. Même provenance (préparations N""^ 16 et 21). — Roches 
serpentinisées et zéolithisées, provenant sans doute de types analo- 
gues aux précédents. Une matière serpentineuse verdàtre, isotrope, 
parfois chai^^ée de petits grains d'épidote, forme des sortes de len- 




398 Vf, KILIAN ET P. TERMIBR 3 Joill 

tilles, on mieux des poupées aux contours arrondis. Ces poupées 
sont englobées dans un feuti*age de zéolithes Tariées où apparaît 
parfois (plaque N^ i6), comme un Ilot, un témoin de la pâte à struc- 
ture arborisée des roches précédentes. La plaque N^ai montre des 
indices certains d'un violent laminage. Il y à de nombreux nids 
sphériques, remplis par de Tépidote et de la zoîsite. 

8 . Même provenance (préparation 7V° 1 1), — Serpentine isotrope 
renfermant des grains bruns de splirne et des grains noirs d'ilmé- 
nite, et aussi des fragments anguleux de feldspath ayant échappé 
à la destruction générale. Grains d'épidote et de zoîsite. Veinules 
d'albite et d'épidote. 

On a l'impression que ces préparations ont été prélevées non 
pas sur des enclaves de Teuphotide, mais sur une forme de bor- 
dure de cette môme roche ( <x Grenzfacies x> ). Les structures 
porphyritiques et ophitiques sont tout à fait intéressantes et dans 
un état de conservation que Ion n^eût pas osé espérer. 

a' , — Autres roches voisines des gabbros 

9. Roche du Chenaillet {préparation N** 5 y 6). — Diabase à 
structure sphérolitique. Cette roche a la composition chimique 
d'un gabbro très feldspathique dont le pyroxène est entièrement 
chloritisé. Le feldspath actuel est de Tandésine, mais il y a très 
certainement un peu de décalcification. 

10. Roche du Chenaillet (préparation iV* 682), — Diabase à 
ouralite. Cette roche ne diHëi*e de la précédente que par un grain 
plus gros, une structure enchevêtrée (et non sphérolitique), et une 
moindre décalcification. L'ouralite, qui épigénise le pyroxène ori- 
ginel, est elle-même en voie de ti*ansformation (chlorite). 

Ces deux roches, en somme, se rattachent au même magma 
gabbroïque, dont elles représentent des formes filoniennes ou 
hypo-abyssiques . 

b, — Gabbros schisteux et altéras 

Les types granitoïdes massifs des gabbros dont nous venons de 
donner quelques diagnoses passent manifestement, en une foule 
de points, à des roches laminées et schisteuses ^ revêtant Taspect 

1 . Les géologues italiens ont décrit en détails les types schisteux (serpen- 
tinoschistes, épidotites, zolsitites, gastaldites, stéatitoschistes, prasinites, 
schistes lawsonitiques, amphiboiites et chloritoschistes, etc., etc.) qui déii- 



IgOl GÉOLOGIE DES ALPES FRANÇAISES 899 

de schistes et de gneiss chloritcnx, et dont l'exaiuen microscopi- 
que seul permet de reconnaître la nature éruptive. 

La série de ces roches comprend des types intéressants résultant, 
selon toute vraisemblance, de la transformation de gabbros et de 
roches éruptives basiques. Ils ressemblent à ceux que les géologues 
italiens ont décrits, sauf le n"* Q56(de Bobbio), qui est remarquable 
comme roche à zoîsite p. 

Il a semblé intéressant d'en étudier quelques échantillons collec- 
tionnés par l'un de nous (M. Kilian) et qui ont fourni à l'autre 
(M. Termier) les résultats suivants : 

II. Échantillon du mont Peli^as (préparation iV" 283). 

A Vœil nu, cette roche ressemble à un quartzite verdâtre mou- 
cheté de blanc. 

il II microscope : gahbro décomposée renfermant encore beau- 
coup de diallage, épidote, zoîsite et chlorite envahissant tout le 
reste de la roche. Çà et là, un fond d'albite secondaire. La zoîsite 
est de la variété ^, 

la. Roche du mont Pehas, accompagnant les gabbros (pré- 
paration N"" 2p3). 

A rœU nu : roche d'un vert clair, à éléments non distincts, 
d'aspect fibreux. 

Au microscope : roche schisteuse à chlorite, zoîsite et sphène. 
Un peu d'actinote. 

Origine incertaine, probablement roche éruptive décomposée. 

i3. Id, (préparation N^ 2 y 3^^*). — Roche plus compacte, à 
grains très fins, formés de zoîsite, chlorite, actinote et sphène. 

14. Roche de Villanoça (Piémont) (préparation iV" 264)- 

A Fosil nu : apparence d'un schiste chloriteux vert, moucheté de 
taches grisâtres. 

Au microscope : roche à actinote, chlorite, zoîsite, épidote, 
albite et sphène. 

Résulte de la transformation d'une roche basique. 

La roche de Villanova est également associée à des serpentines 
et en relation avec les schistes lustrés. 

i5 Echantillon de même provenance (Villanova) (préparation 
li'' 264^^)' — Roche analogue et de même origine : grenat, chlorite, 

vent par métamorphisme des roches vertes (gabbros et diabases) intercalées 
dans les schistes lustrés. Voir les travaux de MM. Novarese {BoLl. H. Com. 
gtol.^ 1895, N* 2), Franchi, etc. 



400 W. KILIAN ET P. TERMIER 3 Joill 

actinote, albite, quartz. La chlorite est ici notablement biréfrin- 
gente. 

Type intéressant ; sans doute gabbro transformé. Cette roche 
est d'un vert foncé et un peu schisteuse à l'œil nn. 

17. Roche associée aux gabbros du Bric-Bouchet (préparation 
N^ 286), — Fouillis d'aiguilles d actinote, extrêmement fines, 
avec grains d'épidote très nombreux et quelques grains de sphène. 

Probablement même origine que la suivante (N® 284). 

18. Roche du Bric-Bouchet (préparation N*> 284)' 

A Vœil nu : roche d*iin vert foncé, à éléments peu distincts, légè- 
rement schisteuse, avec filonnets d'un vert plus clair, jannfttre. 

Au microscope^ on reconnaît : épidote, glaucophane, chlorite, 
un peu de sphène. Fond général d'albite secondaire. C'est proba- 
blement une roche éruptive basique, entièrement recristallisée. 

19. Echantillon recueilli en amont de Bobbio (Piémont) (pré- 
paration N** 2 50), — Roche schisteuse formée, pour la plus 
grande partie, de zoîsitc p et d'albite, avec un feutrage plus ou 
moins serré de lamelles de Irémolite et une petite quantité de 
séricite. La zoïsite. qui est du type spécial dont il a été parlé plus 
haut, contient quelques grains de zoîsite ordinaire et des grains 
très rares d'cpidote. L'albite est irrégulièiHîment répartie. C'est 
elle qui forme les taches blanches, bien visibles dans la cassure de 
la roche. La densité moyenne de la roche est d'environ a. 85. A 
remarquer l'absence absolue du quartz. 

C'est un ty[)e très curieux de gabbro (ou de roche analogue aux 
gabbros) entièrement recristallisé. 

Qo. Roche recueillie au Bric-Bouchet^ accompagnant les gab- 
bros (préparation N^ ^79)- — Schiste soyeux, très gaufré, d'un 
blanc veixlAtre luisant, au touclier gras. 

Au microscope : schiste pyritifère à zones alternées de chlorite 
et de trémolite. Dans toutes les zones, traînées de petits sphènes. 
Dans les zones de trémolite, surtout dans leur partie médiane, il 
y a un feutrage de séricite. 

Tous les cristaux sont excessivement 0ns. Ce type de roche 
verte est peu commun. 

21. Roche de même provenance (préparation N"" 263). — Ser- 
pentine d'un vert foncé ; provient sans doute de la transformation 
d'un gabbro^ • 

22. Echantillon de même origine (préparation iV" 263^^). — 
Roche à épidote, chlorite, albite et glaucophane. 



igOl GEOLOGIE DES ALPES FRANÇAISES 4^1 

a3. Roche perte recueillie dans le GlcLciaire^ près Virieu-le^ 
Grand (Ain) {préparation iV*» 634)- — Roche entièrement trans- 
formée en nn fouillis cristallisé de glaucophane, chlorite, zoîsite 
et sphène. 

Provient sans nul doute du Permien métamorphique de la Hauto- 
Maurienne ou de la Haute-Tarentaise, plus probablement de la 
Haute-Maurienne (Villarodin ou Entre-Deux-Eaux). 

C'est un bon échantillon minéralogique de glaucophane et un 
bon échantillon pétrographique de.prasinite. 

« 

a4. Schiste serpentineux de Combe-Brémond, vallée de TUbaye 
{Basses-Alpes) (préparation xV° 5 g 2). — Poussière de sphène et 
d*épidote et feutrage d*aiguilles orientées de mica blanc. Ces 
aiguilles sont excessivement fines. Peu de quartz visible, en 
plages très petites et très confuses. 

Un peu (très peu) de serpentine. Schiste métamorphique associé 
aux schistes lustrés et aux serpentines. 

Il convient d'étudier, à la suite des gabbros et de leurs modifi- 
cations , des micaschistes et des roches cristallines d'un type 
spécial dont Tâge et la nature ont été pendant quelque temps un 
problème et dont les rapports avec les euphotides et les a roches 
vertes » n'ont été précisés que depuis peu. En 1898, Tun de nous 
(M. Kilian) découvrit à TAlpet et près du col de la Lauze *, au nord 
du col du Mont-Genèvre, des schistes cristallins d'une nature parti- 
culière, qu'il n'hésita pas à reconnaître comme étant identiques à 
une partie des roches dont M. Termier - avait, peu auparavant, 
signalé l'existence dans les massifs de l'Eychauda et de Serre- 
Chevalier, et que ce savant était porté à considérer comme des 
micaschistes d'âge tertiaire. Au col de la Lauze, ces schistes se 
montrent interstratifiés dans des schistes calcaires fort analogues 
aux schistes lusti^és et accom[)agnés de marbres cristallins tabu- 
laires et bleutés, identiques à ceux qui existaient dans le voisinage 
des affleurements de serpentines et de gabbros. A la suite de ces 
constatations^ l'un de nous (M. Kilian) écrivait, en 1899 (Compte- 
Rendu des Collaborateurs in Bull. Serv. Carte géol. de France, 
N° 69, t. X, p. io5) : « Ce sont des amygdales de roches éruptives 

I. C. fi. Ac. Sc.f 7 nov. 1898. 

'2. Tbrmibk. Sur les terrains cristallins d'âge probablement tertiaire des 
montagnes de PËychauda, etc. B. S. G. F,, (3), XXIII, p. 672 (1895). 

12 Octobre 1901. — T. i^. Bull. Soc. Géol. Fr. — nG 



4oa W. KILIAN ET P. TEilMIER 3 Juin 

laminées, exactement comme le sont les intercalations de « roches 
vertes » (schistes à actinote, zoïsite, etc. . ., prasinites et amphibo- 
lites) du Queyras et du Piémont. Les masses éruptives existaient 
avant le plissement principal de la région et ce n'est que par le 
dynamométamorphisme qu'elles ont été transformées en schistes. » 

Des schistes analogues se continuent dans le vallon de la Baisse ^ 
jusqu'au pied ouest du Chaberton, où ils constituent un bon type 
de prasinite. — Peu après, M. Kilian découvrit, au sud de Brian- 
çon (au col Tronchet et à Villargaudin) deux autres afQeure- 
ments de ces micaschistes, toujours interstratiûés dans les schistes 
lustrés et en rapport avec des marbres cristallins. Au col Tron- 
chet, les micaschistes passent même par places à une çéritable 
çariolite étirée dont la structure est encore bien reconnaissable. 

On verra par les diagnoses qui suivent et qui sont dues à la 
compétence spéciale de M. Termier, que l* examen microscopique 
a confirmé^ en grande partie, les conclusions énoncées plus haut 
par M. Kilian. L'identité des roches cristallines du col Tronchet 
et des roches cristallines du Mont-Genèvre peut être considérée 
comme prouvée ; les schistes cristallins de l'Alpet, du col Tronchet, 
de Prorel, de Serre-Chevalier -, de rEychauda, sont de l'avis même 
de M. Termier, soit des schistes ai^eux mét^miorphisés par l'in- 
trusion des gabbros, soit des gabbros recristallisés. Les gabbros 
ne sont abondants qu au Mont-Genèvre, au Chaberton, et au col 
Tronchet ; dans les antres gisements cristallins, ils sont beaucoup 
plus rares, et, ce qui domine, c'est leur auréole, formée de schistes 
ai^eux modifiés et transformés en coméennes (homfels) par l'in- 
trusion éruptive voisine, puis laminés après ledit métamorphisme. 

Voici les diagnoses de quelques-unes de ces roches, établies 
par M. Termier ; 

125. Roche dure d'aspect compact, associée aux micaschistes de 
VAlpet (préparations N*" 23 y ta 2 4 4)- — C'est une cornéenne 
nettement orientée, schisteuse, à cassure esquilleuse et à esquilles 
translucides. Le microscope y montre des lits quartzeux, et d'autres 
quartzo-sériciteux ou quartzo-chloriteux, alternant ensemble. Le 
grain est très fin. Il n'y a plus de feldspath dans la roche ; mais 

1 . MM. Cole et Gregopy avaient signalé, sous le nom de Greenstone Schists, 
des roches analogues afUeurant dans le massif du Chaberton. 

2. M. Termier a toutefois excepté de cette conclusion un lambeau de 
gneiss analogue aux gneiss de la Levanna qu'il considère comme anié- 
triasique. Ce lambeau alfleure à la monUigne de Serre-Chevalier, à rouest 
de Brianvon. 



igOI GÉOLOGIE DES ALPES FRANÇAISES 4^^ 

il se pourrait fort bien qu'une partie du mica blanc résultât 
de récrasement, du laminage et de la transformation chimique 
d'un feldspath alcalin originel. Il y a même des raisons pour 
qu'il en soit ainsi : Mais ces raisons ne sont pas décisives. 

M. Termier ajoute : « Je ne crois pas qu'une semblable roche 
« ait jamais été une roche éruptive. Elle est trop quartzeuse pour 
« cela. Mais je crois qu'il faut l'attribuer à un schiste argileux 
« originel modifié et transformé en coméenne (hornfels) par 
« l'intrusion voisine d'une roche éruptive (laquelle peut très bien 
4( avoir été basique) puis laminé encore après ledit métamor- 
-« phisme. d 

a6. Roche verte j vallon de la Baisse, pied ouest de Chaberton 
^préparation TV*» 228), — Prasinite à glaucophane. Agrégat schis- 
"^ux, orienté, de glaucophane, épidote, chlorite, sphène, albite, 
quartz. Le grain est tinès fin. 

Probablement gabbro laminé et recristallisé après laminage. Ce 

^ype est fréquent dans les piètre verdi italiennes. On le retrouve 

-^t la Vanoise, parmi les roches que j'ai (M. Termier) appelées amphi- 

-SK>lites à glaucophane et glaucophanites. Ici nous avons un type 

parfait de prasinite, 

27. Micaschistes du col Tronchet (préparations iV<* a 2g, 23 0, 
3i), — Schistes à quartz, chlorite et mica blanc, largement 
"^Cîristallisé, sans feldspath. Ce type est banal. On le rencontre fré- 
"^cjuemment à Serre-Chevalier. M. Termier ajoute : « C'est de ces 
'^^ schistes là, ou de schistes analogues que je ne crois pas qu'on 
puisse dire qu'ils ont été jadis des roches éruptives. Or ces 
schistes forment la grande masse des lambeaux cristallins de 
Serre-Chevalier et de l'Eychauda ; ceci vous explique que je me 
sois élevé contre votre idée d'attribuer tous ces terrains cris- 
tallins à des roches éruptives laminées. Mais je crois de plus 
en plus que ce sont des schistes argileux rendus cristallins, 
avant tout métamorphisme dynamique, par l'influence calori- 
fique et chimique émanée d'une roche profpnde. » 

a8. Micaschiste du col Tronchet (préparations N^^ 225, 226, 
^^2^), -^ Même roche que ci-dessus, mais d'un grain plus fin, 
Quartz, chlorite, séricite, petits sphènes, petits grains d'ilménite. 

Î19. Micaschistes de Villargaudin (préparations 7V^» 2^5 à 2 4 S), 

^^-^ Schistes quartzo-sériciteux à grain très fin, sans chlorite ni 

feldspath (sauf de très petits et très rares grains d'albite). C'est le 

Vppe le plus répandu dans le lambeau Prorel-Serre-Chevalier. On le 

i*etrouve dans tous les pays de micaschistes, quelle que soit l'origine 



4o4 W. KIL1AN ET P. TERMIER 3 Juill 

de la crista limité : mais la ressemblance, quant à la stmctare, est 
surtout avec des cornéennes (homkieselschiefer), sauf que dans les 
coméennes classiques qui proviennent de Tinfluence du g^ranite, le 
mica noir joue un rôle prépondérant. 

« Il y a lieu dHnsister sur la faible teneur de ces micaschistes en 
fer et magnésie. Ceci ne prouve point que la cristallinité ne soit 
pas attribuable à Tinfluence du gabbro. Il a pu n*y avoir ici qu'une 
influence calorifique, et d'ailleurs chacun sait que les roches basi- 
ques peuvent être accompagnées de AimeroUes riches en silicium 
et en métaux alcalins. » 

3o. Variolite dans les micaschistes du col Tronchet. 

M. Termier écrit au sujet de cette roche : « Je ne doute pas qu'il 
ne s agisse ici de la variolite de la Durance ; mais elle est fort 
altérée. C'est un agrégat confus de petits prismes d'épidote, de 
lamelles de chlorite et de grains de quartz entourant des globules 
presque entièrement quartzifères où Ton ne trouve rien du sphéro- 
lite originel, si ce n'est la forme sphérique. 

« L'échantillon n'en est pas moins intéressant. Il prouve, Je 
crois, sans conteste possible, Cidentité des roches cristallines du 
col Tronchet et des roches cristallines du Mont-Genèçre. 

« En rapprochant cette donnée de celles que j'ai déjà, j'arrive 
à cette idée que les schistes cristallins de l'Alpet, du col Tronchet, 
de Proi*el, de Serre-Chevalier, de l'Eychauda sont, |)Our la plupart 
des schistes ai^ileux métamorphisés par l'intrusion des gabbros. 
Le gabbro lui-même apparaîtrait au Mont-Genèvre, au Chaberton, 
au col Tronchet : dans les autres gisements cristallins, il serait 
beaucoup plus rare et ce que nous voyons ne serait guère que 
son auréole. » 

C. — Contributions à la connaissance des schistes lustrés 

du Briançonnais et du Queyras 

Les schistes lustrés (calcschistes, schistes calcaréo-talqueux) qui 
ont, dans les Alpes du Piémont, un développement si considérable» 
pénètrent sur le territoire français au Mont-Genèvre et dans le sud 
du Briançonnais, où ils occupent la plus grande partie du Haut- 
Queyras ; ils ont une teinte grisâtre, noirâtre, parfois brunâtre, un 
aspect à la fois fibreux et lustré, et se montrent formés d'une 
association de calcite et de quailz avec mica blanc, chlorite, ilmé- 
nite, rutile, etc. De petits bancs (dalles) de calcaires cristallins 
noirâtres y sont intercalés à plusieurs niveaux. Leur épaisseur, 



igOI GÉOLOGIE DES ALPES FRANÇAISES 4^ 

assurément énorme, semble plus considérable encore par suite de 
3a structure isoclinale qui règne dans la région. — Ils renferment, 
jprès de Césanne, des bancs siliceux à Radiolaires et des schistes 
^ersicolores. 

Il semble possible d'y distinguer deux subdivisions ; c'est ainsi 
^pie les schistes lustrés du Gondran, près Briançon, présentent, 
<;omme Tun de nous Ta signalé il y a quelques années déjà *, deux 
Mypes bien distincts, quoiqu'il soit presqu' impossible de les déli- 
lamiter rigoureusement. 

a) Des schistes calcaires, avec bancs de calcaires parfois 
siliceux, zones lie-de-vin et verdàtres, rappelant les schistes 
-Sustrés de Césanne avec leurs accidents siliceux à Radiolaires. 

A Maurin, dans la vallée de TUbaye, comme à Césanne et au 

I^Iont-Genèvre (Rocher de la Perdrix, près du Gondran, Rocher du 

enard, Rocher des Douaniers, près du col Bousson), on voit en 

utre apparaître, dans les schistes lustrés inférieurs, au voisinage 

e la serpentine, des schistes calcarifères rouges et verts, parfois 

njectés de serpentine, ou influencés par son voisinage, et alternant 

vec des lits de calcaires phylliteux, souvent marbreux. 

A cette portion inférieure des schistes lustrés, nous croyons 

gaiement devoir rattacher un ensemble de schistes calcaires gris, 

e marbres zones, de bancs quartzeux versicolores, avoisinant les 

erpentines et les calcaires triasiques sous-jacents, dont l'âge exact 

st incertain, et qui ont été désignés par une teinte spéciale et le 

ymbole T sur la feuille Briançon de la carte géologique de France. 

C'est encore au complexe des schistes lustrés qu'appartiennent 

es assises de marbres cristallins zones qui entourent les gabbros 

u mont Pelvas, de Taillante, de Médille, etc. On les observe 

alement au contact de la serpentine et des gabbros, à la Chalp, 

<lans le Haut-Queyras, où Ch. Lory les avait déjà remarqués et où 

i Is sont exploités dans une carrière. Ils existent aussi entre le 

Bric-Bouchet et le col de Malaure (fig. 2). 

On les retrouve au col Tronchet, près Brunissard, où ils 
séparent les schistes lustrés typiques d'une bande de variolite 
laminée et de micaschistes d'origine éruptive (v. plus haut). 

Enfin, au nord du Mont-Genèvre, au col de la Lauze, près de 
l'Alpet, les mêmes marbres se montrent au milieu des schistes, 
dans le voisinage même d'intercalations de micaschistes dérivant 
des roches éruptives basiques. 

Dans tous ces gisements, les caractères de ces marbres zones 

I. C. R. Ac. Se, y 5 juillet 1897. — W. Kilian. Sur un gisement de syénite 
dans le massif du Mont-Genèvre (Hautes-Alpes). 



4o6 W. KILIAN ET P. TERMIER 3 Juin 

restent les mômes ; ce sont des marbres tabulaires, et des calcaires 
phylliteux formés de calcite cristalline avec rutile, séricite, un peu 
de quartz, se débitant en dalles d'un aspect cireux, et présentant 
des colorations variées, souvent grises ou jaunâtres. 

Dans le Queyras, ils affleurent dans les anticlinaux dont le 
noyau est occupé par les gabbros au Bric-Bouchet, au Pelvas et 
près de la Chalp (exploitations) (fîg. i et a) ; sur le flanc de la 
montagne de Rochebrune, ces couches sont plus schisteuses et 
prennent un faciès très analogue à celui des schistes lustrés. Elles 
supportent là les calcaires triasiques par suite d'un renversement 
des couches dû au refoulement vers Test d'un vaste anticlinal tria- 
sique. Dans la Haute-Ubaye, M. Marcel Bertrand et Tun de nous 
les ont observées à la base des schistes lustrés. 

b) La portion supérieure de Tétage schisteux est formée de 
schistes plus fins, plus argileux, avec bancs de grès micacés et lits 
de calcaire siliceux à patine brune et scoriacée, présentant une 
grande analogie avec le Flysch, dont M. Termier est tenté de les 
rapprocher. Ces schistes forment la partie ouest du plateau de 
Gondran. On les retrouve à Villargaudin, près de Château-Queyras, 
où ils contrastent également avec les schistes lustrés proprement 
dits, plus calcaii^es, du ravin de Soulier et du Haut-Queyras. Ils 
sont peut-être tertiaires, mais rien, en dehors de leur aspect litho- 
logique, ne permet de le prouver ; « leur aspect est identique à 
celui du Flysch de Prorel » * : schistes satinés, avec rares interca- 
lations calcaires et nombreux lits de quartzites bruns. Malgré ces 
caractères assez spéciaux, il ne semble pas cependant possible de 
tracer une limite précise entre ces schistes et les schistes lustrés 
ordinaires que nous venons de décrire. 

Cette division supérieure mérite de faire Tobjet d'études appro- 
fondies. 

La position stratigraphique de l'ensemble schisteux qui vient 
d'être décrit a donné lieu à de longues discussions -. 

I . Termier in Notice Feuille Briauçon. Carte géol. de France, 1900. 

a. Les schistes lustrés (calcschistes) de la zone du Piémont ont été tour à 
tour placés dans le Trias (Ch. Lory), dans le Paléozoîque et le Prépaléozolque 
[MM. Gastaldi, Zaccagna. (Ils ont été décrits comme prépaléozolques par 
M. Zaccagna, et seulement comme précarbonifères par M. Franchi, qui a du 
reste depuis lors modifié son opinion. Puis M. Novarese a admis la possibilité 
de trouver des fossiles dans les lentilles calcaires intercalées dans les calc- 
schistes a schistes lustrés» de la vallée du Pellice), Potier, M. Bertrand, Kllian, 
Termier, Gregory], puis considérés de nouveau comme triasiques et même 
peut-être liasiques, par M. Marcel Bertrand, alors que M. Steinmann va, dans 



igOI GROLOGIE DES AX.PES FRANÇAISES 4^7 

Il résulte des observations de Tun de nous que les schistes lustrés 
du Queyras *, avec leur cortège de marbres tabulaires et de roches 

^cs Grisons, jusqu'à en faire parliellement du Tertiaire, et que les seuls fossiles 
<^m y aient été rencontrés jusqu'à ces dernières années sont des Radio- 
laires sans signification stratigraphique précise, découverts à Césanne, par 
^Af. Parona. 

Après avoir, en 189a, avec MM. Zaccag^a, M. Bertrand, Potier, etc..., décrit 
^es schistes lustrés de la Haute-Ubaye comme antérieurs au Carbonifère, j'ai 
longtemps hésité à admettre que les conclusions auxquelles s'est arrêté en 
«dernier lieu, et à la suite de recherches minutieuses, M. Marcel Bertrand, 
^'appliquassent aux schistes du Queyras et de la Haute-Ubaye. Jusqu'en 1897, 
je croyais en elTet que l'âge triasico-liasique attribué par ce dernier aux 
schistes lustrés ne devait être admis comme certain que pour une partie des 
^30uches ainsi désignées, et j'admettais, notamment pour les types du Queyras, 
S.a possibilité d'une ancienneté plus grande. Je me suis fait depuis un devoir 
-m^i un plaisir de déclarer que les résultats consignés ci-après m'ont déûnitive- 
:Hn]ent rallié à la manière de voir de M. M. Bertrand, et que je considère comme 
Lcquise la preuve que les schistes lustrés de la H^^Ubaye, aussi bien que ceux 
lu Queyras, du Mont-Genèvre, de la Maurienne et de la Tarentaise sont posté- 
rieurs au Trias inférieur et, probablement, pour une grande partie liasiques. 
Il est utile de remarquer que cette interprétation de l'âge des schistes 
ustrés, tout en se rapprochant beaucoup de celle à laquelle s'était arrêté 
Ih. Lory, en diffère cependant profondément en ce sens que, pour ce 
<^:3ernier, les schistes lustrés étant triasiques, étaient considérés comme plus 
<^r^nciens que les calcaires magnésiens de Bochebrune, Château-Queyras et 
'■^riançon, qu'il mettait dans le Lias, tandis que, dans notre manière de voir, 
& es schistes lustrés sont plus récents que les calcaires mentionnés plus haut, 
derniers devant incontestablement, ainsi qu'une grande partie des cal- 
caires du Briançonnais, être attribués au Trias. 

Les schistes lustrés (calcschistes) ont fait l'objet de la part de nos 
confrères italiens de nombreuses publications parmi lesquelles il convient 
le citer celles de MM. Gastaldi, Zaccagna, Mattirolo, Portis, Franchi et G. 
le Stefano. Stella, Virgilio. 
M. Franchi notamment, a ]mblié en 1898 (Bull, R, Comit, geol. d'italia) un 
'^ rès intéressant historique des diverses opinions émises depuis le milieu du 
«siècle au sujet de cette importante formation. Nous renvoyons le lecteur à son 
^iiémoire ainsi qu'aux résultats nouveaux qu'il a apportés en faveur de l'attri- 
•feution de ces schistes au Trias et au Lias. M. Franchi a découvert en Italie, 
lans les schistes lustrés et dans les calcaires qui leur sont subordonnés en un 
certain nombre de points, des fossiles qui rendent leur âge mésozoïque incon- 
.estable. D'après les détails précieux recueillis par ce savant, beaucoup de 
'es faunes sont triasiques, notamment celles qu'ont fournies les calcaires 
auxquels les schistes lustrés passent insensiblement par la base. Dans les 
«schistes eux-mêmes, M. Franchi signale des lentilles de brèches qui rappellent 
»ios brèches liasiques (brèches du Télégraphe); il mentionne aussi des schistes 
«i BélemniUs; de sorte qu'il est probable qu'une notable portion des schistes 
lustrés appartient au Lias. 

(Franchi. SulT eta mesozoîca délia Zona délie piètre verdi nelle Alpi occi- 
dentali. Boll. del R. Comitalo geol d*Iialia, 1898-1900). W. Kilian. 
I. Bull, Serv. Carte géol. de France, N* 63, t. X, p. i35, 1898-1899. 



4o8 



W. KILIAN ET P. TERMIER 



3 Juin 



Col 



Froma^t 



de 
Mo/inoA 




yertes, ont, à Fouest, comme substratum, les calcaires dolomitiqnes 
dits <x calcaires à Gyroporelles d du Trias ^ (sous lesquels ils semblent 
souvent s'enfoncer par reffet de dislocations que nous avons décrites 

avec M. Zûrcher), alors qu'à 
»• . '*^ ., ^ Test (vallée du PelliccHaute- 

Ubaye), ils vont s*appuyer 
sur un système de grès, de 
quartzites et de schistes 
(gpieiss et micaschistes des 
Italiens) probablement per- 
mo-carbonifères et compre- 
nant peut-être aussi les quart- 
zites du Trias inférieur. 

Il est à remarquer en outre 
que, partout où ils existent, 
les vrais schistes lustrés (a) 
du type classique succèdent 
• immédiatement aux cargneules ou aux calcaires triasiques ' sans 
interposition de marbres jurassiques supérieurs ; ce fait est parti- 
culièrement net à Châtean-Queyras où les rapports des schistes et 
des calcaires sont faciles à étudier (v. G. R. des collaborateurs, 
pour 1897, in Bull. Serv. carte géolog., t. X, n» 63 (1898); note de 
MM. Kilian et Zûrcher). Il en est de môme dans le Briançonnais, 
où quand ils apparaissent, les autres faciès (Trias supérieur. Lias, 
Mal m et marbres ËJ de la feuille Briançon de la Carte géologique 
de France), semblent s'évanouir, « comme si le faciès « schistes 



^ClH, 



Fig. 4- — Coupe relevée au sud-est 
de Molines (Queyras). 

Ct'ti, Calcaires triasiques ; G-O, Gypses 
triasiques ; It, Schistes lustrés. 



1 . Dans les environs de Chàteau-Queyras, la succession des assises est la 
suivante, de bas en haut (fig. 4) - 

I . Quartzites du Trias inférieur. 

a. Mince assise de cargneules et de calcaires phylliteux. 

3. Calcaires triasiques du type ordinaire (puissants). 

4. Gypses. 

5. Schistes lustrés du type normal avec bancs marbreux. 

6. Schistes lustrés supérieurs de Yillargaudin. 

Pour les environs de Châtcau-Queyras, consulter en outre : M. Bertrand. 
B. S. G. F., (3), XXn, p. i54, 189Î. — W. Kilian et P. Tbrmibr. Sur quelques 
roches éruptives des Alpes françaises. B, S. G, F,, (3). XXm, 1896, p. 400. — 
W. Kilian et Ph. ZOrcubr. C. R. Collab. Serv. carte géol. de France, in Bull, 
Sen*. Carte géol. de France, N" 63, t. X, 1898, p. i44- — W. Kilian. Id,, id., 
p. i35. 

2. Près de Maurin (Basses-Alpes), dans le vallon de Mary (côté sud), au 
col Girardin, etc., on voit très .bien la partie supérieure des calcaires tria- 
siques prendre une structure schisteuse et passer insensiblement aux schistes 
lustrés. 



XgOI GÉOLOOIB DES ALPEâ FRANÇAISES 4^9 

lustrés )» s'étendait à toute la série sédimentaire, depuis le Trias 
moyen jusqu'à l'Oligocène i» ^ 

La conclusion qui s'impose est de considérer les schistes lustrés 
comme représentant tout au moins le Trias supérieur et le Lias, sur- 
tout si l'on considère que Ton peut voir en certains points de nos 
Âlpes (Bonneval-les-Bains, Moutiers en Tarentaise) des assises 
incontestablement liasiques prendre le faciès « lustré » et la struc- 
ture des schistes du Queyras. Les laccolithes de roches vertes 
(gabbros, etc.), les marbres tabulaires et phylliteux et les schistes 
siliceux versicolores appartiennent à la base de ce complexe schis- 
teux, ainsi que le montre leur présence constante dans l'axe des 
anticlinaux. 

Voici quelques analyses micrographiques ^ se rapportant aux 
schistes lustrés et à leur cortège de marbres, de schistes siliceux, etc. 

a. — Schistes et couches diverses intercalées dans les schistes 

1 . A Césanne, des bancs siliceux, sortes de quartzites à ciment 
calcaire, sont intercalés dans ces schistes sur le chemin de Bousson. 

Nous en avons fait faire plusieurs préparations (n*'* 694, 089, 600) 
qui montrent au microscope une association de plages cristallines 
de quartz et de calcite. Cette dernière domine parfois et forme des 
filonnets. Dans plusieurs échantillons (n°* G. 602, G. 600, 682, etc.) 
on distingue, malgré la cristallinité, des traces de structure orga- 
nique sous la forme d'une série de glomérules et de petites taches 
circulaires. 

A Vœil nu : roche schisteuse à surface lustrée, verte ou lie-de- 
vin : tranche d'un brun grisâtre, ou noirâtre, d'aspect subcristal- 
lin, avec mouchetures de chalcopyrite et de malachite. 

Ces intercalations, malgré leur teneur en silice, font efferves- 
cence avec les acides. 

On sait que c'est dans des bancs analogues, affleurant également 
près de Césanne, que M. Parona a découvert une faune de Radio- 
laires dont il a fait connaître les principales formes. Malgré un 
examen attentif nous n'avons pu, dans nos échantillons, rien 
découvrir qui rappelle des Radiolaires. 

2. Echantillon prélevé dans le voisinage de la serpentine, près 
de Césanne {Italie) sur le chemin de Bousson (préparation N^ 582), 

I. KiLiAN et Tbrmibr. Notice de la feuille Briançon de la Carte géol. de 
France, 1901. 
a. Dues pour la plupart à M. Termier. 



4lO W. KITJAN ET P. TERM1ER 3 Juio 

— Schiste lie-de-vin. ou verdâtre par place, faisant efferyescence 
sur la tranche ; le microscope montre des grains de quartzite et 
de quartz et permet en outre de reconnaître une structure organi- 
que bien certaine : suite de canaux et de lacunes pouvant provenir 
d'un Polypier ou d'un Hydrozoaire et assez analogues à ce que 
l'on observe dans les galets de Jurassique supérieur rose renfer- 
més dans les conglomérats éogènes du massif de TEychauda. Des 
matières amorphes verdàtres, rougeâtres et noirâtres, sont dissé- 
minées dans la roche. 

3. Intercalation siliceuse dans les schistes lustrés, Césanne 
(préparations iV°* 554 ^^ 556), — Quartzite fin. avec un peu 
d'orthose et de nombreux filonnets de calcite. Nids de calcite, 
souvent rhomboédriques, au milieu de la masse quartzeuse. 

4 Id, (préparation A"" 5^^), — Marbre avec plusieurs noyaux 
ou galets d'une serpentine à péridot. 

5. Id. Calcschiste de Césanne (préparation N"" G. 58g). -^ 
Roche rubannée, faisant etlervescence avec les acides, mais présen- 
tant des zones siliceuses et des mouches de chalcopyrite et de 
malachite. — Teinte d'un brun grisâtre sur la tranche : verte 
et lie-de-vin sur les surfaces schisteuses, qui sont lustrées. 

Au microscope : mosaïque de quartz iin et de calcite cristalline^ 
cette dernière formant des filonnets. Un peu de pyrite. — Zones 
phylliteuscs excessivement minces. Traces de structure oi^anique. 

6. Schistes de Césanne (préparation TV** 5 g g), — Cette roche 
est formée de quartz en petits grains irréguliers parmi lesquels on 
trouve, formant région, des grains beaucoup plus gros. Laroche est 
criblée d'une multitude de grains d'oligiste opaques ou transpa- 
rents (dans ce cas de couleur brune), qui sont souvent disposés en 
files dans un cristal de quartz. Quelques lamelles clairsemées de 
chlorite verte polychroïque ; puis dans les cassures, hématite et 
produits ferrugineux. — (Diagnose de M. Duparc). 

7. Intercalations dans les schistes lustrés, Césanne (Italie), 
Roche i>erte et violette (préparation iV^ G, 600). — Fait efferves- 
cence avec les acides. Au microscope : roche très cristalline à 
grandes plages et grumeaux de calcite. On distingue des traces 
d'organismes (Polypiers ?) sous la forme de glomérules qui parais- 
sent représenter des loges circulaires ; au milieu une sorte de 
réseau visible malgré la cristallinité (recristallisation) de l'ensem- 
ble. Ces traces organiques rappellent celles qui s'observent dans 
certains marbres roses du Jurassique supérieur briançonnais. 



igOI GÉOLOGIE DES ALPES FRANÇAISES 4^1 

8. Schiste de Césanne (pert et violet) {préparation A^° G. 602). 

— Quartzite recristalliséi quartz grenu fin ; zones plus grossières ; 

asones souillées de produits ferrugineux. Très peu de chlorite, un 

^g^n de calcite. A remarquer l'absence de sérieite. Traces d'une 

structure oi^anique analogue à celle de la préparation précédente. 

9. Schiste de VillanoQa {Piémont) {préparation TV" ^70), — 
Schiste lustré, type banal. Quartz, calcite, mica blanc, chlorite, 
mlménite^ rutile, limonite secondaire. 

A Vœil nu, ce sont des schistes noirâtres assez feuilletés, lui- 
sants et satinés. Ils sont ici, moins calcaires et plus feuilletés que 
sie le sont d'ordinaire les schistes lustrés typiques. 

10. L'un de nous a fait connaître, en 1895 *, l'analyse microgra- 
yhique, faite par M. Michel-Lé vy, des schistes lustrés de Ghàteau- 
^ueyras. Dans cette localité, en effet, des bancs de qnartzites 
^ont intercalés dans ces schistes lustrés. M. Termier y a reconnu 

eaucoup de sidérose et de nombreuses aiguilles de sérieite sans 
rientation dominante. 

11. Calcaire intercalé dans les schistes lustrés. Château- 

^ue^^as {préparation iV° Sg/f), — Calcaire cristallin à grains 

:ttns, noirâtre. Au microscope : mosaïque de calcite et de quaii;z. 

Type ordinaire des calcaires intercalés dans les schistes lustrés : 

ucoup de calcite avec un peu de quartz et de pyrite. Ce type 
très fréquent, d'après M. Termier, dans les schistes lustrés de 
voie. 

IQ. Calcaire cristallin en bancs dans les schistes lustrés de 

Château- Quej^ras (échantillon N" 5 2 y), — Teinte d'un gris 

:s[ioirâtre avec zones colorées en brun par la limonite. Ce calcaire 

"^st légèrement schisteux : il fait effervescence avec l'acide chlorhy- 

^rique. 

i3. Schiste lustré du col de M alrif (échantillon D. 5yoi). — 
Schiste gris, luisant et satiné ; fait effervescence avec les acides. 

14. Schistes lustrés pris sur la route contournant le fort Quej^- 
jras, sur la rive gauche du Guil. — Cette roche est beaucoup moins 
satinée et beaucoup plus calcaire. C'est un calcaire schisteux noi- 
râtre faisant vive effervescence avec l'acide chlorhydrique. 

i5. Schistes lustrés de la Combe de Soulier {Queyras). — Fait 
effervescence avec l'acide chlorhydrique. Certains bancs sont 
plutôt des marbres schisteux formés de fines strates de calcite 

I. B, !$. G, F , (3), XXm, p 407. 



4l3 W. KILIAN ET P. TERMIER 3 Juin 

cristalline, séparées par des lits de séricite qui donnent à la tranche 
de cette roche un faux aspect gneissique. La couleur est d'un 
gris noirâtre avec bandes plus claires sur la tranche, correspon- 
dant aux lits de calcite. Les lames de séricite sont bien visibles 
sur les surfaces de stratification qui ont un aspect satiné. La roche 
se débite en dalles, et ne rappelle en rien les schistes du Goudron, 

i6. Aux environs de Château-Queyras , près du hameau de 
Paquier, ainsi qu à Yillargaudin, ailleurent également des schistes 
lustrés d'un type spécial, différant des schistes lustrés typiques de 
Soulier et de Château-Queyras, et que nous considérons comme 
formant un groupe de schistes lustrés supérieurs (v. plus haut), 
plus récents que les précédents. 

Nous croyons intéressant de reproduire ici, à titre de compa- 
raison, le résultat de Texamen qu*a bien voulu faire M. le Profes- 
seur Duparc d'échantillons de schistes lustrés recueillis par Tun 
de nous à Maurin (Basses-Alpes). 

17. Schistes lustrés de Maurin (Ubaj-e) {préparation N"" 5 y 5). 
— Cette roche est essentiellement formée de calcite et de quartz. 
On y trouve cependant un peu d'orthose et d*oligoclase, puis des 
aiguilles de rutile. Le quartz est en grains détritiques ainsi que 
Vorihose, L'oligoclase est très rai'e. 

La calcite, élément principal, forme de gros grains à clivages 
/> (loîi) nets, quelquefois niâclés selon 6*, qui semblent mouler les 
autres éléments. — (Diagnose de M. Duparc). 

i8. D'autres préparations de ces schistes de Maurin, examinées 
par M. ïermier, montrent toujours du quartz et de la calcite en 
agrégat très-cristallin, avec orthose ou albite et un feldspath 
triclinique très-probablement développé sur place. Le ciment est 
calcaire : on remarque des matières charbonneuses ou ferrugi- 
neuses noires. La roche fait penser à une arkose ou à un schiste 
g^anulitisé. 

19. Calcaire triasique schisteux de Combe-Brémond, vallée de 
VUbqy^e (échantillon i\'^ 610), — Ce calcaire, ti'ès gaufré et 
« plissoté », appartient au complexe des schistes lustrés ; il est fin, 
subcristallin, d'un gris bleuâtre, à cassure esquilleuse. La surface 
altérée présente des lits en relief qui dessinent nettement des 
petits plis de détail. — (Diagnose de M. Termier). 

20. Schistes lustrés de Saint- Véran (Hautes- Alpes) recueillis 
dans le voisinage de la serpentine {préparation N"* 2^3). — 



^OI GÉOLOGIE DES ALPES FRANÇAISES ^l3 




. Michel-Léyy a examiné des préparations de cette roche. Voici 

diagDose qn'il nous en a donnée : 

Beaux micaschistes ou schistes micacés, à quartz très grenu, 
11 mosaïque, à phyliites bien formées en gi*osses fibres (mica 
oir, mica blanc) ; les zones quartzeuses avec un peu de chlorite. 
ype X de la carte géologique de France. 

ai. Schiste lustré {liasiqué) de Bourg-Saint-Maurice (Le Cha- 

lard), recueilli par M. Kilian. — Roche consistant en un calcaire 

ris noir très cristallin, en lamelles cristallisées, laminé, un peu 

stré, pas de séricite visible ; effervescence vive avec l'acide 

Jilorhydrique. 

aa. Echantillon de la collection Ch, Lorj^{i886). Bourg Saint- 
aurice (Le Chatelard). — Schistes calcaréo-micacés du Trias 
^«ipérieur ou liasiqué. — Même composition que le précédent. 

b. — Marbres et calcaires subordonnés 

AUX SCHISTES LUSTRES INFERIEURS 

23 . Calcaire iriasique et serpentine ^ col de Bousson^près Brian- 
^n (préparation N"" 8), — Très curieux échantillon : calcaire 
«^iniiné et recristallisé, avec veinules contournées, fragmentées, 
tirées, remplies soit par de la chlorite pennine magnifique, soit 
ar un mica jaune polychroïque et très biréfringent. Pas de serpen- 
e. Le mica et la chlorite renferment des grains de sphène. En 
^^omme, c'est un calcaire phylliteux froissé après le développement 
^ies phyliites ; à noter Tabsence de quartz. 

•24. M arbre y col Tronchet, près Arçieux (préparation N° y 2), — 
^^Marbre rappelant les marbres phylliteux du Trias de la Vanoise. 
^^3eancoup de quartz en grains irréguliers, nuageux, sans forme et 
^^^ns lois de répartition. Assez nombreuses paillettes de mica blanc 
^lisposées sans ordre. Pas d'apparence de laminage. Pas de miné- 
x^^aux de métamorphisme. 

a5. Marbre gris -jaunâtre du Mont- Genèvre {échantillon 
-D. 64^S). — Finement cristallin, en plaquettes; fait effervescence 
avec Tacide chlorhydrique. 

a6. Marbre calcaire de Mhurin. — Finement cristallin, en pla- 
<]uettes ; fait effervescence avec l'acide chlorhydrique ; d'un gris 
jaunâtre. 

27. Calcaire phylliteux du pied nord-ouest du Alont-Pehas (pré- 
paration A^ a8o), — Au microscope : marbre phylliteux, type 



4l4 ^'- KILIAX ET P. TERMIER 3 JoÛl 

banal : peu de séricite, peu de quartz ; pas de feldspath. A Tceil nu^ 
la roche présente une couleur blanc-jaunâtre et une structure un 
peu fibreuse, quoique nettement mari^reuse. On remarque des 
paillettes de phyllites éparses. 

!i8. Marbre de la Chalp ou VEchalp (Haut-Queyra^) (prépa- 
ration N^ ^57). — Calcaire cHstallin d'un blanc verdâtre, bleuâtre 
et grisâti*e, taches vertes avec tendance à la schistosité et paillettes 
phylliteuses éparses sur les surfaces. Au microscope : marbre, 
avec paquets de petits i-utiles à Imtérieur des phyllites. Celles-ci 
sont chlorite et séricite. 

29. Marbre de la Chalp (préparation N^ loy). — Marbre à 
grain fin, fortement laminé postérieurement à la cristallisation de 
la majeure partie des individus de calcite. Lits et joints garnis de 
minces lamelles de muscovite. Très nombreux grains de quartz 
à contours nuageux : la plupart de ces grains semblent être posté- 
rieurs au laminage. Pas de feldspath ni d'autres minéraux. L'as- 
pect est celui de beaucoup de marbres triasiques. Aucune trace 
d'organismes. A l'œil nu, c'est un calcaire gris bleuâtre cristallin ; 
traces de schistosité et paillettes de séricite. 

30. Marbre de la Chalp (préparation N"* 4^7)' ~ Môme struc- 
ture et mêmes caractères. 

3i. Marbre du col Tronchet (préparations N*^ y a et y 3), — 
En contact avec les roches vertes laminées. Mosaïque de calcite 
cristalline, fine dans l'échantillon N** 72, plus grosse danâ le N*» 78. 

D. Sur quelques schistes cristallins de la zone du Piémont 

Les couches les plus anciennes du Haut-Queyras sont celles qui 
suppoi*tent les schistes lustrés ; eUes afileurent sur territoire 
français au sud de la contrée qui fait l'objet de la présente étude, 
près du col du Longet, mais leur plus grand développement est 
atteint sur le versant italien des Alpes cottiennes. 

En étendant ses recherches aux parties voisines des Alpes pié- 
montaises * et, en particulier, à la vallée du Pellice, l'un de nous 
a pu s'assurer en eflet que les schistes lustrés du Haut-Queyras 
vont s'appuyer vers l'est, par l'intertnédiaire de schistes serpenti- 
neux et d'intei^calations éruptives de roches basiques (Villanova), 
ou de schistes à zoïsite, sur un ensemble de schistes plus ou moins 

I. W. KiLiAN. Feuille d'Aiguilles, in C. R. CoUab. 1892, Bnll. Serv. Carte 
géol. de France, N* fi3, t. X, 1898, p. i35. 




^901 GÉOLOGIE DES ALPES FRANÇAISES 4^^ 

«cristallins, rapportés par la plupart des géologues italiens au Ter- 
vain Primitif (Prépaléozoïque) et dont certaines assises ont été 
décrites comme de véritables gneiss *. Ces couches ont toutes un 
^pendage régulier vers l'ouest comme, du reste aussi, les schistes lus- 
'Srés de la région française. En examinant de près ces « schistes 
^cristallins » et ces « gneiss » de la vallée du Pellice, notamment aux 
environs de Bobbio, de Torre-Pellice et de Luserna, nous avons 
:a-econna qu'ils s'éloignent beaucoup, comme aspect macroscopique, 
^es schistes et gneiss précarbonifères de nos Alpes françaises 
^Belledonne, Pelvoux, Mont-Blanc, etc.), du Plateau central et des 
:srégions classiques. Ce sont des schistes sériciteux, des quartzites 
hylliteux et feldspathiques, des micaschistes à épidote (Bobbio, 
rès du pont), fort analogues aux assises métamorphiques, d'ori- 
ine incontestablement sédimentaire, de certains de nos massifs 
Ipins, comme, par exemple, de la Vanoise. Il est à remarquer 
gaiement que des anthracites ont été signalés dans ces couches 
ar M. Maggiore et que plusieurs de nos confrères italiens y ont 
^mentionné la présence de graphite. 

Ces conclusions n'excluent pas l'existence de roches granitoïdes 
^wéritables dans d'autres points du bassin du Pellice, l'un de nous 
^n ayant rencontré dans les alluvions du bas de la vallée ; mais il 
intéressant de constater qu'en suivant la coupe naturelle que 
onne la vallée principale, du col Lacroix à la plaine, on ne 
^encontre ni granité, ni aucun représentant incontestable de la 
-^érie prépaléozoïque. 

On peut dire, d'après ce qui précède, que sur le versant italien, 

M.Q système des schistes lustrés et des roches vertes s'appuie sur 

^^ine puissante série de micaschistes et de roches gneissiformes 

^souvent graphiteuses (quartzites feldspathiques à microcline, 

<^Drthose et surtout albite, à mica blanc, avec chlorite et sphène, 

:^nicaôchistes quartzeux à albite, avec pyrite, sphène, zoisite, rutile, 

laïcité et feldspaths divers). Certaines de ces assises rappellent 

"vivement les quartzites werféniens, ainsi que les grès permiens 

^t houillers dynamométamorphisés de certaines parties des Alpes 

^e Savoie, et doivent être considérées comme des sédiments anté- 

^%riasiques puissamment modifiés. — On a désigné, sur la feuille 

I. Nos confrères italiens ont publié un grand nombre de notices sur les 

C^eiss du Piémont; nous ne pouvons songer à les citer toutes ici et nous 

x>appellerons simplement les noms de MM. Zaccagna, Novarese, Virgiiio, 

«iinsi qu'une étude en langue anglaise due à M. Gregory (Grkgoky. The 

>Arealdensian Gneisses. Quart, Journ, Oeol. Soc), nous réservant de résumer 

dans une autre occasion les conclusions de ces nombreux mémoires. 



4l6 W. KILIAN ET P. TERMIER 3 Juin 

Aiguilles de la carie géologique de France, par une teinte spéciale 
(rx), cet ensemble de schistes cristallins sans y établir les subdi- 
visions de détail qui pourraient y être distinguées. 

Ces roches, qui ont été examinées au microscope par M. Ter- 
mier et dont on trouve Tanalogue dans tous les terrains métamor- 
phiques, sont a6so2um^7i/ différentes des roches cristallophylliennes 
anciennes du Plateau central, du Pelvoux ou du Mont-Blanc. 

Telle paraît aussi (^tre Topinion de certains de nos confircres 
italiens ; M. Franchi par exemple écrivait en 1898 : « quoique nous 
soyons disposés à rajeunir de beaucoup les gneiss, nos idées sur 
leur orig^e et sur leur âge n'ont pas encore pris une forme défini- 
tive; cependant il est bien acquis, pour nous aussi, que les 
micaschistes, les schistes graphiteux associés avec eux, sont des 
schistes métamorphiques ». — Le même auteur(Zoc.ciï., p. 238) croit 
qu'il convient d'attribuer au Permo-carbonifère à faciès cristallin, 
les roches graphitiques de la vallée du Pellice et une partie du 
d gneiss central » des géologues italiens. 

Les schistes cristallins micacés qui, plus au sud, au col du 
Longet, vers la Haute-Ubaye, servent de substratum à la série des 
schistes lustrés mésozoîques, appartiennent très probablement 
comme nous Tavons dit plus haut à ce même ensemble. 

Ils ont été signalés par Ch. Lory * comme des micaschistes et 
des gneiss anciens h mica blanc, faisant i>artie de la bordure qui 
fermait au midi le grand bassin houiller des Alpes. Sur la carte 
du Briançonnais, cet auteur les a figurés coinme appartenant au 
Ten^ain Primitif. M. Zaccagna - les a également considérés comme 
anciens ; ils sont confondus sur sa carte avec les schistes lustrés 
(calcschistes) que cet auteur attribue au Prépaléozoîque, en une 
« zone des micaschistes » distincte de celle du « gneiss central ». 
En 189a ^, Tun de nous (M. Kilian) eut Foccasion de les men- 
tionner et de donner, d'après une obligeante communication de 
M. Michel-Lévy, leur composition microscopique (quartzites à 
mica blanc, chiorite et glaucophane) ; il les considérait alors 
comme très anciens et certainement antéhouillers. 

Plus tard, M. Marcel Bertrand * dit, en parlant de ces roches, 
qu'elles lui ont rappelé celles du Permo- Houiller et même du 
Permo-Houiller très supérieur; il les rapproche de celles de la 

1. Descr. géol. du Dauphiné, p. 282, aSS et 290. 

2. Zaccagna. Sulla geologia délie Alpi occidentali. tioll. R. Comit. GeoL, 
1887. 

3. B. S. G. /♦., (3), XIX, p. 58i, 584. 

4. B. S. G. F., (3), xxn, p. i:4, 1894. 



igOI GEOLOGIE DBS AL^ES FRANÇAISES ^I*) 

crête du glacier d'Etache dans le massif d'Ambin, c'estrà-dire de 
véritables quartzites feuilletés dans lesquels le rôle des lits phylli- 
teux intercalés reste tout à fait subordonné. L'altération par les 
agents atmosphériques fait, d'après lui, ressortir leur analogie 
avec d'autres types détritiques des Alpes. Enfin M. Franchi * les 
a attribués récemment au Permo-Carbonifère. 

Depuis lors la connaissance approfondie de nos Alpes résultant 
de douze années d'explorations a conduit M. Kilian à la conviction 
que les gneiss et micaschistes du col du Longe t sont moins anciens 
qu'il ne le croyait en 1892, et qu'ils représentent un type métamor- 
phique du Permo-Carbonifère comprenant encore, peut-être, les 
quartzites du Trias inférieur. 

L'étude microscopique, faite par M. Termier, des schistes cris- 
tallins dont il vient d'être question, a donné les résultats suivants: 

1. <r Gneiss d de Luserna (Piémont) (préparation N"" s ^5), — 
^4 Vœil nUy cette roche, exploitée pour dalles et carrelages, a une 
apparence gris-clair ou jaunâtre et une cassure esquilleuse et sub- 
cristalline, semblable à celle des quartzites triasiques. Les surfaces 
parallèles à la schistosité sont moirées de paillettes de muscovite. 

Au microscope y c'est un quartzite àfeldspaths (sorte de lepty- 
nite)avec très peu de mica blanc. Les feldspaths sont : microcline, 
orthose, albite, un peu zones. 

2. Schiste cristallin pris au nord du bourg de Torre-Pellice 
(Piémont) (préparation N° 26g). — A Vœil nu : cette roche a 
l'aspect d'un micaschiste à muscovite coupé de petits bancs à allures 
de quartzites. 

Au microscope : micaschiste à mica blanc. Type banal, très 
cristallin. Beaucoup de feldspath développé in situ. 
Ce feldspath est : orthose, microcline et albite. 

3. Schiste cristallin de Bobbio {Piémont) (préparation iV° 2 y 8). 
— Roche d'un gris verdâtre, grenue ; quelques taches d'épidote, 
rappelant beaucoup par son aspect certains grès houillers très 
métamorphiques ; un peu schisteuse, avec paillettes de séricite sur 
les surfaces de schistosité. 

Au microscope j c'est un micaschiste d'un type intéressant, avec 
épidote et zoïsite, sphène, chlorite, séricite, orthose et quartz. Le 
quartz et le feldspath sont allotriomorphes. Le quartz domine. 
L'un et l'autre, mais surtout le feldspath, sont criblés d'inclusions 
de chlorite. 

I. Boll. R. Com. geol. d'Italia, série m, t. IX, p. a43, 1898. 
i5 Octobre 1901. — T. i^^. Bull. Soc. Géol. Fr. — 27 



4x8 W. KILIAN ET P. TERMIER 3 Juin 

G*est probablement un produit de recristallisation d*une roche 
éruptive. 

4. Roche schisteuse, blanche, à feuillets nacrés, recueillie à 
Torre-Pellice (Piémont) au nord du bourg (préparation iV*> a^i). 

Au microscope : micaschiste quartzeux à albite, avec un peu 
de pyrite, sphène, zoïsite, rutile, calcite. 
Type banal, mais très haute cristallinité. 

5. Schiste cristallin de Bobbio (Piémont) (préparation N^ ^^6). 
— Roche gneissilbrme d'un gris verdâtre, avec taches d'oxyde de 
fer. On distingue à Fœil nu un fond blanchâtre avec lits de phyl- 
lites verdâtres assez espacés. 

Au microscope^ c'est un quartzite à feldspaths, assez analogue à 
ceux de Lusema, mais il y a des lits plus continus de mica blanc, 
avec un peu de chlorite et de sphène. Feldspaths parfois très gros, 
surtout albite j en agrégats allotriomorphes avec le quartz. Il y a 
des lits purement quartzeux. 

6. Echantillon de schiste cristallin recueilli en amont de Bobbio 
(préparation N"" 262), — Au microscope : quartzite à mica 
blanc, avec un peu de feldspath développé in situ. Type très 
métamorphique, mais banal. 

A Vœïl nu : apparence d'un quartzite schisteux, avec séricite sur 
les surfaces de schistosité ; teinte gris verdâtre. 

'], Schiste cristallin pris en amont de Bobbio (préparation 
iV** 265), — Môme nature que le N° aôa. Type banal que Ton 
retrouve dans tous les terrains cristallins. 

A Vœil nUy la roche est de teinte un peu plus claire que la 
précédente. 

Ces types sont peu caractéristiques ; Ton peut trouver leur ana- 
logue dans tous les terrains métamorphiques ; il y a dans la Vanoise 
des roches bien comparables. Les gneiss de la Levanna ont un 
type tout autre que celui des roches de Bobbio, à cause de Tabon- 
dance des gros feldspaths. mais cette différence n*est pas essentielle. 
En tout cas les roches en question sont dans leur ensemble, abso- 
lument différentes des roches cristallophylliennes du Plateau 
Central, du Pelvoux ou du Mont-Blanc. 

Il est intéressant de rapprocher ces roches des « gneiss » du 
col du Longet qui occupent la même position stratigraphique. 
M. Michel-Lévy a bien voulu examiner des préparations de ces 



igOl GÉOLOGIE DBS ALPBS FRANÇAISES 4^9 

schistes cristallins, recueillis par nous en 1891 au col du Longet 
^altitude 267a mètres) où ils forment également le substratum des 
schistes lustrés. 

Voici le résultat de son étude : 

1 . Schiste ou mieux quartzite, à mica blanc et glaucophane. 
Composition sommaire : quartz, mica blanc en partie sériciteux, 

n partie lameileux (c'est-à-dire en grandes lamelles). Ghlorite 
boudante. EnOn, dans certaines traînées, calcite et prismes de 
laucophane peu coloré, mais bien caractérisé avec son poly- 
hroîsme : suivant ng — bleu azur pâle. 

— nm — violet pâle. 

— np — jaune très pâle. 
L'aspect général rappelle un schiste du C ou du X (partie supé- 

ieure des schistes cristallins de la légende de la carte géologique 
étaillée de la France). 

M. Duparc a reconnu dans des préparations de même prove- 
ance de la muscovite, du sphène, de la magnétite, du rutile 
t du zircon. 

2. Schiste très feldspathisé, probablement granuUtisé, 

3. Schiste très cristallin, avec microcline déçeloppé en place, 
^jlandules d'oligoclase. Présenterait, d'après M. Michel-Lévy, un 
'^^ype plus ancien que le Permien. 

4. Micaschiste voisin de C* de la carte, très cristallin. Un peu de 
^f^eldspath; beaucoup de quartz non détritique, formé sur place. 
d^randes lamelles de muscovite. Le mica blanc est froissé par le 
<3.ynamométamorphisme ; ses axes sont rapprochés. 

D'autres échantillons, recueillis dans le même ensemble, égale- 
^x^Eient au col du Longet, ont fourni à M. Termier les diagnoses 
Suivantes : 

a) Quartzite phylliteux du col du Longet {préparation iV° 588), 

Quartz et mica blanc, chlorite rare. Pas de feldspath, si ce n'est 

dans des filonnets transversaux (albite). 

Roche détritique. La plus grande partie du mica paraît sédi- 
mentaire. Quartz entièremeut recristallisé. 
Archéen, Rouiller ou Permien. 

b) Sous les schistes lustrés, col du Longet (préparation N" 52g), 
— Schiste quartzeux avec apatite, ilménite et très fins rutiles. 
Séricite et chlorite. Feldspaths (orthose) développés in situ. 
Aspect des schistes per miens de la Vanoise, 



4^0 KIL1AN ET TERMIER. — GEOLOGIE DES ALPES FRANÇAISES 3 Juin 

c) (préparation iV" 538), — Même diagnose. Pas ou très peu de 
feldspath. 

d) (préparation N*" 544)* — Môme diagnose. Pas ou très peu 
de feldspath. 

é) (préparation N"" 544^^)' — Même gisement. Même diagnose. 
Zircon en plus. 

En outre : mica noir froissé et décoloré : gros noyaux d'orthose 
et de microcline cassés et froLssés. Il ne serait pas impossible que 
ces noyaux fussent d'anciens galets ; mais ils sont recristallisés 
sur les bords. En tout cas beaucoup de petits feldspaths (orthose, 
microcline) développés in situ. 

En somme : grande analo